Ne dites plus graffiti, mais plutôt street art, car cette expression graphique quelque peu sauvage, contestataire, voire révolutionnaire, a pris une telle dimension sociologique, politique ou poétique qu’elle suscite de plus en plus de circuits de visite. Nous vous guidons dans quelques-uns des plus représentatifs du mouvement en France et en Europe.
Dans cette métropole vantée pour le réaménagement de son cœur historique et la qualité de son architecture, l’urban art prend aussi ses marques à travers de grandes fresques et œuvres plus modestes, ostentatoires ou secrètes, dans différents quartiers. Une balade mensuelle y est proposée, en petit comité, par un guide amoureux autant des joyaux architecturaux que des façades revisitées par les artistes du street art. Par ailleurs tous les premiers dimanches du mois, le Bus de l’art contemporain (BAC) vous invite à découvrir les expositions du moment et rencontrer les acteurs de l’art contemporain à Bordeaux.
Les Quatre Moulins sont un quartier sur la rive droite, à Brest, surplombant la rade et la Penfeld. C’est là qu’étaient installés les moulins qui fournissaient la farine à la boulangerie de la marine jusqu’en 1850. Son aspect a été maintes fois remanié avec les modifications de la base militaire. Depuis 2000, il comporte un parcours de murs peints, baptisé « Les Murs prennent la parole », un projet artistique et citoyen, impliquant les habitants et des acteurs locaux, qui se poursuit encore de nos jours. Ces œuvres sont donc a priori pérennes. Chacune raconte une partie de l’âme de Brest: le port, la musique, la littérature, etc. Mises bout à bout elles définissent la ville, sa convivialité, son attachement à la mer et à la marine, sa gouaille. Le projet est porté par le chanteur Miossec, qui s’en est fait l’ambassadeur.
En Auvergne, à Lurcy-Lévis dans l’Allier, proche de Moulins, c’est davantage qu’un parcours à la recherche de l’art dispersé dans la ville, c’est une « ville » entière qui lui est consacré. Plus de 55 fresques murales réalisées par des artistes du monde entier y sont rassemblées pour une découverte architecturale et artistique éblouissante en immersion totale. La Street Art City est composée de 13 bâtiments différents, exposant 22 000 m2 de fresques, dont une bonne partie réunie au sein de l’Hôtel 128, aujourd’hui désaffecté. À lui seul, sur quatre étages, 14 mètres de haut, 53 mètres de long, 11 mètres de large, il est une vitrine artistique où chaque artiste s’approprie l’espace d’une chambre du sol au plafond pour laisser libre cours à l’expression de sa créativité. Certains ont laissé une trace, d’autres y vivent un certain temps en « résidence », véritable Villa Médicis du street art pour y développer leur travail.
Un nouveau parcours street art est proposé sur le canal Saint-Denis, depuis la porte de La Villette jusqu’au Stade de France, à Saint-Denis. Ce parcours participe à la mise en lumière de ce canal encore méconnu. On le parcourt sur les berges ou en croisière commentée pour avoir plus de recul. Réalisées par une trentaine d’artistes et collectifs, les œuvres existantes recouvrent des silos, des piliers d’autoroute, ou encore des palissades urbaines. Quatre nouvelles œuvres ont été réalisées en 2017, par le dionysien Guate Mao, mais aussi Zdey, Dizzy et Fimo. Tout l’été Brokovich propose des ateliers participatifs le long du parcours. Depuis la création du Parcours Aucwin, par un résident de l’Atelier 6B, Joachim Romain, l’expérience se prolonge au-delà même de Saint-Denis avec des expositions itinérantes, histoire de réconcilier les visiteurs avec une autre vision du 9.3.
C’est sans doute dans la capitale d’Irlande du Nord que la dimension politique du street art se révèle le mieux. Les artistes locaux, mais aussi d’autres venus des quatre coins de la planète ont témoigné, chacun à leur manière, leur ressenti des luttes opposant catholiques et protestant. Rappel au souvenir des « martyrs » de la lutte de l’IRA ou appel à la paix entre les communautés, des centaines d’œuvres de toutes dimensions ornent les murs de la ville. Plusieurs circuits thématiques sont proposés, le plus souvent accompagnés par des artistes locaux, qui partagent leur témoignage, notamment dans Cathedral Quarter.
Formidable toile brute, le Mur de Berlin se devait d’accueillir les graffitis et les œuvres majeures qui traduisent la culture de rue, la révolte et la libération. Ces visions d’artistes de toute nature ont donné lieu à de nombreux circuits guidés, dont les plus fameux sont sans doute ceux d’alternative/Berlin. Le parcours navigue entre les œuvres « historiques » et les productions les plus récentes des artistes graffitistes. Les guides sont eux-mêmes des artistes qui libèrent du temps pour expliquer, voire pour faire participer les visiteurs à l’expérience du graffiti, bombes à peinture en main. Dans le quartier du Lichtenberg, les murs encore vierges – quand c’est possible -, s’offrent aux créations des visiteurs, assistés par leur guide.
Depuis des années l’est londonien est en plein revival, une renaissance qui mélange ses vestiges industriels et un nouvel art de vivre, bohémien chic. C’est là, entre Brick Lane et Benglatown que l’esprit créatif des hipsters se développe et envahit presque chaque coin de mur, galerie permanente ou éphémère du street art londonien. Autrefois quartier paupérisé, Shoreditch est le témoin d’une transformation vibrante grâce à une communauté très impliquée et qui aime s’exprimer sur ses murs. Greg et ses amis vous invitent à parcourir les rues, en décryptant les compositions des artistes locaux, posters, écritures, fresques, 3D; en dénichant parmi une quarantaine d’artistes anonymes une œuvre de Banksy lui-même.
Depuis la crise de 2008, le street art se développe à Athènes, avec des thèmes abordés très variés, des artistes de renommée internationale et des œuvres de qualité. Les laissées pour compte de l’économie et la jeunesse révoltée cherchent qu’à s’exprimer pour s’en sortir! Dans une Athènes underground, le processus créatif s’est enclenché pour s’approprier les murs d’une ville tentaculaire, traversée par une crise économique sans précédent. Pour ces artistes, le street art est aujourd’hui le meilleur moyen de lutter contre cet enfermement urbain. Un artiste sort du lot, Achilles alias WD, auquel on doit « La Chouette », LE graffiti le plus emblématique d’Athènes, symbole de la déesse Athéna, qui a donné son nom à la capitale grecque.