Les régions françaises ont communiqué leurs premiers chiffres de fréquentation estivale. Toutes ne sont pas logées à la même enseigne.
Côté régions françaises, les premières tendances dévoilées ont fait apparaître des disparités. Concernant les Alpes-Maritimes, les professionnels, et ce de Monaco à Cannes, en passant par Nice, font état d’annulations et de réductions d’activités. Selon le syndicat des restaurateurs niçois, par exemple, les chiffres ont varié de -30 % après le 14 juillet à -10 % à fin août. Quant à l’hôtellerie, toutes catégories confondues, la baisse se situerait entre 10 et 20 %. Afin d’éviter une chute plus importante, les hôteliers ont fait des offres promotionnelles, qui ont permis de maintenir l’activité. Les répercussions de l’attentat ont largement dépassé le littoral, puisque les hôtels de Grasse affichaient des taux d’occupation en retrait de 15 %. Même Monaco a subi l’impact avec des baisses de 10 à 15 %. En région Provence Alpes Côte d’Azur toujours, mais cette fois du côté des Hautes-Alpes, après des mois de juin et juillet médiocres, août a sauvé la saison estivale, selon un premier bilan diffusé par l’agence de développement touristique. Avec de « belles performances » de fréquentation des grands sites comme Serre-Ponçon ou les spots de haute montagne (Vallouise, Valgaudemar).
En Normandie, les professionnels font grise mine face à une baisse significative de la clientèle étrangère. L’office de tourisme de Bayeux, par exemple, annonce - 10 % de la fréquentation de la structure en juin et juillet, tandis qu’à Fécamp, elle a été de moins 15 % en juillet. Dans la Manche, après une saison 2015 satisfaisante, 69 % des professionnels ont jugé la fréquentation en baisse en juillet, selon La Manche Libre. Pourtant, le Grand Départ du Tour de France cycliste, du 2 au 4 juillet, avait boosté une fréquentation plutôt calme habituellement sur la première quinzaine de juillet.
Mauvaise nouvelle également dans le Calaisis où les chiffres de l’hôtellerie et de la restauration sont en baisse: - 25 à 30 %, par exemple, du nombre de touristes dans les restaurants en l’espace d’une année. A l’office de tourisme de Calais, ce sont 23 000 visiteurs qui ont franchi ses portes de janvier à juin contre 30 417 l’an passé. Et sur le seul mois de juillet, la baisse est d’environ 35 %. Conséquence des attentats, mais aussi de la situation migratoire.
En revanche, l’attentat de Nice n’a visiblement pas dissuadé les touristes de se rendre en Nouvelle-Aquitaine. « Malgré une avant saison globalement en baisse, près de 72 % de professionnels du tourisme de la région tirent un bon bilan de la haute saison 2016, avec une bonne fréquentation française et internationale », souligne un communiqué de la région. L’avant-saison a particulièrement bénéficié au tourisme urbain (Bordeaux notamment). « En juin et début juillet, l’ouverture de la Cité internationale de la Tapisserie à Aubusson, de la Cité du Vin à Bordeaux ainsi que l’Euro de Football ou le passage du Tour de France à Limoges ont mis la Nouvelle-Aquitaine sous les projecteurs de l’actualité », poursuit le communiqué. Et pour 57 % des professionnels, les attentats ne paraissent pas avoir eu un impact sur la fréquentation internationale.
En Auvergne-Rhône-Alpes, les professionnels du tourisme sont « plutôt heureux ». La fréquentation estivale s’est maintenue. avec 73 % se disant satisfaits. “Si le mois de juillet avait rassuré les professionnels, le mois d’août a tenu toutes ses promesses: 78 % des professionnels en sont satisfaits avec une pointe à 81 % en montagne, analyse le comité régional de développement touristique d’Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme. C’est la confirmation que le succès ou l’échec d’une saison d’été est fortement lié à ce mois d’août. Ce succès est également fortement corrélé à la météo qui s’est avérée très favorable en août notamment en montagne et à la campagne. Les territoires d’Auvergne Rhône-Alpes disposant de nombreux points d’eaux et lacs ont enregistré de bonnes fréquentations. A contrario, les territoires urbains ont vu leurs fréquentations se contracter durant ce mois”. Le taux d’occupation des hébergements marchands s’est établi à 60 % sur l’ensemble de la saison estivale, un niveau sensiblement équivalent à l’été 2015. La fréquentation globale de la saison a plutôt été stable, même si 35 % des professionnels ont enregistré une baisse à ce niveau. « La clientèle française était bien présente, contrairement aux touristes étrangers qui, eux, ont enregistré une baisse de - 4 % », ajoute la région. « Bien que le bilan de la saison estivale soit plutôt satisfaisant, 43 % des professionnels d’Auvergne Rhône-Alpes estiment que les attentats ont eu un impact réel sur leur activité au cours de la saison estivale”, poursuit le comité régional de développement touristique. Enfin, pour le mois de septembre, 58 % des professionnels faisaient état d’un bon niveau de réservation.
Bilan estival globalement positif également pour la région Bourgogne-Franche-Comté. Les visites guidées, par exemple, ont très bien marché à Montbéliard et à Belfort: la citadelle, la grotte de Cravanche ont, par exemple, affiché complet. Très bon été aussi pour le Ballon d’Alsace qui a enregistré une hausse de sa fréquentation de 32 %. Les hôtels, eux, ont plutôt bien résisté (en hausse à Belfort, stable à Montbéliard) grâce notamment au tourisme d’affaires, mais aussi aux touristes français. A noter qu’à Besançon, les mois de juillet et d’août ont subi une légère baisse par rapport à 2015, mais avec des touristes étrangers plus nombreux. Belges, Allemands, Anglais, Néerlandais, et pour la première fois des Italiens sont venus en nombre à l’instar de touristes issus de l’Europe du Nord.
Quant à la région des Pays de la Loire, elle a, elle aussi, été épargnée et affiche le sourire. Et ce, grâce à la clientèle française, les touristes étrangers étant, eux, aux abonnés absents, notamment Britanniques, malgré le lancement d’une campagne de communication par la région après le Brexit. « Les réservations de dernière minute, souvent de courte durée, ont sauvé la saison », selon l’observatoire régional du tourisme.
Du côté de la Bretagne, la région s’en est également bien sortie. Selon le bilan provisoire du comité régional du tourisme, la destination a été moins touchée par la baisse de fréquentation que la plupart des autres régions françaises. Les observateurs du tourisme ont évoqué une baisse de 3 % des nuitées en 2016 par rapport à 2015. Cependant, 13 % des Français, qui sont partis en vacances, ont effectué un week-end ou un séjour en terres bretonnes. La Bretagne reste donc la deuxième région la plus plébiscitée par les touristes, juste derrière celle de Provence-Alpes-Côtes-d’Azur et attire en priorité les Français (quatre touristes sur cinq).
Les Bretons constituent eux-mêmes la première clientèle en Bretagne, confirmant une nouvelle fois l’hyper-proximité des destinations de séjour. Les Anglais et les Allemands sont, quant à eux, les deux premiers sur le podium de la fréquentation étrangère. Toujours en Bretagne, plus de trois professionnels sur cinq ont jugé la saison estivale « satisfaisante » contre près de quatre sur cinq l’an passé. Contrairement aux trois dernières années, la satisfaction des hôteliers (56 %) a été bien meilleure que celle des propriétaires de camping (4 %). Enfin, le tourisme d’affaires a permis de pallier la baisse du tourisme de loisirs, notamment sur le mois de juillet. Bonne nouvelle aussi du côté des Vosges, département qui a connu un afflux de touristes supérieur à celui des années précédentes, selon les offices de tourisme, à l’exemple de Vittel qui évoque même « une explosion des réservations avec une hausse de 100 % », dévoilait notre confrère Vosges Matin.
Enfin, du côté de la Haute-Garonne, la saison estivale a été « plutôt bonne », marquée notamment par une hausse de la fréquentation du côté des sites de loisirs, alors que les musées et les lieux culturels ont, quant à eux, affiché des baisses.
L’onde de choc du terrorisme. Le secteur touristique à Nice (cinq millions de visiteurs dont 1,7 million en juillet et août), mais aussi de la Côte d’Azur ont subi de plein fouet l’attentat qui a fait 85 morts et de nombreux blessés, dont des touristes américains, tunisiens, suisses, russes…. Les hôtels ont enregistré de nombreuses annulations (l’activité hôtelière a reculé de 14 % dans la région en juillet selon MKG). Et deux navires de croisières de touristes américains ont décidé d’annuler leurs escales à Villefranche-sur-Mer. Et puis, au moins la moitié des séjours ont été perdus par l’annulation du concert de la chanteuse Rihanna qui devait se produire au stade niçois l’Allianz le 15 juillet. Annulation également du Nice Jazz Festival. Quant à l’aéroport de Nice, aucune annulation de vols n’était enregistrée au lendemain de l’attentat, et il a frôlé le cap des 1,5 million de passagers, en hausse de +3,3 %, lors du mois de juillet. Mais, sur les mois d’août et de septembre, les réservations vers la France et vers l’étranger accusaient respectivement des baisses de 20 % et 19 %.
Le 26 juillet, une cellule de crise était mise en place et le 12 août, le comité régional du tourisme présentait un plan de relance d’un million d’euros destiné à « relancer la destination azuréenne », selon David Lisnard, son président, également maire de Cannes. Ce plan d’urgence mis en place dans le cadre d’une « stratégie de résilience et de résistance touristiques » a pris la forme d’une campagne de communication déclinée notamment sur les réseaux sociaux via un hastag #CotedAzurNow », qui doit, selon David Lisnard, « faire des visiteurs et des Azuréens les premiers témoins d’une Côte d’Azur prête à accueillir les touristes » en les incitant à partager « leurs émotions positives ». Un site « cotedazur.com » a été ouvert à cette fin sous la forme d’un « mur social » qui reprend en direct tous les « posts » sur la Côte d’Azur partagés dans le monde sur tous les réseaux sociaux. Des affiches et un spot télévisé viendront faire la promotion de ce dispositif collaboratif.
Avec 12 millions de visiteurs l’an dernier, le tourisme sur la Côte d’Azur représente un chiffre d’affaires annuel de cinq milliards d’euros, 75 000 emplois directs et autant d’emplois indirects. Enfin, une campagne de prospection à travers la Chine sera effectuée d’ici la fin de l’année.