Les groupes plébiscitent largement les stations françaises et ne s’aventurent guère à l’étranger pour pratiquer le ski alpin. Quelques offres émergent toutefois dans les Alpes et les Pyrénées voisines, dans les Balkans, voire en Chine. Mais s’il s’agit davantage de goûter aux plaisirs de l’hiver en pratiquant des sports moins tributaires du relief, alors l’offre des tour-opérateurs s’élargit et les groupes ne s’en privent pas, notamment en partant, nombreux, en Laponie ou au Canada.
A priori, la montagne française suffit largement à combler la demande de sports d’hiver. Et la qualité comme la diversité des prestations proposées par les stations françaises, l’étendue incomparable du domaine skiable, permettent de satisfaire, y compris en termes de prix, les attentes les plus variées. Pas étonnant donc si la plupart des offres proposées aux groupes se concentrent sur la montagne française. Elle jouit en outre de l’atout de la relative proximité. Même à la frontière, les massifs les plus courus, comme les Alpes et les Pyrénées, se situent de fait moins loin que les montagnes des pays voisins.
Pour que des groupes se rendent donc au ski à l’étranger, il leur faut d’excellentes raisons, qu’ils recherchent un dépaysement plus complet, un rapport qualité/prix plus compétitif ou un goût pour l’originalité ou la distinction. De ce point de vue, les stations suisses, autrichiennes ou italiennes sont aussi en capacité d’accueillir des groupes en proposant également une ambiance typiquement montagnarde.
Parmi les offres sur ces destinations, dont l’image colle à la représentation qu’on se fait de l’hiver à la montagne, le Club Med est bien placé, qui dispose de plusieurs villages en dehors de la France. Tout en proposant, comme en France, ses formules et classifications habituelles, il met en avant ici les traditions montagnardes, là le luxe, ailleurs la gastronomie.
Le Club Med compte ainsi trois villages en Suisse: Villars-sur-Ollon dans les Préalpes vaudoises, Saint-Moritz dans les Grisons et Wengen dans les Alpes bernoises. En Italie, il offre deux points de chute: Pragelato Vialattea dans le Piémont, et Cervinia en Val d’Aoste. De ce fait, c’est l’un des très rares voyagistes à proposer aux groupes de goûter au ski alpin hors de France. Et même hors d’Europe d’ailleurs puisqu’il a inscrit à son catalogue hivernal deux villages chinois de Mandchourie, le Club Med de Yabuli dans la province du Heilongjiang, et, sur demande, celui de Beidahu dans la province voisine de Jilin. Le Club Med propose aussi de découvrir les sports d’hiver au Japon, dans son village de Hokkaido, en plein centre de l’île du même nom.
Sans aller si loin dans l’exotisme, les groupistes auxquels s’adressent des touristes français désireux de goûter aux joies du ski, peuvent, chez nos voisins alpins, trouver des partenaires locaux à même de leur proposer des forfaits. Ce peut être des réceptifs locaux ou hôteliers. Le contact peut se faire en direct ou par l’intermédiaire des bureaux du tourisme des stations ou des offices nationaux présents en France. Ces derniers les orientent ensuite vers les prestataires adaptés.
En Suisse, par exemple, des hôtels ont l’habitude de travailler avec des tours-opérateurs et agents de voyages français spécialistes des groupes. C’est le cas de Swiss Village Club et de l’hôtel Les Sources aux Diablerets dans les Alpes vaudoises, qui se chargent aussi bien de l’hébergement en demi-pension que de réserver les activités sportives. Pour l’acheminement, en revanche, les agences de voyages ou tour-opérateurs gardent la haute main.
Outre les services d’autocaristes, les groupes peuvent aussi s’appuyer sur les transports ferroviaires entre la France et la Confédération helvétique. L’offre est plutôt dense et peut être complétée pour la saison (du 17 décembre 2016 au 1er avril 2017) par le Lyria des neiges. Spécialement destiné aux touristes séjournant en station, ce TGV effectue ses rotations tous les samedis entre Paris et Brig, en marquant un arrêt dans les principales gares vaudoises et valaisanes desservant les stations de ski.
L’office de tourisme autrichien met également en avant des offres présentées localement. Mais, là encore, la démarche est somme toute plus accessible aux individuels qu’aux groupes, même si la mise en contact peut aussi leur être utile ou être utile aux voyagistes.
Dans l’ensemble d’ailleurs, sauf cas exceptionnel, les stations de ski à l’étranger, sont tout de même prisées par les Français, mais essentiellement ceux partant en individuels. Pour les groupes, l’offre comme la demande restent marginales s’il s’agit purement de ski. C’est d’ailleurs le constat de Muriel Bougeard, directrice commerciale de Travel Europe, spécialiste des groupes. « Nous ne recevons quasiment jamais de demandes de groupes pour les stations autrichiennes en hiver, alors que Visit Europe, qui s’occupe de la clientèle individuelle compte plusieurs offres à son catalogue. Bien sûr, nous pourrions les adapter sur mesure pour des groupes, mais cela ne semble pas les intéresser. Peut-être parce que les stations autrichiennes répondent à l’attente de clients plus intéressés par le séjour lui-même que par l’envie de vivre skis aux pieds et d’enchaîner les descentes et les soirées d’après-ski ».
Ce qui vaut pour les Alpes vaut aussi pour les Pyrénées, qu’il s’agisse de l’Espagne ou plus encore d’Andorre. Certains tour-opérateurs se sont tournés vers les stations de la principauté frontalière de l’Espagne et de la France. Mais, là aussi, c’est davantage la clientèle individuelle que les groupes qui s’y intéresse. Chez Vacances pour tous, par exemple, aucun groupe ne s’est tourné vers cette offre.
De fait, là aussi, ce sont des réceptifs locaux, des offices de tourisme et des prestataires hôteliers qui mettent en avant les possibilités de séjour au ski dans une station située aux portes de la France. Andorra Tourism profite d’ailleurs du salon parisien IFTM Top Resa pour présenter les stations de Grandvalira et de Vallnord ainsi que les offres hôtelières locales aux voyagistes français. Les offres de séjours au ski existent donc, mais elles se présentent de manière désordonnée sur le marché français. A quelques exceptions près, elles sont effectivement à construire par les agents de voyages et tour-opérateurs.
C’est d’ailleurs ce qui s’est produit avec le Monténégro. La petite République issue de l’ex-Yougoslavie, s’est faite un nom avec ses offres estivales autour des bouches de Kotor, et s’emploie aujourd’hui à se positionner sur les offres hiver grâce aux reliefs qui font sa géographie. Le Monténégro fait ainsi partie de ces destinations hivernales qui sont sorties du chapeau et du lot ces toutes dernières années. Les tour-opérateurs sont aujourd’hui plusieurs sur les rangs: Step Travel, Vacances Transat, Premium Travel ou encore le réceptif Eastwest Voyage à Podgorica. Même si ce dernier peut proposer sur mesure d’autres stations, tous s’appuient sur un hébergement qui fait l’unanimité: le Bianca Resort de Kolasin, dans le massif de Bjelasica.
Step Travel, par exemple, engrange les réservations sur cette offre phare des sports d’hiver hors de France. Le produit, que le tour-opérateur de la rue des Victoires à Paris a fait découvrir en janvier dernier à une dizaine de voyagistes français, « a très bien fonctionné l’an dernier », indique Géraldine Chachourine, qui dirige Step Travel avec Blandine Vignals. Pour l’hiver 2016/2017, une demi-douzaine de groupes constitués comptant entre 20 et 40 pax ont d’ores et déjà réservé ce séjour à la montagne. Le produit est proposé essentiellement pendant les vacances scolaires (en 2017, entre le 11 février et le 11 mars). Mais d’autres dates peuvent aussi être demandées. « Nous vendons des forfaits de huit jours/sept nuits », détaille Audrey Picquot, particulièrement en charge de cette destination chez Step Travel. « Du all inclusive, qui comprend les vols, les transferts, l’hébergement, les forfaits remontées mécaniques, la location du matériel, même les boissons à table ou hors table, avec trois repas à l’hôtel, également doté d’un Spa et d’une piscine intérieure ». Par son style et ses prestations, le resort n’a rien à envier en effet à ce que propose la montagne française, et Step Travel y croit suffisamment pour avoir pris des stocks. Au regard des standards français, la station de Kolasin, située entre 1 450 et 1 950 m d’altitude, reste modeste. Mais ses 30 km de pistes sont accessibles à tous les niveaux, du vert facile au noir plus technique.
Au-delà de ces caractéristiques, toutefois, pour les séjours aux sports d’hiver à l’étranger, « l’argument du prix est décisif », affirme Géraldine Chachourine. Cet atout, valable pour le Monténégro, l’est bien moins pour d’autres destinations d’Europe de l’Est. Par exemple, la station polonaise de Zakopane bénéficie d’une excellente notoriété mais, revers de la médaille, « elle est déjà beaucoup fréquentée par les Polonais eux-mêmes, ce qui fait monter les prix de l’hôtellerie », observe Géraldine Chachourine. Qui plus est, elle est à plus de deux heures et demi de route de Cracovie, et la destination n’est pas desservie en direct depuis la France par des compagnies aériennes régulières. Rédhibitoire donc pour des groupes qui doivent soit faire une escale, soit passer par Varsovie pour se rendre aux confins de la Pologne et de la Slovaquie.
En Europe de l’Est, toutefois, d’autres options existent, présentant un rapport qualité/prix susceptible d’intéresser les groupes français.
C’est le cas en Bulgarie où le réceptif Rual Travel a déjà accueilli des groupes d’étudiants anglais, des familles britanniques ou encore des touristes turcs voyageant en groupe pour des séjours aux sports d’hiver. Les stations proches de Plovdiv comme Pamporovo et de Sofia comme Borovets et Bansko disposent d’atouts certains, avec leurs dizaines de kilomètres de pistes enneigées, des hébergements dans des hôtels quatre et trois étoiles supérieur et une gamme variée de prestations. Rual Travel bâtit des programmes sur mesure incluant aux choix cours de ski, mise à disposition d’un DJ en soirée ou encore visites de monastères et sites culturels majeurs des environs.
D’autres pays de l’Est offrent aussi des stations susceptibles d’intéresser des groupes français. La Roumanie, par exemple, avec notamment Poiana Brasov en Transylvanie et ses hôtels aussi récents que confortables et plaisants, la Slovénie aussi, avec Maribor Pohorje, qui peut toutefois souffrir de problèmes d’enneigement et d’un veillissement des installations, Krvavec ou encore Kranjska Gora… Quoi qu’il en soit, pour l’instant ni les demandes de groupes, ni les offres de la part des tour-opérateurs ne sont là. Ainsi, Amslav, spécialiste de ces pays, ne reçoit pas de demandes en la matière. L’hiver, pour ce TO comme pour d’autres, se résume souvent, s’agissant de l’Europe centrale ou de l’Europe de l’Est, aux réveillons de fin d’année ou aux marchés de Noël.
Les sports d’hiver ne se limitent cependant pas au ski alpin et d’autres activités peuvent être privilégiées, avec une autre forme d’authenticité et de dépaysement.
C’est par exemple le cas en Laponie et au Canada, avec des produits relativement proches, mais insérés dans des cultures locales différentes. Cette orientation connaît un succès certain, puisque le produit se distingue vraiment de l’offre française, même si les stations françaises ont aujourd’hui largement étendu à ces produits hivernaux diversifiés leurs propositions.
Il n’empêche, la Laponie finlandaise, répond à certaines attentes. A tel point d’ailleurs qu’un tour-opérateur comme Premium Travel a déjà quasiment bouclé dès cet été sa saison hiver 2016/2017 vers cette destination. « Elle fait toujours rêver », observe Sandrine Ramey, responsable du service individuels de Premium Travel. Et les groupes assurent même 70 à 80 % de la clientèle, entre amis ou en familles réunies ou élargies.
Le succès de ces séjours « multi-activités » de huit jours/sept nuits autour du cercle polaire arctique, avec sorties en raquettes, safaris en motoneige, randonnées en traîneaux à chiens ou tirés par des rennes, ski de fond, et parfois aurores boréales en prime, est suffisant pour que Premium Travel affrête chaque semaine un avion de 189 sièges, de la mi-décembre à la fin mars, au départ de la France.
Les rotations à destination de Kittilä, qui dessert notamment la station de ski du mont Levi, se font en alternance depuis Paris, Lyon, Nantes, Deauville, Strasbourg, Toulouse ou encore Clermont-Ferrand, selon les semaines. L’hébergement se situe au cœur de la station de Levi, précise Alexandre Sebrie, attaché commercial de Premium Travel. « Le ski alpin est en fait une option que les clients peuvent retenir sur leur journée libre », indique-t-il, sachant que les autres activités suffisent à combler les désirs de sports de neige.
Le Canada, particulièrement le Québec, plus proche de la France que les montagnes Rocheuses, où seuls des voyageurs individuels se rendront, dispose aussi d’une offre complète, avec l’avantage de l’authenticité et de la communauté de langue. La destination est naturellement très prisée des groupes, et ce n’est pas Vacances Transat qui s’en plaindra, comme l’indique Ange Derment, directeur groupes de Transat France (voir encadré). Séjours en pourvoirie – ces relais de chasse et de pêche d’autrefois, transformés en resorts haut de gamme pour certains d’entre eux – ou descentes en ski alpin sur les rives pentues du Saint-Laurent, permettent aux tour-opérateurs de positionner des offres hivernales complètes et d’envoyer des groupes dans la Belle Province.
Pour exister face à la montagne française, les groupistes positionnés sur les destinations étrangères qui disposent d’un potentiel intéressant pour la pratique des sports d’hiver n’ont d’autre choix que de mettre en avant la singularité du produit ou l’avantage prix.
Au regard de la fréquentation hivernale des massifs montagneux (la France est ici au coude à coude avec les États-Unis, en tête des destinations mondiales), le potentiel que représentent les sports d’hiver à l’étranger reste cependant limité à un marché de niche.