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Irlande

A l’abordage des « terres ancestrales »

Destination | publié le : 01.05.2016 | Dernière Mise à jour : 01.05.2016

Auteur

  • Stéphane Jarre

Cinq mille ans d’histoire, ça en fait des péripéties! C’est ce dont témoignent aujourd’hui cinq comtés du sud-est du pays, réunis sous l’appellation « terres ancestrales ». Des mégalithes au noble confort des châteaux, des premiers chrétiens aux invasions anglo-normandes, des traditions celtes aux guerriers Vikings, ce coin le plus ensoleillé de l’île d’Erin en a connu des vertes et des pas mûres. Il en a aussi conservé bien des vestiges. A découvrir directement par les ferries qui relient la France à Rosslare.

Les « terres ancestrales », c’est par la mer qu’il faut les aborder. A la manière d’autres avant, qui épée dans une main et bouclier dans l’autre, ont ici débarqué. Cette fois, ce ne sera pas à bord d’un drakkar que les étrangers accosteront sur la côte orientale de l’Irlande(1). L’Oscar Wilde d’Irish Ferries est nettement plus pacifique dans sa livrée blanche. Mais il n’empêche, sitôt amarré, il laisse débouler par lots entiers, en autocars, camions, voitures ou à pied, les envahisseurs montés à Cherbourg. Le port de Rosslare, comme un crabe posé pinces en avant au pied d’une colline entre deux longues plages de sable blond, en a vu d’autres, et pas toujours animés des meilleures intentions. Mais bon, cette fois, ce ne seront que des touristes, avec pour seule arme un sac de voyage et pour seul bréviaire un dépliant touristique. Pas de quoi retourner fermes et champs ni planter forteresses et clochers.

Ultime affront d’aujourd’hui, certains filent même plus loin, qui vers Dublin, qui vers le Kerry, sans même prendre le temps de fouler les « terres ancestrales », de se laisser guider par le phare le plus vieux du monde encore en activité, de s’aventurer en ville viking, normande ou médiévale, de se recueillir devant les dolmens du néolithique ou de se laisser porter par la musique celtique dans un pub servant de la Smithwick’s. Si cette Irlande-là n’était républicaine, ce serait quasiment un crime de lèse-majesté.

Le concept marketing, qui réunit sous la même appellation « terres ancestrales », les comtés de Wexford, Waterford, Kilkenny, Carlow et, à l’occasion de ce voyage, Wicklow en lieu et place de Tipperary, a tout de même l’avantage d’annoncer le programme: ici les touristes traversent 5 000 ans d’histoire sans même prendre le temps de vieillir, ni de le perdre en longs déplacements non plus. Il n’y a qu’à piocher pour monter un programme aussi varié que les paysages et cités visités.

La fraise plutôt que la pomme de terre

Alors par où commencer? Peut-être par regarder autour de soi. Manifestement, le labeur et le temps ont dessiné un environnement bocager. Les hautes haies et les buissons de genêts délimitent les parcelles, vertes comme la terre d’Erin, ce qui tombe, reconnaissons-le, plutôt bien! De temps à autre, une maison blanchie à la chaux, couverte d’un toit de chaume, donne à voir, derrière le charme contemporain qui fait fantasmer plus d’un urbain, l’Irlande d’un autre siècle, accrochée à la terre, péniblement courbée pour préparer des récoltes qui ne viendront pas toujours récompenser les efforts déployés.

Le sud-est de l’Irlande a été moins touché que l’ouest du pays par la famine de la mi-XIXe siècle. Notamment due à plusieurs années de mauvaises récoltes de pommes de terre, elle a poussé les paysans à quitter leur île. Un monument a été dédié à ces émigrants, et un des bateaux, le Dunbrody(2), sur lesquels ont embarqué tant d’Irlandais pour l’Amérique ou ailleurs peut toujours se visiter à New Ross…

De toute façon, la spécialité du comté de Wexford n’est pas la pomme de terre, mais la fraise, qui bénéficie ici du climat le plus ensoleillé d’Irlande. Raison de plus pour s’y rendre au printemps, quand les haies ont fleuri et que la fraise se laisse volontiers croquer.

En chemin, le moulin à vent de Tacumshane(3), le dernier encore en état de fonctionner dans l’île, toutes ailes déployées, fait partie du patrimoine national. Pour le visiter, il faut demander la clé au café Millhouse Bar & Restaurant(4) juste à côté! Construit la première année de la famine, en 1846, il est d’apparence plus rustique, crépi de blanc sous son bonnet de chaume. C’est sans doute ce qui attire les oiseaux migrateurs, à l’automne.

Entre ifs et ruines, à chacun son errance

A moins que ce ne soit les ruines de l’abbaye cistercienne de Dunbrody(5), datant du XIIe siècle, qui intriguent les volatiles. Sans doute faut-il les découvrir par temps de brume et de brouillard pour ressentir quelques frissons en apercevant cette étrange silhouette décharnée. L’abbaye a été fondée par Hervé de Montmorency dans les années suivant l’invasion anglo-normande de l’Irlande qui a aussi amené le style gothique dans le pays. Du fait de sa sanctuarisation, l’abbaye a servi de refuge à quelques gredins, plus nombreux que les moines à avoir vécu en ces lieux, dit-on. A proximité, un château érigé vers 1 640 mais intégrant un château-fort plus ancien, qui remonterait lui au XIVe siècle, tente de tenir debout. Pour partie c’est réussi.

Le marquis de Donegall, dont le château est propriété familiale depuis un demi-millénaire, veille avec humour sur ces vieilles pierres. Et pas que sur les pierres d’ailleurs, puisqu’un labyrinthe planté de 1 500 ifs soigneusement taillés amuse petits et grands désireux de se perdre dans la verdure. Mais qu’on se rassure, le marquis détient aussi le secret qui permettra à tout le monde de trouver la sortie. Et aucune grande production américaine ne s’est encore aventurée à monter un film sur le thème d’« il faut sauver le petit égaré parmi les ifs ». En revanche, le comté de Wexford a vu débarquer le soldat Ryan pour les besoins de Hollywood.

Un phare, mais quelle histoire!

Plus au Sud, c’est moins la sortie que l’entrée qu’on cherche, celle qui mène vers le port de la grande ville marchande du sud-est de l’Irlande, Waterford. Pour guider vers le plus grand port d’Irlande les marins dans ces parages aux flots tumultueux qui se déchirent sur les rochers, le phare de Hook(6), à la pointe du même nom orientée plein sud, lance ses rais de lumière à des kilomètres à la ronde. Du haut de ses 800 ans et 46 m, lumière comprise, il se visite tête baissée pour gravir les 115 marches qui mènent sous son énorme lanterne. Ne pas se plaindre. Les moines qui ont longtemps tenu le phare devaient en plus hisser le charbon nécessaire à son éclairage. A la fin du XVIIIe siècle, le charbon fut remplacé par de l’huile de baleine, un juste retour des choses pour les marins qui voyaient immédiatement à quoi leur pêche pouvait bien servir. Quatre-vingts ans plus tard vint le gaz, puis, en 1911, l’huile de paraffine, le phare en profitant pour devenir clignotant. Ce n’est qu’en 1972 qu’arriva l’électricité, puis en 1996 qu’il devint entièrement automatique, se passant du même coup de gardien puisqu’il est dorénavant télécommandé depuis Dun Laoghaire, à côté de Dublin!

Quoi qu’il en soit, la vue reste imprenable pour apprécier les côtes rocheuses de la presqu’île. Sur le village de Bannow, ensablé et disparu, la vue est moins certaine! C’est là que les Normands ont débarqué, érigeant une église romane fortifiée qui reste le seul vestige de ce peuplement, avec le cimetière où reposent les auto-proclamés prince et princesse Michael et Anne de Saltee, décédés en 1990, sans avoir jamais vécu sur ce domaine de fiction. Et pour cause!

Les îles Saltee constituent la plus grande réserve d’oiseaux d’Irlande. On embarque pour ces rivages protégés du petit port de pêche de Kilmore Quay(7), qui étale au soleil ses pimpantes maisons traditionnelles. Des compagnies comme Saltee Ferry proposent d’emmener des groupes de six à 12, voire 24 pax en doublant les navires, à travers ce sanctuaire inhabité, sinon par les macareux et les fous de Bassan, les mouettes et les puffins de l’île de Man. Angling Charter invite aussi à des journées de pêche au large.

Waterford la Viking

Mais toutes ces distractions ne doivent pas faire oublier que, à l’instar des Vikings, c’est vers Waterford(8) qu’il faut se rendre. C’est là que ces Norvégiens d’avant la Norvège ont trouvé un endroit où mettre leurs navires à l’abri du vent. Ils auraient pu l’appeler Le Havre, mais ils ont préféré donner à cette implantation le doux nom de « Vadre Fjord » dont on fournit de nombreuses traductions différentes. L’estuaire de la Suir, protégé au nord ouest par les hauteurs des montagnes de Comeragh, est aujourd’hui peuplé d’environ 50 000 habitants, qui font de Waterford la cinquième ville d’Irlande. Les Vikings avaient sans doute trouvé là un excellent endroit pour y implanter en 914 la première cité irlandaise, non sans avoir dû se frotter aux populations celtiques du coin. Mais enfin ils ont tenu bon et la ville reste très attachée à son passé viking, dénommant tout un quartier « le triangle viking ». Des statues, monuments et quelques vestiges le rappellent toujours. En s’unissant, le couple mixte que formait Strongbow et Aoife, anglo-normand par lui et celtique par elle, fit passer l’Irlande sous la coupe britannique.

Sans terre mais pas sans tour

La tour Reginald, une ancienne pièce d’une ligne de défense détruite au XVIIIe siècle, reste emblématique de ce passé puisque son nom fait référence à Regnall, le Viking qui a fondé Waterford. Une première tour, en bois, a été bâtie en l’an 1003, reconstruite au XIIIe siècle par Jean Sans Terre, puis complétée encore deux siècles plus tard. Elle a servi de prison où les intempérants avaient le temps de dégriser, de coffre-fort pour la monnaie locale et d’entrepôt moins glorieux. A l’arrivée, on peut toujours la visiter pour y découvrir quelques objets d’époque, une épée du IXe siècle, les restes d’un drakkar, représenté devant la tour dans ses dimensions exactes, des broches, bijoux et même un collier pour chien qui date, le collier bien sûr, du XIIe siècle!

Par les petites rues pavées, on gagne aisément le musée Médiéval, qui raconte, depuis son ouverture en 2012, la suite de l’histoire. Le bâtiment moderne tout en courbes douces commes les montagnes usées des environs, intègre des parties qui remontent, pour le hall des choristes, au XIIIe et, pour la cave voûtée du maire, au XVe siècles. Le musée renferme une collection de vêtements d’époque, notamment ce manteau de soie cousu d’or, brodé à Bruges et, en fin de compte, aussi lourd qu’une tapisserie flamande. Il possède aussi une relique de la Sainte-Croix, des médaillons rapportés d’Amiens par quelque pèlerin, l’épée d’Edouard IV et le chapeau d’Henry VIII, seul vêtement lui ayant appartenu qui ait été conservé. Le roi en avait fait cadeau à William Wyse, son ami d’enfance devenu maire de Waterford, en lui disant: « Quand on porte ce chapeau, on ne baisse plus la tête devant personne ». Certaines des épouses d’Henry VIII auraient sans doute bien voulu l’entendre si Sa Majesté ne leur avait fait couper la tête! Autre trésor du musée: un long parchemin, manuscrit illustré qui témoigne de près de trois cents ans d’histoire de la ville et de ses édiles, montre aussi l’attachement des habitants à la monarchie anglaise et à l’anglicanisme. Toute l’Irlande du Sud n’est pas catholique, et Waterford encore moins.

Cheveux de Napoléon

D’ailleurs, le palais épiscopal anglican figure en bonne place dans la géographie de la cité viking. C’est celui qui ferme le « triangle viking » et prend le relais de l’histoire locale. Datant de 1743 dans un style plutôt anglais, il expose du mobilier irlandais du XVIIIe siècle, des bois peints, du marbre de Kilkenny, autrement dit de la craie polie, des fauteuils tapissés de soies lyonnaises, un miroir de style chinois, un cheval de bois et même une mèche de cheveux de Napoléon Bonaparte arrivée là par l’entremise de Laetitia, nièce de l’empereur et épouse de Thomas Wyse, de Waterford comme il se doit! D’ailleurs, le drapeau irlandais, qui a flotté pour la première fois dans l’île en 1848 à Waterford précisément, est lui-même inspiré de l’étendard tricolore français. L’orange-blanc-vert a depuis été adopté par la République. La ville a un vieux fond rebelle qui a fait trébucher Cromwell lui-même une première fois, avant qu’il parvienne à ses fins. Mais du coup, les marchands qui commerçaient avec tout le sud de l’Europe, ont pu poursuivre leurs affaires, importer des vins de Bordeaux et du sel d’Espagne. Le sud-est de l’Irlande est aussi une position avancée de l’île vers l’Europe continentale.

Cassé par les Anglais recollé par un Tchèque

Ville marchande depuis toujours, Waterford héberge aussi une des plus vieilles cristalleries du pays. The House of Waterford Crystal(9) a été fondée en 1783 par George et William Penrose parce qu’ils trouvaient toutes les facilités pour importer les matériaux comme le plomb et le bois de poiriers d’Allemagne et d’italie et pour exporter leur production dans le monde entier, notamment vers les colonies britanniques. Seulement voilà, l’Irlande intégrée au Royaume-Uni au tout début du XIXe siècle, voit les produits de luxe être surtaxés à partir de 1821 par le parlement de Westminster et ses ventes irrémédiablement péricliter. A tel point que la fabrique doit fermer ses portes en 1851. Moins d’un siècle plus tard, elle va renaître de ses cendres. Fuyant sa Tchécoslovaquie devenue communiste, Charles Bacik a trouvé ici l’occasion de se lancer dans le cristal après avoir recruté des souffleurs de verre sur le continent. Aujourd’hui, les cristalleries de Waterford sont un centre de formation, en plus d’être un atelier ouvert aux visiteurs. Les groupes y sont particulièrement bienvenus, faciles à déposer devant la porte de la cristallerie et toujours prêts à se laisser guider à travers les différentes étapes du processus de fabrication. La cristallerie a diversifié sa production, notamment pour réaliser, en sus des arts de la table, des trophées ou des pièces de commande. Ce sont ces pièces exceptionnelles qui sortent des ateliers de Waterford, les deux tiers de la production étant sinon assurés en Slovénie. Quelques chefs-d’œuvre sont exposés à l’issue de la visite, d’autres pièces vendues à la boutique attenante(10), modernes comme ces cadres ou ces abats-jour façon kitsch ou plus classiques comme ces verres à pied, ces vases, coupes et seaux à Champagne.

Design médiéval de Kilkenny

Du design de cristal au design de Kilkenny, il n’y a que 45 mn de route. La ville, capitale 2015 du design pour l’Irlande, compte de nombreux ateliers d’artistes, artisans, créateurs de formes et d’objets, spécialistes de graphisme et de textiles. Autour de la National Craft Gallery(11) établie comme centre national d’artisanat et de design en l’an 2000, les idées fourmillent, qu’elles viennent d’artistes irlandais ou de designers d’ailleurs, et les expositions temporaires s’enchaînent(12).

A Kilkenny, on n’invente pas seulement les contenants, on produit aussi de quoi les remplir! Notamment à la brasserie Smithwick’s(13), la plus ancienne du pays. Fondée en 1710 sur les ruines d’une ancienne abbaye forcément bien placée au bord d’un cours d’eau, la brasserie continue de produire une bière rousse, exportée sous le nom de Kilkenny pour rester prononçable par des non-anglophones. Pour ceux qui veulent tout connaître, depuis les techniques de brassage initiées par les moins franciscains au XIIIe siècle, jusqu’à la composition de ces ales ou lagers mousseux, tout est expliqué au cours d’une visite guidée. Les groupes y sont bienvenus, dégustation comprise.

Pour l’histoire, des tableaux animés racontent la saga de la famille Smithwick qui a fui l’Angleterre de Cromwell. L’un des descendants, élus quatre fois maire de la ville, considéré comme un bienfaiteur, a financé la construction de la cathédrale Sainte-Marie de Kilkenny, d’obédience catholique. La ville de 8000 habitants se paye le luxe d’une seconde cathédrale, beaucoup plus ancienne et anglicane cette fois. Deuxième plus longue d’Irlande, éclairées de vitraux colorés en abondance, Saint-Canice remonte au XIIIe siècle. Elle est située à l’emplacement même où la cité s’est développée autour du monastère fondé par Saint-Canice au VIe siècle. De fait, il reste tout un ensemble de bâtisses autour de la cathédrale, notamment une tour ronde du IXe siècle. Un escalier très abrupt permet d’atteindre son sommet à 40 m de hauteur et d’épouser du regard toute la ville et ses environs verdoyants.

Un autre ensemble de pierres grises semble faire le pendant à la cathédrale, c’est le château de Kilkenny(15). Datant pour ses plus anciens murs de 1172, le château acheté par la famille Butler qui l’a conservé dans ses propriétés pendant plus de sept siècles a été revendu aux autorités pour 50 livres irlandaises en 1967. Le château a été plusieurs fois rénové et retapé, jusqu’au siècle dernier. Vidé de son contenu, il se visite dans sa partie ouest, où divers objets et éléments de décoration ont été réinstallés comme cette œuvre des Gobelins exposée dans la salle des tapisseries, une galerie des portraits, des salles de style victorien, que découvrent bon an mal an 250 000 touristes. Une autre partie est réservée aux événements privés. Les jeunes de Kilkenny viennent surtout pour le parc qui s’aventure tout en longueur du château à la campagne, en suivant la courbe de la rivière Nore, et où ils peuvent s’adonner à leurs sports préférés. Les touristes de leur côté arpentent les rues et ruelles de la capitale médiévale de l’Irlande, découvrant en chemin des boutiques et des pubs à foison, une animation de toute saison.

Une pierre tombale de plus de 100 tonnes

La visite des « terres ancestrales » se poursuit plein nord, en direction de Dublin. Dans le comté de Carlow(16), à trois kilomètres à l’est de la capitale du même nom, le dolmen de Brownshill renvoie 5 000 ans en arrière ceux qui prennent le temps de lui rendre visite en marchant quelques centaines de mètres par un chemin bordé d’églantines au parfum délicat.

Autant d’années sont à peu près aussi difficiles à se figurer que le poids de la pierre en granit qui couvre le dolmen. Selon les estimations, elle doit peser une bonne centaine de tonnes, la plus lourde que l’on connaisse de tous les vestiges mégalithiques! Pas étonnant que certains piliers se soient affaissés sous un tel poids. En tout cas, ce dolmen-là a encore toute l’éternité devant lui. Ce qui n’est probablement pas le cas des touristes, même les plus mystiques.

En gagnant le comté de Wicklow(17) que l’on dit être le jardin irlandais, la route serpente à travers des vallées glaciaires de plus en plus encaissées, des forêts sombres, des tourbières, qu’on peut exploiter pour 32 euros l’année, des prés cernés de murets, des paysages quoique verts, plus austères que ceux des comtés méridionaux. Et ce n’est pas la visite de Glendalough, qui signifie dans une version moins synthétique « vallée en auge dessinée par un glacier avec deux lacs », qui détournera les touristes de cette pensée. Si ce n’est par le nombre de visiteurs en pleine journée, l’endroit respire plutôt la sérénité. Fondé au VIe siècle par Saint Kevin qui cherchait une retraite tranquille, le monastère a été détruit par les Anglais huit siècles plus tard. Il en reste aujourd’hui quelques ruines, d’un romantisme certain, comme une tour ronde à toit en pointe, des bâtiments en granit éparpillés et un cimetière où les croix celtiques penchent sous le poids des ans et de la pierre. En plein parc national des montagnes de Wicklow, l’endroit se prête volontiers à la promenade, notamment pour gagner l’un ou l’autre des deux lacs (inférieur et supérieur) où les familles viennent pique-niquer, se rafraîchir les orteils où découvrir quelque chevreuil au détour d’un sentier.

Raffinement en plein pré

Après le dépouillement des premiers chrétiens, le raffinement de la vie de château. A Powerscourt(18), le château d’origine datait du XIIIe siècle, mais il a été totalement transformé au XVIIIe à la mode de l’époque. L’ensemble de style néo-palladien (qui s’inspire de la Renaissance italienne) domine un parc de 19 hectares, avec la plus haute cascade du pays, un jardin japonais, un lac, des fontaines, dont une importée directement de Paris, des pelouses, des allées bordées de statues antiques et pas très loin un parcours de golf. Curiosité supplémentaire, le cimetière des animaux préférés des propriétaires successifs du domaine. Y sont par exemple enterrés Kilfane, un lévrier irlandais « bien-aimé de tous » mort en 1911 et la vache Eugénie, morte en 1967 après avoir donné 17 veaux et produit plus de 100 000 gallons, quelque chose comme 455 000 litres, de lait!

On a beau se rapprocher de Dublin, on est bien à la campagne. En chemin la route qui tourne et vire par monts et par vaux passe par Enniskerry(19), un petit village prisé des Dubliners où ont été réunis en 1961 les dépouilles de 134 soldats allemands tombés dans les parages de l’Irlande pendant la Seconde Guerre mondiale.

A proximité, en lieu et place d’anciens barraquements britanniques, le Centre de paix et de réconciliation de Glencree(20) créé en 1974, au plus fort des affrontements en Ulster, réfléchit aux conflits qui déchirent le monde après avoir agité l’Irlande. Il n’est plus question d’envahisseurs cette fois. Les terres ancestrales font ainsi place aux descendants.

(1) www.irlande-tourisme.fr

(2) www.dunbrody.com

(3) www.visitwexford.ie/locations/tacumshane-windmill

(4) http://millhousebar.ie

(5) www.dunbrodyabbey.com

(6) http://hookheritage.ie

(7) http://visitkilmorequay.com

(8) www.waterfordtreasures.com

(9) www.waterfordvisitorcentre.com

(10) www.waterford.eu

(11) www.nationalcraftgallery.ie

(12) www.kilkennydesign.com

(13) www.smithwicks.ie

(14) www.visitkilkenny.ie

(15) www.kilkennycastle.ie

(16) http://carlowtourism.com

(17) http://visitwicklow.ie

(18) http://powerscourt.com

(19) http://enniskerry.ie

(20) http://glencree.ie

Le soldat Ryan entre Irlande et Normandie

La scène du débarquement dans le film de Steven Spielberg Il faut sauver le soldat Ryan n’a pas été tournée à Omaha Beach, comme elle est sensée le montrer, mais dans le comté de Wexford, sur la plage de Ballinesker, avec un bon millier de figurants fournis par l’armée irlandaise! Décidément, ce coin d’Irlande après avoir été envahi par les Normands, l’a aussi été par les Américains pour les besoins de Hollywood.

D’ailleurs, un petit village plus au nord, dans le comté de Wicklow, porte le nom de Hollywood, et l’a inscrit en toutes lettres dans un pré qui le surplombe. Bref, entre la Normandie et le Sud-Est de l’Irlande, il y a plus qu’un ferry, comme si les bocages se rapprochaient!

Irish Ferries en ligne directe avec les « terres ancestrales »

Irish Ferries propose deux ports de départ depuis la France et deux ports d’arrivée en Irlande, Dublin ou Rosslare. Pour aborder directement les « terres ancestrales », c’est ce dernier port qu’il faut retenir. Trois fois par semaine, le lundi, le mercredi et le dimanche, l’Oscar Wilde quitte Cherbourg à 18h pour atteindre Rosslare le lendemain matin à 11h30. Dans l’autre sens, les traversées se font le mardi, le samedi et le lundi, avec un départ de Rosslare à 15h30 et une arrivée à la pointe du Cotentin le lendemain matin à 11h.

Une liaison hebdomadaire est également assurée entre Roscoff et Rosslare, le vendredi, en partant à 18h30 du port finistérien pour arriver en Irlande le lendemain à 11h. Le retour peut se faire le jeudi, en quittant Rosslare à 16h pour débarquer le lendemain matin à 10h30 à Roscoff.

Le navire, considéré comme le plus luxueux de la flotte de la compagnie irlandaise, peut embarquer 1470 passagers et 440 voitures, des autocars aussi bien sûr. A bord, quatre restaurants de différents standings permettent de se restaurer à sa guise. Le plus huppé, le Berneval, propose de savoureux dîners, où la gastronomie et les vins français sont à l’honneur. Les petits-déjeuners y sont tout aussi copieux et délicieux. L’Oscar Wilde dispose aussi de trois bars, de deux cinémas, de jeux pour enfants et divertit en montant des spectacles vivants pour petits ou grands.

Les cabines sont réparties en diverses catégories, allant du deux au quatre étoiles avec des déclinaisons en deux, trois ou quatre lits, avec ou sans vue extérieure. Trois suites et 15 cabines de catégories cinq étoiles sont également proposées, tandis qu’à l’autre bout de la gamme, des sièges peuvent être réservés dans l’une ou l’autre des six salles de repos.

A ce dernier cas près où les services sanitaires sont partagés, chaque cabine dispose d’une douche et de toilettes privées. Les cabines des catégories supérieures bénéficient en outre de grâcieusetés, telles qu’une corbeille de fruits, un accès gratuit au mini-bar, au petit-déjeuner du Berneval également ainsi que des services d’un steward. Le wifi est gratuit à bord, sur tout le bateau.

Des conditions particulières groupes sont mises en place pour les professionnels.

www.irishferries.com

Pratique

Où dormir?

L’hôtellerie irlandaise est aujourd’hui l’une des plus pertinentes d’Europe, souvent rénovée et à prix encore abordables.

A WATERFORD, le Granville Hotel a le privilège d’accueillir les voyageurs depuis le début du XVIIIe siècle. Il a été restauré dans un style délibérément classique pour lui donner son raffinement d’antan. Ce quatre étoiles posé au bord de l’eau sur le quai du fleuve Suir est à cinq minutes à pied des principales attractions de Waterford, notamment son « triangle viking ». Une centaine de chambres avec tout le confort moderne.

www.granville-hotel.ie

A KILKENNY, le Newpark Hotel est un quatre étoiles de 129 chambres mariant design et tradition. Une piscine intérieure, sauna, hammam, salle de sport et Spa complètent la partie hébergement. Il donne sur un immense parc, un peu à l’écart du centre-ville qu’on atteint en une bonne quinzaine de minutes.

www.flynnhotels.com/Newpark_Hotel_Kilkenny

Dans le comté de Wicklow, à Enniskerry, pour les groupes disposant d’un bon budget ou recherchant un confort exceptionnel, Powerscourt Hotel Resort & Spa s’impose. Ce cinq étoiles de 200 chambres, certaines donnant directement sur l’immense domaine aménagé en parc et jardins, propose de l’espace et un luxe indiscutable.

www.powerscourthotel.com

Où se restaurer?

L’Irlande aussi a fait sa révolution culinaire et si ses sandwiches sont encore le mets du déjeuner pour nombre d’Irlandais, les possibilités de savourer une cuisine plus élaborée, traditionnelle, comme ces extraordinaires purées de pommes de terre.

A KILMORE QUAY, le Silver Fox Restaurant à quelques mètres du port, s’est fait une spécialité des fruits de mer et poissons, naturellement.

http://silverfox.ie

A WATERFORD, en bordure de fleuve et dans un cadre ancien de pierres apparentes, le Reg Restaurant sert des produits de la mer, mais propose aussi de la musique live dans d’autres salles et des ambiances variées à ces différents bars dont un en terrasse.

http://thereg.ie

A KILKENNY, le Centre du design permet de se restaurer efficacement en savourant particulièrement les produits locaux.

www.kilkennydesign.com

A Kilkenny, le Kytelers Inn met l’accent sur les produits locaux dans un cadre historique, parfaitement conservé, en plein centre-ville, dans la très vivante rue St Kieran. Lui-même organise des soirées musicales et dansantes.

www.kytelersinn.com

Près de Glendalough dans le comté de Wicklow, Lynams o Laragh sert dans un cadre champêtre un déjeuner traditionnel irlandais.

www.lynhamsoflaragh.ie

A ENNISKERRY, non seulement on a de bonnes raisons d’apprécier la nuit au Powerscourt Hotel & Spa, mais on a aussi de bonnes raisons d’y dîner, dans une farandole de saveurs et de plats à la hauteur du standing de l’hébergement.

www.powerscourthotel.com

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