En 2015, la France a accueilli 85 millions de touristes et reste la première destination touristique mondiale, mais pour combien de temps encore? Aujourd’hui, elle est en chute libre. « Son image à l’international est mitigée, pourtant elle a de nombreux atouts. Tellement, que parfois, elle ne s’en rend pas compte elle-même », lançait Albena Gadjanova, nouvelle directrice de l’office de tourisme de Cannes et animatrice d’une conférence intitulée « La France, reine du tourisme mondial? »
Faute à une série de facteurs qui ont terni l’image de la France et surtout la série d’attentats perpétrés depuis novembre 2015 à Paris, l’Hexagone renouvellera-t-il son record de 2015 en termes de fréquentation touristique, soit 85 millions de touristes? Pas sûr. Car au côté d’une conjoncture géopolitique et sécuritaire tendue, il y a aussi la concurrence d’autres pays voisins prêts à lui ravir sa première place au classement des destinations touristiques mondiales. Alors, quand à l’occasion d’IFTM Top Resa, une conférence avait pour intitulé « la France, reine du tourisme mondial? », la question interpellait forcément.
« Un sujet quelque peu provocateur », lançait d’emblée Alain Dupeyras, responsable du comité du tourisme de l’OCDE (Organisation de Coopération et de développement Economiques), qui avait la charge d’introduire le débat avant de poser le cadre. « On a une économie touristique intérieure qui évolue rapidement, un nouveau mode de consommation des touristes, des contraintes liées au terrorisme et à la sécurité, une pression croissante de pays comme la Chine, la Russie ou encore l’Inde, des envies de découvertes qui qui doivent faire de plus en plus appel à du sur-mesure… », poursuit-il. Alors, comment renforcer et maintenir la compétitivité du tourisme en France? Pour Alain Dupeyras, quatre défis principaux se posent, des défis « qui se retrouvent aussi dans la plupart des pays développés », tient-il à préciser. le premier d’entre eux est celui de la gouvernance du tourisme, « trop morcelée » selon lui, estimant indispensable de « développer une vision intégrée du secteur, notamment interministérielle », ce qui, reconnaît-il, « n’est jamais simple ». Et de poursuivre: « il faut avoir une approche à la fois horizontale et verticale, un chef de file dans la vision du tourisme, une vision à long terme de la stratégie touristique, à l’exemple des Contrats de destination mis en place ». Et surtout « le privé et le public doivent avoir un grand rôle à jouer ». Le deuxième défi porte sur la mobilité des voyageurs. Une mobilité qui passe par des politiques de délivrance de visas facilitées comme par le renforcement de l’intermodalité des transports, à la fois nationaux et internationaux. « Car la tendance acteulle est au porte à porte », dit-il. Mieux valoriser les emplois et les compétences des salariés du secteur du tourisme constitue le troisième défi listé par Alain Dupeyras. « Il y a beaucoup de petites entreprises en France, et des emplois à faible valeur ajoutée par rapport à d’autres secteurs », estime le responsable du comité du tourisme.
Reste le quatrième défi: l’innovation. Et « pas forcément sur le plan technologique, s’empresse de préciser Alain Dupeyras, mais aussi sur le plan de la durabilité des entreprises sur la créativité, avec entre autres pour la France, la gastronomie ». Appelant le gouvernement « à renforcer son appui à l’innovation », afin de lancer de nouveaux équipements, remettre les anciens aux normes (« ce qui n’est pas toujours facile », glisse-t-il) ou encore améliorer la qualité de service. Sauf que, regrette-t-il, « le tourisme n’est pas toujours vu comme un secteur d’avenir ».
« La France est en chute libre », lançait Albena Gadjanova, directrice Tourisme et Communication du Palais de Festivals et des congrès de Cannes, qui avait la charge d’animer cette conférence. Alors, quels leviers de développement? Le digital? Apprendre à mieux connaître les marchés internationaux? En proposant des services et des offres inédites? Les intervenants présents n’ont pas forcément apporter de réponses, s’attachant à mettre en lumière leur entreprise, atypique, mais ils ont cependant témoigné d’une activité qui « résiste à la crise », comme l’indiquait Florent Dargnies; fondateur de 4 Roues sous un Parapluie (offres de découvertes autour de la 2CV). « Notre objectif a été de pouvoir décliner et promouvoir des offres autour de la mythique 2CV, à travers des prestations originales, comme le fait de constituer des étapes déjeuner avec une entrée dans un restaurant, le plat dans un autre, et le dessert dans une troisième ou encore de découvrir la capitale sous la forme du Monopoly », détaille-t-il, tout en soulignant par ailleurs la « nécessité de travailler aussi sur les process », comme « d’utiliser les contraintes pour innover », en faisant référence à la décision d’Anne Hidalgo, maire de Paris, d’interdire la circulation de vieilles voitures en ville. « On travaille ainsi à la création de 2CV électriques », dit-il. Reste que pour Florent Dargnies, « c’est au travers de l’accueil réservé aux touristes que ces derniers se feront les meilleurs ambassadeurs de l’image de Paris, et au-delà de la France ».
Magali Déchelette, présidente de Family Twist, a choisi de cibler uniquement des familles (à forts revenus et principalement ment américaine et d’axer son offre sur l’Europe, en particulier Londres, Rome et Florence. « Notre objectif est de transformer les vacances en famille en un moment magique et inoubliable à travers différentes activités uniques, des hôtels partenaires, et en proposant des services de transfert et même de baby-sitting! », explique-t-elle. Son leitmotiv? Etre à l’écoute des clients! « Il est indispensable de prendre le temps de déceler les besoins pour répondre aux attentes, et ainsi adapter en conséquence, martèle Magali Déchelette. On ne fait que du sur-mesure, c’est aujourd’hui incontournable ». Tout en apportant de l’exclusivité, de l’expérience unique, insiste-t-elle. Au terme de cette conférence, la parole était donnée à Marie Allantaz, directrice générale de l’Ecole supérieure de commerce en management du tourisme (Escaet) qui, à l’instar d’Alain Dupeyras, avait choisi de lister différents défis, considérant que « l’ingénierie pédagogique pouvait contribuer à améliorer la force touristique de la France ». Comme de penser la formation pour les collaborateurs des entreprises, revoir les formats liées à l’activité réceptive aujourd’hui trop axés sur les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration, utiliser le digital, développer des formations pour savoir maîtriser sa clientèle, créer des échanges entre étudiants, clients et entreprises, intégrer les entreprises dans le cursus de formation, revaloriser les métiers de la branche tourisme, adapter sa communication à son offre… Ne reste plus qu’à transformer tout cela en actes! En se disant qu’avec résilience et pugnacité, tout peut être finalement possible…!