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Millau, un pont plus loin pour les groupes

Retour à | publié le : 01.10.2017 | Dernière Mise à jour : 01.10.2017

Auteur

  • Valérie Appert

En 2004, après quatorze années d’études et trois ans de travaux, le viaduc de Millau enjambait la vallée du Tarn. Une réussite en terme d’intégration paysagère et un chantier hors normes qui a attiré des milliers de curieux. Puis la fascination s’est dissipée, laissant à Millau et sa région le soin de réactiver leurs atouts historiques.

C’est l’ouvrage idéal, celui qui sort de terre à l’heure, ne dépasse ni les délais ni le budget. Ses travaux ont duré trois ans, pas un jour de plus. Deux bonnes fées expertes se sont penchées sur sa conception: l’architecte britannique Norman Forster, qui a dessiné le Millenium Bridge de Londres, et l’ingénieur en chef Michel Virlogeux auquel on doit le pont de Normandie. Avec le viaduc de Millau, ils livrent en 2004 une merveille de béton et d’acier de plus de 2 km de long qui franchit la vallée du Tarn et s’affirme d’emblée comme « l’ouvrage de tous les records »: posé sur sept piles blanches (dont la plus haute du monde: 245 m), tendu de 154 haubans monumentaux qui signent l’élégance de sa silhouette et assurent le maintien à l’horizontale d’un tablier de 36 000 tonnes, le viaduc culmine à 349 m et coiffe la tour Eiffel au poteau. C’est le dernier maillon, le plus spectaculaire, de l’autoroute A75 qui relie Clermont-Ferrand à Béziers et décharge la vallée du Rhône. Son objectif: résorber les bouchons qui saturent Millau, en s’appuyant au nord de la vallée sur le Causse rouge, au sud sur le Causse du Larzac. « J’entendais parler de ce projet depuis mon enfance », se souvient Laetitia Raisin-Robert, directrice adjointe de l’office de tourisme Millau Grands Causses. « Soit trente ans d’études, d’atermoiements et d’annonces politiques.

Et la double crainte, pour la population, d’un ouvrage moderne qui dégraderait l’intégrité des paysages et détournerait de Millau le flux des visiteurs ». L’ouvrage, d’un coût de près de 400 millions d’euros, est inauguré le 14 décembre 2004, sous le slogan « Millau s’ouvre au monde ».

La ruée vers le chantier

Les curieux n’ont pas attendu l’invitation. Dès les premières piles sorties de terre, la notoriété de ce viaduc hors normes a attiré les foules, déversées par autocars entiers au pied du chantier. Chargé par l’État de la construction et de l’exploitation du site, le groupe Eiffage est dépassé par ce succès. « Nous n’avions qu’un bungalow et deux hôtesses. Nous avons vite construit un vrai pavillon d’accueil et organisé avec l’office de tourisme, ainsi qu’une agence réceptive, des visites guidées qui ont évolué en même temps que le chantier. Jusqu’à vingt départs par jour, pour groupes et individuels, simples curieux et professionnels de l’ingénierie, population locale et internationale », explique Fatima El Ali, responsable des visites chez Eiffage.

De moins de 4 000 personnes en 2002, les visites passent à plus de 31 000 en 2004. Situé au pied des piles, le Viaduc Espace Info géré par Eiffage, qui présente la genèse de l’ouvrage, accueille alors jusqu’à 4 000 personnes par jour.

« On avait sous-estimé l’impact médiatique international du viaduc sur le Millavois », explique Laetitia Raison-Robert qui confirme que l’onde de choc a gagné tout le territoire, dopant pendant plusieurs années la fréquentation des sites alentours, comme les caves Roquefort Société (235 000 visiteurs en 2005, dont 35 % de groupes, un record). Durant la période du chantier, le département franchit le cap symbolique des dix millions de nuitées, tandis que la CCI de l’Aveyron note pour les restaurants et hôtels de Millau un taux d’accroissement de 10 % à 50 %.

Millau, sur la carte de France

Jusqu’à ce qu’en 2008 le phénomène se tasse. Aujourd’hui, les acteurs du tourisme estiment en chœur que les curseurs ont peu ou prou repris leur position d’avant le viaduc. Le même effet qu’au pont de Normandie: au bout de dix ans, la passion s’estompe, tente d’expliquer Serge Gaillard, élu de la CCI et gérant du Bowling de Millau. Il a constaté la fermeture des établissements hôteliers les plus fragiles de la ville et une baisse de la fréquentation groupes dans son propre hôtel-restaurant. Sur Millau, les réceptifs s’activent à retenir des touristes qui filent vers l’Espagne ou vers le Périgord voisin. Pourtant, le viaduc de Millau figure toujours dans le trio de tête des sites les plus visités en Aveyron. Combiné aux caves Roquefort Société, il place le département au 2ème rang national en terme de tourisme industriel. Ouvrage de génie civil et d’art à la fois, il a surtout permis d’identifier sur la carte de France une ville associée depuis les années 70 aux luttes du Larzac puis aux coups d’éclat de José Bové. Sylvie Holdrinet, qui a créé l’agence réceptive Destination Aveyron en partenariat avec Edgar Voyages, a accueilli près de 3 000 clients français en 2015 et programme des séjours en étoile de 2 à 6 jours autour de Millau, malgré une hôtellerie trop standard, qui (lui) fait rater des séminaires. Outre le viaduc, ses clients lui réclament l’abbatiale romane de Conques, le site templier de la Couvertoirade, Roquefort, les gorges du Tarn et une virée sur l’Aubrac. Elle a constaté que les émissions et les reportages consacrés au viaduc donnent désormais envie d’aller plus loin, ils ont suscité une regain d’intérêt pour la campagne, ses traditions, ses valeurs, son patrimoine, sa gastronomie.

Pour un tourisme multi-facettes

Ville d’Art et d’Histoire, capitale des sports de pleine nature, porte d’entrée des gorges du Tarn et du territoire Causses & Cévennes (classé au patrimoine mondial de l’Unesco), le Millau d’avant le viaduc bénéficiait déjà de solides infrastructures touristiques et d’une renommée certaine auprès des amateurs. Le Grand Site du Viaduc concentre de nombreuses pépites à trente kilomètres à la ronde qui favorisent plus que jamais un tourisme multi-facettes. C’est sur cette dimension authentique, durable et qualitative que misent aujourd’hui les différents partenaires locaux, Parc naturel régional des Grands Causses, offices de tourisme, mais aussi l’Agence de Développement touristique de l’Aveyron.Le département portait déjà une image de vivre-vrai, avec des promesses d’authenticité: le viaduc a rajouté une image de modernité et de technologie, sans que nous perdions de vue la richesse patrimoniale du département: paysages, bien-être, gastronomie… Notre volonté est de continuer à communiquer sur cet équilibre entre modernité et vivre-vrai, explique Jean-Luc Calmelly, président de l’Agence de développement touristique de l’Aveyron. L’effet Viaduc s’estompe-t-il? Non, sa lecture est différente. On est passé de l’aspect nouveauté/exploit technologique à un rôle de locomotive.

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