L’évolution en profondeur du monde des grottes à vocation touristique se poursuit. Après l’entrée en force des nouvelles technologies pour augmenter les sensations, voici désormais des propositions sur mesure pour les organisateurs de groupes et des formules sur devis pour que l’expérience leur soit unique.
L’univers souterrain des grottes et cavernes aménagées poursuit son travail de transformation, voire de métamorphose, pour rester dans le courant porteur de l’air du temps. Le travail de réorganisation des éclairages avec l’entrée en force des leds est devenu désormais une constante. En France, tous les établissements conduisent cette réflexion sur la manière d’accueillir le public, groupes ou individuels. Et surtout sur la manière de marquer l’esprit des visiteurs pour que le choix de venir à la grotte se répète inlassablement. Sans jamais ni ennuyer ni fatiguer le visiteur et, bien au contraire, en étant capable de l’éblouir. « Nous arrivons à la fin d’un cycle. Tout au début, nos visiteurs et notamment nos visiteurs de groupe étaient des gens qui, bien souvent, avaient peu voyagé. Ils avaient peu de points de repère. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse. Les touristes ont déjà tout vu, en tout cas, ils ont pour la plupart beaucoup visité et ils ont des points de comparaison avec d’autres sites remarquables. Et, puis il y a la profusion des images, sur les chaînes et sur les réseaux sociaux. Il faut donc jouer de nouvelles cartes. Il faut être capable de séduire les jeunes, de les impressionner », explique Alain Frances, le président de l’Association nationale des exploitants de cavernes aménagées pour le tourisme, Anecat, par ailleurs exploitant du gouffre de Proumeyssac en Dordogne.
De l’émotion, voire des sensations fortes, c’est la carte que joue la grotte de Clamouse avec son Spéléopark, un projet cofinancé par le fonds Européen Leader. Il propose la découverte du milieu souterrain avec divers ateliers (ponts de singe, tyroliennes). L’activité ne se limite pas à ces aspects ludiques et sportifs car il s’agit également d’une véritable visite guidée, avec des explications didactiques. Le Spéléopark se situe dans des galeries jusqu’ici non-accessibles au public avec deux parcours au choix: « L’émotion » en 2 heures ou « Le grand frisson » de plus de 3 heures, accessible à partir de l’âge de 12 ans.
« Les enfants, les adolescents ont d’autres centres d’intérêt que ceux de la génération précédente. À nous de nous adapter, de les passionner, de les intéresser pour qu’ils deviennent à leur tour des visiteurs ou des prescripteurs. Il n’est pas rare que des écoliers qui ont découvert une grotte lors d’un voyage scolaire reviennent plus tard avec leurs propres enfants ou petits-enfants », estime Jean-Max Touron, à la tête d’une petite entreprise florissante qui n’exploite pas moins de onze sites touristiques en Limousin et dans le Quercy. Son groupe vient d’ouvrir à la visite depuis le 1er juillet la grotte des Carbonnières dans le Lot.
Pour Guilhem de Grully, propriétaire de la grotte des Demoiselles, l’une des clés de l’attractivité des grottes se trouve, encore et toujours et même plus que jamais entre les mains du guide, l’homme de la médiation. L’exploitant de ce site spectaculaire qui toise la vallée de l’Hérault est persuadé qu’un bon guide, capable de sortir des simples descriptions géomorphologiques peut transcender la visite accompagnée. « Les visiteurs attendent aujourd’hui autre chose que quelques explications. Ils réclament des réponses pertinentes et mêmes scientifiques à leurs interrogations. Et quand on peut leur donner de l’émotion, de belles formules ou de magnifiques références, c’est encore mieux. La grotte en visite, c’est l’endroit où la culture peut le mieux s’accorder avec la nature. Et nous avons engagé une politique de formation de nos guides pour que cette médiation entre le public et le lieu soit encore meilleure », poursuit-il. Guilhem de Grully, comme beaucoup d’autres exploitants, prêche pour le développement des prestations à la demande et sur mesure, parfaitement calibrées pour les excursionnistes et les autocaristes qui réclament des expériences nouvelles pour leurs voyageurs.
À l’aven d’Orgnac, Joël Ughetto, le propriétaire, confirme cette demande après avoir lancé en juin dernier une attraction de réalité augmentée: une vidéo qui permet la découverte en immersion virtuelle de la partie du réseau désormais totalement inaccessible à la visite pour des raisons de conservation. « L’accueil du public a été excellent. Nous réfléchissons à ce que nous allons proposer. C’est une des voies intéressantes de développement, même si c’est un travail colossal pour mettre tout ça en images », explique Joël Ughetto.
Au Pays Basque, aux grottes préhistoriques Isturitz-Oxocelhaya, les résonances sonores et souterraines de Pierre Estève sont habituellement proposées sur les dernières visites du dimanche soir. « Elles connaissent un vif succès et nous pouvons proposer cette visite augmentée à la demande. D’autant que le travail sonore de Pierre Estève, artiste contemporain spécialiste des installations numériques et sculptures sonores, est en totale adéquation avec la vie géologique et humaine souterraine » explique Joëlle Darriceau, la propriétaire qui estime que la musique peut apporter beaucoup à la visite souterraine. Et elle n’est pas la seule à partager cette « partition ».