Depuis Santiago, la capitale boudée, vers le désert le plus aride du monde, en passant par l’inévitable Valparaiso: un voyage rassemblant le meilleur du Chili, en tout cas, ce qu’il a de vraiment unique.
Il est toujours agréable de profiter de belles vues aériennes. Surtout en bonus. L’avantage du Chili est d’être l’occasion, pour peu qu’on arrive par l’est et qu’on ne soit pas trop loin d’un hublot, d’embrasser la cordillère. C’est de plus instructif, lorsqu’on a prévu de se frotter à la géologie au sol, à cette puissante colonne vertébrale du pays le plus long du monde. Car le Chili s’allonge sur 4 300 km: l’équivalent de Paris-Abidjan, pour une largeur moyenne de 180 km seulement. Bardé de 200 volcans, il accapare plus de la moitié des Andes, part terrestre de la Ceinture de Feu pacifique. L’arrivée à Santiago est déconcertante: moins belle qu’attachante. Mais pourquoi adorerait-on Buenos Aires et pas Santiago? Bien préparée, ménageant plus de temps que la moyenne des circuits, la visite de la capitale sera un temps fort du voyage. Elle a des airs de Madrid, ayant en commun cette structure en damier où dominent les immeubles récents, mais aussi cette architecture haute, décorative et guindée à ses heures qu’on appelle le style moderniste. Santiago a aussi su épargner quelques îlots de rues capricieuses, tout comme de grands parcs et des collines boisées, préalpes de la proche montagne.
Jadis ordonnée autour de la place d’Armes, la capitale a été amochée par les tremblements de terre, ses palais XVIIe n’avaient pas les scrupules sismiques des buildings actuels. A droite de la puissante cathédrale à nef austère, la poste a ainsi pris la place de la demeure du fondateur de la ville, dont la statue équestre caracole dans un angle de la place. Pedro de Valdivia était un gaillard venu d’Estrémadure, comme la plupart de ses confrères conquistadores, à commencer par son patron François Pizarre, conquérant du Pérou. C’est Pizarre qui pousse Valdivia vers le sud, lui glissant que tout l’or venait de là-bas. La petite troupe de volontaires audacieux ne trouvera guère que du cuivre, mais fondera Saint-Jacques-de-la-Nouvelle-Estrémadure, alias Santiago.
Valdivia se fera tuer et dévorer par les tribus du sud, tandis qu’à Santiago, sa maîtresse mettait les assiégeants en déroute, en exhibant sur des piques les têtes de ses prisonniers. Sur la place d’Armes, le musée historique du Chili raconte toute l’épopée cocasse et brutale du pays, et pour faire bonne mesure, à quelques rues de là, un très moderne musée précolombien montre toute la richesse de la culture andine, anéantie ou presque par les Espagnols. Dans la vieille église Saint-François, au-dessus de l’autel, trône la Vierge du Secours. Sculptée par un artiste italien, la fragile statue de bois, était l’étendard de Valdivia. Avec ses spadassins, il décide de se fortifier sur le cerro Santa Lucia. C’est devenu un parc boisé et rocheux, qui offre les vues les plus généreuses. Comme beaucoup de cités sud-américaines, Santiago a des quartiers très marqués: celui de Brasil, très luxuriant avec ses palmiers et ses frondaisons, coin des restaurants et des bars comme celui de Lastarria, plus central. Sur l’autre berge du capricieux fleuve Mapocho, le parc forestier de San Cristobal surplombe Bellavista, réputé pour ses bars de nuit et ses boutiques introuvables, tandis que ses murales (peintures et graffiti) reflètent tout le grinçant de l’imaginaire chilien. A flanc de colline se cache une des trois maisons du poète Pablo Neruda, bric-à-brac de brocante, de robinetterie, de baies vitrées et de jardinets. Le nombre de visiteurs étant limité, la visite en groupe reste difficile, un problème auquel on est aussi confronté dans ses deux autres maisons, celle de Valparaiso et celle d’Isla Negra. Sur la même rive, on atteint un ensemble incroyablement vivant de marchés de légumes, viandes, vêtements, babioles, food center. L’animation fait parfois le bonheur du carterista, le pickpocket hispanique. Traversant le pont, on retrouve le plus policé Mercado Central, marché dont la vie est moins dans les restaurants de fruits de mer de la halle centrale que dans la galerie qui en fait le tour, où des dizaines de poissonniers hâbleurs tentent de s’imposer.
Sur une grande place s’étend le palais présidentiel de la Moneda, conçu, comme son nom l’indique, pour fabriquer les monnaies, au XVIIIe siècle. Sur la façade principale, au premier étage, la fenêtre la plus à droite est celle du bureau du socialiste Salvador Allende, qui se suicida après que les avions du putschiste Pinochet aient bombardé l’édifice. Craignant la même chose, le dictateur s’installa au sous-sol, dans un bunker transformé en salle d’expos.
S’il y a un musée à visiter à Santiago, c’est la Galeria de la Memoria qui raconte avec des commentaires poignants toute la période de la dictature: les arrestations, les internements, les tortures, les viols, abordés sous la forme de témoignages poignants, une visite à faire à son rythme, car il y a beaucoup de thématiques à creuser. Au centre, au 38 de la rue de Londres, un parmi des milliers de centres d’“interrogatoire” du régime se visite, où l’on peut voir affiches d’époque et montages vidéo qui complètent la “Galeria”.
Les vignes sont une excellente pause sur le trajet pour Valparaiso, au nord-ouest. Les deux vallées qui barrent l’accès: une dédiée aux légumes, l’autre au vin. C’est un des nombreux foyers vineux du pays, dont la réputation n’est plus à faire et qu’on peut déguster dans des restaurants, parfois immenses, conçus pour cela.
Valparaiso a été chantée par les chanties – ces chants de marins qui donnent le rythme pendant qu’on hisse les voiles: “Au cap Horn y fera pas chaud, Haul away, hé! Ou latch’aller! Pour faire la pêche au cachalot. Ah! L’mat’lot et ho-hisse et ho! Et nous irons à Valparaiso Ou d’autres y laiss’ont leurs os!”.
C’était avant le canal de Panama: très au nord, par 33° sud, Valparaiso était le premier port après l’impitoyable cap Horn, au sud de la Terre de Feu chilienne. Une première incursion passe par la zone balnéaire, si tant est qu’on puisse appeler ainsi une mer fraîchie toute l’année par le courant de Humboldt, l’anti-Gulf Stream! Le musée d’Histoire naturelle est vite vu, mais on y expose des éléments absents des autres musées: momies, têtes réduites, faune disparue des Andes, reliques des civilisations araucanes qui tenaient le Chili d’avant Valdivia. L’occasion aussi d’admirer un vrai géant de l’île de Pâques, venu de cette île chilienne, 3 700 km au large du port.
El Plan est la partie horizontale de Valparaiso. Longeant le port, les rues tentent un quadrillage hoquetant, jalonné d’églises et de casernes de pompiers, dont chacune est entretenue par une communauté: Fire Department des Américains, Pompieri des Italiens, Feuerwehr des Allemands…
Mais Valparaiso, c’est surtout les hauteurs, ses 44 collines couvertes de maisons un peu déglinguées qui s’accrochent, ornées de superbes murales, et dont les couleurs vives composent une mosaïque inextricable dans laquelle, du large, chaque marin savait identifier son logis. La visite de ce “val du Paradis” est difficile si l’on ne veut pas se contenter d’un frustrant tour en car et de quelques pas sur le cerro Alegre, la colline-témoin restaurée selon les normes bobo, et où se concentrent petits hôtels, restos touristiques et chambres d’hôtes. Il est tout indiqué de se scinder en petits groupes, surtout pour prendre les “ascensores”, ainsi qu’on nomme les funiculaires. Artilleria, Mariposas, Monjas… sur les 30 de l’âge d’or, seuls 15 funiculaires et un vrai ascenseur (Polanco) sont en service, le reste, en faillite ou en restauration, est remplacé par minibus et taxis collectifs astreints à un trajet fixe.
A deux heures de vol de Santiago, l’aéroport de Calama est la porte d’entrée du désert du Nord. On peut faire les excursions depuis la ville née de la mine voisine, et où presque tout le monde, de près ou de loin, a lien avec l’industrie du cuivre.
Au centre, sur l’unique avenue piétonne, on vend des bijoux fantaisies faits avec le cuivre rouge, sur des techniques plus ou moins élaborées, du martelage à froid à l’insertion et aux émaux.
La mine de Chuquicamata est la plus grande du globe, puisqu’elle renferme 13 % des réserves terrestres, même si son minerai ne contient que 2,5 % de cuivre (à découvrir en option, car le nombre de visiteurs est limité. L’excursion est gratuite).
En deux heures, on a une présentation de la mine et de l’industrie du cuivre (en espagnol et anglais), on se promène librement dans le village fantôme, avec son kiosque à musique, ses toboggans, ses décorations figées dans un éternel et nostalgique Noël, avant la vue plongeante sur le cratère d’exploitation, où tournent les tombereaux, parmi les plus hauts du monde: 625 tonnes, six mètres de haut, roues de quatre mètres; leurs 3 550 CV peuvent remonter 400 tonnes de minerai à 65 km/h, le long des espaliers en lacets du trou, profond de 1 200 m.
San Pedro de Atacama est un village des Indiens atacama. Convertie au tourisme, San Pedro est un croisillon de rues où se succèdent les boutiques vendant couvertures de lama, ponchos, poterie…
San Pedro est l’autre base des excursions; et d’abord vers les étendues fantomatiques de la vallée de la Luna (pour son paysage lunaire) et de Marte.
Des gringos abrutis par l’altitude ayant compris “morte”, ils l’on rebaptisée Death Valley, mais à regarder ce paysage de pointes d’un autre monde, on comprend que c’est bien à la planète Mars que le découvreur a fait allusion.
Lui aussi assez onirique, le Salar Grande est une saline naturelle où il n’a pas plu depuis… trois millions d’années! Avec un peu de chance, on peut y voir des dizaines de flamants roses au milieu des étangs rouge carmin. Les lagunes de montagne ont aussi un paillasson de sel; entre deux volcans, on y voit guanacos et vigognes paîtrent entre touffes d’herbes rousses et plaques de lave. Le lama, lui, ne se voit que chez les paysans, domestiqué pour le transport, la laine, voire la viande, sachant que ce que les Indiens rusés proposent n’est qu’un attrape-touriste: du vulgaire bœuf!
Il faut garder pour la fin le réveil à quatre heures du matin pour voir le lever du soleil sur le fameux champ de geysers.
Chacun a son rythme: l’un crache sa vapeur à l’aurore, changement de pression oblige. Etant situés à plus de 4 000 mètres, il faut s’acclimater d’abord pendant deux jours au 3 000 m d’altitude de San Pedro, pour éviter l’essoufflement. Une piscine naturelle d’eau chaude (quand l’air est parfois à - 5°) s’offre à qui aura prévu un maillot, histoire de faire quand même un peu de balnéaire au Chili!
SANTIAGO
Singular Santiago Lastarria Hotel*****
62 chambres. En plein centre, dans le quartier les plus animé pour sortir, un hôtel magnifique à l’excellent service. Chambres vastes (wifi gratuit), décorées d’œuvres d’art. Après la journée active, piscine sur le toit avec solarium et bar ou sauna et Spa, avec massage. Très bon restaurant à la carte et bar.
SANTIAGO
Hotel Plaza San Francisco*****
146 chambres. Un hôtel indépendant à proximité de la vieille église Saint-François et du palais de la Moneda. Grand bar. Remarquable petit déjeuner avec beaucoup de choix. Spa et centre de remise en forme. Wifi gratuit.
CALAMA
DoubleTree by Hilton Calama***
148 chambres. Un très bon hôtel au service efficace et aux chambres de trois catégories (avec ou sans balcon).
Restaurant à capacité pour groupes, avec son bar doué pour les cocktails et un concierge attentif. Une piscine intérieure et extérieure sur le toit, très agréable après les chaleurs de la journée.
SAN PEDRO DE ATACAMA
Alto Atacama Desert Lodge
42 chambres. Blotti au milieu de la montagne, avec une navette gratuite pour San Pedro, l’accueil est généreux et souple, la déco inspirée par l’artisanat local.
Restaurant, barbecue, bar avec terrasse chauffée au feu de bois le soir. Spa et six petites piscines extérieures cachées dans les touffes d’herbe. Les chambres, spacieuses avec une déco très minérales, ont une petite terrasse individuelle. Salle de jeux, boutique et vélos. Trente cinq excursions proposées par l’hôtel pour des groupes avec budget.
SANTIAGO MARCHE
Tio Willy
Spécialités de fruits de mer, capacité pour groupes. Moins cher et plus original que le restaurant un peu surfait du centre de la halle.
SANTIAGO LASTARRIA
Sur Patagonico Restobar
Dans le quartier le plus vivant du centre, des plats avec l’influence italienne de la Patagonie chilienne.
OFFICE DU TOURISME
Tél.: 01 53 25 51 20
TURAVION est spécialisé sur les groupes. Il travaille dans le nord avec un autre spécialiste de l’incentive. Interlocutrice française.
Tél.: 56 22 330 0800
LATAM AIRLINES
Les compagnies Lan et Tam ont fusionné. Cela offre en direction du Chili un vol avec escale à Sao Paulo, tout en ayant accès aux correspondances avec Calama, sans changer d’interlocuteur.