Menu

Marché

Que peut-elle apporter au tourisme en autocar?

Enquête | Loi Macron | publié le : 01.09.2016 | Dernière Mise à jour : 01.09.2016

Auteur

  • Catherine Mautalent

L’autocar est « dans l’air du temps ». La Loi Macron lui a permis de révéler sa place au sein de l’offre actuelle de transports collectifs. Elle a aussi donné l’opportunité à des autocaristes, qui sont aussi des voyagistes et des professionnels du tourisme en autocar, de s’inscrire dans ce mouvement. De là à penser que cette libéralisation du secteur pourrait avoir un impact sur cette dernière activité, il n’y a qu’un tour de roue. Etudes, chiffres et témoignages à l’appui.

Apeine plus d’un an après la promulgation de la Loi Macron, le 6 août 2015, l’autocar s’est clairement fait une place dans le paysage des transports collectifs. Lui qu’on croyait démodé est en train de tracer un sillon durable. Ces véhicules aux couleurs bleues, rouges ou vertes sillonnent à présent les axes les plus courus, souvent à une cadence soutenue. C’est que cinq principaux opérateurs se sont alignés au départ.

Ils ne sont plus que trois aujourd’hui: deux Français, Ouibus (filiale de la SNCF) et Isilines (filiale de Transdev) et un Allemand, Flixbus. Ce dernier a racheté le 1er juillet dernier les activités continentales du groupe britannique Stagecoach, connu sous la marque Megabus(1). De son côté, Ouibus a fait de même avec le Français Starshipper(2) à travers un contrat de franchise. La flotte est ainsi passée de 150 à 200 autocars. De plus, Starshipper, regroupant 32 PME autocaristes indépendantes, membres du réseau Réunir, a pris une participation de 5 % dans le capital de Ouibus. Mais, aucun de ces trois acteurs ne gagne encore à ce jour d’argent, et le secteur est encore loin d’être rentable. Sur les neuf premiers mois de l’année 2016, il a affiché un chiffre d’affaires de 21,5 millions d’euros. Parallèlement, 1 200 emplois ont été créés (à la conduite et chez les constructeurs).

Cette concentration aura des effets sur le portefeuille des voyageurs, après déjà une légère augmentation en janvier dernier. Maintenant que la concurrence diminue, il y a en effet fort à parier que les tarifs augmenteront. « A moyen terme, il faut s’attendre à une hausse des prix de 8 à 15 % », confirmait Pierre Gourdain, directeur général de Flixbus France. « Les entreprises ne peuvent pas vivre aux niveaux de prix actuels », confiait pour sa part Roland de Barbentane, directeur général de Ouibus, aux Echos en juillet dernier. Ainsi, les lignes dites horizontales du type Lyon/Nantes ou Bordeaux/Clermont-Ferrand, qui sont les moins concurrencées par le train et le covoiturage, devraient devenir plus chères. Et les opérateurs longue distance pourraient ainsi profiter des pics de départ à la Toussaint ou à Noël pour donner un coup de pouce à leurs tarifs.

L’Arafer comptabilisait 1,1 million de passagers au premier trimestre 2016 contre 770 000 sur les trois mois précédents (soit une hausse de 69 %). Parallèlement, le nombre de liaisons augmentait de 46 % d’octobre à décembre 2015 et sur le second trimestre 2016, passant ainsi à 1386 en juin dernier. Reste qu’un an après, les cars Macron ont rencontré un succès indéniable puisque 3,8 millions de passagers ont été transportés. Alors que la libéralisation du transport par autocar aurait pu modifier les axes de circulation, Paris apparaît comme le nœud du réseau avec deux tiers des passagers. Les lignes d’autocar les plus fréquentées sont, par ailleurs, celles qui concurrencent le train: 90 % des passagers empruntent ainsi les 45 % de lignes pour lesquelles il existe une alternative ferroviaire.

Une enquête de CheckMyBus révélait que « l’autocar (Macron, ndlr) surpassait toutes les attentes », avec une prévision de « 5,3 millions de passagers d’ici la fin de cette année 2016 », soit 36 % en plus par rapport aux prévisions initiales. Une croissance dont tous les opérateurs voudraient profiter. Ouibus semble avoir tiré le premier. La filiale de la SNCF annonçait doubler ses destinations à partir du 25 juillet dernier en proposant 1 500 trajets reliant 120 destinations. Des villes comme Auxerre, Toulon ou la commune du Mont-Saint-Michel sont désormais desservies à bord de ses cars bleus. De plus, et depuis le 25 juillet également, il est possible d’acheter sur l’appli Ouibus des trajets avec une correspondance.

Quelle perception de l’autocar?

Quels sont les profils de ceux qui empruntent ces cars Macron? Et pour quels motifs montent-ils à bord? D’après une enquête menée par Ouibus, 60 % de ses passagers sont des femmes et 58 % sont âgés de plus de 35 ans. D’autre part, 72 % voyagent seuls, 65 % rendent visite à leurs proches, 10 % sont des retraités et 11 % des professionnels. Des profils utilisateurs à compléter avec ceux détectés par Isilines: 47 % sont des actifs, 30 % ont entre 26 et 40 ans, 70 % voyagent pour des raisons familiales, 17 % pour faire du tourisme et 7 % dans le cadre de déplacements affaires.

L’arrivée des cars Macron a donné l’opportunité la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV) de commander à l’institut Médiascopie une étude sur “la perception de l’autocar par les Français”. Les résultats, dévoilés en octobre 2015, ont révélé que « le développement des transports par autocar était perçu très positivement » et qu’il « disposait d’une solide assise au sein de l’offre de transports », tout en se posant comme « une alternative crédible tant à la voiture qu’au train ». Autres enseignements de l’étude: la sécurité des autocars était réputée « plutôt bonne », ils « polluent moins » que la voiture, le train et l’avion, tandis que l’idée « de prix accessibles et stables » leur était étroitement liée.

« Je n’ai jamais été un adepte de l’autocar, confie Christian (77 ans), retraité. Mais, si l’occasion se présentait, je n’exclue pas de prendre ces nouvelles lignes régulières dès lors qu’elles ne sont pas en concurrence avec celles de la SNCF. En d’autres termes, des lignes non desservies par la compagnie ferroviaire nationale, c’est là que réside toute leur raison d’être et c’est cet aspect là qui m’intéresse. Le prix n’est pas forcément un argument essentiel pour moi, même si bien sûr, il ne s’agit pas de le négliger pour autant. Le seul inconvénient que je vois dans ce mode de transport est le temps de trajet. Mais, je crois savoir que, sur le plan du confort, les autocars d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec ceux que j’ai pu emprunter jadis... ».

Pour Benjamin (18 ans), étudiant en informatique, c’est « évidemment le prix qui m’a tout de suite séduit, dit-il. N’ayant pas mon permis de conduire, je prenais le train, voire exceptionnellement je faisais du covoiturage. Mes moyens financiers sont limités, avec les cars Macron, je fais donc de réelles économies. De plus, je profite des équipements mis à disposition dans les véhicules pour occuper mes temps de trajet »

Pour l’Autorité de la Concurrence, qui avait appelé de ses vœux cette libéralisation depuis 2013, la clientèle des cars Macron est surtout composée de « voyageurs loisirs ». Une clientèle essentiellement jeune, « moins sensibles au temps de parcours ». Quant aux seniors, et se basant sur les exemples européens, l’Autorité de la Concurrence estime que « c’est aussi une population moins regardante sur la durée du trajet ». Et Michel Seyt, président de la FNTV, de souligner dans un entretien accordé au Figaro en septembre dernier: « ce sont des jeunes, des vacanciers et aussi des personnes à la retraite qui ont pris le car en août 2015 ».

Du régulier au tourisme?

En revenant sur le devant de la scène des transports collectifs, l’autocar a converti nombre de Français, tout en apportant une « nouvelle jeunesse » à son image. « Les clients sont enthousiasmes (…) Une fois qu’ils ont essayé l’autocar, ils y reviennent! », peut-on lire dans le dernier rapport d’activité de la Fédération nationale des transports de voyageurs. Mais, sont-ils pour autant susceptibles de poursuivre (et confirmer) cet engouement dans un cadre, touristique?

En d’autres termes, seraient-ils prêts à ne plus considérer l’autocar comme un simple moyen de déplacement d’un point à un autre, mais comme un mode de transport combiné à des étapes touristiques? « Les Français sont en train de redécouvrir l’autocar » confiait début juillet Roland de Barbentane à nos confrères des Echos. Des Français qui « ont même été surpris des prestations qu’ils peuvent trouver à bord, à l’exemple de la wifi, de la mise à disposition d’une prise électrique… En cela, la loi peut avoir un impact positif sur l’activité du tourisme en autocar », s’accordent à dire nombre d’autocaristes.

Mais, avec un public toujours plus nombreux capté pendant quelques heures à bord du véhicule, comment envisager lui vendre des prestations complémentaires? Et surtout, comment surfer sur l’image d’un transport par autocar longue distance à des tarifs imbattables en proposant des prestations touristiques qui ne jouent pas sur la même gamme de prix? Car s’il y a engouement pour ces cars Macron, c’est bien parce que les utilisateurs sont séduits (disons plutôt appâtés!) par ces prix bas pratiqués, mais qui restent (et resteront?) impossibles à aligner sur la gamme tarifaire des traditionnels produits touristiques. Cette piste-là est donc à écarter. Mais, l’autocar est « dans l’air du temps », ne pas surfer sur ce qui est, certainement un effet de mode, serait sans doute laisser passer une belle opportunité.

Quelles pistes possibles?

« Le voyage en autocar bénéficie d’un regard neuf, qui va dépoussiérer son image jusqu’alors peu valorisée », dit ainsi Sébastien Guillaud, directeur général de voyage-en-car.com., qui travaille à la mise en place de package en bout de ces lignes régulières (à ce jour, il propose un comparateur). Mais, prévient-il, « l’offre est encore nouvelle, et il faut laisser du temps au public de reconquérir l’autocar ». Il faut dire que son usage est un sujet culturel. Allemands, Anglais ou Italiens sont habitués à ce mode de transport. Ce n’est pas le cas des Français, même s’ils sont sur la bonne route… Question de mentalité et d’habitude à prendre. « L’avion a d’abord été utilisé comme un moyen de transport pur, poursuit Sébastien Guillaud, puis les tour-opérateurs se sont positionnés »… Rien n’empêche donc de penser qu’une fois l’utilisation de l’autocar ancrée dans les mœurs, elle ne s’inscrive alors au cœur du dispositif touristique. Et encore plus à travers le savoir-faire – connu et reconnu – des autocaristes, qui plus est sont des voyagistes. « Sauf que la clientèle des cars Macron n’est pas celle des traditionnels voyages touristiques en autocar, même si elle constitue un potentiel à ne pas négliger.

En tout cas, lui proposer en bout de lignes des packages est une idée à exploiter », estime Jean-François Richou, directeur général délégué au Groupe Richou, entreprise choletaise qui a signé en septembre 2015 avec Flixbus pour créer une ligne entre Nantes et Toulouse. Mais, selon lui, le phénomène cars Macron est encore trop récent. L’offre doit s’installer, trouver ses marques, se consolider. Et sans doute encore gagner en notoriété. « Mais, c’est une opportunité, pour nous voyagistes, dont il faut tenir compte, et qui mérite réflexion », martèle Jean-François Richou. Et il n’est pas le seul à le penser. Car à ce jour, force est de constater qu’aucune initiative particulière d’autocaristes a été prise pour inciter les clients des Cars Macron à basculer sur du voyage organisé en autocar. Et ce, qu’ils soient partenaires d’un opérateur longue distance ou non.

Jouer la complémentarité?

Pourtant, Flixbus, par exemple, ne voit pas d’obstacle à jouer la complémentarité pour « donner un coup de pouce » au voyage touristique en autocar. Se positionnant ainsi tel un relais pour faire connaître l’offre de ses autocaristes partenaires. Comme l’expliquait à Tourisme de groupe Pierre Gourdain: « les autocars qui effectuent des lignes régulières Flixbus ne nous appartiennent pas. Dans ce cadre, je ne vois pas pour quelles raisons ils ne pourraient pas mettre à disposition des passagers leurs brochures à bord des véhicules. L’autocariste promeut son nom, sa notoriété, sa qualité de service. Pourquoi ne pourrait-il pas en même temps mettre en avant sa programmation touristique en autocar »? Et d’ajouter: « les autocaristes partenaires de Flixbus roulent avant tout pour leur entreprise, dans le cadre d’un service supplémentaire qu’ils apportent à des clients ». Parallèlement, l’opérateur allemand s’est rapproché des agences de voyages à travers la signature de partenariats permettant aux distributeurs de vendre les trajets longue distance. « Et vendre un billet d’autocar peut être considéré comme un réel produit d’appel pour dynamiser la vente de packages », selon le directeur général de Flixbus France.

De son côté, Isilines devrait « jouer cavalier seul », s’appuyant déjà sur un réseau hexagonal très dense via le réseau Transdev et des autocaristes locaux. Contacté par Tourisme de groupe, il annonce ainsi « vouloir rebondir sur l’engouement des Français pour les cars Macron afin de les inciter à aller au-delà du simple trajet en autocar vers du voyage touristique avec prestations ». D’autant, affirme-t-il, qu’il « est compétent pour mettre en place du package ». Mais, Isilines n’a pas souhaité nous en dire plus, cette piste étant actuellement en cours de réflexion, glissant cependant qu’un partenariat avec la Fédération Unie des Auberges de Jeunesse (FUAJ), avait été signé, « pour privilégier le tourisme en autocar », martèle l’opérateur. Un partenariat reposant à ce jour sur une réduction accordée aux membres de la fédération montant à bord d’un autocar Isilines, mais aussi sur la réservation de nuitées dans les Auberges de Jeunesse.

Les cars Macron ont donc réussi à s’imposer dans le paysage. Ce sont actuellement plus de 180 villes françaises et aéroports qui sont desservis, avec près de 3 300 départs et arrivées par jour. L’implantation de nouvelles gares routières a accompagné le développement de ce marché, qui – même s’il rencontre un réel succès – est cependant encore fragile. Mais, ils ne seront pas sans jouer un rôle dans le développement touristique. Parce que les cars Macron ont revigoré l’image de ce mode de transport, tout en apportant une nouvelle clientèle, potentiellement consommatrice de voyages en autocar. Une nouvelle clientèle à laquelle les autocaristes sauront s’adapter. Comme ils l’ont toujours fait.

(1) Megabus continuera d’exploiter, en tant que sous-traitant de la société allemande, plusieurs liaisons interurbaines en Europe. La marque, elle, est sans doute amenée à disparaître hors du Royaume-Uni.

(2) Les cars Starshipper roulent désormais sous les couleurs de Ouibus.

En aparté…

• Basée à Montréal, la start-up Busbud, permet aux voyageurs de comparer et d’acheter leurs billets d’autocar. En France, elle collabore déjà étroitement avec des opérateurs tels que Ouibus, Eurolines, Isilines, Megabus ou encore Flixbus. En parallèle au développement de son offre de cars, Busbud a lancé en mai dernier “Busbud Business”, une application qui permet à d’autres plateformes de voyages de distribuer l’inventaire de la start-up. Liligo et Easyvoyage ont été les deux premiers partenaires français à en profiter. Il est donc maintenant possible de réserver son séjour, son hôtel, son avion, son trajet ou sa correspondance en autocar en quelques clics.

• En juillet dernier, en Allemagne, Amadeus annonçait l’intégration d’offres « autocars » en partenariat avec Distribusion Technologies. Les agences de voyages, dans un premier temps germaniques, vont ainsi accéder aux trajets de plus de 60 autocaristes dans 25 pays, via la plateforme de vente d’Amadeus. Pour cela, le GDS devrait insérer un nouvel onglet « Autocars » sur lequel elles peuvent effectuer une recherche, comparer et réserver les billets. Les agences de voyages percevront une commission pouvant atteindre 15 % pour chaque billet vendu, ainsi qu’une facture unique mensuelle récapitulant l’ensemble des commissions obtenues pour chaque autocariste. Le début des ventes via Amadeus est prévu pour cet automne.

Div qui contient le message d'alerte

Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire

Mot de passe oublié

Déjà abonné ? Créez vos identifiants

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ? Remplissez les informations et un courriel vous sera envoyé.

Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format