Permettre aux conducteurs d’autocar de tourisme de groupe d’acquérir un sens du service, comme de solides connaissances du matériel, tel est l’objectif affiché par l’Ifrac Academy, marque du groupe éponyme. Une formation pré-qualifiante dédiée a été conçue, et les six premiers candidats à en avoir bénéficié ont officiellement été promus le 22 avril dernier.
Conduire des groupes de touristes à travers toute l’Europe, c’est un métier. Un métier qui demande du personnel qualifié et expérimenté, et que la convention collective nationale des transports routiers et activités auxiliaires classe en deux groupes distincts: conducteur tourisme (coefficient 145 V) d’une part, et conducteur grand tourisme (coefficient 150 V) d’autre part. Et la convention de lister les compétences qui vont avec. Mais, c’est un fait, et les chefs d’entreprise le confirment, on ne devient pas conducteur tourisme ou grand tourisme du jour au lendemain, avec un seul permis D en poche. D’autant qu’aujourd’hui, le métier a évolué. Le tourisme aussi. Et force est de constater un réel fossé entre la formation donnée aux conducteurs et les attentes des entreprises. Elle n’est pas adaptée face aux exigences désormais requises. Et puis, parallèlement, la pyramide des âges de la profession indique clairement le manque de renouvellement des conducteurs et la difficulté à attirer des jeunes vers ce métier. D’où la nécessité de renforcer la nomenclature des postes en plaçant la fonction de conducteur tourisme et grand tourisme à la hauteur de ses missions, la qualifier surtout, et par là-même valoriser l’image d’une profession, une image qui contribuera aussi à redynamiser le tourisme en autocar.
Fort de ce constat, l’Ifrac, qui forme les professionnels du transport et de la logistique, a décidé de prendre les choses en main, en créant une formation pré-qualifiante de conducteur de tourisme de groupe, et l’a mise en pratique en mars dernier ((Pôle Emploi et l’OPCA Transports et Services en ont accompagné le financement). Une formation novatrice dont la particularité est d’avoir été conçue en partenariat avec les entreprises, et pour cette première, plus particulièrement avec deux d’entre elles: Les Cars Simplon (Ouzouer-le-Marché, 41) et les Transports Darbier (Montargis, 45). Claude Cibille, responsable du pôle voyageurs à l’Ifrac: « Il était essentiel d’intégrer les entreprises dans le dispositif de formation, de se rapprocher d’elles pour mener à bien un travail commun de réflexion, de définir ensemble les attentes et les besoins qui seraient retranscris dans un référentiel à partir duquel allait être construite cette formation ». Un travail collectif « pour faire naître un vrai dispositif de formation adapté grâce à un réel engagement volontaire des entreprises », poursuit-il. Un engagement qui va même au-delà de la « simple » constitution d’un référentiel et de modules inhérents, puisque celles-ci « embauchaient aussi les futurs candidats ». Avec l’avantage d’être opérationnels rapidement tout en apportant une réelle compétence au service de l’entreprise. Une formation pré-qualifiante qui, sur un plan général, a pour objectif de répondre à trois enjeux, « maintenir les activités du tourisme de groupe dans une conjoncture économique basée sur le prix, améliorer les performances des conducteurs, voire les développer, comme créer de nouveaux emplois »,liste Claude Cibille, avant de poursuivre: « On est sur des enjeux sociétaux, il faut aujourd’hui rechercher la performance collective ».
C’est donc le 14 mars dernier qu’a été donné le coup d’envoi de cette première formation qui allait s’achever le 22 avril dernier. « Soixante candidats se sont présentés, nous en avons retenu six, âgés d’au moins 21 ans et titulaires d’un permis B, précise Claude Cibille. Cette pré-sélection, qui s’est étendue sur trois journées, a été effectuée là encore avec les Cars Simplon et les Transports Darbier. Elle a porté sur un test d’anglais, de la culture générale, de la géographie sans oublier les motivations personnelles de chacun des candidats ». Les profils de ces derniers étaient très variés, et tous ne venaient pas forcément du monde du transport ou du tourisme. Et il y avait aussi bien des jeunes que des adultes en reconversion (la moyenne d’âge était d’une trentaine d’années). Pendant six semaines, des professionnels du métier (chef d’atelier, dirigeant d’entreprise…), des consultants et des formateurs de l’Ifrac se sont relayés pour aborder les différents modules au programme. A savoir: l’organisation du tourisme et de l’hôtellerie nationale et internationale, l’anglais du transport touristique et de l’hôtellerie (à travers les expressions les plus courantes), la réglementation nationale et internationale du transport en autocar, la géographie et l’histoire de l’art (France et Europe), la communication et la psychologie de la relation client (abordant, par exemple, la gestion du conflit), l’initiation à la mécanique comme la connaissance du matériel roulant et des nouvelles technologies (en partenariat avec Iveco), la qualité de service (ponctualité, fiabilité du véhicule, accueil…) et un voyage d’études. Soit 210 heures de formation. « L’évaluation finale a été réalisée par un jury composé de dirigeants, et a porté sur des mises en situation professionnelle, des cas pratiques et une épreuve de langue étrangère », complète Claude Cibille. Une dernière étape que les six candidats ont passé avec succès, et à l’issue de laquelle ils ont reçus une attestion. Mais, tout n’est pas terminé pour eux. Après une semaine de pause, ils ont repris le 2 mai dernier la poursuite de leur formation afin d’obtenir un titre professionnel de « conducteur routier interurbain de voyageurs », qui les mobilise encore pendant 12 semaines (et en huit modules), une formation dispensée par l’Ifrac en partenariat avec Forget Formation.
C’est à l’occasion de leur dernière journée de formation que Tourisme de groupe a été convié, soit le 21 avril, date à laquelle était effectué le voyage d’études. Une mise en situation pratique pour aborder la relation avec les prestataires. Le rendez-vous était fixé vers 8 heures à Orléans où était positionné un Iveco Magelys, avec au volant Marta Dzwonek, conductrice et formatrice à l’Ifrac. Direction: le château d’Azay-le-Rideau, à plus de deux heures de route. Une fois sur place, chacun a pu apprécier la rencontre avec des représentants du château autour d’un café chaud (et de délicieuses chouquettes!), et bénéficier de toutes les explications quant à l’accueil des groupes sur le site, complétées par la remise de documentations. Une entrée en matière avant de passer à la visite guidée de ce joyau de l’architecture renaissance, inscrit au patrimoine de l’Unesco, suivie d’une promenade dans son parc à l’anglaise de huit hectares. Changement de décor avec l’étape suivante, située à deux kilomètres: le domaine du château de l’Aulée. Ici, on produit – entre autres – des vins pétillants au goût fruité (blanc et rosé principalement). C’est Marielle Henrion, œnologue de formation et propriétaire du lieu (avec son époux) qui assurait l’accueil comme la découverte de la cave. Et malgré l’atmosphère assez fraîche, chacun n’avait visiblement pas envie de perdre une seule goutte de toutes les explications fournies. Avant de passer à la dégustation commentée, puis au déjeuner. Un moment choisi d’ailleurs par l’hôte des lieux pour s’intéresser à l’accueil des conducteurs d’autocar sur son site, profitant de la présence de Laurent Lhomme à ce voyage d’études pour l’interroger à ce sujet (il a été l’un des intervenants dans le cadre de la formation). Un voyage d’études qui s’est achevé en début d’après-midi, pour un retour sur Orléans. Avec des candidats prêts à affronter l’ultime journée du 22 avril, marquant la fin de leur formation pré-qualifiante.
Claude Cibille: « Cette session, d’une durée de six semaines, a permis aux stagiaires d’acquérir des connaissances sur la qualité de l’accueil et de services couplées à des modules spécialisés. Le 22 avril dernier, les six candidats ont tous validé cette formation pré-qualifiante, et il s’agira à terme (après l’obtention d’un titre professionnel de conducteur de transport interurbain, ndlr) pour ces nouveaux ambassadeurs du tourisme de groupe d’accompagner la clientèle lors d’excursions, de voyages linguistiques, de séjours ou de voyages thématiques ». La première promotion est composée de Vincent Giraud, Jean-Philippe Lassus, Récio Henrique et Rodrigue Biala (pour les Cars Simplon), ainsi que de Richard Bavouzet et Sylvain Bourgeois (pour les Transports Darbier). Et le responsable du pôle voyageurs à l’Ifrac d’annoncer d’ores et déjà la parution prochaine d’un « Carnet de bord » dédié aux conducteurs de tourisme, qui reprendrait les enseignements de ce premier cursus. Et de souhaiter parallèlement transformer la validation de cette formation pré-qualifiante en un futur « certificat de compétences ». En attendant, la seconde promotion serait d’ores et déjà sur les rangs, et devrait voir le jour d’ici novembre prochain…
Actuellement en restauration (façades, couvertures et décors intérieurs), le château d’Azay-le-Rideau reste cependant accessible à la visite. Le chantier devrait s’achever en 2017, l’inauguration étant prévue en juillet. A partir de cette date, le tarif groupes (base 20) sera augmenté et passera à 9,50 euros/pers. (au lieu de 5,50 euros/pers. à ce jour). Par ailleurs, il est aussi question de modifier le parking existant situé à quelques mètres du château. Il devrait être agrandi afin d’améliorer l’accessibilité au site.
« J’ai travaillé dans la grande distribution après des études de commerce, puis je me suis lancé dans la logistique, j’ai été cariste, mais je dois avouer que cela ne me plaisait pas. J’ai donc cherché à faire autre chose et je suis tombé sur l’annonce d’une formation dédiée au conducteur d’autocar tourisme. Je me suis dit pourquoi pas? Le côté autonome du poste m’a plu, la responsabilité engagée comme l’aspect contact avec les clients ont également compté dans mon choix de prendre cette nouvelle voie. Et puis, l’idée de sillonner la France et l’Europe est une belle perspective car elle permet un enrichissement culturel dans son travail. C’est beaucoup plus intéressant que d’être derrière un bureau! Quant à la conduite, je reconnais avoir un peu de stress, car c’est évidemment tout nouveau pour moi. Mais, je suis très motivé ».
Rodrigue Biala est embauché chez Cars Simplon.
« Je suis issu de l’événementiel en tant que régisseur mais aussi chanteur, et j’ai fait un passage dans la mode pendant cinq ans à New York. J’ai souhaité prendre un nouveau virage dans ma carrière professionnelle et l’opportunité de travailler dans le secteur touristique m’a séduit. Et pourquoi pas en tant que conducteur d’autocar grand tourisme, un métier qui a besoin d’un nouveau souffle au moment où ce mode de transport est revenu sur le devant de la scène avec la loi Macron. La période est tout à fait propice à valoriser cette profession. Aujourd’hui, l’expérience acquise n’est pas forcément la meilleure approche pour atteindre le niveau d’exigences nécessaires à l’activité. Dans ce contexte, une formation adaptée apporte beaucoup plus ».
Richard Bavouzet est embauché chez Transports Darbier.
« Mes parents ont une entreprise de transport routier de marchandises, mais ils ne souhaitaient pas que je suive la même voie qu’eux. Alors, je me suis dirigé dans une formation qui à terme m’aurait conduit à exercer la profession d’électricien. Mais, cela ne me plaisait pas, au point que je ne suis pas allé au bout de ce cursus. Je me suis donc mis en recherche d’un travail, sauf qu’en raison de mon jeune âge, cela a été un vrai parcours du combattant. Et ça été le chômage. J’ai alors reçu un courrier de Pôle Emploi m’invitant à participer à une réunion de formation organisée par l’Ifrac. Une opportunité de basculer dans le monde du transport de voyageurs, l’idée m’a séduit. Etre en quelque sorte « le chef d’orchestre » d’un voyage, en contact avec des clients tout en assurant une prestation de service, ne m’a pas laissé indifférent. J’ai beaucoup appris par cette formation pré-qualifiante, j’ai pris conscience que le métier demande beaucoup, mais qu’il peut être tout aussi enrichissant. J’ai hâte d’avoir mon permis et d’emmener mes premiers clients! ».
Jean-Philippe Lassus est embauché chez Cars Simplon.