Musique, danse et bonne humeur au son de l’accordéon, les guinguettes ont la cote. On vient s’y déhancher, s’y trémousser, bref « guincher ». Aujourd’hui, elles ne sont plus réservées qu’aux danseurs du dimanche, mais jouent aussi la partition touristique en s’insérant, comme toute autre prestation, dans des forfaits groupes. En témoigne l’offre proposée ici et là en France.
Ah! Le petit vin blanc qu’on boit sous les tonnelles, quand les filles sont belles, du côté de Nogent… Qui ne connaît pas ce refrain sur des airs de valse musette? Un refrain joyeux dans une période sombre puisse qu’il a été écrit en 1943 dans une auberge des bords de Marne. Un petit vin blanc un peu aigrelet et bon marché, issu des vignes franciliennes du Clos Guinguet, qui - dit-on – donna son nom aux fameuses guinguettes. Ces dernières connaissent un véritable essor au XVIIIe siècle. On n’en compte guère à Paris car elles fleurissent alors surtout dans les villages proches de la capitale. Avant de se développer un peu partout en France. Au début du XIXe siècle, le terme de guinguette prend une autre signification: plutôt qu’un débit de boissons, il devient un lieu où l’on danse. L’essor des moyens de transport permet aux Parisiens de gagner des lieux de promenade et de loisirs comme les bords de Seine et de Marne, là où ils retrouvent les guinguettes. En 1865, ces établissements ne sont cependant pas encore très nombreux, il faudra attendre le début du XXe siècle pour qu’ils se multiplient. Exit le petit vin blanc, place à l’anisette qui fait l’objet d’un rituel où interviennent le sucre, l’eau et la cuillère percée. Dans l’assiette: matelote et friture, bœuf gros sel ou fricassées de lapin. Côté distractions: balançoires, courses de tonneaux, jeux de boules et de quilles… et surtout la danse! Valse, polka, mazurka et scottish ont pris place dans le courant du XIXe siècle, puis le répertoire va s’enrichir avec la valse musette, le tango, la java, le swing musette. A la fin du XXe siècle, les immigrés italiens apporteront l’accordéon (le fisarmonica). Mais, les guinguettes disparaîtront peu à peu dans les années 60, pour cause de mode du yéyé et du rock. Nombre d’entre elles seront détruites. Avant de renaître dans les années 80/90, avec la redécouverte d’un symbole de l’histoire des loisirs populaires et ouvriers français.
Un symbole auquel est attaché depuis une quinzaine d’années maintenant l’association Culture Guinguette. Son but? Promouvoir et sauvegarder le genre musette, la musique populaire et l’accordéon.
Elle a même créé le label « Pays des Guinguettes » (sur le modèle de celui du « Bistrot de Pays ») regroupant à ce jour l’ensemble des communes longeant les bords de Marne et les bords de Seine du Val de Marne allant jusqu’à Condé-Saint-Hilaire en Seine-et-Marne. « Le Pays des Guinguettes fédère, au-delà des guinguettes existantes, l’ensemble des acteurs culturels et touristiques s’inscrivant dans l’histoire du territoire avec les restaurants des bords de l’eau, les professionnels du tourisme, les comités départementaux du tourisme, les offices de tourisme, les associations d’activités nautiques ainsi que les musées et sites culturels de la région », précise l’association, qui a pour projet de donner à ce label une « dimension nationale », en partenariat avec la Fédération nationale des Pays Touristiques. « Les guinguettes possèdent un fort potentiel de convivialité et participent à la découverte d’un territoire, poursuit l’association. Elles occupent une place de choix dans la culture populaire française et contribuent à ce titre au patrimoine touristique de notre pays ».
L’association Culture Guinguettes regroupe à ce jour une vingtaine de guinguettes, notamment en Ile-de-France, mais aussi dans toute la France comme le Domaine de la Guinguette à Escautpont dans le Nord à la Guinguette de l’Ile aux Cygnes à Condé-Sainte-Libiaire en Seine-et-Marne, en passant par la Guinguette du Port à Châteauneuf-du-Faou dans le Finistère, la Guinguette du Partage des Eaux à L’Isle-sur-Sorgue dans le Vaucluse ou encore la Guinguette de Rochecorbon en Indre-et-Loire.
« Les guinguettes peuvent être éphémères (un établissement proposant ponctuellement une « ambiance », ndlr), estivales ou fonctionnant toute l’année parce qu’elles constituent leur activité principale », précise l’association. Pour ces dernières, la clientèle groupes est surtout accueillie en semaine, le week-end étant ouvert au grand public. « Même si depuis plusieurs années, je constate une augmentation des réservations par les groupes sur les samedis et dimanches », soulignait Jean-Yves Dupin, responsable de la Guinguette de l’Ile du Martin-pêcheur à Champigny-sur-Marne, lors du forum national des Guinguettes au bord de l’eau, qui s’est tenu en janvier dernier.
Et il n’y a pas d’âge pour aller « guincher »! « De 40 à 100 ans! », lançait, toujours à l’occasion de ce forum, Valérie Bedel, responsable de la Guinguette de Par-ci par-là à Dordives (Loiret). D’autant que les établissements peuvent adapter leur répertoire en fonction des attentes musicales du groupe. Reste que la clientèle est majoritairement composée de personnes du troisième âge, attirée par cette ambiance d’antan, sur des musiques et des pas de danse de leur génération. Expliquant sans doute que ce type de prestation est logiquement proposée en brochure, dans l’offre des agences de développement et de réservation touristiques à destination des groupes. Et généralement insérée dans un programme de découvertes touristiques plus larges. Exemples.
Commençons par Aisne Tourisme qui dans sa brochure groupes déploie pas moins de dix programmes à la journée incluant une prestation guinguette. Citons-les pêle-mêle: « sur un air d’accordéon » qui, après la découverte du Familistère Godin à Guise, entraîne sur des pas de danses au rythme des chansons populaires d’autrefois; « allons guincher » combine la visite de la basilique et de l’hôtel de ville de Saint-Quentin et la danse au son de l’accordéon; « un voyage en musique à travers le temps » pour un bal musette dans l’après-midi, et la découverte de la maison de Marie-Jeanne à Alaincourt (collection de milliers d’objets du XIXe et du XXe siècles); « un tour de ville, un tour de piste » donnant un coup de projecteur à Saint-Quentin avant de dévoiler ses talents de danseurs; « Champagne et guinguette sur le Chemin des Dames », une journée pour rencontrer des producteurs, puis partager un moment de convivialité au son de l’accordéon, bal musette et swing garantis!; « Guinguette au Pays de Laon » et partir à la découverte du monde des abeilles, et danser au son de l’accordéon; « guinguette aux Michettes » est l’occasion de visiter Soissons avant de se laisser porter par une ambiance guinguette; « jour de fête » où Soissons est de nouveau au programme le matin avant de plonger l’après-midi dans la nostalgie des guinguettes; enfin, « la guinguette s’amuse » est une journée tout en musique, qui commence par une croisière avant de s’achever au son de l’accordéon.
Dans l’offre de Somme Tourisme, un programme « déjeuner spectacle aux Granges du Bel Air » invite à partager une ambiance guinguette au son de l’accordéon dans le cadre d’un corps de ferme picard; un autre combine la visite d’une micro-brasserie, une promenade pédestre, une découverte du patrimoine et un déjeuner dansant en auberge dans une ambiance musette et variétés.
En Indre-et-Loire, le forfait d’une journée « excursions à Tours et dans le Val de Loire » comprend un après-midi dansant à la Guinguette de Lulu Parc à Rochecorbon, en bord de Loire, sur des airs de valse, tango, salsa… Au son de l’accordéon les jeudis ou d’un orchestre les dimanches et jours fériés. Et pour ceux qui ne danseraient pas, des activités sont proposées comme la pétanque, une balade… Tandis que dans l’Indre, place à la Guinguette de Belle Isle à Châteauroux, installée en bord de lac dans un cadre verdoyant, pour une après-midi dansante au rythme entraînant de l’accordéon.
Dans l’Allier, c’est une journée spéciale consacrée à la musique (avec notamment la visite du musée des Musiques populaires) que s’inscrit une après-midi dansante à Cosne-d’Allier pour une ambiance « guinguette à gogo », programme reconduit dans l’offre groupes 2017.
A quelques pas des bords de l’Oise est installée une guinguette où Jacques Besset, accordéoniste de renom (il a exercé au fameux Moulin de la Galette à Paris) et son chanteur assurent l’animation musicale et dansante dans une journée conçue par Oise Tourisme, qui inclue aussi la découverte du Domaine de Chantilly. Autres suggestions: les journées « mariniers dansants » (visite de la Cité des Bateliers, déjeuner et après-midi dansant au son de l’accordéon); « dansons chez les Gadzarts » où les groupes sont attendus à la Guinguette des Pêcheurs à Rieux avec son accordéoniste; ou encore « Notre-Dame et déjeuner dansant » du côté de Noyon, pour chanter et danser sur Ah, le Petit vin blanc ou Mon amant de Saint-Jean …, ambiance bal musette garanti.
Val-de-Marne Tourisme & Loisirs ne pouvait passer sur ses bords de Marne et de Seine dans sa brochure groupes, et y proposer des déjeuners et dîners en guinguette! Comme celle de l’île du Martin-Pêcheur à Champigny-sur-Marne et son cadre champêtre arboré de 3 000 m2, la Guinguette Auvergnate en bord de Seine (Villeneuve-Saint-Georges) ou encore Chez Gégène, guinguette mythique installée à Joinville-le-Pont en bord de Marne. « C’est une institution qui a accueilli les plus grands noms du cinéma, et il est le seul établissement qui n’est jamais fermé depuis son ouverture en 1918 », glisse Maud Richy du comité départemental du tourisme. A découvrir aussi en brochure: un programme d’une journée intitulé « croisière au pays des guinguettes » incluant une croisière au départ du port de l’Arsenal avec un arrêt Chez Gégène pour le déjeuner avant de reprendre la navigation dans une ambiance musette animée par un accordéoniste.
Direction la Haute-Loire à travers deux programmes incluant chacun une prestation dansante au son de l’accordéon. Le premier, « rendez-vous sur les ondes et flonflons » est aussi l’occasion de rencontrer un collectionneur passionné de TSF. Quant au second, « dentelle et guinguette auvergnate » suggère en matinée une découverte de Puy-en-Velay en petit train touristique et en fin d’après-midi une découverte du musée des Manufactures de Dentelles de Retournac.
Sarthe Développement a conçu « comme un air de fête » incluant un déjeuner guinguette à Fillé au son de l’accordéon, de 12h à 17h. Quant à la matinée, trois options possibles: musée de la Faïence à Malicore, les ateliers des faïenceries d’art, toujours à Malicorne, ou l’équipement sportif du Mans, MMarena. En Loir-et-Cher, l’office de tourisme du Pays de Vendôme convie les groupes dans « la guinguette au bord de l’eau » (accordéon, musette et variétés) après avoir visité le matin le Musikenfête de Montoire-sur-Loire, un musée-spectacle présentant plus de 500 instruments de musique du monde entier, du plus connu au plus insolite. Enfin, « une guinguette en bord deMeuse »,une offre concoctée par l’office de tourisme de Charleville/Sedan. Mais, avant de danser au son de l’accordéon sur des airs de chansons populaires d’autrefois, une visite du centre historique de Charleville-Mézières aura été organisée le matin. Ne reste plus qu’à faire son choix!
Port aux Perches (Silly-la-Poterie): ouverture tous les dimanches de 14h30 à 18h30.
La Guinguette du Passage (Romilly-sur-Seine): ouverte d’avril à septembre.
La Guinguette de Robert (Rivière-sur-Tarn): ouverte tous les jours, midi et soir, du 1er mai au 30 septembre.
La Guinguette (Capdenac-Gare): ouverte de début mai à mi-septembre.
La Guinguette de Par-ci par-là (Dordives): ouverte toute l’année tous les midis du mercredi au dimanche, le vendredi soir et le samedi soir sur réservation, et tous les dimanches après-midis jusqu’à 19h.
La Ginguette de la Corne des Pâtures (Baule): ouverte du 3 juin au 10 septembre.
La Guinguette du parc (Saint-Jean de Braye): ouverte du 24 juin au 28 août, de 15h à 22h tous les jours et les week-ends.
Guinguette Val’sée (Tirepied): ouverte le midi du 23 avril au 23 octobre.