La marche est le sport favori des Français, ils sont 18 millions à aimer randonner ou simplement se promener. La discipline plaît en ce qu’elle combine sport, mise au vert, dépaysement et découverte d’un patrimoine. Sans oublier une notion de lien social pour les sorties en groupe, à la journée ou en séjours au bout du monde. Mais les chiffres manquent d’où une étude lancée par Atout France pour analyser le marché et mieux se positionner.
Méditer devant le cirque de Gavarnie, sur les chemins de Compostelle ou en plein désert, en prendre plein des yeux dans les Annapurnas, tenter le tour du mont-Blanc ou se balader à son rythme sur un sentier littoral… La marche est devenue le sport favori des Français, qui seraient 18 millions à la pratiquer.
En tête des motivations évoquées lors d’un sondage réalisé par la Fédération française de randonnée (FFR): la santé. « Vient ensuite la recherche de paysages, être en contact avec la nature. C’est quelque chose que l’on retrouve peu dans les autres pratiques », souligne Thierry Lesellier, responsable communication et marketing à la FFR. À ce côté nature s’ajoute la notion de tourisme responsable, durable.
Il y a autre chose encore: la découverte d’un patrimoine, in situ, en prenant son temps. « S’il y a un engouement pour la marche, c’est aussi un bon prétexte au voyage, on voit des choses différentes, on rencontre des gens », confirme Élodie Marchais, directrice UCPA Sport Planète. Les collectivités territoriales l’ont bien compris, médiatisant les chemins fraîchement balisés et les sorties de topoguides.
Enfin, marcher n’est pas onéreux. Il suffit de lire un guide, de trouver un tracé en ligne et de partir sur les sentiers avec une carte téléchargée, voire une géolocalisation. Mais le randonneur affectionne les sorties et les vacances en groupe. « Ce qui semblait être une activité plutôt solitaire se fond bien dans un groupe pour l’aspect organisation et sécuritaire, surtout dans le cas de voyages au loin », commente Lionel Habasque, pdg de Terres d’Aventure et directeur général délégué de Voyageurs du Monde. « Cela permet de bénéficier d’un professionnel, d’un guide qui connaît les chemins et les passages sécurisés. Mais aussi de vivre les choses collectivement, de créer du lien », ajoute Élodie Marchais, rappelant que l’esprit groupe colle avec les valeurs de l’UCPA. Les séjours varient entre plusieurs centaines et milliers d’euros selon la durée, les prestations, la distance…
« On estime que 4 millions de personnes pratiquent la marche en groupe, détaille Thierry Lesellier. Il s’agit ici plutôt d’un public féminin et retraité », qui se retrouve une ou plusieurs fois par semaine pour se balader. Quant aux randos itinérantes, elles attirent 1,5 million de personnes, un public plus jeune, de 45 à 50 ans, composé autant d’hommes que de femmes, intéressés par la découverte d’une région.
Chaque année, la FFR, qui compte quelque 240 000 adhérents, voit ses rangs grossir de 3 %. « La grande majorité fait des promenades. Beaucoup de facteurs jouent, le temps bien sûr mais aussi l’organisation. » De nombreuses disciplines se développent: la marche nordique est en forte progression, le « longe côte » est très tendance, de même que la rando afghane (qui synchronise la respiration avec la marche) et les séjours combinant marche et yoga, méditation, réflexologie, musicothérapie, jeûne…
« Cet engouement pour la rando peut être le thème principal des vacances ou faire partie des vacances », dit Thierry Lesellier. Pour attirer les familles, toujours plus nombreuses, le « géocaching » marche bien, sorte de chasse au trésor sur les grands chemins. De même que les randos avec un âne. Ainsi la Fédération nationale ânes et randonnées regroupe-t-elle une soixantaine de professionnels qui proposent des formules avec guides ou des « randonnées liberté »: « votre ânier vous fournira un bât, un topo-guide et vous confiera un âne pour une journée, quelques jours, voire plusieurs semaines… ». Comme l’écrivain Stevenson, qui arpenta le chemin qui porte désormais son nom. Sur cet itinéraire allant du Puy-en-Velay à Alès, les différents prestataires offrent un bel exemple d’organisation en réseau, conférant sa notoriété à ce GR.
L’itinérance plaît et se développe. Randonner dans les Alpes et dormir en refuge, partir de la Drôme vers l’Allemagne sur les chemins des huguenots ou suivre une transhumance dans le Béarn… Afin de ne porter qu’un léger sac (avec un pique-nique!), ces randos liberté offrent une logistique assurant chaque jour le transport des bagages entre les lieux d’hébergement.
Spécialisé dans le transfert des cyclotouristes, le prestataire Bagafrance achemine depuis peu les sacs des marcheurs le long de la Loire et du canal des Deux-Mers. « Ce sont surtout des agences de voyages qui font appel à nous, comme Chamina ou La Pèlerine en France », explique Pierre-Marie Clique, le président de Bagafrance. S’y ajoutent des particuliers et, à la marge, des offices de tourisme comme c’est le cas depuis peu avec le Lot-et-Garonne.
Pour autant, ce secteur est pointé du doigt par une étude lancée par Atout France, faisant apparaître « un déficit de services adaptés aux clientèles itinérantes », qu’il s’agisse de transports ou d’hébergements.
Les conclusions de l’étude d’Atout France doivent être rendues dans les prochains mois, mais elle montre d’ores et déjà que ce marché porteur est aussi victime de freins à lever. Les retombées économiques de l’itinérance sont estimées à 2,4 milliards d’euros. La France est très bien placée avec ses 65 000 km de sentiers de grande randonnée et 115 000 km d’itinéraires. Mais force est de constater que les analyses manquent et que les chiffres sont très épars puisqu’ils émanent des régions ou d’associations. Il n’existe, par exemple, aucune analyse sur les clientèles internationales qui randonnent en France, et qui sont pourtant nombreuses sur certains itinéraires comme les Chemins de Compostelle.
Atout France a donc mis sur pied un « cluster tourisme de pleine nature » englobant randonnée pédestre, tourisme à vélo et fluvial. Une trentaine d’adhérents travaille de concert: des comités régionaux et agences départementales du tourisme, des associations, des fédérations et des prestataires privés. « Pour de nombreux territoires, la randonnée pédestre revêt une dimension stratégique vers un renouvellement de l’offre et un nouveau positionnement touristique, confirmant l’enjeu d’une meilleure connaissance de la fréquentation, des pratiques et des attentes des clientèles », stipule le dossier de présentation de ce cluster, rappelant son objectif: « Positionner l’écotourisme comme un produit touristique français phare, au même titre que le tourisme culturel, gastronomique ou de mémoire. »
Il s’agit de déclencher l’envie de venir passer des vacances nature en France pour de longs séjours ou des country breaks. Avec un large cœur de cible: les jeunes, familles et seniors, amateurs d’activités nature et voyageant toute l’année.
Sur la feuille de route, les points positifs reprennent la variété de paysages préservés, l’image de la France et des itinéraires clairement identifiés. « 80 % du territoire se situent à la campagne et représentent 31,5 % de la fréquentation touristique globale en termes de nuitées. L’hôtellerie de plein air est plébiscitée par la clientèle internationale qui représentait près de 30 % des clientèles en 2016. »
Mais les échanges ont fait apparaître le manque de coordination entre les régions, d’homogénéisation en matière de logistique (transferts, hébergements, services et pratique de l’anglais très inégale), ainsi qu’un manque de flexibilité des prestations (horaires, jours d’ouverture…) et une mauvaise couverture numérique en campagne.
Au rang des menaces, est évoquée la concurrence des marchés nature de proximité et lointains.
En conclusion, il convient donc de structurer l’offre des territoires et de développer des produits combinés. Les territoires ont notamment besoin de visibilité, d’où les accueils presse et blogueurs, les éductours, les campagnes publicitaires… Il est également évoqué la création de supports de communication communs à plusieurs territoires ou filières, voire une plateforme digitale dédiée à l’éco-tourisme.
À noter l’initiative des parcs nationaux, qui proposent une gamme de séjours éco-touristiques sur six parcs: la Vanoise, les Pyrénées, les Cévennes, les Écrins, le Mercantour, les Calanques. Pour des randonnées ou balades à pied, à vélo ou en raquettes. Sur un week-end ou 15 jours, en itinérance ou en étoile, accompagné ou en liberté, avec même une offre famille.
En 2014, pour ses 70 ans, la Fédération française de randonnée publiait un état des lieux qui montre que la randonnée est le sport préféré des Français: 37 %, soit près de 18 millions, déclarent pratiquer la marche et la randonnée pédestre, ainsi que, à la marge, la marche nordique et le trekking. Et 45 % en ont l’intention!
Qui sont les randonneurs?
• 24 % des Français aiment les promenades, dont 56 % de femmes, essentiellement de plus de 50 ans.
• 13 % (6 millions) randonnent à la journée, dont 53 % d’hommes (46 % ayant plus de 50 ans).
• Contre 2 % (1,1 million) pour les randos itinérantes, avec 67 % d’hommes, dont 56 % ont entre 25 et 49 ans. À noter que 36 % des amateurs de grandes randonnées sont issus d’une catégorie aisée.
Comment aiment-ils randonner?
L’étude met en valeur un comportement ancré:
• 50 à 59 % de ceux qui randonnent une journée ou plus pratiquent depuis l’enfance. Et 47 à 51 % des randonneurs en séjour court ou itinérant déclarent randonner sur des sentiers non balisés.
• 45 % des pratiquants marchent seuls.
• Les hommes randonneurs marchent plus souvent seuls (50 % des hommes vs 40 % des femmes) et les femmes plus souvent en famille (40 % des femmes vs 30 % des hommes). Elles sont aussi plus représentées dans les voyages lointains en groupe.
• Les randonneurs de 15-24 ans pratiquent à 62 % avec des amis.
Voyageurs du monde est le poids lourd du secteur. Ce tour-operator réalise 40 % de son activité avec des séjours randonnées dans le monde entier. Et ce au travers de plusieurs marques, dont les plus importantes sont Terres d’Aventure, Allibert Trekking et Nomade Aventure. D’autres, plus ciblées, permettent une offre complémentaire: Chamina est spécialisée dans les voyages liberté en Europe, Grand Nord Grand Large se concentre sur les mers et mers polaires, tandis que La Pèlerine et Via Compostella sont axées sur les chemins de Saint-Jacques.
Le chiffre d’affaires de Voyageurs du Monde était de 426 millions d’euros en 2017, dont 68 M€ d’euros pour Terres d’Aventure, 23 M€ pour Nomade et 45 M€ pour Allibert Trekking, pour 37 000 randonneurs par an.
« Le marché de l’aventure a démarré il y a à peu près 40 ans en France », rappelle Lionel Habasque, le pdg de Terres d’Aventure et directeur général délégué de Voyageurs du Monde. Terres d’Aventure a été le premier à initier des voyages en groupe en tour operating en Algérie, au Népal et au Pérou. Après, d’autres acteurs se sont lancés. Pendant les vingt premières années c’est resté une micro niche, un marché d’esthètes, de férus de rando et de découverte, prêts à partir deux ou trois semaines sans garantie de dates de départ ou de retour! »
Lorsque des marches plus courtes ont été proposées, un public plus large a pu y accéder. L’amélioration des lignes aériennes a fait le reste. « Avant on était obligé de finir en 4X4. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, il y a des vols directs en plein milieu du désert. » La démocratisation de la pratique s’est poursuivie avec la baisse du prix des billets d’avion.
Pour Lionel Habasque, les grandes tendances du marché sont désormais la rando en famille, des séjours à la carte (lire son interview par ailleurs).
« L’une des grandes évolutions est qu’il faut une logistique importante », ajoute-t-il. En France, les équipes de Terres d’Aventure sont spécialisées sur différents pays et montent les voyages aidés de relais locaux sur le terrain qui reconnaissent les itinéraires et s’occupent de la logistique. « Il y a un réceptif dans chaque région et l’on travaille avec des transporteurs locaux. »
La Balaguère est née dans les Pyrénées en 1984 sous forme associative avant de devenir une société. Elle affiche un CA de 13,5 M€ et environ 13 500 clients par an, essentiellement en France. Elle vient d’être rachetée par l’UCPA mais reste une entité à part (lire plus loin).
Fort de son ancrage pyrénéen, elle a créé Purely Pyrénées, des séjours pour les marcheurs anglophones, souvent britanniques, avec des étapes de 4 à 6 heures par jour, des hébergements confortables et une découverte de la gastronomie pyrénéenne.
Parmi leurs nouveautés, des propositions très diverses, allant de l’itinérance au séjour famille en Aragon avec canyons et via ferrata. Les formules combinées sont nombreuses: rando-lagon en Polynésie, balades et baignade aux Seychelles, hammam et rando entre femmes au Maroc, balades et qi gong au Pays basque, city break à Reykjavik avec une rando glaciaire et découverte d’un geyser…
Le groupe associatif UCPA, acronyme d’Union nationale des centres de plein air, affiche un chiffre d’affaires d’environ 200 millions d’euros pour son activité de vacances sportives. « L’activité randonnée est en progression de 9 % entre 2016 et 2017 », note Élodie Marchais, directrice d’UCPA Sport Planète. Et ce, toutes randonnées confondues, pédestres en tête, avec presque 10 000 clients par an. Auxquels viennent désormais s’ajouter ceux de La Balaguère, car son rachat officiel par l’UCPA a eu lieu le 21 décembre dernier. « Ce qui a motivé ce rachat est un esprit et des valeurs communes, humaines. Il n’y a aucune volonté de fusionner les marques, on pense qu’elles sont très complémentaires (…) Il ne faut surtout pas casser l’image et le positionnement de La Balaguère. » Pour offrir des séjours de tous niveaux avec un panel d’âges élargi.
Élodie Marchais rappelle le positionnement de l’UCPA: « Nous avons deux types de public, des mineurs et de jeunes adultes jusqu’à 40 ans. Nos voyages ont un concept générationnel. » D’où une grande complémentarité avec La Balaguère: « Nos randonneurs ont en moyenne 30 ans, ceux de La Balaguère entre 50 et 60 ans. » L’élargissement s’étend aux zones géographiques, l’UCPA étant extrêmement présente dans les Alpes et La Balaguère dans les Pyrénées. « La France est déjà un bon terrain de jeu et, avec l’étranger, c’est presque infini! », formule la directrice d’UCPA Sport Planète. Et de noter « un engouement pour des pays plutôt fermés jusque-là comme l’Ouzbékistan et l’Iran ».
30 000 randonneurs empruntent chaque année les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, dont 20 000 rien que pour la voie du Puy-en-Velay. Les retombées économiques étant évaluées à 45 €/jour par marcheur.
Nils Brunet, directeur de l’Acir, l’agence de coopération interrégionale et réseau des Chemins de Saint-Jacques note un essor de l’itinérance. De même qu’une diversification: certains font le camino par étapes sur leur temps libre, reprenant l’année suivante là où ils se sont arrêtés, d’autres s’y attaquent à vélo.
Selon une étude menée en 2003 avec les comités régionaux du tourisme, les pèlerins traditionnels, venus avec une motivation religieuse, ne sont que 19 %, 36 % mettant en avant un voyage initiatique. Les autres venant pour la randonnée en elle-même, que ce soit pour l’aspect sportif ou pour une découverte patrimoniale et culturelle.
Cette année marque le 20e anniversaire de l’inscription des Chemins de Compostelle en France sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco. Un classement qui a augmenté l’activité touristique d’environ 30 %. « Mais tout ceci ne va pas de soi, il faut un accompagnement, il faut faire vivre ses biens en résonance », estime Jean-Luc Moudenc, le maire de Toulouse. D’autant que l’Occitanie est la région qui en a le plus en France: 35 sur 78 sites classés en France au titre des Chemins de Compostelle. Pour ce 20e anniversaire, des conférences, expositions et visites sont organisées.
Quelles sont les dernières grandes évolutions du marché de la randonnée?
Depuis une dizaine d’années, il y a trois grandes tendances. La première est que nous avons étendu cette offre, au départ réservée à des adultes, à des voyages en famille, on a adapté le principe à des enfants. C’est de la marche beaucoup plus simple et il n’y a pas que de la marche, mais beaucoup plus de multi-activités, on peut faire du canyoning, du kayak…
La deuxième tendance, c’est que des clients ne veulent plus de la contrainte des dates et des voyages avec des inconnus. Ils préfèrent voyager en famille ou entre amis, quitte à ce que ce soit parfois un peu plus cher, mais pas toujours. On développe de plus en plus des voyages d’aventures sur mesure: ils définissent les dates eux-mêmes et on organise tout.
On constate aussi que la durée moyenne des séjours a tendance à baisser depuis les dix dernières années, les clients partent entre 8 et 10 jours, 15 jours sur du long courrier. Les vacances étant fragmentées, ils préfèrent partir plusieurs fois, mais plutôt sur 8 jours.
La rando est-elle dans l’air du temps?
On surfe sur la vague écolo nature. Avec la marche, on préserve l’environnement.
Il y a aussi un besoin de rencontres des populations.
La marche en groupe, cela peut paraître paradoxal…
La randonnée ou le trekking nécessitent une logistique importante. Par exemple pour un tour des Annapurnas au Népal, il faut un guide, des porteurs, des cuisiniers… Qu’il y ait 2, 3 ou 10 clients, c’est pareil. La logistique est donc amortie et cela réduit le prix du voyage. Ça a beaucoup joué en faveur de la vente de ce genre de voyage au travers de groupes. Mais ce sont de petits groupes: on garantit le départ à partir de 5 personnes et on ne va jamais au-delà de 15.
Ce que l’on a pu constater, c’est que, pour ces voyages dans des contrées assez lointaines, il y a beaucoup de personnes qui partent seules au sein des groupes.
Qui sont vos clients?
Ils sont 37 000 par an. La moyenne d’âge se situe autour de la cinquantaine. Il y a plus de femmes (55 %) que d’hommes (45 %), on l’explique par le fait que dans des zones un peu isolées, faire partie d’un groupe est plus sécurisant et tout est organisé.
Et vos destinations phare?
Notre principale destination est la France mais on couvre aussi tous les pays du monde. Nous avons de tout, c’est équilibré: Europe, Amérique du Sud, Asie, et Afrique.
Les 15 premières destinations représentent moins de 50 % de la totalité de nos clients. Nous ne sommes donc pas dépendants d’une destination. Et quand il y a un problème politique ou sanitaire, on ferme la destination, comme dans la zone du Sahara où l’on n’a pas pu aller pendant 10 ans.