Pour accueillir « mieux et plus » les touristes, Jean-François Martins, adjoint au sport et au tourisme de la ville de Paris, a présenté un plan d’action courant sur la période 2017/2022. Une stratégie ambitieuse, fruit de plus d’un an de concertation et de travail avec les acteurs du tourisme parisien, et déclinée en quatre axes: renouveler l’offre touristique, améliorer la qualité de l’expérience de visite, cultiver un tourisme durable et investir dans les infrastructures comme dans les outils performants.
Engagement de mandature, le schéma de développement touristique va, pour la première fois, doter Paris d’une stratégie ambitieuse pour le développement du tourisme. Objectif: faire de la capitale la ville « qui accueille le plus de visiteurs au monde, mais aussi la ville qui accueille le mieux au monde, et ce grâce à un tourisme de qualité, durable, gisement d’emplois et source de rayonnement international, indique Jean-François Martins, adjoint au sport et au tourisme à la ville de Paris. Il n’y a pas de baguette magique pour le tourisme, il faut au contraire un plan de bataille précis, méthodique et opérationnel ». Il l’a présenté début novembre. Un « plan de bataille », qui sera déployé sur 2017/2022, destiné notamment à faire progresser de 2 % par an la fréquentation touristique. En cette année 2016, celle-ci s’est établie à 24 millions de visiteurs, contre près de 30 millions ces dernières années.
Cette stratégie est le fruit de quinze mois de concertation et de travail avec les acteurs du tourisme parisien: 400 participants, professionnels et institutionnels. Elle est déclinée en 59 actions concrètes et opérationnelles « qui vont améliorer de façon constante la qualité de l’offre, des infrastructures et de l’accueil touristique parisien », poursuit l’adjoint au sport et au tourisme. Les trois quarts des mesures prises dans ce schéma seront réalisées d’ici à 2019, les actions nécessitant des investissements infrastructurels importants seront réalisées d’ici à 2022.
Face à la baisse importante du tourisme à Paris après les attentats – 1,5 million de visiteurs en moins depuis novembre 2015, et une baisse évaluée à 11 % de janvier à octobre dernier – la Ville a souhaité s’engager dans des actions de promotion destinées à rassurer les touristes sur les atouts historiques et le fonctionnement serein de la capitale. Avec une croissance mondiale estimée à 4 % par an d’ici 2030, le tourisme est l’un des secteurs économiques mondiaux les plus dynamiques et créateurs d’emplois: 400 000 salariés dans le Grand Paris, soit 12,4 % de l’emploi total, et près de 40 000 entreprises qui dépendent de la demande touristique dans Paris intramuros. Dans cette compétition pour l’attractivité, l’économie et l’emploi, la capitale occupe la place de première destination touristique mondiale grâce à ses atouts, que ce soit dans le domaine de la culture, de l’histoire et de la gastronomie. La capitale est aussi une destination shopping, une destination « affaires », une ville festive, une ville verte…
Les premières actions portent sur la rénovation du patrimoine cultuel: 96 édifices sont concernés, et ce jusqu’en 2020. Il s’agit également de rénover et de moderniser le patrimoine muséal afin d’améliorer l’accueil des visiteurs et leurs parcours de visite. Déjà sont menés des travaux au Petit Palais (livraison prévue en 2017), à la Maison Victor Hugo (second semestre 2018), aux Catacombes (échéance: 2019), au musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris (25 août 2019), à Bourdelle (livraison d’ici 2020), au Palais Galliera (début 2020), à Carnavalet (début 2020), au musée d’Art Moderne et à la Maison Balzac (fin 2017). Côté projets: réaménagement des espaces d’accueil de la tour Eiffel ou encore reconstruction du pavillon consacré aux services pour les visiteurs, en particulier restauration et boutique (objectif de réalisation: 2022), amélioration de l’éclairage et de l’accès de l’Arc de Triomphe, réaménagement et animation des Champs-Elysées… Parallèlement, l’éclairage à Paris sera amélioré et la place de la vie nocturne parisienne mieux affirmée.
Il est question également de créer des « marques fortes de quartier » à travers la définition de territoires thématiques: « Montparnasse », « les faubourgs « ou le « XIe festif », Chinatown & le street art, « Paris nature », « Belleville-Ménilmontant-Père lachaise », « les canaux », et « le Broadway parisien « . Des balades urbaines seront développées, tandis que seront créés des parcours (sur la Révolution française, par exemple) et des événements autour du tourisme de mémoire. Il s’agit aussi de promouvoir le « fabriqué à Paris » (mise en place d’un label destiné à souligner l’identité et la singularité du tissu commercial parisien), développer l’offre de « tourisme de savoir-faire », de promouvoir le tourisme vert des bois, des parcs et des jardins, d’aménager les berges de la Seine (avec la création « d’aires de déposes et de reprises pour les autocars », précise la mairie dans son dossier de présentation) et les canaux en développant des activités sportives et culturelles..
Dans l’objectif de faire de Paris une « ville bienveillante », la mairie compte réduire le temps d’attente et optimiser la gestion des flux sur les grands sites touristiques, dématérialiser les billets, moderniser les points d’accueil, déployer 200 jeunes en service civique par an sur les sites les plus touristiques, développer de manière structurelle l’accessibilité linguistique… Et mettre à disposition des touristes une assistance téléphonique et en ligne, un accès wifi dans toute la capitale. Autre aspect, et non des moindres: assurer la sécurité. « Un plan sera mis en œuvre », promet la mairie de Paris, rappelant que le Contrat parisien de prévention et de sécurité (2015-2020) prévoit des actions qui contribuent à renforcer la sécurité des touristes.. Elle annonce, parallèlement, un renforcement des moyens municipaux au service de la lutte contre les incivilités, la constitution d’un réseau de relais volontaires intitulés Car Points (qui pourraient être des hôtels et des commerçants) pour relayer les informations sur la sécurité ou encore l’extension des points de dépôt de lettres-plaintes.
Et puis, la capitale prévoit aussi d’obtenir la marque » Destination pour tous « , une distinction attribuée par le ministère du Tourisme aux lieux qui développent leur offre touristique aux personnes en situation de handicap, quel qu’il soit.
Sans oublier les besoins pressants des touristes, avec la création supplémentaire de 200 toilettes publiques, dont 50 sanisettes.
Autre action envisagée: l’organisation d’une mobilité par autocar » plus respectueuse de l’environnement et mieux intégrée à l’espace public « , couplée à un encouragement à utiliser les transports publics. Et ici de mettre l’accent sur le développement de nouvelles infrastructures (M14, M11, 13, T9…), la création de couloirs de bus, le renforcement de l’intermodalité entre les gares parisiennes, le développement du réseau noctilien…
« Il s’agit d’améliorer et de réduire les nuisances au profit des usagers de l’espace public et des professionnels aux-mêmes, par la réalisation d’un schéma directeur du stationnement autocar », poursuit la mairie de Paris. Dans cet objectif, elle envisage d’adapter les durées de stationnement en fonction des groupes transportés, de créer des espaces de stationnement plus adaptés aux pratiques de déplacement des professionnels avec des espaces de dépose et de reprise, de favoriser le stationnement dans les parcs fermés, en sous-sol, d’intégrer les espaces de stationnement adaptés aux autocars et exploités par d’autres gestionnaires au dispositif « pass autocar », de situer en priorité le stationnement des autocars de desserte aéroportuaire et interurbaine en connexion avec le réseau de transports collectifs et avec les gares parisiennes… « Il s’agit également de faire évoluer la politique tarifaire pour inciter aux bonnes pratiques et favoriser une meilleure intégration de l’autocar en ville », poursuit la mairie de Paris. En augmentant d’ailleurs de 60 % les tarifs par rapport à ceux qui étaient en vigueur au second trimestre 2016 (voir page 12). Inciter au développement des offres touristiques par autocar dans les secteurs en développement et hors du cœur touristique parisien ou encore réguler le nombre d’autocars sur les sites trop fréquentés font aussi partie des actions listées par la mairie de Paris, qui souhaite poursuivre le renouvellement des autocars les plus anciens tout en engageant la transition vers une mobilité touristique non-diesel. Et de préciser son souhait de renforcer le contrôle des pratiques, en partenariat avec la Préfecture de police.
Côté hôtellerie, Paris compte mettre en œuvre un plan de développement de l’offre pour atteindre les 142 000 chambres dans la métropole à l’horizon 2024, dont 97 000 à moins de dix kilomètres de la capitale. Le plan vise aussi à encourager le développement d’hôtels dans le cadre de l’appel à projet » Inventons la métropole du Grand Paris « . Le but est aussi de stimuler l’innovation dans l’hôtellerie grâce à l’incubateur de start-ups Welcome City Lab. L’échéance pour la réalisation de cet objectif a été fixée à 2020.
Alors que la gastronomie est l’un des dix arguments-clés mis en avant par les touristes pour le choix de la destination Paris, une des actions portera justement à créer des lieux-vitrines représentatifs. A l’exemple du projet de création d’une Cité de la Gastronomie à Rungis ou encore d’un marché qui serait un lieu du cosmopolitisme de la scène gastronomique parisienne.
D’autres actions encore puisqu’il est question de moderniser des infrastructures d’accueil des événements professionnels. Rappelons qu’à ce jour, la filière congrès et salons génère sur le territoire hexagonal plus de cinq milliards d’euros de chiffre d’affaires et représente 80 000 emplois. Ainsi, des centres de congrès devraient sortir de terre à Orly et à Val d’Europe. Avec en parallèle la modernisation des infrastructures d’accueil des événements professionnels (parc des expositions de la porte de Versailles, création du Paris Convention Center, réaménagement de la Porte Maillot, rénovation de l’espace événementiel du Parc floral). Ces remises à neuf devraient s’achever en 2020 pour le Parc des expositions, en 2021 pour la Porte Maillot, tandis que les travaux du Parc Floral devraient s’échelonner sur une période d’au moins seize ans…
Enfin, candidate à l’organisation des Jeux Olympiques de 2024, la capitale s’est engagée à organiser « un grand événement sportif par an ». Comme de rythmer l’année touristique par des « saisons parisiennes ».
Dans une interview accordée au Journal du Dimanche, Valérie Pécresse, Présidente de la région Ile-de-France, a dévoilé un » plan de redressement « du secteur touristique francilien, à travers trois axes: accueil, qualité de service et sécurité. Et en six mesures: mise en place de » volontaires du tourisme « (des équipes de stagiaires déployées sur les principaux sites touristiques), le CityPass (titre unique d’accès aux transports ainsi qu’aux lieux touristiques), création du Welcome to Paris Region (site unique qui sera lancé en juin 2017 permettant aux touristes de préparer leur venue), présence des commissariats mobiles (déploiement de policiers sur les principaux sites touristiques à partir de janvier 2017), amélioration de l’accueil en langues étrangères (dès 2017, le conseil régional financera des formations professionnelles et des sessions de e-learning dédiées à l’accueil et à l’apprentissage de l’anglais basique pour les conducteurs de bus, les chauffeurs de taxi, les personnels des musées, hôtels et restaurants, etc.), ainsi qu’une campagne de promotion « d’ampleur inédite » à laquelle Valérie Pécresse souhaite associer » la Ville de Paris et les départements franciliens « afin » d’unir leurs efforts à ceux de la Région « , précisait-elle au Journal du Dimanche. La région Ile-de-France consacrera au total plus de 23 millions d’euros au secteur du tourisme dans son budget 2017.
Attentats, grèves, manifestations, violences, agressions… De janvier à octobre 2016, le nombre d’arrivées de touristes sur les vols internationaux en France a reculé de 8,1 % par rapport à la même période de 2015, et de 16,5 % sur le seul mois d’août. Et pas loin de deux millions de touristes perdus en un an. Le manque à gagner devrait dépasser le milliard d’euros cette année, selon les professionnels.
Le gouvernement avait déjà présenté un premier plan en mars, puis débloqué dix millions d’euros en septembre pour promouvoir la destination France… Le 7 novembre dernier, au terme d’une réunion avec plusieurs ministres concernés dont Jean-Marc Ayrault (Affaires étrangères) et Bernard Cazeneuve (Intérieur), Manuel Valls, Premier ministre, a annoncé un “nouveau” plan doté d’environ 42 millions d’euros. Le principal volet (15 millions d’euros), concerne la sécurité des touristes, essentiellement en région parisienne. Concrètement, il est prévu d’équiper plusieurs espaces touristiques en caméras de surveillance, notamment dans des secteurs entachés récemment par des braquages (tunnel du Landy à Saint-Denis, hôtels de la périphérie parisienne, abords du Stade de France…). Neuf millions d’euros iront au renforcement de la sécurité des 30 sites culturels les plus fréquentés par les touristes (Louvre, Musée d’Orsay, Versailles, Arc de Triomphe…), dont la fréquentation est en nette baisse, ainsi qu’aux festivals. Parmi les autres mesures: une trentaine de fourgons mobiles seront commandés afin de permettre à des victimes étrangères de porter plainte sans avoir à se rendre dans un commissariat. Et quelque 80 bornes “Parafe” (passage accéléré par passeport biométrique) supplémentaires installées à Roissy (87 prévues d’ici 2020) et Orly pour désengorger les files d’attentes. Des actions sur internet et les réseaux sociaux sont prévues, ainsi que des campagnes grand public, sur les salons et une campagne spécifique pour Paris et l’Ile-de-France. Le reste du plan prévoit des mesures techniques de soutien financier au secteur, notamment concernant le travail partiel (les autorisations pour faciliter le recours à l’activité partielle ont déjà augmenté de 30 %, à 18,5 millions d’euros), des campagnes de communication et l’augmentation des aides sociales aux vacances aux 30 000 retraités non imposables.
Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères, s’est voulu rassurant lors de la seconde conférence annuelle du tourisme qui s’est tenue le 17 novembre dernier. Malgré la forte baisse enregistrée depuis les attentats, il a annoncé que le nombre de touristes étrangers voyageant en France sera “un peu au-dessus” des 80 millions cette année. Martèlant que d’ici 2020, ils seront 100 millions! Dans cet objectif, les “acteurs doivent se mobiliser et prendre en compte la nouvelle donne du tourisme mondial”, dit-il, avant de poursuivre: “l’image de la France est toujours attractive” et les dix millions d’euros investis par le « Comité urgence tourisme » réuni en septembre dernier devraient aider à développer les campagnes de communication.
Lors de cette conférence annuelle du tourisme, Jean-Marc Ayrault a rappelé les quatre priorités du moment destinées à développer l’activité: l’accueil, l’investissement, la formation professionnelle et la numérisation. Rappelant aussi que 15 millions d’euros avaient été dégagés pour la sécurité sur les sites touristiques, 500 millions d’euros pour la construction et la rénovation des hôtels de mer et de montagne. Un autre fonds de 100 millions d’euros va être consacré aux entreprises innovantes.
Rappelons qu’en 2015, le territoire hexagonal avait accueilli 85 millions de touristes étrangers. De janvier à octobre 2016, leur fréquentation a chuté de 8,1 %, tandis que les réservations aériennes jusqu’à la fin de cette année n’affichent plus qu’un recul de 7,9 %, alors que cet indicateur était encore à -12 % mi-octobre.