En mai 2010, le Centre Pompidou-Metz ouvrait ses portes. Il a accueilli depuis 3,1 millions de visiteurs. Même si la fréquentation diminue avec les années, son ouverture a eu et a toujours un impact sur l’image de Metz, trop souvent perçue comme une ville de garnison aux portes des vallées sidérurgique et minière. La métropole se développe et s’embellit.
Les Messins l’ont guetté. Découvrir sa silhouette en construction sur les bords de la Seille était devenu une promenade dominicale. Assister à la formation de ses jardins plissés et de son toit blanc ondulé, inspiré d’un chapeau japonais, était un émerveillement… ou source de raillerie, c’était selon. Les architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines ont conçu cette immense charpente en bois apparente et ces trois longues galeries avec vue plongeante sur Metz pour accueillir une première en France: la décentralisation du Musée national d’Art moderne. Un projet à 70 millions d’euros. Principal financeur, la communauté d’agglomération de Metz Métropole (235 000 habitants sur 44 communes) a injecté quelque 43 M€. La Région et le Département ont ajouté chacun 10 M€, l’État 4 M€ et l’Europe 2 M€. Le 12 mai 2010, l’exposition inaugurale « Chefs-d’œuvre? » a été à la hauteur: huit cents œuvres, venant pour la plupart du Pompidou Paris. Un succès! Toute la presse française est là, le président Sarkozy aussi. La première année, 800 000 visiteurs affluent. À l’office de tourisme de Metz, les chiffres font un bond de 62 % avec 622 000 contacts clients, et l’hôtellerie messine se classe parmi les parcs aux meilleurs résultats.
Mais assez vite les chiffres baissent: 550 000 visiteurs en 2011, 475 000 en 2012, 335 000 en 2013. L’année 2014 connaît un rebond (350 000) attribué en partie à l’exposition « Paparazzi! ». La baisse se confirme en 2015 avec 320 000 entrées, puis 300 000 en 2016. Sur une dizaine d’autocaristes contactés en Belgique, au Luxembourg, en Meuse, en Alsace, dans le Jura, le Loiret et à Paris, certains ne programment plus la destination et les autres oscillent entre un à trois voyages par an. Le président de la région Lorraine, Jean-Pierre Masseret estime que les résultats ne sont pas à la hauteur des investissements des collectivités. Il pointe du doigt le manque de fonds permanent, qui laisse parfois des galeries vides. En 2013, la ministre de la Culture, la Lorraine Aurélie Filippetti, enjoint à la direction de Pompidou Paris de prêter des œuvres sur plusieurs années, comme le Louvre le fait pour son antenne de Lens. Comme un symbole, le toit de l’édifice se met à verdir, des mousses apparaissent.
Dès 2012, l’établissement doit puiser 750 000 euros dans ses réserves pour boucler son budget. Financé à 90 % par les collectivités locales, il lui faut 12,80 M€ par an pour fonctionner. En 2015, les recettes baissent de 20 % et la subvention de la Région passe de 4 à 3 M€. Finalement, l’agglomération, la Ville de Metz et le Département volent au secours du musée. La première verse 5,10 M€, soit 550 000 euros de plus que d’habitude, Metz ajoute 150 000 euros (pour 550 000 euros en tout) et le conseil général passe de 300 000 à 386 000 euros. Pour autant, avec 3,1 millions d’entrées depuis 2010, le Centre Pompidou-Metz reste l’un des musées français les plus fréquentés hors de Paris, après le Louvre-Lens. 23 % des touristes viennent de l’étranger, essentiellement d’Allemagne, de Belgique et du Luxembourg. 53 % proviennent de la Grande Région, dont plus d’un tiers de Mosellans. Les visiteurs locaux sont fidèles, ils reviennent selon la programmation. Le Centre Pompidou-Metz et l’agence Metz Métropole Développement financent une étude annuelle sur les retombées économiques. La dernière version se base sur les chiffres de 2015, qui sont très bons: « Depuis son ouverture, le Centre Pompidou-Metz a engendré plus de 106 millions d’euros de chiffre d’affaires sur l’économie locale, hors transport. » 74 % des visiteurs effectuent au moins une dépense à Metz. Les non-Mosellans dépensent en moyenne 99 euros par personne. Et 54 % dorment au moins une nuit sur place, à Metz pour 70 % d’entre eux. Sur quatre visiteurs, trois viennent pour le musée, un pour Metz et ses rues commerçantes, puisque le shopping arrive en tête des motivations. À noter que 6 % ont profité d’un déplacement professionnel pour se rendre à Pompidou.
Côté restaurateurs, les avis sont mitigés. « On ne ressent rien au niveau de la restauration, ni de la brasserie », assure Henry Della-Catta, après un petit sondage sur la place très fréquentée du centre-ville où il tient son bar. « La première année, il y a eu beaucoup de monde parce qu’il y avait de la pub mais depuis plus rien. Il y a des touristes qui viennent voir Metz et vont au Centre Pompidou, c’est plutôt dans ce sens que l’inverse. » Sandro Di Bernardi, restaurateur dans le centre-ville historique, tempère, parlant d’un « rythme de croisière » qui s’est instauré et apporte une autre vision: « Il n’y a pas que l’effet Pompidou, mais l’éclairage que cela donne: la ville est devenue attractive, des tour-opérateurs la mettent en circuit, on est dans leur base de données. Nous avons des demandes de groupes que nous n’avions pas avant. Et c’est nouveau, des Espagnols, des Italiens. Ils sont toujours surpris par la beauté de la ville. » Il est rejoint dans son analyse par l’association L’Œuvre laïque de la cathédrale, qui constate une recrudescence des visites. « Tous les Hollandais, Belges et Luxembourgeois qui prennent l’autoroute du Sud s’arrêtent plus volontiers une demi-journée ou une journée à Metz. » De fait, 65 % des visiteurs, dont la dernière visite remonte à plus de cinq ans, trouvent que la ville s’est améliorée. « Metz est une très belle ville », confirme une Meusienne qui travaille dans le tourisme. « Depuis Verdun, beaucoup y vont en voiture. Avant on allait faire nos courses à Nancy, mais Metz s’est dynamisée. »
À Metz, Pompidou a été la première pierre du quartier de l’Amphithéâtre, qui sort de terre ex-nihilo derrière la gare. Des îlots de bureaux et d’habitation ont surgi. En septembre 2018, le nouveau centre des congrès Robert-Schuman va ouvrir. « Ce sera une belle dynamique pour le quartier », promet son directeur Mathias Lucien Rapeaud, qui entrevoit déjà entre 160 et 200 événements par an. Il suffira de descendre du TGV pour accéder à la structure de 1 200 places et à un hôtel Campanile de cent chambres. « Le tourisme d’affaires génère des flux réguliers, les gens restent quelques jours et vont visiter le centre-ville, manger au restaurant… », rappelle le premier adjoint de Metz, Richard Lioger. « La grosse question est de savoir quel va être le flux de personnes qui viendront jusqu’au centre », s’interroge Pascal Chauveau, le directeur du Novotel de Metz-Centre. D’autant qu’en octobre, Muse ouvrira à côté du musée, soit 100 000 m2 dont un tiers de surfaces de vente, des bureaux et de l’habitat. Coût de l’opération: 330 M€ sur fonds privés. Pour finir, de grands noms sont annoncés. Le designer, Philippe Starck va créer un incroyable hôtel quatre étoiles: une tour de verre dépoli de 38 mètres surmontée d’une maison à colombages, réplique d’un hôtel particulier du quartier impérial, avenue Foch. Et tout autour, un jardin terrasse. Kinepolis devrait implanter en face un cinéma de huit salles. Quant à Michel Roth, l’ancien chef du Ritz, il revient au pays signer la carte du Buffet de la gare. Pour couronner le tout, l’Assemblée nationale a voté la création de sept nouvelles métropoles, dont celle de Metz. Ce qui devrait accroître sa visibilité… et les soutiens financiers de l’État.
À l’été 2008, les restructurations militaires sont annoncées. La Lorraine perd des bataillons entiers. Au même moment, le Centre Pompidou-Metz sort de terre au milieu des friches derrière la gare. En parallèle, la municipalité de Metz et la communauté d’agglomération de la région messine créent Metz Métropole Développement, une agence économique chargée de prospecter et de vendre la destination. L’enveloppe de 800 000 euros de l’État au titre du contrat de redynamisation économique du territoire va les y aider. Dans un premier temps, l’agence s’associe à la campagne de teasing de Pompidou, à hauteur de 100 000 euros: dans le métro parisien apparaissent des affiches avec Dali déclarant, moustaches en l’air: « Je m’installe à Metz ». Idem avec Picasso et Warhol. « Puis nous avons souhaité reprendre la parole », explique Marina Lallement-Wagner, directrice de la communication de l’agence. En octobre 2010 sort une campagne au ton très décalé pour une collectivité territoriale: « Je veux Metz ». Un bébé inconsolable de ne pas être à Metz, une salariée furieuse de ne pas y avoir été mutée… La campagne finit même dans les manuels scolaires. « Ça nous a offert une visibilité », poursuit Marina Lallement-Wagner. Sur les salons professionnels, Metz devient plus facile à identifier, à 1 h 20 de TGV depuis Paris, proche de l’Allemagne, du Luxembourg et de la Belgique. « Les investisseurs privés croient en Metz », assure la directrice. L’ouverture en 2014 de Waves, un centre commercial de quarante-cinq enseignes à Moulin-lès-Metz, et celle de l’ensemble Muse en octobre près du Centre Pompidou lui donnent raison. Leur dernière trouvaille: un logo. Un quadrilatère rappelant le QuattroPole Luxembourg-Metz-Sarrebruck-Trèves et ce message simple: “Inspire Metz”.
Avec 600 000 visiteurs l’an dernier, la cathédrale Saint-Étienne de Metz compte parmi les dix cathédrales les plus fréquentées de France. Elle affiche les plus hautes verrières gothiques d’Europe et la plus grande surface vitrée (6 500 m2) de France, dont des vitraux signés Chagall. Ce qui lui vaut le surnom de « Lanterne du bon Dieu ». La cathédrale s’ouvre sur les pavés de la place d’Armes, en pierre jaune doré de Jaumont. En contrebas, après la très belle place de Chambre, des ponts ouvrent sur le quartier des îles, avec l’Opéra-Théâtre et le temple protestant. Puis une coulée verte s’étend vers le plan d’eau qui accueille Metz-Plage et les Mongolfiades. Autre tourisme événementiel dans la ville: le festival Littérature & Journalisme, le marathon… Quant au parc des expositions de Metz Métropole, il enregistre environ 800 000 entrées par an. La structure qui le gère, Metz Événements, sera aussi aux manettes du futur centre des congrès.
Dans le centre gallo-romain. Les ruelles du centre-ville historique offrent une plongée dans le passé gallo-romain. Sur la colline Sainte-Croix, de nombreux vestiges sont exposés au musée de la Cour d’Or (42 000 visiteurs par an), qui fut en son temps le grenier à blé de la ville. Le plateau piétonnier et commerçant attire toujours les visiteurs. Il faut imaginer un cortège de chars et de personnes déguisées serpentant ces artères pour la fête de la Mirabelle. Il débouche sur la place de la République qui accueille de nombreux concerts et événements, dont la Féerie de glace (150 000 entrées) et l’un des huit marchés de Noël de la ville, qui réchauffent deux millions de personnes emmitouflées.
Classement Unesco. Près de la gare, le quartier impérial, construit par les Allemands durant l’annexion, est majestueux. La ville a d’ailleurs déposé un dossier de candidature en vue d’un classement au patrimoine mondial de l’Unesco sous l’intitulé « Metz Royale & Impériale ». Avec des soutiens de renom comme Robert et Élisabeth Badinter.
Tourisme de mémoire. Près de la frontière allemande, à Rohrbach-lès-Bitche, le fort Casso est l’un des maillons de la ligne Maginot. À Natzweiler en Alsace, le Struthof fut le seul camp de concentration sur le territoire français. Il existe des cimetières américains, en Meuse et en Moselle, ainsi que le mémorial américain de la butte de Montsec. Mais ils sont moins fréquentés que les sites de la Grande Guerre autour de Verdun. Dans un tout autre registre, sur les vestiges de la sidérurgie, la zone de loisirs d’Amnéville tire son épingle du jeu avec un Casino pesant 800 000 entrées par an, des thermes à 600 000 entrées, une salle de spectacles, un zoo, une piste de ski indoor…
« Pour le marché hôtelier on peut dire qu’il y a eu un avant et un après Pompidou, c’est indéniable. Avant, nous avions 80 % de clientèle professionnelle pour 20 % de loisirs. Depuis 2010, la segmentation a changé, on a du 50-50 encore aujourd’hui. On a constaté aussi une vraie progression du taux d’occupation, de l’ordre de 2 000 chambres sur l’année. Cela a été identique en 2011, 2012… Jusqu’à 2015. En 2016, nous avons noté une baisse de la clientèle touristique, mais comme partout en raison du sentiment d’insécurité lié aux attentats. Le Centre Pompidou a fait parler de Metz, devenue une ville touristique qui attire. On compte un flux de touristes toute l’année avec une activité saisonnière, le pic se maintient d’avril à fin septembre. Les touristes viennent essentiellement d’Allemagne et du Benelux. Ils font d’autres visites, comme la cathédrale, le musée de la Cour d’Or… Et ils nous disent: “Finalement, vous avez une très belle ville! On reviendra.” »