Alors que le nombre de pax stagne pour le groupe Salaün sur le Vietnam, il choisit de « reprendre » le marché en main avec des prix affûtés et un accent sur le tourisme respectueux, voire de développement durable.
Le Vietnam illustre bien ce que nous faisons dans le tourisme durable », résume Stéphane Le Pennec, directeur général du groupe Salaün. En cette fin 2016, le voyagiste breton affiche davantage ses actions en faveur du développement durable, et à travers le Vietnam, il donne un coup de projecteur sur son offre long-courrier.
En croissance de 5 % (210 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé en 2016), le groupe Salaün le doit essentiellement à de meilleures reventes dans les réseaux d’agences de voyages: + 12,5 % en volume d’affaires, + 11, 03 % en nombre de passagers. Revendu de façon courante dans 2 500 d’entre elles sur 4 200 en France, 3 300 avec les ventes ponctuelles. « Depuis Havas en 2004, les grands réseaux nous ont ouvert leurs portes. Ca se passe bien. Notre typologie de clientèle intéresse les agences », explique Stéphane Le Pennec. C’est celle des jeunes seniors. Leur panier moyen chez Salaün s’élève à 2 000 euros. Cette montée en puissance vient de loin, le « modèle » Salaün de commercialisation ayant besoin de s’installer. Il repose sur la diffusion de dix millions de tabloïds, résumant l’offre du tour-opérateur en boîtes aux lettres. Ils renvoient -comme le site internet – vers les agences locales et leur marque. « Quand notre clientèle va dans une agence Havas, elle retourne dans l’agence Havas ». Même quand le groupe la rachète – il en possède 98, essentiellement dans l’Ouest et est désireux d’en acquérir d’autres avec pour priorité d’assurer la meilleure distribution possible – la marque reste.
Salaün, aujourd’hui sixième tour-opérateur, deuxième groupiste derrières Vacances Transat, réalise autant de business (38 % de son chiffre d’affaires) sur le moyen-courrier que sur le long. Sa première destination, ce sont les États-Unis. La, plus grosse progression de 2016 (78 %), c’est la Russie où il est présent depuis longtemps et premier tour-opérateur. Le Vietnam arrive en huitième position en nombre de pax (3 500 sur 9 000 pour toute l’Asie). La première destination asiatique du groupe, en dehors de la Russie.
Salaün y a revu ses prix, enrichi son offre (voir encadré). « Nous voulons y diversifier la clientèle, explique Stéphane Le Pennec. Le Vietnam n’a jamais été une destination de masse. Le balnéaire n’y occupe pas la même place qu’en Thaïlande. Mais la destination passionne les Français. Son intérêt ne se dément pas. Elle n’a jamais été une destination cheap. On ne peut pas la traiter comme telle. Donc nous y proposons une hôtellerie trois étoiles (moyen supérieur) et une très bonne restauration. Et nous recherchons le meilleur prix pour la qualité de service que nous apportons ». Les groupes ont été ramenés à 25 en GIR.
Le voyagiste peut compter sur un réceptif avec qui il entretient des liens particuliers. Chez Salaün, beaucoup considèrent d’ailleurs qu’il est même « intégré ». « On peut lui demander ce qu’on veut. Il est très flexible. Il fait beaucoup d’efforts pour nous », confirme Véronique Badiche, directrice de la Boutique des Groupes. C’est la société Images, d’Ho Chi Minh, 16 salariés, 50 guides, dirigée par Toan Nguyen Ngoc. Guide francophone, il s’est lancé en affaires il y a sept ans avec le soutien de Michel Salaün. « Je n’ai aucune part dans la société. J’ai simplement avancé l’argent, à ses débuts, pour qu’il réserve les hôtels dans de bonnes conditions », précise Michel Salaün, Pdg du groupe finistérien. Depuis les liens se sont renforcés. Les guides employés par Images viennent en France se former dans l’entreprise bretonne. Ce qui leur permet d’expliquer aux voyageurs qu’au Vietnam, il faut trop chaud pour porter des casques intégraux « comme en France », mais couvrant la tête qu’à moitié. Ou qu’« en France, on passe beaucoup de temps, collectivement, pour venir à bout d’un petit obstacle (référence à nos manifestations et nos grèves), alors qu’au Vietnam, on ne perd pas de temps, on passe vite à côté de l’obstacle, mais on ne va pas loin car celui-ci reste toujours là ».
Toan Nguyen Ngoc est l’artisan, pour le Vietnam, des opérations de « tourisme durable » que le groupe Salaün met un peu plus avec son adhésion récente à l’association Agir pour un Tourisme Responsable (ATR) auprès de qui il est en voie de labellisation (voir encadré). Après l’aide à la construction de deux salles de classe près d’un marché flottant et de deux orphelinats dans le sud du pays dont la visite a été retirée des circuits « parce que des clients se sentent mal à l’aise, nous accusent de voyeurisme », précise Michel Salaün, le tour-opérateur met directement l’accent sur l’aide au tourisme dans le village hmong de Xom Ai, dans le nord du pays.
Salaün l’a aidé à installer des toilettes et créer des espaces suffisants pour loger des randonneurs comme accueillir des groupes à manger.
Il lui achète des spectacles, des repas. « J’avais essayé avec un autre village, explique Toan Nguyen Ngoc, mais ils avaient construit leur maison sur pilotis en béton. Moi, mon but, c’est que les ethnies de notre pays restent fières de leurs traditions, s’appuient sur leur culture, pour améliorer leur sort. J’aime qu’on conserve le patrimoine. Et c’est dans la fierté du pays et du patrimoine que je forme les guides. Un programme européen a déjà permis au village de construire sa salle de spectacle en bois. Il faut marcher un peu (environ 500 m) pour l’atteindre, mais c’est avec leur accord qu’on le visite et qu’on est accueilli dans les maisons. Les gens sont heureux de recevoir les groupes de touristes. L’autre solution, c’est de préférer rester loin d’eux. Mais nous sommes un pays qui vient tout juste de sortir de la pauvreté et qui aspire à un certain progrès. Même si nous sommes un peuple naturellement heureux. Et si nous savons que le bonheur n’a que peu à voir avec le confort ».
La prochaine étape, pour lui, consistera à trouver des élèves (et des professeurs) de musique traditionnelle pour les spectacles de danse, alors que la musique, pour le moment, est enregistrée.
Le groupe Salaün, à travers le monde, a comme cela plusieurs programmes d’aide (tourisme solidaire), comme en Ouzbékistan, en Inde, à Madagascar, au Pérou, en Afrique du Sud. La labellisation qu’il souhaite obtenir d’ATR certifiera un produit touristique (au moins deux prestations aux clients) pour lequel il n’existe pas encore de label. « Ce tourisme responsable, nous le pratiquons depuis toujours. Mais l’important, c’est qu’un organisme extérieur l’atteste », conclut Michel Salaün.
« Jusqu’à moins 5 % pour les groupes constitués à partir de dix pax à travers sa filiale Boutique des Groupes », indique Salaün dans sa brochure générale. Sur le Vietnam, il propose, spécialement pour les groupes (base 35 pax), un circuit en dix jours. Le vol, ici, s’effectue sur Singapore Airlines, incluant de fait une escale à Singapour. Le Vietnam était jusqu’ici la deuxième destination long-courrier de la Boutique des Groupes, derrière les USA. Outre le circuit en dix jours réservé aux groupes, huit autres sont proposés. « L’Escapade vietnamienne », en 12 jours, entre Hanoï, la baie de Ha Long, Hué, Ho Chi Minh et le delta du Mékong. « L’Essentiel du Vietnam » en 15 jours entre le Nord, le Centre et le Sud du pays avec des transferts entre les trois en avion. « Les sourires d’Indochine » avec Hanoï, Hué, Ho Chi Minh et la baie de Ha Long. « Au cœur du Vietnam », le pays du Sud au Nord en 17 jours.
Trois circuits combinent deux ou trois pays. Le « circuit Cambodge, Laos, Vietnam », en 17 jours effectue un tour dans l’ex-Indochine de Phnom Penh aux temples d’Angkor, puis à Luang Prabang au Laos pour aborder le Vietnam par le Nord en commençant par Dien Bien Phu, puis Hanoï et la Baie de Ha Long. « Les richesses du Mékong », un combiné Vietnam-Cambodge en 16 ou 17 jours qui commence par Hanoï et la Baie de Ha Long, avant de rejoindre le centre du Vietnam jusqu’à Hué et Da Nang, et de terminer après un transfert sur Ho Chi Minh, par le delta du Mékong, Phnom Penh, Angkor et un retour par Bangkok en Thaïlande. Le « combiné Cambodge-Thaïlande » en 16 jours démarre par Phnom Penh, Siemreap aux temples d’Angkor puis parcourt la Thaïlande depuis Bangkok vers le Nord du pays. Enfin, un dernier circuit se concentre, en 12 jours, sur le Cambodge avec trois jours aux temples d’Angkor.
Salaün est le deuxième grand tour-opérateur à adhérer à ATR, après Voyageurs du Monde. Quel en est le sens pour ATR?
Avec l’arrivée des grands TO, nous sortons de la labellisation, pour faire court, du seul tourisme d’aventure pour atteindre le tourisme de masse. Autrement dit, là, nous commençons à avoir un impact. Michel Salaün comprend ce qu’est la durabilité de l’activité voyage.
En cours de labellisation, pour le groupe Salaün, qu’est-ce que cela signifie?
Il va apporter la preuve qu’il respecte les 16 critères du tourisme responsable selon le référentiel mis eu point avec Ecocert. La labellisation de nos adhérents suppose un audit auquel ils se soumettent tous les deux ans.
Est-ce que le tourisme responsable est un tourisme de développement, comme celui que pratique Salaün par exemple auprès du village hmong de Xom Ai?
Pour nous, le rôle du touriste n’est pas de faire du développement. Avant d’être solidaire, le tourisme doit être responsable, autrement dit faire en sorte que les clients puissent continuer d’aller voir les gens parce que la population locale en bénéficie. Salaün, par exemple, est fort sur les partenariats locaux qui font partie de nos critères. Ils assurent que la population locale est d’accord et bénéficie du tourisme. Parmi nos autres critères, il y a l’expression du tour-opérateur vis-à-vis de ses clients sur son engagement en faveur d’un tourisme responsable. Salaün le fait déjà. Il y a aussi la sensibilisation de ses clients à l’éthique du voyageur responsable, etc. Tous ces critères vont être passés en revue par Ecocert.