Il n’y a pas que Rio ou Venise pour se grimer. La saison des bals masqués et sorties déguisées ouvre tous les ans en février un peu partout en France. Une tradition du carnaval qui ne s’essouffle pas et qui attire même souvent la foule sur plusieurs jours.
Né dès le XIXe siècle à Nice, le carnaval est devenu un événement incontournable et une attraction touristique majeure pour la préfecture des Alpes-Maritimes. Connu bien au-delà du territoire français, il fait recette chaque année. Près de 140 000 visiteurs payants ont encore été enregistrés l’an passé, pour près de 1,9 million d’euros de chiffre d’affaires en billetterie, avec grosso modo 75 % de Français et donc 25 % d’étrangers (venus d’Italie, d’Allemagne, d’Angleterre, mais aussi de Chine). Le Carnaval de Nice est évidemment le plus grand et le plus connu de France, avec ses nombreux chars de corso carnavalesques allant de 8 a` 17 m de haut, chars de bataille de fleurs de 6 m de haut (environ 3 000 tiges de mimosa par char), ses 45 troupes d’art de rue et de musique (plus de 1 000 danseurs et musiciens) représentant plus de dix pays au total…
La 135e édition est programmée du 16 février au 2 mars 2019, sur le thème, cette fois, du « Roi du Cinéma ». Nice fêtera en cette occasion les 100 ans des studios de la Victorine, haut-lieu de l’industrie cinématographique sur la Côte d’Azur. Studios qui ont vu, eux, défiler d’immenses réalisateurs (Marcel Carné, Roger Vadim, François Truffaut, Jean Cocteau, Jacques Demy, Alfred Hitchcock, Woody Allen…).
Comme toujours, les lieux emblématiques de Nice, la place Masséna, le jardin Albert-1er, ou encore la Promenade des Anglais, seront le théâtre des différentes parades festives et colorées.
Le carnaval de Dunkerque, dont les origines remonteraient à une fête de pêcheurs au XVIIe siècle, c’est avant tout un vaste rassemblement populaire. Un événement qui s’étale sur plusieurs semaines et qui fait la fierté de toute une région. Ce carnaval, aussi convivial soit-il, délirant à souhait, a néanmoins ses règles de fonctionnement. « Au signal du tambour-major situé à l’avant-poste, fifres et tambours entament le rigodon d’honneur qui servait de rassemblement aux soldats de l’Empire. La foule compacte saute en cadence, on pousse déjà pour mettre les premières lignes à l’épreuve. Le tambour-major, à la tête de 80 musiciens vêtus du ciré jaune des pécheurs, ordonne que cesse le rigodon afin que les fifres reprennent des airs traditionnels de marche connus de tous. Le cortège s’ébranle. Déformée par des poussées soudaines, la cohue des masques avance en chantant, voire en hurlant dans les premiers rangs! Durant quatre heures, « la visscherbende » déferle sur la ville comme une vague de fond au rythme des chahuts, des arrêts obligés des musiciens et des rendez-vous incontournables. » Tel se décrit ce carnaval très spécifique, où des centaines de kilos de harengs sont jetés devant l’hôtel de ville! En 2019, les festivités se dérouleront du 2 février au 23 mars.
A Granville, ce sont les départs pour les grandes pêches aux Terre-Neuvas, qui ont lancé la tradition du carnaval. Au XIXe siècle, il s’agissait alors, pour tous les gens de mer et leurs proches, de « préparer le départ vers les bancs en leur permettant de faire provision de gaieté et de refrains, à atténuer la douleur et la peur de la séparation ou même la peur de ne pas revenir ». Aujourd’hui, le carnaval de Granville, désormais inscrit au Patrimoine mondial culturel et immatériel de l’Unesco, a su conserver cette dimension traditionnelle. Ceci en préservant sa célèbre cavalcade (45 chars!), l’exécution du bonhomme carnaval, les intrigues, et les bals. Entièrement gratuit, il attire chaque année plus de 100 000 personnes venues de toute la France. La 145e édition se déroulera du 1er au 5 mars 2019.
A Douarnenez, traditionnellement vers mi-février et durant cinq jours, en guise de carnaval, on fête le Gras depuis le XIXe siècle. Il s’agit là d’un des plus grands carnavals bretons, proposant, dans une ambiance déjantée, une belle succession de bals et de défilés.
Le samedi, c’est d’abord l’intronisation du Den Paolig, le roi du carnaval. Fabriqué en papier mâché, d’une hauteur d’environ 3 m, il représente une personnalité locale connue. Ce Den Paolig est suspendu au fronton des halles pour veiller sur la fête, et il finit toujours de la même façon cette fête des Gras, incinéré sur le port.