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Paris

Sous la menace des pickpockets

Enquête | publié le : 01.10.2016 | Dernière Mise à jour : 01.10.2016

Auteur

  • Thierry Joly

Les délits contre les touristes visitant la capitale se multiplient, et les pickpockets deviennent plus agressifs, plus violents. Les guides-conférenciers lancent un cri d’alarme. L’attractivité de la capitale est en jeu.

Des touristes chinois et leur conducteur italien agressés et volés devant leur hôtel à Gonesse. Quatre Coréens dévalisés à Saint-Denis. Survenus les 2 et 5 août derniers, ces incidents brièvement rapportés par quelques grands médias, ne sont malheureusement pas les seuls actes délictueux à avoir été commis contre les touristes étrangers durant l’été. Loin s’en faut.

« Les pickpockets, et notamment ceux agissant sous couvert de signature de pétitions, sont de plus en plus agressifs et violents », assurent des membres parisiens du Syndicat Professionnel des Guides Interprètes Conférenciers, confrontés quotidiennement à ces problèmes. Ils ont donc décidé de briser le silence. Ce témoignage marque un tournant dans le monde touristique parisien qui, jusqu’alors, a plutôt préféré ne pas trop évoquer le sujet par peur de voir les étrangers délaisser la capitale.

Quant au Gouvernement et à la Maire de Paris, c’est silence radio, la politique de l’autruche et du déni semble primer. Le tourisme étant l’un des rares secteurs économiques où ils pouvaient jusqu’à présent se targuer de bonnes nouvelles, pas question d’avouer l’ampleur et la gravité du problème. Tout est fait pour minimiser les choses en se retranchant derrière des statistiques qui ne veulent pas dire grand chose, car les touristes passant peu de temps à Paris ne veulent pas en perdre à porter plainte lorsqu’il ne s’agit que d’argent, sachant qu’ils ne seront pas remboursés. Quant à la baisse de fréquentation, elle est opportunément attribuée aux seuls attentats. Aucune action efficace n’a donc été entreprise. Tout au plus a-t-on facilité le dépôt de plainte pour les étrangers, tandis que la Préfecture de Police conseille de ne pas signer les pétitions, ce qui n’empêche pas les pickpockets de pouvoir approcher leurs victimes. Elle a également mis en ligne sur Daily Motion une ridicule vidéo d’avertissement, où les délinquants apparaissent sous les traits d’un débonnaire quinquagénaire. « Nous savons que nous allons être critiqués par certains professionnels du tourisme pour évoquer ce problème dans les médias, que l’on va peut-être nous accuser de dramatiser, de noircir le tableau, mais nous ne pouvons plus nous taire. Nous ne pouvons plus continuer d’accepter d’être des pourvoyeurs de futures victimes en amenant les touristes sur le terrain de chasse des mafias », affirme Isabelle Noesmoen, guide-conférencière. « La situation a atteint un seuil critique. Plus nous attendons pour réagir, plus ce sera dommageable pour le tourisme francilien et même français », ajoute Pascal Rechard, le président du syndicat.

Tous les sites touristiques touchés

Il s’agit d’une délinquance méconnue et sous-estimée par de nombreux Français et Parisiens, car elle se concentre sur les zones touristiques: le Louvre, la tour Eiffel et le Trocadéro, l’Arc de Triomphe, l’Opéra, le square du Vert Galant d’où partent les Vedettes du Pont Neuf, la gare du Nord où les pickpockets assurent ponctuellement toutes les arrivées d’Eurostar… Mais aussi l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, où les autorités laissent une bande opérer à la sortie de la gare RER sur le chemin du Terminal E d’où partent les vols à destination de l’Asie et des États-Unis. La police semble impuissante et découragée du fait d’un manque évident de volonté politique pour s’attaquer aux racines du problème, tandis que la justice fait preuve d’une clémence incompréhensible envers ces délinquants. Les juges distribuent essentiellement des rappels à la loi dont ils n’ont que faire, et s’ils écopent d’amendes, ils ne les payent pas, se déclarant insolvables. « La solution pourrait passer par une réponse judiciaire plus sévère, comme des interdictions de paraître, ou retenir le délit d’escroquerie car ces pétitions portent des logos ressemblant à une Marianne »,avance Christophe Blondel, secrétaire général de la Préfecture des Aéroports.

Autre illustration de cette démission de l’État et de son incapacité à faire respecter la loi, les vélos taxis non homologués et non assurés arnaquant les touristes pullulent Place de la Concorde, près de la tour Eiffel, du musée d’Orsay ou sur les Champs-Elysées. Au plus grand dam des rares guides étant homologués et assurés, qui n’en peuvent plus faute d’être soutenus et défendus. Confrontés aux menaces de leurs concurrents déloyaux, ils n’osent même pas témoigner à visage découvert.

Les guides agressés

Car, fort du sentiment d’impunité que les autorités ont laissé s’installer et de la complaisance des juges, ces bandes organisées s’en prennent aux employés ou aux passants qui interviennent. Souvenons-nous de la grève des salariés de la tour Eiffel et du Louvre les 22 mai 2015 et 10 avril 2013. « Quand nous aidons ou avertissons les touristes, nous nous faisons insulter, attaquer, menacer de mort », déplore Janice Baneux, guide-conférencière, qui a été bousculée et a vu son téléphone portable jeté sur le trottoir, alors qu’elle portait secours à un touriste chinois. Non seulement les autorités responsables ne prennent aucune mesure, mais de plus, elles ne dotent pas la police de moyens suffisants. Les policiers qui officient dans le métro ont ainsi suggéré aux guides-conférenciers de créer une application pickpockets à laquelle ils seraient reliés pour avertir en temps réel de leur présence!!!

Opérateurs touristiques, restaurateurs et hôteliers ont, ces dernières années, travaillé dur pour améliorer la qualité de leurs prestations et l’image de la France auprès des visiteurs étrangers. Mais ces efforts risquent aujourd’hui d’être réduits à néant par l’incurie de l’État. « Un groupe de Singapouriens que je guidais a refusé de descendre du car à l’Arc de Triomphe après avoir vu une nuée de porteuses de pétitions s’attaquer à des touristes », déclare Janice Baneux. Enfin, comment espérer convaincre les touristes étrangers qu’ils sont en sécurité en France après les attentats, alors qu’on n’est même pas capable de faire respecter la loi dans le principal aéroport du pays?

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