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À 80 ans, Le Basque Bondissant tient toujours la corde

Producteur | Réussite | publié le : 01.04.2017 | Dernière Mise à jour : 24.06.2019

Auteur

  • Brigitte Ducasse

Seul aux commandes du Basque Bondissant depuis 1998, Joël Arcondeguy, 52 ans, a su poursuivre la route ouverte en 1936 par ses grands-parents, puis son père et son oncle. De vingt-deux salariés et quatorze véhicules à son arrivée, le transporteur est passé à cent salariés et soixante-quinze véhicules en 2015. Entre activités de tourisme, lignes régulières, transport scolaire et de salariés, l’entreprise reste le plus gros transporteur du Pays basque, même après une année 2016 pleine d’épreuves, qui a vu la perte d’un marché public amputant son chiffre d’affaires de 25 %. Mais les bons leviers sont activés pour rebondir.

Le Basque Bondissant, l’homme, c’est Pascal Arcondeguy, surnommé ainsi par ses copains de régiment impressionnés par son agilité à faire tomber un couteau fiché dans le mur en effectuant un large ciseau avec ses jambes! Le nom de l’entreprise fondé en 1936 résonne d’une joyeuse modernité et préfigurait déjà une grande longévité… La « force basque » n’a rien d’un mythe! Aujourd’hui à la tête d’une entreprise qu’il a su faire fructifier – 8,5 millions de chiffre d’affaires en 2016 –, Joël Arcondeguy aime à raconter: « Mon grand-père conduisait des calèches qui transportaient les riches clients des grands hôtels de la côte basque. Puis il a épousé la fille de la famille Dublanc, laquelle avait créé au Pays basque les Autocars Pullman Basques. Mon grand-père a acheté une ligne régulière non exploitée, Saint-Jean-de-Luz/Sare, point de départ du petit train de la Rhune. L’aventure a démarré avec un seul bus, ma grand-mère Georgette était à la comptabilité. »

En 1963, l’entreprise élargit la gamme. Deux nouveaux véhicules invitent à des excursions estivales et aux « Dimanches à la neige ». Le virage du tourisme est bel et bien amorcé lorsqu’au décès du couple de fondateurs en 1973, leurs deux fils, Agustin et Michel, déjà à pied d’œuvre dans l’entreprise depuis quelque dix ans, reprennent le flambeau d’une société qui compte alors quatre salariés et six autocars.

Le Basque Bondissant n’est pas en mal de ressources. En 1971, Agustin a l’idée de créer Intercars, fondé avec seize autres transporteurs, la plupart de la région. L’entreprise assure jusqu’à quarante-deux lignes régulières, vers l’Espagne, le Portugal, mais aussi la Russie, la Pologne au moment de son rachat par Eurolines en 2003.

Au décès brutal de Michel Arcondeguy en 1998, la troisième génération prend la relève. Contrairement à son père Agustin, Joël Arcondeguy a toujours voulu travailler dans l’entreprise familiale. Un DUT gestion logistique et transport en poche, celui qui a grandi avec l’entreprise, rejoint la filiale Intercars. Il fait ses preuves en tant que directeur; à la veille de son départ, cette société réalisait 10 millions de chiffre d’affaires et transportait 250 000 voyageurs. En 1998, développer Le Basque Bondissant sera désormais son nouveau challenge.

Le développement passe par une croissance externe

À peine arrivé, le patron fait son marché: « Il s’agissait à chaque fois d’opportunités. Des entrepreneurs que l’on connaissait, que l’on côtoyait, des sociétés qui n’avaient pas de successeurs, ou dont les patrons n’avaient pas envie de continuer. » En moins de huit ans, Le Basque Bondissant rachète six autocaristes qui viennent renforcer ses trois activités, lignes régulières, scolaires, tourisme: 1999, Diharce à Ainhoa et ses sept véhicules; 2000, Autocars Lata à Saint-Pée-sur-Nivelle avec six véhicules; 2001, Le Pullman Basque à Saint-Jean-de-Luz, dix véhicules et des lignes internationales; 2003, Doyhenard à Urcuit, six bus; 2004, Voyages Océan Pyrénées à Biarritz, vingt-cinq véhicules.

2007 marque une étape décisive, l’acquisition à Tarnos, dans les Landes, des Autocars Larronde et de son réseau d’agences de voyages qui permet de gagner vingt-cinq véhicules, mais surtout apporte dans sa corbeille un immense site de 10 000 m2 et 3 500 m2 de bureaux. Il deviendra le dépôt principal du Basque Bondissant. Il se trouve à trente minutes de la zone commerciale de Jalday à Saint-Jean-de-Luz où l’entreprise avait migré en 2002. Tarnos est une implantation stratégique, en termes de marchés et d’assistance puisqu’ici se trouve aussi ABL Maintenance, la société de garage.

Joël Arcondeguy ne le cache pas: « Pendant cinq ans, c’était un peu un patchwork d’entreprises, il a fallu homogénéiser la flotte, la mettre aux couleurs, fusionner toutes les entreprises. On a laissé un peu de temps pour que les clients s’habituent. Petit à petit toutes les marques ont migré. » Et d’ajouter: « Quand on a fait l’opération Larronde, on avait déjà cinquante-cinq véhicules. Nous avons accéléré par la suite, jusqu’à quelque cent véhicules. Et la clientèle a suivi. » Le recrutement d’un directeur général s’est imposé. Pierre-Guy Le Cadre est en poste depuis 2004 et forme un tandem de confiance avec son patron. Homme d’expérience, très impliqué dans le tissu local, le DG est membre fondateur de GOazen, le cluster touristique du Pays basque, monté à l’initiative de la chambre de commerce, visant à doper la compétitivité des entreprises de tourisme. Une force pour celui qui analyse: « Toute entreprise connaît des cycles de vie, c’est pourquoi, elle doit examiner scrupuleusement la performance de son système de production et de fonctionnement, pour rester le plus longtemps possible dans la phase de maturité. » Une maturité qui a conduit le Basque Bondissant à revisiter le segment tourisme. Héritière d’un réseau d’agences de voyages avec le rachat de Larronde – à Bayonne, Tarnos, Cambo-les-Bains, Saint-Jean-de-Luz et Pau –, la structure qui les regroupait, Euskal Tours, a été liquidée en 2015.

Le tourisme: 50 % de l’activité

En 2009, le premier site Internet avec vente en ligne d’excursions et de voyages fait son apparition sur la Toile. La nouvelle version, en mars 2016, intègre une centrale de réservations pour chaque événement, une visualisation de chacune des lignes régulières et leur arrêt sur Google Maps. L’activité tourisme et grand tourisme représente plus de la moitié du chiffre d’affaires. De fait, l’activité de l’entreprise s’est recentrée sur son cœur de métier: le transport de voyageurs.

De mars à septembre, le succès des excursions à la journée, sur une programmation maison ne se dément pas, villages de caractère du Pays basque, Bilbao et le musée Guggenheim… Joël Arcondeguy précise: « C’est un bus par jour, voire plus. On est revendu dans les hôtels, les offices du tourisme, les campings, sur notre site Internet. » Le Basque Bondissant travaille aussi avec bon nombre d’agences de voyages à commencer pour Le Tourisme Basque, fondée par la famille Arcondeguy en 1977, une agence indépendante mais détenue et toujours dirigée par Chantal Arcondeguy, la sœur de feu Michel. Des tour-opérateurs nationaux, tel Kuoni sont aussi de fidèles prescripteurs.

Sur l’activité outgoing, soit 40 % du chiffre d’affaires tourisme, les autocars traversent l’Europe jusqu’à Moscou, à la demande des clubs du troisième âge, d’associations, d’agences… « On va partout où l’on nous demande d’aller. Nous n’avons plus de production propre, on est 100 % transporteurs », insiste le patron dont le credo est « Souplesse, réactivité et savoir-faire ». Non négligeable, la société basque est le transporteur officiel du club de rugby l’Aviron Bayonnais, soit entre le déplacement des jeunes de l’Académie et ceux de l’équipe première, un chiffre d’affaires de 75 000 euros par an.

Des lignes régulières qui s’étoffent avec le Ouibus du Basque Bondissant

Nouvelle corde à son arc, le Basque Bondissant a investi dans les bus Macron. Joël Arcondeguy explique: « Au départ, c’est un choix personnel. Quand j’étais à Intercars, j’assurais des lignes internationales. On attendait depuis longtemps la fin du monopole sur les lignes nationales. Quand la loi du 6 août 2015 est passée, on a foncé. On était d’autant plus prêt que l’on avait anticipé. On a ouvert une ligne Côte basque-Toulouse, dès avril 2015 avec Starshipper. Mais c’est le Basque Bondissant qui prend tous les risques commerciaux. Aujourd’hui, on l’exploite sous franchise Ouibus (NDLR Starshipper a rejoint la filiale de la SNCF). En plus de la vente via leur site, nous avons notre propre commercialisation. Et l’on est maître de nos tarifs. » L’axe San Sebastian-Toulouse, proposé à partir de 15 euros (cinq heures de trajet pour 350 km) dessert Hendaye, Saint-Jean-de-Luz, Biarritz, Bayonne, Pau et Tarbes, avec, tous les jours, y compris le dimanche, deux départs quotidiens dans chaque sens. Les gares d’embarquement sont totalement neuves. « À San Sebastian, la gare routière a été inaugurée il y a sept mois, elle est complètement couverte avec une salle d’attente, une salle pour les chauffeurs. À Bayonne, nous partons de la place des Basques et à Toulouse de la gare routière, idéalement située à côté de la gare SNCF Matabiau et du métro. » Moins de deux ans après son lancement, la ligne assurée par un Irisart i6 (quinze mètres pour soixante places – trois bus achetés) affichait une moyenne de 4 500 passagers par mois et un taux d’occupation moyen de 53 %. « On ne pensait pas atteindre ce résultat si tôt. Aujourd’hui, nous sommes à l’équilibre », se réjouit Joël Arcondeguy. Et de détailler: « Pour 35 %, la clientèle est jeune. Ensuite, viennent les 55 ans et plus. À notre grande surprise, nous avons une clientèle d’actifs, des gens du Pays basque qui travaillent à Toulouse. Et, 20 % de notre clientèle est étrangère. Beaucoup de Basques espagnols viennent surfer sur nos côtes, mais aussi des Australiens, Néozélandais, Mexicains, Japonais et Coréens, c’est impressionnant! » Une fréquence supplémentaire pourrait être ajoutée l’été prochain.

Lignes régulières: coup dur

L’année 2016, celle des 80 ans, se devait d’être joyeuse avec une belle fête à la clef. C’était sans compter sur la dure loi des marchés publics. Le 24 mars 2016, la délégation de service public (DSP) pour la gestion dès septembre des transports scolaires et réguliers de l’agglomération Sud Pays basque était remportée par le concurrent Transdev. De facto Le Basque Bondissant a perdu dans le package sa ligne de toujours, Saint-Jean-de-Luz/Sare, celle-là même qui avait donné naissance à l’entreprise. Le coup porté est violent: 25 % de chiffre d’affaires en moins, dix-huit personnes licenciées… « La différence de coût était de 1 % », déplore Joël Arcondeguy qui souligne: « Depuis cinq à six ans, les appels d’offres lancés notamment pas les collectivités sont de plus en plus complexes pour les transporteurs, avec de plus en plus d’exigences et des budgets à la baisse. » D’où la création en 2012, d’une filiale, Autocars du Sud-Ouest (ASO), société par actions simplifiée présidée par Joël Arcondeguy, fondée avec d’autres transporteurs locaux, Autocars Saffores à Arraute-Charritte (64) et Autocars Hiruak Bat (Bayonne), elle réunit vingt-deux véhicules. Son but: répondre à un certain nombre de marchés, principalement le ramassage scolaire.

Rebondir, justement le transporteur basque s’y emploie. D’autant que la relève est en marche. Célia, vingt-trois ans, la fille aînée de Joël Arcondeguy, en école de commerce spécialisation transport de voyageurs, a intégré l’entreprise par le biais de l’alternance. Comme tous les salariés du Basque Bondissant, elle possède déjà son permis D!

Le Basque Bondissant en résumé

CA 2016: 8,5 millions d’euros.

Dont 50 % en service régulier:

• transport de personnel, 12 véhicules pour Dassault Aviation (à Anglet) 150 personnes chaque jour de semaine et Turboméca (à Tarnos) 224 jours par an;

• deux lignes régulières: Bayonne/Cambo et Bayonne/Hasparren: 7 véhicules de ligne Mercedes Induro, 50 places, 60 000 passagers par an;

• ramassage scolaire primaire, collège, lycée, 180 jours par an, 22 véhicules pour 1 100 passagers par jour.

Dont 50 % en tourisme:

• 60 % réceptif local (excursions locales, programmation maison l’été d’avril à fin octobre);

• 40 % en outgoing transport pour des agences de voyages ou clients directs.

Flotte: 78 véhicules: 52 dédiés aux lignes scolaires, 12 aux Grand Tourisme et Tourisme, 7 aux lignes urbaines, et 7 minibus.

Marques: Mercedes-Benz Intouro, Mercedes-Benz Sprinter, Scania Irizar, VDL.

Personnel: 78 dont 72 conducteurs.

Deux dépôts: à Saint-Jean-de-Luz (64) dans la zone industrielle de Jalday, 3 500 m2 + 100 m2 de bureaux, une seule personne; à Tarnos (40) 10 000 m2 et 3 500 m2 de bureaux.

Membre du réseau Réunir, le 1er réseau de PME indépendantes du transport de voyageurs en France.

Deux filiales: ABL Maintenance à Tarnos, garage-maintenance; Autocars du Sud-Ouest, créés avec deux autres autocaristes afin de démarcher des marchés publics.

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