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Les voyages scolaires se remettent en question

Enquête | publié le : 01.05.2018 | Dernière Mise à jour : 22.05.2018

Auteur

  • Val Restaut

Les voyages scolaires sont un secteur en pleine mutation du voyage de groupe. Ils sont souvent la première expérience vécue par les jeunes lycéens ou collégiens d’un déplacement en groupe sans les parents. C’est aussi un domaine fortement surveillé, réglementé où les entreprises se retrouvent face au monde associatif. Si les nouvelles générations sont éprises « d’aventures collectives » originales, le monde éducatif tient à conserver fortement la dimension pédagogique de ces voyages. Les deux peuvent-ils se concilier harmonieusement? La réponse se trouve dans les nouvelles initiatives des acteurs majeurs du secteur.

Derrière l’appellation générique de voyages scolaires, on retrouve en fait un marché déjà segmenté selon les activités proposées. On peut les classer en deux grandes catégories: les séjours linguistiques et éducatifs (SLE pour les initiés) et les voyages éducatifs (VSE en jargon professionnel), plus courts et davantage destinés à ouvrir l’esprit des jeunes participants par des découvertes touristiques et culturelles.

Plusieurs organismes se sont penchés sur l’évolution de ce secteur, qui intéresse différemment les acteurs selon qu’ils sont d’un côté ou de l’autre du dispositif. Pour l’Éducation nationale, les voyages scolaires jouent un rôle essentiel culturel dans l’incitation à l’apprentissage des langues dès lors qu’ils sont pour la plupart organisés à l’étranger. La priorité porte sur la sécurité des jeunes et sur la qualité pédagogique. Pour le monde associatif, le plus souvent lié aux fédérations de parents d’élèves, il s’agit de s’assurer que les déplacements seront bénéfiques aux jeunes et qu’ils se dérouleront en toute sécurité. Pour les professionnels du voyage, au premier rang desquels les autocaristes, les voyages scolaires sont un créneau de marché porteur, qui permet d’assurer des circuits, de justifier une flotte de véhicules. Encore faut-il qu’ils soient rentables, pas trop contraignants et bien encadrés.

Il faut bien dire que les voyages scolaires ont connu une baisse sensible ces dernières années, notamment parce qu’ils impliquent une responsabilité importante des enseignants qui hésitent à s’engager personnellement en organisant ces séjours. Selon les régions et les académies, ces voyages sont plus ou moins bien pris en charge, ce qui peut conduire à de véritables problèmes de financement pour les familles.

D’une manière générale, pour les professionnels, ce marché des voyages scolaires mérite une spécialisation du personnel dédié car il est soumis, dans la plupart du temps, à la procédure d’appels d’offres sur marché public, avec des contraintes budgétaires et pédagogiques, qui nécessitent des validations parallèles du corps enseignant et des autorités publiques.

Enfin, il est soumis à quelques « verrous », qui mériteraient de sauter pour en assurer un meilleur étalement, notamment celui des périodes disponibles pendant le cursus scolaire. La tendance actuelle est à une très forte concentration sur les mois de mars et avril que les établissements scolaires ont choisi de consacrer aux « activités culturelles, sportives et éducatives », libérant plus facilement le corps enseignant pendant des « semaines banalisées ».

Comme l’a regretté un rapport du Conseil national du tourisme de 2008 (dernière étude complète sur la question), ce phénomène conduit à une concentration des voyages et donc saturation des familles d’accueil, des sites, des moyens de transport, etc. Ce qui a tendance au renchérissement des coûts et à une baisse de la qualité.

Le danger de la baisse de qualité de ces voyages scolaires est renforcé par la procédure des appels d’offres – souhaitée par les intendants des lycées et collèges – qui pousse à privilégier le moins disant financier et non le plus disant culturel, touristique ou pédagogique. À l’époque, le Conseil national du tourisme, soutenu par les responsables pédagogiques, a insisté sur la dimension éducative de ces voyages, qui ne devraient pas être considérés comme un « produit » mis en concurrence. C’est pourtant la situation vécue dans une majorité des cas actuellement où l’administration de l’Éducation nationale, à travers les intendants des collèges et lycées, demande au moins trois devis par projet de voyage (voir lien académie de Poitiers pour un modèle d’appel d’offres*).

Du côté des professionnels, il faut être armé pour répondre à ces appels d’offres, sachant qu’une bonne partie du travail sera effectué en pure perte de temps. La tentation serait d’avoir des modèles tout préparés de devis pour voyages scolaires, conduisant à une banalisation et un manque d’originalité dans les propositions.

Cette procédure apporte également des rigidités dans le déroulement pratique du voyage car elle ne tient pas compte de la gestion effective du nombre de participants, qui évolue jusqu’au moment de l’embarquement dans l’autocar avec des incidences sur le prix de revient final. Elle rend difficile l’évolution tarifaire qui peut se produire entre le moment de l’appel d’offres et la réalisation du voyage, dans les prestations, les péages, les taxes…

Dans ses recommandations, le Conseil national du tourisme a préconisé un modèle plus formel de financement entre l’État, les régions et la famille, une harmonisation de la demande d’autorisation du voyage éducatif à travers des chapitres qui mettent en exergue l’aspect qualitatif du voyage, une incitation financière accordée aux enseignants qui acceptent de définir le contenu et d’accompagner ces voyages scolaires. Pour complet qu’il soit, ce rapport du CNT, comme tant d’autres, est resté sur l’étagère de bureau de son destinataire officiel.

Une dimension « réceptive » grandissante

Le marché des voyages scolaires a été chiffré par le précurseur d’Atout France (Odit France) avec une certaine précision il y a 12 ans: 5,6 milliards d’euros, dont 72 % à mettre au bénéfice de l’accueil des jeunes étrangers sur le territoire national et 28 % issus des voyages scolaires franco-français. Il a déjà dépassé les 8 milliards d’euros aujourd’hui avec une croissance régulière.

Cette dimension réceptive des voyages scolaires mérite en soi un développement qui n’est pas l’objet de cet article, mais elle méritait d’être soulignée car certaines régions, comme l’Alsace, l’ont intégré dans leur stratégie de développement touristique. L’accueil des jeunes passe par des infrastructures spécifiques en matière d’hébergement. Face à un développement très perceptible des voyages des jeunes Européens, on comprend mieux l’expansion des nouveaux concepts d’auberges de jeunesse: Generator, St-Christopher’s Inn, Meininger, SlowLiving, Les Piaules… à côté de structures plus traditionnelles comme celles de l’UFAJ ou l’Accueil des jeunes en France.

* http://etab.ac-poitiers.fr/coll-aaubigne-saintes/IMG/pdf/accord_cadre_voyages_scolaires.pdf

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