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Stratégie

« Le tourisme doit être porté politiquement »

Opinion | publié le : 01.05.2016 | Dernière Mise à jour : 01.05.2016

Auteur

  • Catherine Mautalent

A un an des prochaines élections présidentielles, la fédération professionnelle des métiers du tourisme du parti Les Républicains a organisé début avril un forum rassemblant des acteurs du secteur. Avec pour fil conducteur, une question: « quelle politique du tourisme pour une nouvelle majorité en 2017? ». L’objectif était double: dresser un état des lieux et faire des propositions. Tourisme de groupe a suivi les débats.

L’élection présidentielle de 2017 aura probablement lieu les 28 avril et 7 mai. Mais, si les dates doivent encore être confirmées, elle se prépare déjà dans les différents états-majors des partis politiques.C’est dans ce contexte que Les Républicains ont souhaité, via l’une de leur fédération professionnelle (voir encadré), s’intéresser au tourisme en France. Le 7 avril dernier, rendez-vous était donc donné au siège parisien du parti, où était organisé en soirée un forum rassemblant différents professionnels du secteur (hôtellerie, restauration, agences de voyages…). Avec pour objectif de répondre à la question suivante: « quelle politique du tourisme pour une nouvelle majorité en 2017? ». Deux table-rondes étaient organisées, l’occasion de faire un état des lieux de la situation du tourisme en France, puis de soumettre des pistes de travail. Tourisme de groupe était au rendez-vous. Compte-rendu.

La France « peut mieux faire »

Patrick Viceriat, chargé d’étude au sein de la Fédération des métiers du tourisme Les Républicains, ouvrait les débats, en posant le décor avec des chiffres liés à l’activité du secteur français: 7,4 % du PIB, 84,5 millions de touristes accueillis l’an passé, 285 000 entreprises ou encore 12 milliards d’euros d’investissement. « Le tourisme est un secteur qui va s’internationaliser dans un contexte de forte concurrence et de sécurité », a-t-il poursuivi, tout en s’arrêtant sur ce dernier point, en rappelant que le gouvernement n’avait pas hésité « à parler d’un état de guerre » pour caractériser la situation française. Parallèlement, Patrick Viceriat reconnaissait que l’ex-ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, « avait fait de bonnes choses » pour favoriser le développement du tourisme, à l’exemple de réduire les délais d’obtention de visas. Avant de constater cependant que « le secteur manquait de souffle, d’ambition, d’audace et d’élan », avec pour conséquence de « paralyser les projets ». Et de conclure: « la France peut mieux faire ». Sous-entendu: tout professionnel doit être capable de se remettre en cause.

Une image qui « ne s’améliore pas »

C’est à Frédéric Pierret, délégué général de l’Alliance 46.2*, qu’est revenu la charge de dresser un état des lieux touristique. « La France est leader en nombre de touristes accueillis, même si sur les 84,5 millions, 13 millions d’entre eux ne font que la traverser. Par ailleurs, entre 2009 et 2014, le pays a créé 120 000 emplois dont 48 % dans le tourisme ». Cà, c’était pour les bonnes nouvelles. Car « la France perd depuis longtemps des parts de marché, et cela s’accélère », poursuit Frédéric Pierret. Les chiffres en témoignent: alors que l’Allemagne enregistre un taux de croissance annuel moyen de 6,4 %, l’Espagne de 4,5 %, le Royaume-Uni de 3 %, l’Italie de 2,4 %, « celui de la France est de seulement 1,4 % », précise le délégué général de l’Alliance 46.2. Quant aux recettes touristiques, c’est encore un mauvais point pour la France, reléguée à la troisième place avec 43,2 milliards d’euros, derrière les États-Unis et l’Espagne. « L’image de la France, et notamment Paris, ne s’améliore pas depuis quelques années, et ce indépendamment des attentats qui ont touché la capitale en novembre dernier », indique Frédéric Pierret, dûe selon lui « à l’absence d’une réelle stratégie touristique, contrairement par exemple à l’un de nos proches pays voisins qu’est l’Allemagne ». Toujours selon le délégué général de l’Alliance 46.2, il y aurait nécessité à « analyser notre offre existante, savoir si elle correspond aux attentes, réfléchir à de nouveaux types de produits à développer… ». Il y aurait également intérêt pour lui d’associer dans ces différentes démarches le public et le privé, « qui n’est malheureusement pas une habitude française », glisse-t-il, avec en face « une nécessaire coordination ministérielle au niveau de l’État ».

Un parc hôtelier vieillissant

Concernant l’hôtellerie, les représentants du secteur faisaient état « d’un parc hôtelier vieillissant », alors que les hébergeurs sont prêts à investir « à condition qu’il y ait assouplissement des règles et des contraintes régissant l’activité ». Sans compter que parallèlement, le secteur est confronté aux problèmes de succession.

Du côté de l’hôtellerie de plein air, soit les campings qui représentent 50 % des lits marchands (et 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires), elle est, elle aussi, confrontée à des freins de développement: les contraintes réglementaires, l’aspect fiscal et la concurrence éco-collaborative.

Rejoignant les propos de ses confrères, Hervé Becam, vice-président de l’UMIH (Union des Métiers et des Industries Hôtelières) a souhaité ajouter que les attentats à Paris avaient eu pour conséquence une baisse de -20 % au niveau des hébergements parisiens et franciliens. « On voit de moins en moins de touristes, c’est une évidence, poursuit-il. Après les attentats à Paris, les Chinois, par exemple, ont pensé que toute l’Europe était touchée! ». Et les perspectives ne s’annoncent pas réjouissantes, notamment face à la tenue de l’Euro 2016 dont le coup d’envoi sera donné début juin. « A début avril, nous n’avons pas les réservations attendues », poursuit Hervé Becam. « Pour relancer le tourisme, il faut relancer l’investissement », enchaîne de son côté Yves Simon, vice-président des Gîtes de France. Un avis partagé par tous. Avant de poursuivre: « en France, on n’a jamais considéré le tourisme comme une économie. Aujourd’hui, la question qu’il faut se poser c’est comment créer de la richesse, et non pas comment prélever de l’argent ».

Un ministère du Tourisme à part entière?

Cet investissement passe aussi par la formation des jeunes. Autre sujet abordé. « Le tourisme est un métier de service, mais il se heurte aujourd’hui à deux problèmes: la formation et la rémunération », estime Didier Chenet, Président du Synhorcat (Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs). Et tous de s’accorder à dire que « l’apprentissage, c’est l’avenir de nos métiers pour les jeunes ». Réfléchir à une politique du tourisme en France, c’est aussi remettre en débat l’intérêt ou non d’un ministère du Tourisme à part entière. Et les avis étaient très partagés. Certains évoquant un ministère du Tourisme et des Transports, d’autres un ministère du Tourisme et du Développement international… De toute manière, un ministère ne peut s’envisager (et trouver sa place) qu’à partir du moment où on lui donne les moyens de ses ambitions. Une autre histoire…

(*) L’Alliance 46.2 rassemble 21 entreprises, toutes concernées par le tourisme, dont l’objectif est de mettre en commun leur expérience et leur vision stratégique pour « faire bouger la perception d’un secteur décisif pour la croissance et pour l’emploi en France ».

Jean-Pierre Mas, Président du Snav

Parler aujourd’hui de la situation des agences de voyages, c’est d’abord constater que le métier a considérablement évolué sous l’effet de la désintermédiation et du numérique. Mais, le métier a une grande capacité d’adaptation. Les acteurs d’aujourd’hui ne sont plus ceux d’hier. Les agences de voyages constituent une économie importante, c’est une activité porteuse, mais rien n’est acquis. Laurent Fabius, ex-ministre des Affaires étrangères, a pris à cœur la promotion du tourisme, et c’est une bonne chose. Mais il reste encore beaucoup à faire en France au niveau de l’accueil. De l’image aussi, et encore plus aujourd’hui, quand on voit que les touristes étrangers associent l’image du territoire hexagonal à la situation tunisienne et égyptienne. Et Bruxelles à la banlieue de Paris! La France est considérée comme une destination à risques.

Qu’est-ce qu’une fédération professionnelle?

Le parti Les Républicains a mis en place des fédérations professionnelles « constituant un réseau mobilisant militants et adhérents dans leur domaine d’activité professionnelle ». Elles sont une vingtaine et portent sur le sport, le commerce et l’industrie, les transports, la santé, la mer, le tourisme, l’enseignement et la recherche…

La fédération professionnelle des métiers du tourisme couvre différents secteurs que sont l’hôtellerie et la restauration, le transport (compagnies aériennes, ferroviaire, maritime, autocaristes…), la production et la distribution de voyages, les prestataires de loisirs, les organismes institutionnels ainsi que les prestataires de services.

Elle est présidée par Daniel Fasquelle (député de la 4e circonscription du Pas-de-Calais et maire du Touquet-Paris-Plage), aux côtés de Christian Dumeige (secrétaire général, qui fut notamment Directeur de la Fédération des comités départementaux du tourisme, Philippe Laloue (secrétaire général adjoint et aussi, en son temps, ancien secrétaire général adjoint du Snav), Patrick Viceriat (chargé d’étude, membre également du conseil national du tourisme) et enfin Karine Lions (chargée de communication).

Emmanuel Toromanof, secrétaire général de l’APST

Je constate que les problèmes pour commercialiser la France aujourd’hui sont malheureusement les mêmes qu’il y a vingt ans! Il n’y a toujours pas de « market place » sur le territoire hexagonal. Par ailleurs, ne faudrait-il pas aller vers une simplification des structures touristiques pour mieux assurer la promotion de la France?

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