Pour une première approche de l’inépuisable Islande, la Route 1 est idéale pour douze à quinze jours de circuits. Volcanisme, mais aussi vie rurale et le reste. Elle passe par certains des plus beaux sites naturels du pays, mais il faut parfois oser quitter cette « voie royale » pour prendre une autre route de traverse. C’est l’occasion de s’aventurer vers des lieux au moins aussi spectaculaires qui méritent un détour. Reykjanes, Snæfellsnes ou les Westfjords ne sont qu’à une portée de roues d’autocar.
Il y a celle de Memphis et il y a la 66. Il y a celles du vin – qu’on semble trouver jusqu’en Angleterre –, et puis il y a la Route 1. La Route 1 islandaise. Elle a une particularité: elle fait le tour de l’île. Oh, pas en explorant le moindre repli de la côte – ce que se réserve, par exemple, la Route 2, dans le nord-ouest, beaucoup plus corsée –, mais en n’étant jamais très loin des attractions majeures du pays. Seule, la sauvagerie de telle péninsule ou le profil de tel fjord mythique suggère parfois de s’écarter de ce canevas bien pratique.
À vrai dire, puisque vous arriverez par l’aéroport de Keflavik, vous commencerez forcément par une voie secondaire, pour n’atteindre la « Une » qu’à l’orée de Reykjavik, la capitale. N’oubliez pas le premier arrêt au Vikingaheimar, où l’on monte à bord d’un drakkar reconstitué en l’an 2000 pour le millénaire de la découverte de l’Amérique par l’Islandais Leif Eriksson. Le vaisseau à rames et à voile, dont la résistance à la haute mer doit tout à la souplesse de sa coque, a ainsi accompli une traversée commémorative. Jusqu’à New York. Le musée de Keflavik est une excellente introduction au monde viking, que chérit l’âme nationale. Keflavik est aussi l’occasion d’un détour de deux heures, arrêts compris, en ne cinglant pas directement sur la capitale, mais en faisant le tour de la péninsule par l’ouest et le sud, via notamment la piscine géothermique du Lagon Bleu (Blaa Lonid), où l’on peut se baigner, ou passer à pied de l’Amérique à l’Europe en marchant sur la passerelle qui enjambe la faille où se joignent les deux plaques tectoniques. Car comme la Turquie, la Russie ou l’Égypte, l’Islande est à cheval sur deux continents. Quoi qu’il en soit, cette courte boucle est une excellente mise en jambe avant le grand tour du pays.
La Route 1 a l’avantage de ses inconvénients: elle est circulaire, formant donc une boucle parfaite, vrai de vrai. À moins de disposer d’un de ces incroyables autocars 4x4 que vous croiserez au pied des glaciers, il est impossible de prendre un raccourci pour en court-circuiter des portions plus marginales pour un premier voyage, la partie nord-est du pays, par exemple, qui s’adresse davantage aux initiés. La seule alternative est un circuit en étoile depuis Reykjavik – mais vous manquerez alors beaucoup de sites touristiques, trop éloignés pour une excursion d’une journée. En dehors de cela, le choix se limite donc à parcourir la Route 1 dans le sens des aiguilles d’une montre ou l’inverse.
Reykjavik est atypique. Comme sur une tarte aux pommes, les autoroutes ont posé leurs quatre croisillons, et la cité doit s’en accommoder, tentant de ne pas trop séparer le quartier du carré des ambassades des rues touristiques du centre où les boutiques de souvenir concurrentes vous infligent l’embarras du choix. S’il y a un musée à voir en ville, c’est le musée national. Épées médiévales, bijoux, maquettes de huttes, panoplie pour la chasse à la baleine, le requin ou la morue, billot du bourreau local, drapeau indépendantiste… Le musée se parcourt au feeling, un audio guide à l’oreille plutôt qu’en une visite trop cadrée. Sur le port où de grands yachts croisent des bateaux gris des garde-côtes, le musée maritime mérite aussi une halte. Non loin de là est posé le cube de verre de l’Harpa, centre de la musique qui a survécu aux coupes claires d’un projet de « Nouveau Reykjavik » frappé par la crise de 2008, et en haut de la colline du centre-ville, trône la vertigineuse cathédrale de béton.
Quittant Reykjavik et la côte ouest, la Route 1 file vers le nord. Au lieu de prendre les six kilomètres du tunnel de Hvalfjördur, un détour permet de découvrir votre premier fjord islandais, glissant ainsi un centre d’intérêt supplémentaire sur la route de Blönduos. En chemin, le musée de la Colonisation de Borgarnes dresse un portrait rapide de l’histoire islandaise. Il est complété par une évocation des sagas, l’Iliade et l’Odyssée des Scandinaves. Les autocaristes qui font le « grand tour » ont l’habitude de commencer par le sud. Faire l’inverse peut être une astuce pour ne pas être aux mêmes endroits aux mêmes heures.
De Blönduos, il faut quitter un temps la Route 1 pour visiter la ferme de tourbe, aux relents de guerre de tranchées, de Glaumbaer. Il en existe d’autres, mais Glaumbaer reste la plus étonnante, avec le dortoir des valets de ferme ou la réserve de salaisons. Ensuite, tournant vers l’est à Saudarkrokur, vous empruntez une longue digue fendant une magnifique étendue de dunes de sable noir. Boudant toujours la Route 1, vous montez plus haut sur la péninsule, faisant halte au joli village marin de Hofsos, avant de poursuivre vers les bâtiments du formidable musée de la pêche au hareng de Siglufjördur. La redescente se fait par une série de tunnels jusqu’à Dalvik, avant de piquer vers la charmante Akureyri et ses airs de bourgade anglaise.
Elle est ouverte toute l’année, mais la période de Noël rend obligatoire un petit tour à la Maison de Noël (Julahusid), au sud de la ville. On y vend toutes les décorations du monde scandinave, et c’est l’occasion de faire connaissance avec la sorcière Gryla et ses treize enfants, les malfaisants pères Noël islandais. Chacun a sa spécialité: claquer les portes, mater au carreau, voler les saucisses, lamper les jattes de skyr – le délicieux fromage blanc national. Le reliquat d’une mythologie flamboyante dopée par les jeux extrêmes des solstices, la météo instable et l’échelle hors normes du relief.
C’est dans l’impitoyable cataracte de Godafoss (la « cascade des Dieux ») que les chrétiens islandais fraîchement convertis jetèrent les statues des Thor, des Odin, des Freyja et autres anciennes divinités qui avaient fait leur fortune. Ainsi s’inaugurait solennellement une longue période d’intolérance. À moins d’avoir placé l’incursion vers Gullfoss en début et non en fin de voyage, Godafoss sera votre première chute d’eau, et encore sous le choc, vous pénétrez presque sans transition dans le petit monde volcanique du lac de Myvatn (le bien nommé « lac des moucherons »). Le lac requiert une journée à lui seul, pour grimper les cratères, détailler ses enclumes de tuf presque asiatiques plantées dans l’eau verte, passer des cols de laves éteintes mais toujours rougeoyantes, se délasser dans une des piscines géothermiques de Reykjahlid, avant de conclure par le champ de fumerolles et de cuves de boues grises de Hverir, monde onirique et infernal qui éructe ses haleines de soufre et d’ammoniaque.
Le jour suivant est consacré à un autre Niagara islandais, Dettifoss, sans doute la chute la plus impressionnante. Depuis le nord, l’accès est plus que difficile pour un autocar; il faudra donc passer par le sud. Cela force aussi à faire un aller-retour vers Husavik, capitale des baleines où un très bon musée (Hvalasfnid) leur est consacré. À coups d’anecdotes, il présente le prodigieux animal sous toutes les coutures: différentes espèces, mode de vie, histoire commune avec l’homme, utilisation de ce fascinant mammifère que l’Islande n’a pas renoncé à chasser. Si l’on a prévu le temps nécessaire – un minimum de trois heures –, Husavik est un appel à prendre la mer, sur un de ses bateaux équipés pour le « whale watching », faire quelques encablures hors du fjord, et voir les cétacés en chair et en os. Le reste de la journée sera consacré à rouler à travers les vallées échancrées mais monotones: direction Egilsstadir, ville sans grand intérêt, mais porte stratégique des fjords de l’est.
L’est de l’île rayonne de tous ces fjords, qui se risquent dans la mer comme les piquants émoussés d’un oursin. Un déjeuner dans un des hameaux qui jalonnent le flanc sud de chaque doigt de terre peut être intéressant, mais aucun Français ne doit manquer le Faskrudfjördur. Derrière une barrière blanche et sous un drapeau tricolore, s’étend le cimetière de dizaines de pêcheurs partis de Bretagne ou de Normandie, pour pêcher ici la morue, comme dans le Pêcheurs d’Islande de l’écrivain Pierre Loti. Leur ancien dispensaire, l’hôtel du village, a organisé un petit musée pourtant très bien fait: outre les reliques d’époque, on y a reconstitué le pont d’un bateau de pêche et la salle de consultation du médecin, recruté et payé par la France pour soigner ses ouailles lointaines.
Passant de l’est au sud, la côte s’assagit. Depuis la route, on découvre peu à peu les longues barres parallèles des rubans alluviaux, collant au littoral, digues naturelles fermant des lagons verdis où par milliers trompettent les cygnes. Tout à coup, c’est la tache éblouissante du glacier du Lac (Vatnajökull), le plus grand d’Islande, aux reflets bleutés. Cette étendue glaciaire née d’un étang volcanique semble déborder de partout d’une cuvette trop étroite, saturée de blocs de glace aux arêtes aiguës qui ne sont pas sans rappeler celles d’une barre de Toblerone. Une large rivière en coule vers la mer, accumulant comme un gosier ces éclats de glacier soudain devenus des milliers de petits icebergs au milieu desquels patrouillent les phoques. Des véhicules tout-terrain colossaux attendent les groupes, qui permettent d’explorer ce monde qui vous fait perdre le sens du système métrique.
Suivant à nouveau la côte, vous traversez d’immenses plaines anthracite, que fissure le zigzag d’une multitude de torrents. Enfin, c’est Vik et ses plages noires. Ce village est la capitale des macareux, qui font des va-et-vient entre la falaise de tuf et les bancs de poissons qu’ils mettent en pièces de leur bec multicolore, coupant comme des tenailles. Au bout du cap se dresse un trident de roc, et derrière, des portiques naturels: Vik est un peu l’Étretat islandais – bien que le lent dépôt de la craie sédimentaire soit ici remplacé par le cri des orgues basaltiques, issues de la brusque coagulation des laves dans les vagues enfumées. Passé Vik, le musée de Skogar est sans doute le plus complet pour plonger dans la vie traditionnelle de l’Islandais d’il y a cinquante ans. À côté d’une stupéfiante exposition sur l’histoire de la communication et des transports sur l’île, voici maisonnettes meublées d’époque, école, église transplantées ici au fil des années pour former un délicat musée à ciel ouvert. Il est complété par une galerie d’art et traditions populaires inépuisable.
Même si les jets d’eau ont baissé dans leurs prétentions, Geysir – à l’origine du nom commun geyser – reste le must d’un voyage islandais. Ces curieux siphons fonctionnent à intervalle régulier. Le plus grand, qui crachait jadis à 170 mètres, n’a plus que des accès atténués et de plus en plus rares. Un geyser au jet plus modeste a cependant pris le relais… qui se manifeste toutes les trois-quatre minutes: dans son bassin, les remous étranges de l’eau bleue se mettent à former une bulle gigantesque, qui crève en une colonne d’eau bouillante montant à plusieurs mètres. À côté de Geysir, la « cascade d’or » de Gullfoss bande par beau temps son somptueux arc-en-ciel. Avant de boucler la boucle à Reykjavik, il faut stopper à Thingvellir: créé au Moyen Âge, l’Althing (littéralement le « Conseil général ») se réunissait une fois l’an sur les lèvres de la faille volcaniques. Les thing (conseils) rendaient la justice locale, mais pour les décisions touchant l’ensemble de l’île et les délits les plus « graves », des représentants de toute l’Islande convergeaient ici. Un drapeau islandais désigne la hauteur où un dignitaire, choisi pour sa sagesse et sa mémoire, récitait la Loi coutumière. Dans la rivière qui passe au-dessous, on noyait les femmes adultères, et l’on voit toujours les vestiges des huttes sommaires dans lesquelles les « députés » logeaient. Le plus vieux parlement du monde.
Vikingaheimar
1 Víkingabraut, 260 Keflavík
Tél.: + 354 422 2000
Site: www.vikingaheimar.is
Harpa
2 Austurbakki, 101 Reykjavík
Tél.: + 354 528 5009
E-mail:
Site: en.harpa.is
À Selfoss
Fosstun Appartment Hotel
32 appartements. En option bed and breakfast, pour ceux qui apprécient les avantages d’une nuit en appartement (faire sa cuisine soi-même ou aller au restaurant à ses frais), dans une ville stratégique où l’on trouve pas mal de restaurants et de centres commerciaux. Propre, bien aménagé. Service chaleureux et arrangeant. Attention, ouvert seulement du 1er juin au 15 août!
Tél.: + 354 615 4699
Site: www.fosstun.is
Dans la région du Vatnajökull
Smyrlabjörg
45 chambres. Au milieu des rochers, belle vue sur les dunes avec la mer au loin. Pratique, propre, mais parfois avec la salle de bains à partager. On apprécie le buffet qui sert des produits de la ferme. Service jeune et attentif. Membre d’Icelandic Farms.
Tél.: + 354 478 1074
Site: www.smyrlabjorg.is
À proximité de Vik i Myrdal
Katla
72 chambres. Sous de puissantes falaises où crient les macareux, ce membre d’Icelandic Farms propose des chambres simples mais confortables. Petit bain extérieur géothermique à 38 °C… pour les premiers arrivés. Un grand buffet avec des produits venus des fermes et pêcheries voisines.
Tél. + 354 487 1208
Site: hotelkatla.is
Eskifjördur, vers Egilstadir
Randulf’s Sea House
Pour petits groupes: cuisine soignée dans un hangar de pêche encore encombré de tout son matériel. À l’étage, on visite le logement d’un pêcheur et de son équipe, laissé 50 ans à l’abandon et présenté intact!
Tél.: + 354 47 71 247
Site: www.mjoeyri.is/en/veitingar.html
Keflavik
Kaffi Duus
Situé au nord de la ville, à quelques minutes – bon à savoir – de l’aéroport. Au départ, le restaurant du musée. Service efficace, plats simples, copieux et délicieux, avec vue sur la mer.
Tél.: + 354 42 17 080
Site: www.duus.is/en
Ambassade d’Islande en France
Tél.: 01 44 17 32 85
Site: www.iceland.is/iceland-abroad/fr/informations-touristiques
Office national de tourisme islandais