Mouvements sociaux et attentats ont eu raison de la baisse de la fréquentation touristique en France, avec toutefois des disparités selon les territoires et les sites. Après plusieurs mois difficiles pour le tourisme à Paris, mais aussi en Ile-de-France depuis les attaques de novembre 2015, l’attentat de Nice en juillet dernier est venu marquer une « répétition » qui risque de pénaliser l’Hexagone dans sa globalité, et ce à long terme. État des lieux.
Il faut sauver la destination France », titrait en Une Le Journal du Dimanche dans son édition du 7 août dernier. En 2015, l’Hexagone a accueilli 85 millions de touristes, et reste la première destination mondiale, mais pour combien de temps encore? Pas sûr que le territoire français renouvelle ce record en cette année 2016. La faute à une série de facteurs qui ont terni l’image du pays (colère des taxis en janvier, manifestations contre la loi travail, grèves des cheminots et des éboueurs pendant l’Euro, grèves d’Air France…), et surtout la série d’attentats perpétrée depuis novembre 2015 à Paris jusqu’au 26 juillet à Saint-Etienne-du-Rouvray, après Nice le 14 juillet. Leur fréquence a récemment augmenté, elle est inédite et inquiète les touristes. Cependant, tous les territoires ne sont pas logés à la même enseigne.
Depuis janvier dernier, les arrivées de touristes par vols réguliers ont accusé une baisse de 5,8 % dans l’Hexagone, dont un recul de 11 % à Paris et une progression de 1 % en province, selon les chiffres communiqués par le Quai d’Orsay, rendus publics à la veille de l’attentat de Nice. Par nationalité, de janvier à fin avril, le nombre de touristes étrangers a baissé de 11 % en Ile-de-France, les Japonais étant les plus frileux, avec une chute de plus de 50 %, selon le comité régional du tourisme. A Paris, le nombre de clients étrangers a diminué de 15 % depuis le début de l’année, selon l’office de tourisme. Et sur les seuls mois de juin et de juillet, la baisse du nombre de nuitées internationales dans l’Hexagone a baissé de 10 % par rapport à 2015, selon Atout France.
C’est notamment la clien-tèle à fort pouvoir d’achat en provenance des États-Unis, d’Asie ou du Golfe qui a fortement réagi aux attentats, et les hôtels haut de gamme ont davantage souffert que les autres. Sur le mois de juillet, cette tendance s’est confirmée.
Après les attentats de Charlie Hebdo et les attaques de novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis, la chute de la fréquentation touristique en France a touché de plein fouet la capitale, mais peu la province. Car jusqu’alors, c’était surtout Paris (46 millions de touristes en 2015) que les étrangers évitaient, estimant que la capitale était au cœur de tous les dangers.
Selon une étude de la société spécialisée ForwardKeys publiée en mars, les réservations des visiteurs étrangers ont ainsi accusé une baisse de 22 % à Paris entre novembre 2015 et mars 2016, par rapport à la même période de l’année précédente.
Et la province tirait mieux son épingle du jeu. La tendance était même redevenue positive: + 11 % d’arrivées aériennes au cours des dix premiers jours de juillet, après + 5 % en juin et + 2 % en mai.
Mais, après l’attentat de Nice (qui a amplifié la baisse des réservations de vols vers la France pour les mois d’août et de septembre atteignant 20 %, selon le cabinet de conseil Forwardkeys), la géocalisation des dangers par les touristes risque de ne plus être la même, et la destination France devrait être impactée dans son ensemble. Selon MKG, une diminution du nombre de visiteurs de 30 % pour l’ensemble du pays est envisageable dans les prochains mois en raison du sentiment d’insécurité, et ce malgré un Euro 2016 qui a tenu ses promesses. Un effet Euro qui s’est bien passé au niveau sécurité et qui avait redoré l’image de la France, depuis annihilée par l’attentat de Nice.