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La Meuse, au-delà de Verdun

Destination | France | publié le : 01.04.2017 | Dernière Mise à jour : 24.06.2019

Auteur

  • Dominique de La Tour

Le centenaire des combats en 2016 a replacé Verdun en première ligne, démontrant qu’au-delà de la récupération politicienne, les champs de bataille restent des lieux sacrés auxquels on ne touche pas. Du reste, si Verdun demeure une bonne accroche pour découvrir la Meuse, la fin des commémorations est l’occasion de repenser la destination et de tirer parti d’une variété aussi convaincante que négligée.

« Quand l’ennemi rentrera dans Verdun, Beaurepaire sera mort! », prédisait le général Beaurepaire, en 1792: les troupes prussiennes venaient de passer la frontière pour tordre le cou à la Révolution française. Submergé et acculé, le fidèle officier se brûlera la cervelle. L’attachement stratégique à la ville épiscopale ne date donc pas de 1916, et c’est aussi pour cela que les Allemands l’avaient choisi comme « abcès de fixation » espérant dégarnir le front de la Somme!

L’entêtement de l’état-major français, la résignation des soldats, mais aussi, le découragement des régiments allemands déboucheront sur une victoire à la Pyrrhus qui coûta au vainqueur gaulois plus de morts (163 000) qu’au perdant germain (143 000). Malgré une commémoration ratée de 2016 et les polémiques qu’elle a déclenchées, l’intérêt du public (+ 12 % en 2016) pour un tourisme dit de mémoire reste infrangible. Malgré les démystifications, il se presse toujours auprès d’un des lieux les plus auréolés de gloire: la tranchée des Baïonnettes. Sous leur immense dalle protectrice, des dizaines de canons de fusil dépassent du sol couvert de barbelés: ce serait ceux d’une section de fantassins, enterrée d’un seul coup par les projections d’un obus. En réalité, la tranchée a été utilisée pour enterrer quarante-sept fantassins du 137e RI, depuis exhumés, les fusils ayant été dressés pour signaler leur emplacement.

Forêts cannibales

Inimaginable, la réalité de Verdun se suffit à elle-même. Aujourd’hui, les chemins de randonnées semés de panneaux didactiques emmènent les visiteurs sur l’emplacement de neuf villages, littéralement rayés de la carte. Hêtres et érables ont été replantés sur des zones trop saturées d’acier pour qu’on y cultive. La chair des hommes a nourri les arbres en une forme naturaliste de résurrection. Des voies d’accès ont été percées à travers ces sous-bois où l’on détecte encore les cratères de mines, le zigzag des boyaux, les « queues-de-cochon » où s’enroulaient les barbelés. En les suivant, on gagne à pied les lieudits tristement célèbres du Mort-Homme ou du bois des Caures. On visite aussi les ruines à peine écornées de deux forts: Fleury et Douaumont, où Charles de Gaulle, alors jeune capitaine, fut blessé d’un coup de baïonnette et capturé.

Grandiloquent et peu vraisemblable, le son et lumière « Des Flammes à la Lumière » de la citadelle pourra être programmé en option ou oublié. On lui préférera l’exposition permanente du Mémorial de Verdun, complètement modernisée. L’accompagnement par des guides très bien formés est un véritable plus. À travers collections et documents de familles ou d’état-major des deux camps, ce musée aborde toutes les thématiques imaginables: équipements, armements, inventions, canons, véhicules, secours, gaz, lance-flammes, sans oublier l’aviation – Verdun ayant connu le premier combat aérien de l’Histoire.

À deux pas, se dresse le terrible ossuaire de Douaumont, initiative privée réalisée en 1920 par les architectes Max Edrei et Léon Azéma: un immense charnier Art déco surmonté d’un phare. Visible par des hublots, l’entassement des crânes et des os rarement intacts suggère la réalité musculaire du carnage. Les pierres extérieures portent les armoiries des donateurs du monde entier, celles de l’intérieur les noms des morts ou des disparus. Encore aujourd’hui, on ouvre régulièrement un passage secret de l’ossuaire pour ajouter respectueusement les tronçons de squelettes que l’on continue d’exhumer.

Pas de dancing après la prière du soir

L’intérêt sentimental du public pour ce terrible théâtre d’exploits militaires des deux côtés reste au centre d’une visite dans la Meuse. Mais avant même la fin du Centenaire de 1914-1918, il est sage d’intégrer Verdun dans un patrimoine plus large. Par chance, son département ne limite pas son pouvoir émotionnel à la fascination pour cette capacité de résistance de l’Homme.

Dès les années 1980, grâce à Patrick Leloup, un hôtelier entreprenant, Verdun-sur-Meuse était consacré « cité d’histoire ». Un couvre-feu tacite régnait alors sur cette ville de garnison, sans fêtes ni dancing: cela aurait choqué les pèlerins venus se recueillir. La ville entrebâillait enfin son suaire. Par la suite, Verdun poussera le bouchon un peu loin. À l’été 2016, lors d’un concert commémoratif où un rappeur martela des couplets pour le moins douteux, on annulera de justesse une chasse aux Pokémon au milieu des tombes!

Il n’en existe pas moins une vie et une ville après le champ de bataille. La cathédrale propose un intéressant mélange de style allant des piliers du Xe siècle au baroque, en passant par toutes les péripéties des arts roman et gothique. Verdun a aussi un musée discret, celui de la Princerie, un cabinet de curiosités, qui réunit le peigne à poux sculpté d’un empereur d’Allemagne, un cratère grec, un biberon gallo-romain ou les reliques de l’industrie locale, célèbres faïences de Verdun et turbines pour faire des dragées.

La naissance des dragées se découvrira, de préférence en semaine au milieu d’ateliers en plein travail, chez le plus traditionnel des producteurs, la maison Braquier. Le moins curieux n’est certainement pas la confection d’obus en chocolat explosifs inventés après la guerre de 1870!

Une rivière navigable

Un tour de ville permet d’admirer les portes crénelées des anciennes fortifications. La plus belle vue sera de l’esplanade du sobre et splendide palais épiscopal, qui accueille des expositions sur les thèmes de la guerre et de la paix. Voyant de là-haut couler la rivière, il faut garder en tête que la Meuse est navigable, reliée à des canaux, et qu’elle se prête, par beau temps, à d’agréables escapades en bateau depuis le quai de la République.

Comme beaucoup, on en oublie que la capitale de la Meuse n’est pas Verdun mais Bar-le-Duc, une ancienne cité médiévale au sud de Verdun et à l’ouest du département, dont il ne reste guère qu’une tour de l’Horloge. L’utilité qu’elle présentait à une époque sans montre, suspendit un instant la fièvre destructrice des démolisseurs dépêchés par Louis XIV. Les soulèvements de la Fronde avaient rendu ce roi quelque peu paranoïaque, mais il épargna ce seul élément de la puissante enceinte moyenâgeuse, non sans l’avoir fendu afin de le rendre inoffensif.

Le résultat est une ville haute, conçue comme un ensemble homogène, élégant et inattendu… de la Renaissance. À commencer par le château des ducs de Bar, occupé par le touchant musée Barrois qui réunit de très jolies choses, de la statue gauloise aux bijoux érotiques gallo-romains, des peintures flamandes aux œuvres grandiloquentes sur les héros de la Révolution ou la guerre de 1870, des pierres tombales médiévales à la reproduction du macabre Transi de Saint-Étienne.

Dans cette église de la ville haute, on est accueilli par un impressionnant Christ entre les deux Larrons. Toujours de la Renaissance, cet ensemble sculptural a été exécuté en bois peint par le sculpteur Ligier Richier (1500-1567). Dans le bas-côté droit, se dresse une autre œuvre du même artiste, sa pièce la plus légendaire: le fameux Transi, portrait en pied d’un squelette qui lève un miroir à bout de bras. Appelée aussi L’Écorché, la statue a été commandée pour le tombeau d’un grand seigneur local, sans doute comme une évocation morbide du trépas qui nous attend tous.

Pour mieux découvrir l’artiste, il faut gagner sa ville natale, Saint-Mihiel, dont l’urbanisme paisible et fleuri mérite à lui seul le détour. Du sculpteur, il ne faudra pas manquer la Pâmoison de la Vierge, dans l’église, et la stupéfiante Mise au tombeau, deux œuvres aux sous-entendus érotiques que le ciseau a tiré du calcaire d’Euville, pierre typique de la Meuse. De nombreux critiques ont rapproché Richier de Michel-Ange, envisageant même que le génie lorrain ait pu prendre les leçons du démiurge italien.

Avant de quitter Saint-Mihiel, il faut y détailler quelques maisons Renaissance et ne surtout pas oublier la prodigieuse bibliothèque bénédictine de l’Abbaye, consacrée à Saint Michel. Sur la butte de Montsec se trouve un immense attique circulaire en pierre d’Euville – encore –, avec une table d’orientation exaltant les péripéties des combats. Les GI’s tombés ici sont enterrés à Montfaucon, où se dresse une lourde colonne commémorative dans le plus grand cimetière états-unien d’Europe, soit 14 256 tombes.

Un roi déchu et jouisseur

Pour en finir avec la belliqueuse Lorraine, on rendra visite à l’intéressante et très belle place forte de Montmédy, au nord du département. La citadelle retrace toute l’évolution des fortifications, du Moyen Âge à 1940 – raison pour laquelle on y a adjoint un musée de la Fortification avec maquettes et documents.

D’un tout autre style est le charmant château de Commercy. Résidentiel, il a été édifié au XVIIe sur les restes d’un château fort par le cardinal de Retz, mémorialiste du Grand Siècle. Il passa entre quelques mains avant de revenir à un roi de Pologne déchu, devenu duc de Lorraine: Stanislas Leszczynski. Ce féodal moderne, jouisseur et de bon goût, lui offrit quelques embellissements au XVIIIe siècle. Sa devise était « Le vrai bonheur, c’est de faire des heureux » et la légende jure que c’est à ce gourmand que l’on doit la gloire de la madeleine: son pâtissier s’étant mis en grève, on trouva une servante qui lui prépara les onctueux gâteaux selon une recette de famille! Depuis, les madeleines sont devenues spécialité de Commercy.

Le château, éventré par les combats entre les Nazis et l’US Army, risqua d’être rasé. La municipalité le racheta et en fit un merveilleux centre culturel. Comme quoi en Meuse, la guerre est souvent compensée par d’heureuses initiatives.

Restaurants

Bar-le-Duc

La Meuse Gourmande

Tenu par Frédérique et Franck Damien, un restaurant familial plutôt chic, avec une mise en valeur en finesse des produits régionaux et des spécialités, sans tomber dans le piège du « revisité » et du chichiteux. Attention: fermé dimanche soir, mardi soir et mercredi!

Tél.: 03 29 79 28 40

Site: www.meusegourmande.fr

Stenay

Musée de la Bière

Dans le nord du département, c’est une excellente étape si l’on a mis Montmédy au programme. En conclusion d’une visite thématique au musée – une brasserie reconstituée, dans laquelle les pièces exposées changent régulièrement –, une soirée dans un cadre convivial rodé à l’accueil des groupes. Plats à base de bière, arrosés de bière: qui n’aime pas la mousse pourra, cependant, avoir accès à du vin ou autres breuvages.

Tél.: 03 29 80 68 78

Site: museedelabiere.com

Croisières sur la Meuse

À bord du Mosa

Cent dix passagers, soixante-dix convives en restauration (à l’intérieur): une alternative au restaurant avec une promenade commentée (trois langues) le long de la Meuse. Le bateau peut naturellement être privatisé. Départ du quai de la République, au centre.

Tél.: 06 31 48 63 92

Infos pratiques

Office du tourisme de la Meuse

Tél.: 03 29 45 78 40

Site: www.tourisme-meuse.com

Office du tourisme de Verdun

Tél.: 03 29 86 14 18

Site: www.verdun-tourisme.com

Mémorial de Verdun

1, avenue du Corps-Européen, Fleury-devant-Douaumont

Tél.: 03 29 88 19 16

Site: memorial-verdun.fr

Ossuaire de Douaumont

Tél.: 03 29 84 54 81

Site: www.verdun-douaumont.com

Dragées Braquier

Tél.: 03 29 84 30 00

Site: www.dragees-braquier.fr

Musée Barrois

Rue François-de-Guise, Bar-le-Duc

Tél.: 03 29 76 14 67

Site: museebarrois.eklablog.fr

Hébergement

À Verdun

Les Jardins du Mess****

33 chambres. Sans doute le plus bel hôtel de Verdun. Juste en face de la porte Chaussée, aménagé dans l’ancien mess des officiers qui servit à l’état-major pendant la bataille de Verdun. Accueil chaleureux et efficace. Bon petit-déjeuner. Très belles chambres avec grandes salles de bains, TV à écran plat et bouilloire. Restaurant gastronomique Le Cercle du Mess, jeux de sociétés en libre accès et piano bar avec carte de champagnes, fumoir et cave à cigares. Salles de réunion. Petit spa. Parking gratuit.

Tél.: 03 29 80 14 18

Site: www.lesjardinsdumess.fr

B&B Verdun*

54 chambres. Un peu à l’écart de la ville, mais à proximité du champ de bataille, un hôtel simple et bien desservi avec une douche par chambre. Bonne literie. Pas très bien insonorisé. Attention aux chambres sous les combles, basses de plafond. Excellent rapport qualité-prix au demeurant. Parking et wifi gratuits.

Tél.: 08 90 64 97 20

Site: www.hotel-bb.com/fr/hotels/verdun.htm/

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