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Taïwan

Une île à part

Destination | publié le : 01.09.2016 | Dernière Mise à jour : 01.09.2016

Auteur

  • Stéphane Jarre

En désaccord politique avec la Chine populaire, de l’autre côté du détroit, Taïwan cultive sa différence. Ses habitants se revendiquent Taïwanais, pas Chinois. Connue pour ses produits électroniques et informatiques, l’île est à bien des égards plus moderne que l’Occident qu’elle admire tant, à la manière du Japon dont elle a gardé un goût prononcé pour l’organisation et l’efficacité. Mais, derrière les apparences, la culture, les langues et les traditions chinoises s’imposent aux visiteurs. Taïpei conserve d’ailleurs jalousement les trésors de la Cité interdite, en un musée qui, à lui seul, vaut déjà le voyage.

Autant le savoir d’emblée: visiter Taïwan(1), c’est se préparer à de fréquents allers/retours. Le plus marquant, c’est celui entre modernité poussée à l’extrême et traditions soigneusement cultivées. Le plus évident, ce sont les différentes contrées de l’île, à peine plus étendue que la Belgique avec ses 36 000 km2, mais dotée d’un relief qui frise les 4 000 m d’altitude en son milieu et complique les liaisons Est-Ouest. Le plus étonnant, c’est entre un consumérisme frénétique et un romantisme tout aussi déclaré. Le plus spectaculaire, c’est entre un attachement manifeste à la culture sino-taïwanaise et un engouement sincère pour tout ce qui vient d’Occident ou du Japon.

En fait, un voyage à Taïwan, c’est un peu comme une envolée sur une balançoire, avec plein de sensations, de surprises, d’amusements et d’émotions. Sans prendre le moindre risque cependant. En effet, pour une fois, voilà un pays lointain tout en vert sur la carte du ministère des Affaires étrangères, synonyme de « vigilance normale ». Peu de fiches de « conseils aux voyageurs » sont aussi brèves que celle concernant Taïwan, où le Quai d’Orsay signale juste quelques rixes à la sortie de boîtes de nuit, la succession possible de quelques typhons à certaines périodes de l’année (de fin juillet au début de l’automne), et une activité sismique qui rappelle de temps à autre que l’île est à cheval sur les plaques eurasienne et Pacifique, ce qui n’a – en principe – pas trop d’incidences graves dans un pays qui a normalement pris ce paramètre en compte dans ses constructions.

Efficacité

A peine sortis de l’aéroport international de Taoyuan, efficace d’ailleurs pour les formalités comme pour la récupération des bagages, nous voilà déjà en mouvement sur la balançoire, entre échangeurs autoroutiers entrelacés et collines verdoyantes à la végétation tropicale. Des tours d’habitation surgissent ici ou là, plus nombreuses au fur et à mesure que l’on s’approche du centre de Taïpei. La ville a pris ses aises et semble s’étaler sur toute la côte nord-ouest de l’île pour loger plus de six millions d’habitants (un bon quart de la population du pays) et bien des touristes en prime. Elle a pris de la hauteur aussi, en multipliant les gratte-ciels et en superposant les bureaux et les habitations.

Laissons un instant l’escarpolette et prenons les télécabines qui prennent d’assaut la colline de Maokong. Cette installation a d’ailleurs été construite par Poma, l’entreprise française de l’Isère spécialisée dans le transport par câble. Après un survol de la canopée, qui montre que la capitale taïwanaise n’a pas tout sacrifié à l’urbanisation, c’est presque un petit village perché qui attend les passagers, dominant des plantations de thé.

Thé aux perles

Souvent consommé glacé par les Taïwanais, le thé relève de la boisson nationale. Il peut être agrémenté parfois de « perles » de tapioca qu’on aspire à la paille, une spécialité taïwanaise des plus surprenantes. Quant à la culture du thé, elle est aussi entourée de mille traditions et bénéficie à Taïwan de conditions particulièrement favorables, avec l’altitude qui convient, une température et une pluviométrie tout aussi adaptées. Tout un cérémonial accompagne la dégustation de ce breuvage aux couleurs et fermentations variées au salon de thé YaoYue(2), qui domine des plantations d’un vert intense. Le thé Oolong, spécificité taïwanaise, le mérite amplement, puisqu’il est considéré parmi les meilleurs qui soient, même par les Britanniques paraît-il.

En redescendant de la montagne après cette collation champêtre, le programme peut prévoir une halte au zoo de Taïpei(3), qui est l’un des rares au monde à posséder des pandas. Il se situe à deux pas de la gare de téléphérique de Maokong et a aussi l’avantage de permettre aux visiteurs de voir vraiment de près la plupart des animaux qu’il héberge, papillons, oiseaux exotiques, poissons, tortues, serpents, batraciens, ours locaux, animaux d’Asie, d’Afrique, des zones tempérées ou des terres glaciales. Le zoo plus que centenaire compte environ 2 500 pensionnaires de près de 400 espèces différentes. Depuis 1996, le retour vers le centre-ville peut se faire en métro automatique… Les rames, de type VAL, ont été construites par Matra, la modernité étant aussi française à l’occasion!

Un bambou de 508 m

Taïpei promet encore bien d’autres allers/retours. Par exemple entre ses centres commerciaux et grands magasins ultra-modernes, brillants de propreté et clinquants à souhait, et ses marchés de nuit, bazars où s’entremêlent stands alimentaires et boutiques de vêtements, halles aux chaussures et étals de fruits de mer. Un univers en soi, qu’on retrouve dans toutes les grandes villes du pays, mais particulièrement impressionnant dans le district de Shilin ou celui de Ningxia.

Allers/retours encore entre sa tour emblématique, Taïpei 101, semblable à une pousse de bambou, mais qui mesurerait… 508 m de haut, et ses temples bouddhistes où s’accumulent offrandes et fumées parfumées à l’encens.

Taïpei 101(4), qui compte 101 étages, est encore la troisième plus haute tour du monde, si l’on fait abstraction de l’antenne du One World de New York. Depuis l’observatoire intérieur des 88e et 89e étages, la vue sur la capitale taïwanaise est saisissante, laissant deviner l’urbanisation autant que les contrastes architecturaux, la verdure très présente comme l’horizon marin plus lointain. Des explications sur la tour et la ville sont proposées, de même qu’un restaurant et un café, ainsi qu’une boutique de jade et de coraux de grande valeur.

Le logo stylisé de la tour emprunte aux anciennes pièces de monnaie chinoises, avec ses trois cercles, le premier et le dernier percés de rectangles pour figurer le chiffre 1, celui du milieu percé d’un carré pour marquer le 0. L’ascenseur le plus rapide au monde et l’amortisseur, permettant au gratte-ciel de supporter les oscillations, le plus imposant au monde avec ses 600 tonnes qui servent de balancier en quelque sorte et maintiennent la tour en équilibre, font aussi l’orgueil de cet édifice de verre et d’acier. Témoin symbolique de la réussite économique de Taïwan, il offre aussi un support idéal aux feux d’artifice grandioses qui le coiffent le jour de l’an, et s’anime en jeux de lumière multicolores tous les soirs de l’année.

Palais pour femmes fortunées

Dans ce quartier devenu l’un des cœurs vibrants de la capitale éparpillée de la côte aux collines, les marques de luxe se doivent les unes après les autres d’ouvrir showrooms et espaces grandioses. L’un de ces buildings aux allures de résidence princière a ainsi été surnommé « le p alais des femmes fortunées » parce qu’elles peuvent y trouver tout ce qui est hors de prix et qui leur est dédié:haute couture, joaillerie et chausseurs renommés…

Contrastes encore entre le quartier animé de Ximen, qui compte bon nombre de cinémas ultra-modernes proposant les films américains tout juste sortis des studios de Hollywood et celui proche de la gare centrale qui semble regarder vers une Californie écologique et bohème.

Contrastes toujours entre la solennité de la relève de la garde au mémorial Sun Yat-sen(5), considéré comme le fondateur de la République de Chine, et les acrobaties des danseurs adolescents qui se contorsionnent sur des rythmes hip-hop juste à côté de l’entrée, tout près de l’énorme statue du père fondateur. Il y a là comme un défi à la rigidité des pouvoirs, d’autrefois à Taïwan, toujours en vigueur en Chine continentale.

Savoir vivre et liberté

Les Taïwanais sont autant épris de liberté que de règles, ouverts d’esprit que stricts sur le vivre ensemble. Ils s’offusquent des manières perçues comme rustres de ces touristes chinois venus du continent (ce qui n’est autorisé par Pékin que depuis quelques années) et s’appliquent à ne pas manger, boire ou mâcher de chewing-gums dans les transports en commun, à se placer strictement dans les lignes tracées au sol lorsqu’ils attendent le métro et à ne pas s’asseoir sur les sièges réservés aux voyageurs âgés, très jeunes ou en situation de handicap même s’ils restent libres. Et s’il y a très peu de poubelles dans les rues, il n’y a pas non plus un seul détritus qui traîne! Dans le même temps, certains pas-de-porte, où s’entassent pièces de rechange automobiles ou quantités d’autres objets métalliques, tiennent plus du bric-à-brac que de la boutique de luxe. Mais la ville se transforme vite, très vite, bâtissant sans cesse, plus haut, plus loin, plus moderner, plus luxueux.

Il est toutefois des traditions qui résistent aux transformations radicales, préférant l’adaptation à la disparition. C’est le cas pour la gastronomie (voir encadré) et pour les fêtes religieuses, comme le Festival des Lanternes qui se tient dans la foulée du Nouvel An chinois. Ce festival mobilise les foules, grossissant les flots de touristes dans les villes les plus animées.

A tour de rôle, chaque année, l’une d’entre elles est désignée pour accueillir la principale manifestation festive autour de ces lanternes et des messages qu’elles véhiculent vers les cieux. En février dernier, à l’occasion de l’ouverture de l’année du Singe, c’est Taoyuan, la ville où se trouve l’aéroport international de Taïpei, qui était de cette fête, transformée en une sorte de Las Vegas éphémère. Bien qu’arrosé par de fortes pluies, le site du festival, qui fait penser à un vaste parc d’attractions, a su conserver son animation débordante de couleurs vives et scintillantes.

Bouddha et Hello Kitty

Dans un curieux mélange de personnages modernes, parfois animés, de syncrétisme religieux où des bouddhas tous plus expressifs les uns que les autres côtoient des personnages bibliques, des figurines dignes de mangas ou de l’univers de Hello Kitty, des guirlandes de lumières scintillantes et vives placées sous la figure tutélaire d’un singe géant. Dans les mois qui précèdent les quelque dix jours que dure cette fête fin février-début mars selon les années, ce sont principalement des associations et mouvements religieux qui se chargent, de composer le menu de cette manifestation étonnante, déroutante même pour des Occidentaux moins habitués à revisiter de la sorte leurs croyances sacrées.

Mais là encore, d’autres manières plus traditionnelles de fêter la nouvelle année prospèrent toujours, comme par exemple dans le petit village de Pingxi, à l’est de la capitale, dans le comté du Nouveau Taïpei. Dans ce cadre romantique, encerclé de montagnes abruptes couvertes de forêts tropicales, où la rivière coule en verdure et en cascades, jeunes et moins jeunes se donnent rendez-vous par milliers, en famille ou en couples, en solitaires ou entre amis dans la rue principale, également traversée d’ailleurs par la voie de chemin de fer où un train circule de temps à autre, obligeant chacun à se réfugier sur des quais aussi bondés qu’à l’heure de pointe dans une mégapole! A une autre époque, les trains transportaient le charbon extrait autour de ce village de mineurs proche de Keelung et de son port, aujourd’hui ils acheminent les touristes.

Des lanternes pour les esprits

Ils se procurent des lanternes aux couleurs vives ou chatoyantes dans les nombreuses boutiques tout autour de cette voie, certainement sacrée le temps d’une journée, avant d’y inscrire au pinceau leurs vœux de Nouvel An. La prospérité, la réussite, la santé, l’amour, l’humour aussi pour certains, sont chaque année de la partie. Grâce à l’air chaud dégagé par le brûleur placé sous la lanterne, ces mots universels prennent leur envol, emportés vers les cieux et les esprits qui les habitent. Biodégradables, ces lanternes de papier s’éloignent rapidement, avec grâce et douceur, en solitaires ou en procession. L’une ou l’autre s’accroche parfois à un arbre dont brusquement et brièvement s’enflamment une ou deux branches, sans que les conséquences ne soient plus dramatiques, l’humidité de la vallée suffisant à éteindre ces débuts d’incendie. Le moment est joyeux et convivial, animé par quelque orchestre ici, occasion de promenades champêtres là, de pétarades un peu partout, parce qu’il faut bien effrayer les mauvais esprits! Bras dessus, bras dessous, rebondissant sur une passerelle suspendue, se divertissant du ballet des carpes et poissons colorés qui jouent dans un bassin aménagé à côté de la cascade, se restaurant ici ou savourant un thé aux perles, les fêtards échangent rires et propos bon enfant.

Trésor national vivant

Les lanternes ont aussi leur artiste, considéré comme un trésor national vivant, en la personne de Wu Tun-hou. Aujourd’hui nonagénaire, cet homme modeste aux allures de sage confucéen a passé sa vie à décorer des lanternes d’une main moins tremblante qu’aujourd’hui mais talentueuse pour toujours, au point de continuer à attirer collectionneurs, amateurs et connaisseurs. Ce maître incontesté du coup de pinceau, de l’harmonie de couleurs et de la grâce des illustrations chinoises, récompensé pour son art, habite encore au dessus de la boutique aujourd’hui tenue par l’un de ses fils qui a repris le flambeau dans le vieux centre de Lukang, sur la côte ouest, en descendant vers le sud.

Cette cité, la plus peuplée de Taïwan aux XVIIIe et XIXe siècles, s’était spécialisée d’ailleurs dans la fabrication artisanale de lanternes, mais aussi d’encens, de chaises à porteurs et de meubles. Point le plus proche du continent de l’autre côté du détroit de Taïwan, Lukang a longtemps été un riche port d’exportation d’huile de camphre, de riz, de thé jusqu’à ce que la rivière ne vienne l’envaser. Elle a su conserver un habitat traditionnel pas si fréquent à Taïwan. La ville a même rejeté l’autoroute et la ligne de chemin de fer à grande vitesse pour ne pas contrarier le feng shui de son urbanisme, l’orientation de la cité entre montagne et mer étant essentielle! Du coup, c’est la ville de Changhua qui en a profité et s’est développée à sa place.

Temple ancestral

Mais Lukang a surtout pieusement conservé l’un des plus anciens édifices de l’île, le temple de Longshan, à peine plus récent que son homonyme de Taïpei. Tout en harmonie et paix, en bois peints et toits chinois, ce trésor sacré remonte à la fin de la dynastie chinoise des Ming et au début de celle des Qing, Soit au début du XVIIIe siècle. Même s’il a été déplacé et plusieurs fois restauré, ce temple inspiré par l’architecture de la province d’en face sur le continent, le Fujian, est l’un des mieux préservés de l’île. Un passage obligé donc tout comme on se doit de faire escale à Jiufen en se rendant cette fois vers l’Est en longeant la côte septemtrionale de l’île. Dans cette bourgade qui a connu un temps la prospérité grâce aux mines d’or des environs, les étroites ruelles sont bordées d’échoppes en tous genres, où les touristes font leur shopping au coude à coude par endroits. De ce promontoire naturel, la vue sur la côte découpée de Keelung fait oublier les difficultés d’accès par la route encombrée. La magie est complète quand le ciel s’empourpre avant de se laisser envelopper par le sombre velours violacé du couchant. Et les Taïwanais recherchent ces lieux magiques. Ils semblent vouloir arrêter le temps quand le soleil descend. Le même romantisme les amène au nord de Taïpei, à la marina du Fisherman ’s Wharf de Tamsui, dans l’estuaire du fleuve du même nom. L’élégant et bien-nommé « pont des amoureux » s’embrase au couchant avant que son éclairage le fasse passer par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.

En gagnant la côte orientale, le soleil s’évade par la terre, en se cachant derrière les reliefs escarpés qui forment une sorte d’épine dorsale traversant toute l’île verticalement. Mais il se lève sur l’océan Pacifique, qui trompe un peu son monde avec un nom pareil alors qu’il a déchiqueté cette côte-là et les montagnes qui plongent à pic dans l’eau. Taïwan y a gagné une route panoramique qui ravit les touristes et impressionne toujours par les précipices que frôlent les 110 km de cette voie tortueuse du côté d’Yilan, comté réputé pour être le jardin de Taïpei du fait de l’abondance de sa production agricole, et de Hualien, comté partagé entre plaines et montagnes, rizières et sommets escarpés.

Et le marbre file à la rivière

Sur ce territoire, le parc national du Taroko, aux canyons taillés dans le marbre qui donne sa couleur bleu acier à la rivière, est impressionnant par sa géologie et envoûtant par ses temples agrippés à flanc de falaise ou perchés au bord d’un précipice.

La côte orientale de Taïwan, plus difficile d’accès, a permis aux peuples autochtones de trouver refuge dans les vallées quand les envahisseurs menaçaient. C’est là que vivent une bonne partie des tribus officiellement reconnues par le gouvernement de Taïwan. Ces peuples, souvent victimes des colons venus de Chine ou d’ailleurs, ne représentent plus guère que 2 % des 23 millions de Taïwanais. Lanouvelle présidente elle-même aurait un peu de sang autochtone qui coule dans ses veines. Ces peuples sont rattachés à la famille austronésienne qui s’étend de Madagascar à l’Océanie en passant par l’Indonésie et les Philippines. Ils étaient déjà présents dans l’île voici 3 000 ans. Certains d’entre eux se sont organisés et ouverts aux touristes, offrant restaurant et hébergement, comme au Taroko Leader Village(6), un lodge-restaurant en pleine nature près du village de Xiulin, qui reçoit les groupes à déjeuner ou pour quelques nuits tout en proposant une immersion culturelle dans la vie et l’histoire de la tribu. Un dépaysement complet par rapport au monde chinois auquel Taïwan renvoie globalement.

En continuant à longer la côte du Pacifique jusqu’à Hualien, les paysages s’applanissent progressivement, les montagnes se retirant davantage à l’intérieur des terres. les rizières baignent dans l’eau, fruits et fleurs se succèdent. Cette ville d’un peu plus de 100 000 habitants est réputée pour son artisanat et les expressions artistiques des peuples autochtones. Une base aérienne créée par les Japonais servait de piste d’envol pour les kamikazes durant la dernière Guerre Mondiale.

A vélo sur la faille sismique

Plus pacifiquement, la région se prête aussi facilement à la pratique du vélo. Taïwan a considérablement développé les pistes cyclables. L’île est aussi la patrie d’un des grands fabricants mondiaux de bicyclettes, VTT, VTC et vélos électriques, l’entreprise Giant. Particularité de la piste cyclable construite à la place d’une ancienne voie ferrée à proximité de Yuli, elle coupe sur un pont la ligne de fracture qui sépare les plaques tectoniques eurasienne et philippine. A cet endroit, on peut donc avoir un pied sur deux continents géographiques différents! C’est toujours étonnant, mais pas non plus toujours rassurant puisque l’île se situe sur la ceinture de feu du Pacifique et qu’elle est assez fréquemment secouée. Avantage, des sources chaudes naturelles s’offrent à la baignade un peu partout dans l’île, particulièrement dans le Nord-Est comme celle d’An-Tong(7), mais pas uniquement. Là, pour le coup, ce sont des allers/retours entre bassins très chauds et douches froides qu’il faut envisager! Avec, pour finir, une peau douce comme la soie. Comme il se doit.

(1) www.taiwantourisme.com

(2) http://yytea.com.tw

(3) http://english.zoo.gov.taipei/

(4) www.taipei-101.com.tw/

(5) www.yatsen.gov.tw/en/

(6) www.leaderhotel.com/leadervillage/

(7) www.an-tong.com.tw/

Une rebelle convoitée

« Formosa! Ilha formosa! », se sont exclamés les navigateurs portugais, qui en avaient pourtant vu d’autres, lorsqu’ils repérèrent Taïwan au milieu du XVIe siècle avant de brièvement s’y installer. Les Français ont d’ailleurs fait leur cette appréciation, en l’appelant depuis Formose. Ils ont même eu un temps, sous la IIIe République, la velléité de l’occuper, se contentant toutefois de prendre possession, durant quelques mois, des îles Pescadores, dans le détroit entre la Chine et Taïwan auxquelles elles appartiennent toujours. Dans la région, la France a finalement préféré au XIXe siècle conforter ses positions en Indochine. Trois cents ans plus tôt, les Portugais avaient eux choisi de mettre le paquet sur Macao, côté continental du détroit de Taïwan. Mais l’île de Formose n’en avait pas pour autant fini avec les convoitises.

Au XVIIe siècle, les Hollandais ont pris le relais des Portugais, construisant quelques forts, dont le Zeelandia, toujours debout aujourd’hui à Amping, un quartier de la ville de Taïnan, dans le Sud. Mais les marchands néerlandais de la Compagnie des Indes orientales sont tombés sur un pirate chinois particulièrement retord qui les a chassés de l’île en 1662. Entre temps, les Espagnols aussi ont livré quelques batailles navales dans le nord de Taïwan, sans parvenir à leurs fins toutefois après quelques années passés dans une partie de l’île. L’occupation chinoise et une succession de dynasties impériales, des encouragements à émigrer à Formose pour les Chinois du continent ont contribué à siniser davantage une île où les populations aborigènes, bien plus anciennes à Formose, tentaient de résister et survivre à tous ces envahisseurs.

Nippons et colons

Au XIXe siècle, c’est un tourbillon, Européens variés, Américains, Japonais, Chinois, tous prétendent à un bout de terre taïwanaise, sinon à toute l’île. En fin de compte, après la défaite de la Chine face à l’empire nippon, Taïwan est attribué « à perpétuité » au Japon par le traité de Shimonoseki de 1895. Commence alors une occupation japonaise qui manie la carotte et le bâton, en faisant des milliers de victimes parmi les Taïwanais, mais aussi en développant les infrastructures et l’industrie de l’île. A l’approche de la Seconde Guerre mondiale, une politique d’assimilation forcée est imposée par les Japonais, dont il reste encore aujourd’hui quelques souvenirs parmi les plus anciens Taïwanais, ne serait-ce que par leur connaissance de la langue japonaise, et certains attachements à la culture et la gastronomie nippone. Mais la capitulation du Japon vient bouleverser de nouveau le cours de l’histoire de Taïwan, qui retourne dans le giron de la Chine. Ce nouveau tuteur, lui aussi, impose sa loi et élimine les opposants locaux par milliers. Sur ces entrefaites, voilà que la République de Chine se fait bousculer sur le continent par les révolutionnaires maoïstes. Et en 1949, Tchang Kaï-chek, leader du Kuomintang, parti nationaliste chinois, s’enfuit du continent conquis par les communistes pour se réfugier à Taïwan. Il y impose un régime militaire de fer que ses successeurs ouvriront progressivement à la démocratie. C’est d’ailleurs, depuis janvier 2016, le premier parti d’opposition à avoir été autorisé en 1986, qui a repris le pouvoir. Pour la première fois dans le monde chinois et même toute la région, une femme est à la tête d’un pays sans avoir été épouse ou fille de dictateur ou potentat!

L’histoire rattrape le touriste

L’élection de Tsai Ing-wen, qui vient tout juste d’avoir 60 ans, n’en a pas moins été froidement accueillie par Pékin, qui n’apprécie guère les positions indépendantistes du Parti démocrate progressiste taïwanais. A Taïwan comme ailleurs, l’histoire n’a rien d’un long fleuve tranquille. Et ses méandres permettent aux visiteurs du pays de comprendre les particularités taïwanaises qu’ils rencontrent au fur et à mesure de leur découverte de l’île. Qu’ils s’extasient devant les trésors de la Cité Interdite emportés de Pékin par les nationalistes fidèles à Tchang Kaï-chek et aujourd’hui exposés au musée national du Palais (1), qu’ils rendent visite aux peuples autochtones de la côte Est ou des montagnes, dont beaucoup ont été christianisés, qu’ils empruntent des chemins de fer construits au temps de l’occupation japonaise ou qu’ils assistent à la relève de la garde au mémorial (de plus en plus controversé) de Tchang Kaï-chek (2) ou au mémorial Sun Yat-sen (3), père de la République de Chine dont se revendique aujourd’hui Taïwan, les touristes voyageront toujours dans le temps comme dans l’espace, dans l’histoire et dans le présent.

(1) www.npm.gov.tw/fr/Article.aspx

(2) www.cksmh.gov.tw

(3) www.yatsen.gov.tw/en/

Au musée national du Palais, tous les trésors de Chine

C’est « LE » trésor de Taïwan, l’un des plus essentiels du monde chinois. Même ceux que la modernité de l’île leur fait préférer la Chine continentale l’admettent: à lui seul, le musée national du Palais (MNP) justifie le voyage à Taïpei. Il accueille d’ailleurs plus de quatre millions et demi de visiteurs par an. Son succès est tel qu’il a fallu élargir les plages horaires jusqu’à 21 h le vendredi et le samedi pour permettre à chacun de profiter des merveilles qui s’enchaînent derrière les vitrines et circuler facilement d’une salle à l’autre. Il y a matière à y passer des journées entières, à écrire des livres complets pour faire le tour de ces collections uniques qui ont été dispersées, réunies, transportées à travers toute la Chine au fur et à mesure des risques qu’elles encouraient. C’est ainsi que les trésors accumulés par les dynasties chinoises depuis plus d’un millénaire se retrouvent exposés à Taïwan qui les a protégés des soubresauts intellectuels du maoïsme. Tout le savoir-faire des artistes et artisans chinois, le goût des empereurs successifs, les modes, les ustensiles, tout est passé en revue et s’expriment à travers les porcelaines, les jades, les meubles, la calligraphie, les peintures, les sculptures et mille autres catégories d’œuvres d’art. Les récipients de Céladon vert tendre, l’étonnante boule d’ivoire sculptée et creusée, évidée et remplie de boules plus petites et libres taillées à l’intérieur même de cette curiosité, les bronzes, les émaux, les bois laqués, toutes les matières ont répondu à la créativité des artistes chinois, jusqu’à ce chou de jadéite plus vrai que nature.

C’est donc à Taïpei et nulle part ailleurs que ces collections éblouissantes sont à découvrir jusqu’à en avoir le tournis tant l’exceptionnel et le remarquable, le surprenant et le fascinant semblent bien s’être donnés rendez-vous. D’ailleurs, ils ne sont pas les seuls, les visiteurs aussi.

Malgré leur nombre important, le musée national du Palais déploie l’efficacité taïwanaise, parfaitement organisé pour les accueillir au mieux et leur laisser la possibilité d’admirer chaque vitrine.

www.npm.gov.tw/fr

Une gastronomie qui ne se prive de rien

L’histoire de Taïwan, les vagues successives de colons ou d’immigrants venus de toute la Chine, la présence des Japonais suffisamment longue, les contacts répétés avec les Européens, la multitude de traditions des peuples autochtones, la diversité des produits de l’agriculture locale sont autant de facteurs expliquant l’extrême diversité de la cuisine taïwanaise. Il est difficile donc de ne pas trouver de quoi se régaler. Qui plus est le talent est reconnu, comme au pied de la tour Taïpei 101 pour ce restaurant gratifié d’une étoile par le Michelin pour ses raviolis. Une des spécialités les plus faciles à apprécier, le shabu shabu, ou hot pot en anglais, consiste à jeter soi-même dans un bouillon dont on contrôle à sa table la cuisson légumes, champignons, œufs ou viandes tranchées. Les restaurants rivalisent d’imagination pour séduire la clientèle, cuisinant sous l’oeil des convives des plats inspirés de la cuisine nippone ici, présentant des numéros de dextérité en manipulant habilement les nouilles servies là.

D’ailleurs la préparation de cette spécialité, qui fait penser à un fil de soie infini, peut être découverte chez un fabricant installé pas trop loin de Taïpei, dans une vallée du district de Shi Ding, la Hsu’s Handmade Noodles Company. Là on réalise des échevaux avec un fil de nouille, on l’étire, on le fait sécher en plein air… On lui fait subir toutes sortes d’exercices avant de la servir sur place au restaurant de la fabrique.

Où dormir?

A Taïwan, l’hôtellerie présente un rapport qualité-prix très intéressant pour un pays aussi développé.

A Taïpei, l’Howard Plaza Hotel, bien situé dans le district Da’an, offre des chambres vraiment spacieuses, dotées d’équipements ultra-modernes dans un décor classique raffiné. La cuisine et le buffet au petit-déjeuner proposent une diversité incroyable de mets, qui rappelle bien plus les banquets que l’espresso pris vite fait sur le zinc par nombre de Français.

http://taipei.howard-hotels.com

A Hualien, l’hôtel Just Sleep Zhongzheng offre dans un décor branché ultra-moderne des chambres agréables à la sobriété très orientale. Confort et amabilité du service sont au rendez-vous.

www.justsleep.com.tw/Hualien/en

Où manger?

Difficile de recommander un restaurant plus qu’un autre tant ils sont nombreux à pouvoir satisfaire les attentes des voyageurs. Il faut aussi oser tester les mets proposés sur les marchés de nuit, au gré de son inspiration et de ses tentations.

Toutefois, quelques adresses testées méritent vraiment de s’y arrêter le temps d’un repas.

Pour les raviolis gratifiés d’une étoile Michelin, s’installer au restaurant Din Tai Fung au pied de Taipei 101 (www.dintaifung.com.tw/en).

Le Da Wan BBQ, dans le district Da’an, propose des teppanyaki à la japonaise, en grillant sur plage d’excellents poissons ou viandes, accompagnés de succulents desserts et accompagnements.

Pour le shabu shabu, le restaurant Hai Di Lao, tout proche de la tour Taïpei 101 accorde autant d’attention au service qu’à la qualité des ingrédients qui composent le hot pot, le tout à un prix abordable au regard de la qualité de la prestation (www.haidilao.com/#_=_).

La Five Cent Driftwood House est particulièrement invraisemblable par son décor original, entre caverne avant-gardiste et projet architectural. On y mange aussi en regardant les poissons exotiques s’ébattre à proximité.

Eva Air, Taïpei en direct tous les jours

La compagnie aérienne taïwanaise Eva Air va presque doubler ses rotations entre Paris et Taïpei. A partir du 10 octobre prochain, la liaison deviendra quotidienne au lieu de quatre vols hebdomadaires actuellement. Cette amélioration de la desserte se justifie par un intérêt grandissant pour cette destination, la bonne tenue du marché français, mais aussi les correspondances que permet le hub de Taïpei vers tout l’Extrême-orient et l’Asie du Sud-Est, selon Manuel Le Gouellec, directeur passagers pour la France. Dans l’autre sens, l’aéroport de la capitale taïwanaise draîne également une importante clientèle asiatique vers Paris. Pour assurer ce vol quotidien, Eva Air mettra en service la version la plus récente du Boeing 777-300, qui permettra de proposer trois classes (Affaires, Premium, Economique) dans un aménagement amélioré, notamment en termes d’équipements (wifi, écrans agrandis en classe économique, etc).

A partir du 10 octobre prochain, l’avion d’Eva Air décollera de Roissy-CDG 1 à 11h20 pour atterrir à Taïpei-Taoyuan le lendemain au petit matin, 6h30 en été, 7h05 en hiver. Le retour de Taïwan se fera à 23h30 en été et 23h50 en hiver pour une arrivée à Roissy-CDG 1 le lendemain matin à 7h35 en été, à 6h50 en hiver. La durée du vol est d’un peu plus de treize heures à l’aller et dépasse légèrement quatorze heures dans le sens Taïpei-Paris.

La compagnie Eva Air a adopté pour certains de ses aéronefs une livrée Hello Kitty, univers très prisé à Taïwan et pas seulement par les enfants. Trois vols Paris/Taïpei sont ainsi décorés selon les caractéristiques de ces personnages japonais, histoire de se mettre en condition dès Paris!

www.evaair.com

La Chine, pas si câline

Vue de Chine, Taïwan n’est qu’une province qui n’en ferait qu’à sa tête mais qui lui appartient bel et bien. D’ailleurs toutes les cartes officielles de la Chine communiste intègrent l’île de Formose à l’intérieur de ses frontières. Vu de Taïwan, la Chine est un gros matou aux griffes à peine rentrées qui voudrait dévorer la souris. Et peut-être même les ordinateurs qui vont avec, s’agissant d’un pays à la pointe de l’informatique et de l’électronique! Toujours est-il que les relations de chaque côté du détroit de Formose sont à l’image des eaux et courants tumultueux qui les séparent. Alors que la Chine de Tchang Kaï-chek, autrement dit Taïwan, héritière de la République de Chine qui renversa le dernier Empereur, compte parmi les fondatrices de l’ONU en 1945, la voilà qui en est évincée en octobre 1971 au bénéfice de la République populaire de Chine, c’est-à-dire la Chine communiste de Mao.

Aujourd’hui, le gouvernement de Taïwan n’est plus guère reconnu que par une vingtaine de pays, dont le Vatican, comme le représentant de toute la Chine. Depuis que le général de Gaulle a établi des relations diplomatiques avec Pékin en 1964, la France reconnaît implicitement la République populaire de Chine comme seule représentante et n’entretient pas de relations officielles autres qu’économiques et culturelles avec Taïwan.

Pour l’Ambassade de France donc, s’adresser à Pékin. Inutile aussi de chercher une Ambassade de la République de Chine à Paris, il n’y en a pas! Mais la France a ouvert le Bureau français de Taïpei(1) pour faciliter les échanges avec Taïwan et un Bureau de représentation de Taïpei en France assure l’équivalent de services consulaires, délivrant par exemple des visas aux voyageurs dont le séjour dans l’île serait supérieur à 90 jours. Pour une durée inférieure, les ressortissants français et européens sont dispensés de visa, mais doivent s’assurer d’une validité de plus de six mois de leur passeport. Pour le tourisme, Taïwan est représenté en France par Aviareps(3).

www.france-taipei.org

www.roc-taiwan.org/fr_fr/index.html

http://www.taiwantourisme.com

Le nouveau carrefour des arts asiatiques

Pour permettre d’exposer davantage encore des 750 000 pièces et œuvres d’art provenant du musée national du Palais (MNP) de Taïpei et d’autres grandes collections des musées asiatiques, une annexe a ouvert ses portes, fin décembre 2015, à Taïbao, dans le comté de Chiayi, à 260 km au sud de Taïpei. Cette nouvelle institution, qui n’a rien de marginale contribue aussi à rééquilibrer entre le Nord et le Sud les richesses culturelles de l’île.

Posé au bord d’un lac, le bâtiment s’inspire, pour son architecture, des trois coups de pinceau de base de la calligraphie chinoise.

Tout en courbes, légèreté et transparences, le MNP du Sud (Southern Branch of the National Palace Museum) permet de découvrir de nouvelles richesses du monde chinois et même au-delà, de tout l’Extrême-Orient. Cette ouverture sur tous les arts d’Asie est même l’orientation caractéristique donnée à l’annexe de Taïbao du MNP.

Les expositions permanentes de l’Annexe sud du MNP sont ainsi consacrées aux représentations du bouddhisme dans les différentes régions asiatiques où il s’est répandu, à l’art et aux cérémonies du thé en Asie, ainsi qu’aux imprimés et textiles d’Extrême-Orient. Une initiation aux arts asiatiques est également présentée sous forme multimédia. Ces thématiques sont abondamment illustrées par quantités d’objets provenant des collections du MNP. Les expositions temporaires permettent de compléter la découverte des trésors orientaux. Les céramiques coréennes de la période Goryeo (Xe-XIVe siècles) demeurent fascinantes de beauté et de simplicité.

Elles sont exposées jusqu’au 7 janvier 2018 au MNP-Annexe Sud. Les visiteurs pourront aussi se laisser emporter par la délicatesse des porcelaines japonaises d’Imari jusqu’au 28 décembre 2018.

D’autres expositions temporaires sont programmées en parallèle.

Pour les tour-opérateurs qui prévoient une visite de la vieille cité de Lukang, dans le comté de Changhua, l’annexe du MNP n’est plus qu’à 80 km au sud… et peut ainsi compléter une journée dédiée à la culture et aux traditions.

http://south.npm.gov.tw/

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