Même si son histoire touristique n’est pas si ancienne que cela, la République dominicaine n’a pas tardé à se hisser parmi les destinations favorites des vacanciers. En particulier grâce à certaines innovations, telles que les offres all inclusive, par exemple. Après avoir marqué un palier, le pays est cependant bien parti pour connaître en second élan dans les prochaines années.
L’histoire du tourisme dominicain est récente. Comme le souligne Gustavo d’Hostos, le patron de General Air Services. « La destination a en fait démarré dans le tourisme dans les années 80, avec la clientèle nord-américaine, américaine et canadienne », dit-il. Puis, pour élargir à d’autres marchés, la France a été prise pour cible: « au début des années 2000, cinq millions d’euros ont été investis par le gouvernement dans la publicité, en particulier dans le métro, et tous les droits de trafic aériens demandés ont été accordés », précise ce touche à tout du tourisme local, devenu dans le même temps à la fois représentant de compagnies aériennes, réceptif et homme d’affaires. Star Airlines et Corsair sont donc ainsi arrivés. La fréquentation touristique française qui s’établissait à 45 000 visiteurs, s’est accrue progressivement jusqu’à atteindre, en 2010, le nombre de 245 000, dont environ 30 000 en provenance des Antilles françaises voisines. Sans passer sous silence le « trou d’air » provoqué par la faillite du groupe Marsans, qui impacta sérieusement, à partir de 2010, les marchés espagnols et français tout particulièrement.
Les effets de cette déconfiture se sont désormais estompés et la croissance économique a retrouvé toute sa vigueur, fournissant à l’ensemble des secteurs le carburant nécessaire à son développement.
Celui du tourisme est aussi accompagné d’une volonté politique affirmée. C’est le sens du discours récent de Danilo Medina, le président de la République dominicaine, largement réélu aux élections lors du printemps dernier en s’appuyant sur les performances récentes de ce pays d’un peu plus de dix millions d’habitants.
Selon la Commission Economique des Pays d’Amérique Latine (Cepal), l’économie de la République dominicaine a connu l’an passé la plus forte croissance de cette zone, à laquelle il faut cependant ajouter ajouter les Caraïbes, avec une croissance de 7 %, par rapport à 2014. Des résultats qui peuvent paraître insolents en comparaison avec sa voisine Haïti, et avec qui la République dominicaine partage l’île d’Hispaniola, la deuxième île des Antilles et la plus peuplée. Une juxtaposition qui n’est pas sans poser quelque problème.
La plupart des secteurs de l’économie ont contribué à ce mouvement (construction, finance, commerce…). Le tourisme, lui, a augmenté de 6,3 %, en 2015. Cela représente 5,1 millions de visiteurs internationaux correspondant à des recettes touristiques à hauteur de quatre millions d’euros. Ce secteur est défini comme stratégique pour la poursuite du développement économique du pays. Première destination touristique des Caraïbes, il emploie 300 000 personnes et son poids dans le Produit Intérieur Brut national s’établit à 6,1 %. Quant à l’année, en cours, elle s’annonce touristiquement prometteuse.
D’après les données de la Banque Centrale de République dominicaine, le mois de juillet dernier a battu tous les records avec la venue de 629 724 passagers étrangers sur le territoire. En cumul, à fin août, la République dominicaine a accueilli 3, 619 147 millions de visiteurs internationaux, soit 224 939 de plus que durant la même période de l’an passé. « Depuis ces dernières années, nos chiffres nationaux dépassent les prévisions de l’Organisation Mondiale du Tourisme sur la croissance moyenne de la région caribéenne », commente Francisco Javier Garcia, ministre du Tourisme. « A ce rythme, nous parviendrons à doubler notre fréquentation touristique d’ici à 2022 pour atteindre les dix millions de visiteurs. Nous renforcerons encore davantage notre offre hôtelière dans les prochaines années, ce qui nous permettra d’accueillir un plus grand nombre de visiteurs », promet-il.
Quant à la France, elle se maintient dans le top 5 des marchés émetteurs internationaux et dans le top 3 des marchés européens, à la deuxième place au coude à coude avec l’Allemagne. A fin août 2016, plus de 160 000 visiteurs étaient partis en République dominicaine depuis le début de l’année. Au cours de l’année dernière, la France totalisait près de 230 000 clients. Mais, pour Gustavo de Hostos, cela reste néanmoins insuffisant: « je vois bien la fréquentation française atteindre le cap des 300 000 clients à l’horizon de 2020 ». En jouant notamment sur la bonne entente entre les deux pays, comme en témoigne la présence de nombreuses sociétés françaises dans le pays: « Vinci, Orange ou encore Thalès qui participe à la construction du métro de Saint Domingue, Bouygues… Il y a aussi l’Alliance Française qui délivre des cours à 600 élèves », ajoute-t-il.
La République dominicaine a construit son succès touristique sur ses atouts balnéaires.
Mais, aujourd’hui, ses promoteurs souhaitent élargir ses centres d’intérêt, au-delà du farniente, vers des découvertes variées et souvent surprenantes, des thématiques identitaires et uniques.
On pense en premier lieu à l’industrie du tabac, du cigare en particulier, dont la République dominicaine est devenue le premier exportateur mondial. On peut aussi citer le cacao, où le pays occupe une position de leader mondial, sans oublier bien sûr le rhum, ses rhumeries et ses champs de canne à sucre, ou encore une cuisine exotique, colorée et épicée. C’est justement ce qu’essaie de mettre en avant Leopardo Tours, un réceptif installé depuis une vingtaine d’années maintenant à Saint-Domingue et à Punta Cana, et qui propose des solutions complémentaires aux grands resorts all inclusive.
« Que ce soit pour le tourisme de loisirs ou encore pour la clientèle groupes affaires, nous essayons de trouver des offres originales. A l’exemple de la découverte de l’île de Saona, dans la province de La Altagra, qui constitue un coin magnifique composé de petits villages de pêcheurs. Il y a aussi Las Terrenas, dans la province de Samana, surnommé « le village français » en raison de la présence d’une importante communauté francophone », indiquent les deux gérants de Leopardo Tours, Fausto Mendoza et René Tavarez.
Jean-Paul Dubreuil, président du conseil de surveillance du groupe éponyme, aura balayé la quasi-totalité des métiers du transport aérien, depuis 1979, avec Air Vendée, jusqu’à aujourd’hui, avec le lancement de la première compagnie française low cost et long-courrier, French Blue, en passant par Regional Airlines. Le parcours de Marc Rochet, à qui il a confié la présidence des deux compagnies du groupe, Air Caraïbes et French Blue, est lui aussi riche d’expériences en tous genres, précédemment à la tête de Tat, AOM, Air Liberté… entre autres. « Pour réussir le lancement de French Blue, compte tenu de la situation du marché, il nous fallait une destination qui connaisse une croissance assez forte pour absorber un nouveau venu, même si le nouveau modèle que nous proposons génère en lui-même son propre marché », explique Marc Rochet pour justifier le choix de la République dominicaine. « Ce pays est engagé dans une politique d’investissements lourds dans l’économie touristique, et nous croyons qu’il va se développer régulièrement sur le marché français », ajoute-t-il. French Blue a choisi l’aéroport international de Punta Cana, celui qui, avec 3,2 millions de visiteurs en 2015 (+ 9,41 % par rapport à 2014) a accueilli le plus de touristes internationaux.
Après deux ans de gestation, la compagnie French Blue a donc choisi Punta Cana comme première destination. Avant même l’île de La Réunion, qui ouvrira le 1er juin 2017. French Blue relie à raison de deux à quatre fréquences hebdomadaires selon les saisons, Paris-Orly à Punta Cana. Elles sont assurées grâce à un Airbus A 330-300 configuré en deux cabines: 350 « éco-Blue » et 28 « premium-Blue ». « French Blue a pour objectif d’obtenir rapidement un taux d’occupation supérieur à 80 %, chiffre à comparer à celui d’Air Caraïbes, l’autre compagnie du groupe Dubreuil, qui s’élève à 90 % », ambitionne Marc Rochet. Cela correspondrait pour la compagnie à 20 % de part de marché sur l’axe France/République dominicaine. « Il est prouvé que le décrochage tarifaire que nous proposons engendrera mécaniquement un élargissement du marché », assure Jean-Paul Dubreuil.
Des perspectives qui confortent Mercedes Castillo, directrice de l’office de tourisme de la République dominicaine, dans ses objectifs de croissance: « retrouver les chiffres du milieu des années 2000 », c’est-à-dire lorsque l’effet Marsans jouait à plein avant sa déconfiture. Et qui collent avec celui fixé pour la République dominicaine: atteindre les dix millions de touristes en 2022.