Repositionné sur l’échiquier international, après le gel de son programme nucléaire en juillet 2015, l’Iran attise aujourd’hui bien des convoitises. Avec le milieu économique, qui s’engouffre dans la brèche, le monde touristique souhaite lui aussi profiter à son tour de cette destination riche d’un patrimoine culturel exceptionnel.
Après dix sept jours de négociations acharnées, en Autriche, les grandes puissances internationales (États-Unis, Allemagne, Grande-Bretagne, France, Russie et Chine) obtenaient, le 14 juillet 2015, la limitation du développement nucléaire iranien pendant une durée de dix ans. La République Islamique d’Iran ayant notamment accepté l’accès à ses sites militaires et s’engageant sur le fait que son programme nucléaire ne pouvait pas avoir de débouchés militaires. En échange, les sanctions économiques et financières, américaines et européennes imposées à Téhéran, ont été progressivement levées depuis le début de cette année. Un accord qui met fin à l’embargo et, d’une certaine façon, réinstalle le pays dans le concert des nations « fréquentables », loin de sa qualification comme membre de « l’axe du mal » comme l’avait affublé, en 2002, le président des États-Unis George W. Bush.
Dans la foulée, les représentants du gouvernement et les responsables politiques français se succédaient en Iran: Laurent Fabius au mois d’août, Stéphane Le Foll et Matthias Fekl en septembre, Gérard Larcher en décembre… Enfin, le président iranien Hassan Rohani était reçu à l’Elysée en janvier dernier, confirmant ainsi la fin d’une époque. Aujourd’hui, la relance des relations bilatérales entre la France et l’Iran est donc confirmée. A l’Ambassade de France, à Téhéran, on confirme que, sur les cinq premiers mois de l’année, ce sont environ 250 entreprises françaises, de toute taille, qui sont venues sur place pour profiter de cette nouvelle situation et d’une économie riche d’une population de 80 millions d’habitants et de nombreuses ressources naturelles, mais détenue aux trois quarts par le secteur public.
Si, en compagnie des diverses missions du Medef, celles des Chambres de Commerce…, les entreprises se précipitent en Iran, jusqu’à présent, seuls des voyagistes spécialisés dans le domaine culturel ont poursuivi la programmation sur cette destination (Art et Vie, Clio…). Air France a rouvert sa ligne entre Paris et Téhéran, Iran Air, qui a décidé d’acheter des Airbus et des Boeing, voit ses restrictions d’opérer dans l’Union européenne se restreindre, Ukraine International Airways a augmenté ses fréquences depuis Kiev, Air Astana vient d’ouvrir une ligne régulière depuis Almaty… Il n’empêche que, pour l’instant, les touristes ne se bousculent pas encore dans le pays. On estime a environ 300 000 le nombre d’occidentaux qui se sont rendus annuellement en Iran, ces derniers temps. Pourtant, depuis cette saison estivale, ce sont au tour de voyagistes à la clientèle plus large de se lancer sur cette destination détentrice de bien de richesses touristiques, à l’exemple de Nationaltours (voir encadré). Pour poser des premiers jalons en France, certains réceptifs locaux n’ont pas hésité à faire le déplacement à l’occasion des salons touristiques (Mahana, Salon Mondial du Tourisme…) afin de promouvoir leur pays, dont les premières qualités résident dans un accueil et une hospitalité peu communs. Curiosité, assistance, facilité de la communication avec la population sont assurément des caractéristiques agréablement surprenantes, et ce en dépit des contraintes liées à une application stricte des lois islamiques: alcool interdit, corps et cheveux des femmes couverts, vêtements longs, pas de short ou de bermuda pour les hommes….
De plus, la sécurité est totale dans ce pays tenu d’une main ferme. Les infrastructures de transport terrestres sont d’assez bonne qualité, avec une signalétique sur routes et autoroutes compréhensible pour les conducteurs internationaux. La province et la ville de Téhéran, qui ont connu en deux siècles, un développement fulgurant, totalisent aujourd’hui près de 15 millions d’habitants, et doivent affronter des phénomènes de saturation, d’encombrement et de pollution assez importants, alors que la conduite locale reste assez désordonnée. L’aéroport de Téhéran est, quant à lui, opérationnel avec des formalités administratives d’entrée compatibles avec l’activité touristique ou d’affaires.
L’accueil hôtelier est en chantier et reste à compléter. Pour la clientèle internationale, l’offre actuelle est de qualité, mais surtout concentrée dans les grandes villes et principalement dédiée aux déplacements d’affaires.
L’accueil hôtelier est en chantier et reste à compléter. Pour la clientèle internationale, l’offre actuelle est de qualité, mais surtout concentrée dans les grandes villes et principalement dédiée aux déplacements d’affaires.
Il manque assurément des structures d’accueil touristique, en dépit de l’ouverture récente, face à l’aéroport Khomeini de Téhéran d’un complexe Accor réunissant les deux enseignes Novotel et Ibis.
Il n’empêche que la période d’ouverture actuelle est assez exceptionnelle, et peut être même précaire. Il est donc opportun d’en profiter.
Des élections présidentielles majeures à venir, celle des États-Unis, en novembre prochain, ou celles qui doivent intervenir l’année prochaine, en Iran, pourraient bien remettre en cause ce fragile équilibre, ou le conforter.
Nationaltours (filiale du groupe Salaün) fait partie de ces voyagistes qui ont décidé de programmer l’Iran. C’était l’une de ses deux nouvelles destinations de la saison estivale 2016, avec la Nouvelle Calédonie.
Le tour-opérateur a ainsi programmé une dizaine de départs jusqu’à la fin octobre (les premiers ont eu lieu en mars), via un circuit de 11 jours qui passe en revue la plupart des splendeurs persanes: Téhéran, Shiraz, Persépolis, Ispahan… Selon les dates, les prix varient entre 2075 et 2300 euros, pension complète et vols avec Ukraine International Airlines, depuis Paris via Kiev, inclus.
Les premiers retours recueillis auprès d’une vingtaine de personnes par le voyagiste illustrent assez bien le profil de ces clients. « La destination ne laisse personne indifférent et l’accueil comme la gentillesse des gens rencontrés en Iran surprennent beaucoup. Il s’agit, pour la plupart, de voyageurs expérimentés, curieux, qui ne sont pas rebutés par quelque aléa rencontré à l’occasion d’un voyage », commente Thierry Houalard, directeur général de Nationaltours.
Un début modeste, mais que le voyagiste compte bien pérenniser.
« Nous sommes au début du test: l’Iran ne sera pas une destination à fort trafic, mais nous tablons sur une centaine de passagers sur cette première saison et comptons bien la prolonger pour cet hiver en complétant l’offre transport avec la nouvelle ligne directe ouverte par Air France entre Paris et Téhéran », annonce Thierry Houalard.
L’Iran complète ainsi son activité production riche de plus de 90 destinations. Sur le dernier exercice clos le 15 septembre 2015, Nationaltours avait totalisé un chiffre d’affaires de 36 millions d’euros, pour 22 500 clients: « nous le réalisons pour un peu plus de 30 % via notre propre réseau de 29 agences. Cette année devrait être du même niveau avec de bons scores sur Cuba, le Viêtnam, l’Inde… et de mauvais sur le Maghreb, la Turquie ou encore l’Afrique noire », précise Thierry Houalard.
Quant à la distribution, Nationaltours a réalisé, au cours de la même période, un volume d’affaires de 27 millions d’euros (45 % via les ventes des produits maison, 48 % par celles des TO partenaires et 7 % par la billetterie). « Nous constatons une baisse des ventes de certains TO partenaires », observe Thierry Houalard, qui évoque des opportunités de croissance externe, en terme de réseau de distribution: « nous sommes sur plusieurs dossiers dont certains devraient déboucher avant la fin de l’année. Ce sera à la structure Salaün National Agences de décider quelles seront les enseignes que nous leur attribuerons », ajoute-t-il.
Fondée en 1992, la compagnie aérienne privée Ukraine International Airlines déploie progressivement ses ailes sur le continent européen. La guerre avec la Russie l’a conduit à redistribuer son réseau, depuis 2014, en dehors du territoire du pays avec qui elle est en conflit. Pour le marché français, elle opère notamment depuis Paris, Nice (en saison estivale), Genève, Bruxelles, Francfort… En 2015, elle a transporté 40 000 passagers français et sur les premiers mois de l’année 2016, ce trafic est en hausse de 30 %. « Un tiers du trafic est du point à point entre Paris et Kiev, alors que le reste est en correspondance, principalement à destination des pays de la CEI, les ex-pays de l’URSS », explique Guillaume Arenas, directeur commercial et marketing d’Ukraine International Airlines à Paris. Ouvert depuis 2014, la ligne entre Kiev et Téhéran est devenue quotidienne depuis cet été. Au-delà du 20 septembre prochain, quatre vols par semaine seront proposés.