C’était une première pour la Direction générale des entreprises (DGE) qui organisait le 7 juin dernier à Paris un colloque sur le thème « entreprendre et innover dans le tourisme ». Au programme de cette journée qui a rassemblé plus de 800 participants: un panorama de l’innovation touristique en France, les initiatives de l’État, la création d’entreprise… Tourisme de groupe était au rendez-vous. Synthèse.
Mettre en avant la variété des initiatives à la faveur de la nouvelle carte régionale française, donner un coup de projecteur aux entreprises du tourisme, créer des échanges ou encore favoriser le travail en réseau, tels étaient les objectifs affichés par la Direction générale des entreprises (DGE) en organisant le 7 juin dernier un colloque: « entreprendre et innover dans le tourisme ». Une première pour celle qui s’appelait il y a encore deux ans la direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services, la DGCIS
A l’occasion de ce colloque parisien, et pour la première fois, a été présentée une étude sur l’innovation dans le tourisme. Elle a été réalisée par le cabinet MKG Consulting. Que dévoile-t-elle? Tout d’abord que le nombre d’entreprises qui innove en France, et ce quelle que soit leur taille, est estimé « entre 30 et 35 000, soit entre 9 et 10 % du total des entreprises », indique d’emblée Adrien Lanotte du Cabinet MKG, soulignant par ailleurs que parmi les plus « innovantes » arrive en tête le secteur de l’hébergement marchand. Il est suivi des loisirs et du thermalisme. Les moins porteurs en matière d’innovation sont les musées, les monuments historiques et les jardins botaniques. « La carte française des entreprises innovantes dans le tourisme forme globalement une synthèse entre la France créative et la France touristique, poursuit Adrien Lanotte. Paris concentre plus du tiers des entreprises, l’Ile-de-France la moitié ». Côté province, le plus gros des troupes est situé dans les départements accueillant une métropole, c’est-à-dire le Rhône et Lyon, les Bouches-du-Rhône (Marseille/Aix-en-Provence), les Alpes-Maritimes (Nice, Cannes et la Côte d’Azur), la Loire-Atlantique (Nantes), l’Hérault (Montpellier), le Nord (Lille) et la Gironde (Bordeaux). A contrario, « les départements du centre de la France, hormis le Puy-de-Dôme, ainsi que du quart nord-est, apparaissent moins innovants dans le domaine touristique », complète Adrien Lanotte.
Les équipements et les loisirs sont les secteurs les plus ciblés par l’innovation avec la création de nouvelles offres d’activités ou d’aides à la visite dans les équipements, notamment culturels. De même, ce qui relève du transport, du voyage et de l’hébergement, ces secteurs représentent chacun près d’un tiers des innovations. La restauration, elle, est moins concernée. « Le profil des innovations développées montre une très nette prédominance des innovations de type marketing et de services », ajoute Adrien Lanotte, précisant par ailleurs « qu’en termes de marketing, la majorité des innovations correspondent à une nouvelle mise en marché d’une offre ou d’un service souvent pré-existant ».
Quant aux innovations sociales et de tourisme durable, si elles ont une présence significative, elles restent cependant minoritaires.
En revanche, « les innovations numériques sont surreprésentées, les applications totalisent plus d’un quart des innovations, révélant l’adaptation du tourisme aux nouveaux comportements des clients », souligne Adrien Lanotte, précisant que 75 % des applications mobiles sont uniquement destinées aux touristes (68 % en btoc, 14 % en btob). Dans ce cadre, la tendance observée est à une généralisation de nouveaux dispositifs numériques de visite dans les équipements de visite et les loisirs via la réalité augmentée, les applications de jeux virtuels et de visite urbaine ou encore les guides de balade. Dans les transports, les innovations les plus récurrentes concernent, outre les sites de location et de réservation, les comparateurs de prix ou encore les sites d’échanges de billets. L’hébergement, lui, innove dans ses procédés de gestion, mais aussi via de nouveaux équipements et types d’hébergement, parfois insolites. Numérique toujours, mais cette fois côté distribution, où « la principale innovation concernant les assemblages de prestations est l’essor des agences en ligne au détriment des points d’accueil physiques des agences traditionnelles, poursuit MKG. Les consommateurs peuvent de plus en plus réaliser par eux-mêmes et sur-mesure leurs voyages ». D’où l’émergence de nouvelles agences en ligne qui innovent en se spécialisant sur des destinations, en ciblant des clientèles spécifiques ou en axant sur des thématiques. Mais l’application au 1er juillet 2018 de la directive européenne du 25 novembre 2015 relative aux voyages à forfait et aux prestations de voyages liées
Innover dans le tourisme, c’est aussi pouvoir s’appuyer sur des structures d’accompagnement et des aides financières. « La récente création d’un « Fonds France d’investissement tourisme » et le lancement d’une « foncière développement tourisme » « témoignent notamment de la prise de conscience et de l’engagement de l’État sur l’importance de soutenir ce secteur-clé de l’économie française », souligne l’étude MKG. Quelques mots sur ces deux initiatives. Le « Fonds France Investissement Tourisme « a été créé en octobre 2015. Géré par Bpifrance et sous l’égide de la Caisse des Dépôts, il a pour objectif « d’accompagner les transformations, de stimuler l’innovation et d’accroître la compétitivité des entreprises de tourisme ». Il investit, en tant qu’actionnaire minoritaire, des montants compris entre 500 000 et cinq millions d’euros. Quant à la « Foncière Développement Tourisme », elle vient tout juste de voir le jour. Elle aura pour vocation d’accroître les capacités d’hébergement au service du tourisme en France, en investissant dans les murs d’hôtels, les résidences de tourisme et les centres de vacances. Elle interviendra dans le cadre d’opérations de créations de nouvelles offres ou de rénovations lourdes dans des zones touristiques de France métropolitaine, particulièrement les territoires touristiques du littoral et en montagne. Afin de soutenir l’innovation touristique en France, Adrien Lanotte a donné quelques pistes: « il s’agit de mieux cibler les financements en améliorant notamment la lisibilité des financements publics via la mise en place d’un portail unique. La définition de critères d’éligibilité aux dispositifs du caractère innovant pour l’utilisateur ciblé n’est pas exclure. Par ailleurs, il est nécessaire de soutenir l’innovation via une politique de marchés publics plus favorables aux entreprises innovantes ou encore cibler des financements sur des actions opérationnelles ». Et de compléter cette liste par « favoriser le développement à l’international, structurer des groupements d’entreprise, encourager l’open data et enfin améliorer l’accompagnement ».
Mais, en matière d’accompagnement aujourd’hui, il n’est pas toujours facile de s’y retrouver au moment de se lancer dans la création d’une entreprise.Laurent Queige, directeur général du Welcome City Lab a profité de ce colloque pour donner quelques clés. Et il y en a! « Il existe de nombreux réseaux d’accompagnement des entreprises en fonction du degré de maturité de leur projet », a-t-il souligné d’emblée.
A commencer par la faisabilité du projet. « Ici, poursuit Laurent Queige, quatre organismes sont à même d’apporter leur soutien aux entrepreneurs. Il y a le Conservatoire national des arts et des métiers (Cnam), l’Institut national de formation et d’application (Infa), l’Association de formation professionnelle des adultes (Afpa) ainsi que les « Junior-entreprises », des associations à vocation économique et pédagogique, à but non lucratif, implantée au sein d’une école ou d’une université ». Une fois le projet défini, direction « la couveuse », permettant aux futurs créateurs d’entreprise de tester « en grandeur réelle » leur projet. Organismes privés ou associatifs soutenus par les municipalités, ils sont notamment rassemblés sur le site de l’Union des couveuses ou encore sur celui de l’école de l’entreprenariat BGE, qui effectue chaque année 53 000 parcours d’accompagnement. A leurs côtés, Laurent Queige cite aussi les collectivités locales et les chambres de commerce et d’industrie. Troisième étape: passage aux incubateurs d’entreprise, des lieux physiques favorisant l’émergence et la concrétisation de projets d’entreprise. Il en existe plusieurs à Paris et en France, comme « le Nûba, The Family, Paris Pionnières dans la capitale, Darwin à Bordeaux ou encore Crealys à Lyon », énumère, à titre d’exemples, Laurent Queige.
Reste la dernière étape: l’expérimentation, « un secteur où la France est en retard », relève-t-il, avant d’annoncer que le Welcome City Lab travaille actuellement au lancement d’un réseau d’incubateurs touristiques dans plusieurs villes françaises pour échanger les start-up et les compétences.
Soulignons ici que le Welcome City Lab (créé en 2013) recense aujourd’hui dans sa base de données plus de 1300 start-ups du tourisme, créées entre 2007 et 2016.
(1) Par décret du 15/09/2014, la Direction générale de la compétitivité, de l’industrie et des services (DGCIS) est devenue la Direction générale des entreprises (DGE). Sous l’autorité du ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, la DGE élabore et met en œuvre les politiques publiques relatives à l’industrie, à l’économie numérique, au tourisme, au commerce, à l’artisanat et aux services. Ses 1300 agents sont mobilisés aux niveaux national et régional à travers les Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte), pour favoriser la création, le développement, l’innovation et la compétitivité des entreprises de toutes tailles, en France et à l’international.
(2) La directive définit plusieurs catégories soumises à des contraintes plus ou moins importantes. Elle s’applique notamment aux packages dynamiques,de même que sur les prestations de voyages appelées click through (par exemple, un site de réservation de billets de train qui propose ensuite de rediriger l’internaute sur les sites d’hôtels partenaires). La définition de click through est toutefois restrictive et ne s’appliquera qu’aux sites pouvant démontrer le transfert du nom du client, de l’e-mail et des données de paiement entre les différents prestataires dans un délai de 24 h, après la conclusion de la vente d’origine. D’où la distinction par la directive de « prestations de voyage liées », c’est-à-dire la combinaison de plusieurs services de voyage vendus séparément. Celle-ci n’étant pas considérée comme voyages à forfait, elle présente donc moins de contraintes.
En 2014, le tourisme en France représentait 7,4 % du PIB (soit 158,3 milliards d’euros) et 1,254 million d’emplois. En 2015, l’Hexagone était toujours la première destination touristique mondiale en nombre d’arrivées: 84,5 millions (en 2014, les nuitées étaient de 402 millions). Toutefois, la progression des arrivées de touristes internationaux est plus faible en France (+ 0,9 % en 2015) que dans d’autres pays, et notamment l’Espagne (+ 5 % sur la même période). En termes de recettes, la France arrive en quatrième place (derrière les États-Unis, la Chine et l’Espagne), du fait d’une durée de séjours moins élevée.
« La mise en place de ce colloque « entreprendre et innover dans le tourisme », traduit notre volonté de faire du tourisme notre richesse nationale, d’affirmer notre mobilisation auprès des acteurs du secteur tout en mettant en avant leur rôle central.
Le tourisme, moteur de notre économie, est un domaine qui se nourrit de nombreuses richesses: celles des femmes et des hommes qui innovent et se mobilisent au quotidien, d’une histoire, de paysages, d’une diversité unique, de notre art de vivre, ainsi que d’un patrimoine national qu’on nous envie… Relevons les défis et soyons collectivement à la hauteur! La concurrence internationale est là, mais la France a encore un fort potentiel de développement. Dans ce contexte, trois objectifs doivent être fixés: renforcer la qualité de la destination France, et notamment par la formation tant sur l’accueil que l’apprentissage des langues; renforcer également l’attractivité de l’offre, en mobilisant les forces en présence et ce, tant issues des secteurs privé que public; et enfin développer le départ en vacances pour tous ».
« Aujourd’hui, le tourisme mobilise 300 000 entreprises et emploie plus d’un million de personnes. Il n’y pas mieux que le tourisme pour dynamiser notre économie. C’est un secteur mondialisé et la France est en compétition. Si nous souhaitons atteindre l’objectif des 100 millions de visiteurs par an à l’horizon 2020, il ne s’agit pas de se reposer sur ses acquis mais aller à la conquête des marchés. Mais, pas seul de son côté, l’offre touristique étant par essence collective. Il faut s’appuyer sur l’innovation, adapter les offres aux nouveaux moyens de communication, les entretenir, les relancer. C’est aussi simplifier les parcours liés à la création d’entreprises, les aider, et à ce propos, je dois notamment signaler le lancement récent de l’Agence France Entrepreneur. On naît start-up, mais on doit devenir une success story. Dans le secteurr du tourisme, il faut investir et s’investir ».