Dans un contexte d’individualisation des modes de consommation, l’avenir du tourisme de groupe ne manque pas d’interroger. Comment s’adaptent les professionnels, et quelles sont les réponses apportées en matière de produits? Des pistes ont été tracées par des professionnels spécialistes de ce secteur lors d’une conférence-débat qui avait pour thème « de qui et de quoi demain le tourisme de groupe sera fait ».
La consommation aujourd’hui et l’évolution vers une individualisation des comportements semblent en rupture avec la traditionnelle activité des voyages en groupe. Pour autant, en dépit de ces sensibles modifications, les chiffres fournis par Atout France concernant l’année 2014, témoignent que le secteur du tourisme de groupe représente encore un poids considérable dans notre pays, puisque 6,4 millions de Français voyagent annuellement en groupe, que ce soit en France ou à l’étranger, et qu’ils génèrent des dépenses touristiques à hauteur d’un montant de 10,2 milliards d’euros. Ce n’est pas rien.
Bénédicte Lebrun, directrice générale de BLB Tourisme, agence à la fois productrice et distributrice, basée à Auray dans le Morbihan: « le succès du tourisme en groupe s’explique par sa rassurance. De nombreux clients osent partir en voyage parce que simplement le fait d’être en groupe et d’être accompagné, de n’être pas livré à eux-mêmes, les rassure ». Ce constat est partagé par Sylvain Gauthier, animateur du club Destination Groupes au sein de Tourisme et Territoires, le réseau départemental qui regroupe 41 destinations spécialistes de cette clientèle: « oui, c’est vrai que le tourisme de groupe a évolué et il va évoluer encore. Mais globalement, je perçois qu’il est toujours aujourd’hui en augmentation ». Pour quelles raisons?
Le directeur général de Salaün Holidays, apporte des éléments de réponse: « je voudrais tout d’abord abonder dans le sens de Bénédicte. La rassurance est d’autant plus importante que, chez nous, 70 % de nos clients groupes sont âgés de plus de 60 ans. A cela, il faut tout simplement ajouter des raisons économiques, c’est-à-dire que le prix d’une prestation pour un groupe est unitairement moins élevé que celle d’un individuel ». La question du prix qui explique sans doute le succès des GIR, mais qui se heurte aussi à une exigence de plus en plus grande de la clientèle: « avant, les gens venaient en Bretagne pour découvrir la mer! Cela fait longtemps que cela ne suffit plus », constate Bénédicte Lebrun. D’où l’idée d’adapter le produit. Les hôteliers sont au cœur du dispositif. « L’hôtelier doit coller aux thématiques qui sont revendiquées et connaître son environnement pour en faire profiter au mieux sa clientèle », admet Stéphane Barrand, directeur de la Société Européenne d’Hôtellerie (SEH); « Pour nous, notre statut de structure coopérative nous permet d’offrir un panel d’établissements varié, de tout format, qui sait s’adapter à toutes les demandes », glisse-t-il fort opportunément.
Autre maillon indispensable de la chaîne touristique, le guide. « Nous y accordons la plus grande importance. La preuve, nous investissons régulièrement sur leur formation », indique Stéphane Le Pennec. Dans ces conditions, les acteurs doivent peaufiner des produits qui suivent, voire anticipent, la demande. « Désormais, chacun veut son propre voyage, le sien », prévient Sylvain Gauthier. « On ne peut plus vendre le marché de Noël sans le compléter par une touche de découverte, de contact, une chasse aux trésors », ajoute Bénédicte Lebrun. L’essentiel étant que le fournisseur apporte au client une véritable valeur au voyage, où règle une partie de ses problèmes, comme celui de l’augmentation des demandes individuelles au sein des groupes. Une question qui n’est pas encore vraiment appréhendée par les hébergeurs, par exemple.