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Indre-et-Loire

En toute sobriété symétrique

Bon plan | Villandry | publié le : 01.05.2016 | Dernière Mise à jour : 01.05.2016

Auteur

  • Catherine Mautalent

Villandry, à une quinzaine de kilomètres à l’ouest de Tours, est un village s’étendant sur les deux rives du Cher. Son église se dresse comme un rempart aux visiteurs venant du fleuve, tandis que son menhir de la « pierre aux géants » atteste de l’occupation dès le néolithique. Mais Villandry, c’est aussi – et surtout – son château et ses jardins. Chaque année, près de 350 000 visiteurs, dont 18 % de groupes, viennent les découvrir.

La Vallée de la Loire, connue comme « le jardin de la France », a été la résidence favorite des rois de France durant la Renaissance. Ce sont, pour la plupart, des édifices bâtis ou fortement remaniés à cette période, à un moment où le pouvoir royal était situé sur les rives du fleuve, de ses affluents où à proximité. La plupart des châteaux puisent néanmoins leurs origines dans le Moyen-âge dont ils ont conservé encore aujourd’hui des traits architecturaux importants. La concentration en monuments remarquables dans cette région a d’ailleurs justifié le classement du Val de Loire au patrimoine mondial de l’Unesco.

Des monuments remarquables comme ceux d’Amboise, d’Azay-le-Rideau, de Blois, de Chambord, de Cheverny, de Chenonceau… ou encore de Villandry, qui fut le dernier à être bâti sur les bords de Loire, toujours à l’époque renaissance. Comme les autres, il fut autrefois forteresse médiévale, et qui le 4 juillet 1189 fut le théâtre de « la paix de Colombiers » (nom de Villandry à l’époque médiévale) au cours de laquelle Henri II Plantagenêts, roi d’Angleterre, vint devant Philippe Auguste, roi de France, reconnaître sa défaite. Cette paix marquera une étape essentielle du triomphe de la monarchie capétienne sur les grands féodaux, au premier rang desquels les Plantegenêts.

1906: la résurrection

Mais contrairement aux autres châteaux, Villandry a la particularité de n’avoir jamais été demeure d’un roi, ni d’une favorite, mais celle de Jean Le Breton, ministre des Finances de François 1er. Il l’acquiert en 1532, fait raser la forteresse du XIIe siècle, dont il ne reste aujourd’hui que les fondations et le donjon, afin de construire l’actuel château. Il porte également un intérêt certain à l’art des jardins qu’il a eu le loisir d’étudier alors qu’il était ambassadeur à Rome.

Les travaux s’achèvent vers 1536, et le château restera aux mains des descendants de Jean Le Breton jusqu’en 1754, année où la propriété est vendue au comte Michel-Ange de Castellane, brigadier des armées du roi, ambassadeur à la Porte ottomane, issu d’une des plus anciennes et illustres familles de Provence. Il y fit construire les grands communs de style classique symétriques, réaménagea l’intérieur du château en l’adaptant aux normes de confort du XVIIIe siècle, « plus proches des nôtres que celle de la Renaissance », glisse Pauline Dejob, chargée de la communication et du développement culturel. Les jardins sont également remis au goût de l’époque: le parc est agrandi, puis agencé à la Française. En 1791, son héritier vend à François Chenais qui avait fait fortune dans les plantations de café. Il le revendra quelques années plus tard à un certain Ouvrard, munitionnaire et profiteur de guerre, qui ne sera pas en mesure de solder la vente. Et c’est Napoléon 1er qui paya ses dettes en s’adjugeant Villandry pour le donner à son frère Jérôme, avant de le céder « par échange » à la famille Hainguerlot, créancière de l’empereur. Les Hainguerlot finiront par le vendre à des marchands de biens qui morcèleront l’édifice pour en tirer plus de profit. Fin 1900, le château est racheté par un professeur de physique et pharmacien, mais incapable de l’entretenir, il le mettra en vente par trois fois, à 160 000, 140 000 et enfin à 120 000 francs de l’époque…

C’est alors en 1906, que Joachim Carvallo, en déplacement près de Lyon, « entend parler de cette propriété. Je vins la visiter. Le château était tout en fenêtres, en balcons, en ouvertures en trompe-l’œil(…). Il disparaît au milieu d’une forêt d’arbres et de verdure (…). L’ensemble cependant me plut. Le prix ne me paru pas exagéré. L’acte de vente fut signé sur l’heure ». Joachim Carvallo, né en Espagne en 1869, choisit alors d’abandonner sa carrière scientifique pour se consacrer à Villandry, en compagnie de son épouse Ann Coleman, richissime héritière de grands sidérurgistes américains. « Il va consacrer toute son énergie et sa fortune à rendre à Villandry son état initial », raconte Pauline Dejob. Les jardins seront aussi réaménagés, de nouveaux verront le jour. Et ses héritiers continueront à entretenir le château comme son parc ouvert au public depuis 1920! L’actuel propriétaire, Henri Carvallo, est l’arrière-petit-fils de Joachim et d’Ann.

Charmant et élégant

« Aujourd’hui, ce qui fait la force de Villandry, ce sont ses jardins occupant six hectares de terrain », reconnaît Pauline Dejob. Il est vrai que le château n’a pas les dimensions de ceux de Blois, d’Amboise ou encore de Chambord, « mais, ici, à Villandry, la demeure puise sa singularité à travers son intérieur XVIIIe siècle richement meublé », poursuit-elle. Chenonceau et Azay-le-Rideau furent propriété royale. Pas Villandry. L’histoire de France a marqué bien d’autres châteaux. Pas Villandry. Aussi, l’intérêt du lieu réside avant tout dans la combinaison harmonieuse de différents édifices (château, communs, orangerie) et de jardins intégrés à un site naturel (une forêt jouxte le site). « Mais, si les jardins constituent pour Villandry son plus bel atout, nous conseillons toujours aux visiteurs de commencer par le château, afin de mieux appréhender et comprendre le contexte historique », souligne Pauline Dejob.

On y pénètre donc après avoir franchi un petit pont de bois et traversé la cour d’honneur. La première salle est consacrée à l’histoire de la demeure résumée par de larges panneaux sur toiles et d’une importante maquette. Les visiteurs sont ensuite invités au salon, à dimension humaine, où fauteuils et bergères sont recouverts de soies provenant d’une manufacture tourangelle. Sur le piano à queue: des photos de famille. Juste à côté, installé dans le donjon: le cabinet de travail de Joachim Carvello, que l’on détaille du regard car on ne peut y entrer. Place ensuite à la salle à manger aux tons saumonés où les couverts sont dressés, et dont la particularité est de disposer d’une fontaine, histoire de rafraîchir l’atmosphère aux beaux jours. Un superbe bouquet de fleurs fraîches vient agrémenter l’ensemble (des fleurs fraîches que les visiteurs auront plaisir à retrouver au fil des autres pièces). Non loin de là: la cuisine dotée d’un sol en tomettes de terre cuite, avec son imposante cheminée qui fait face à un alignement de casseroles en cuivre. La table en chêne est garnie en préparation du repas du jour… Pour rejoindre le premier étage, il faut emprunter l’escalier d’honneur, en tuffeau avec sa rampe en fer forgé, construit par le marquis de Castellane. Un escalier de 29 marches entrecoupées d’un palier, classé depuis 1934. Cet étage était traditionnellement réservé aux chambres. Aujourd’hui restaurées et réaménagées, l’une d’entre elles est même dédiée à Jérôme Bonaparte (elle a été créée en 2000). Mobilier en acajou, soierie rouge et moirée, trompe l’œil, drapés et lances militaires… sont là pour rappeler son époque. Chambre toujours, avec celle de Joachim Caravello, offrant une double vue sur les jardins. Sobre, voire austère, elle a été refaite en 2008. Au fond à gauche: un petit cabinet de toilette. Les visiteurs poursuivent par la bibliothèque et ses ouvrages qui ont résisté au temps, alignés soigneusement, tandis que divers souvenirs personnels de Joachim et Ann sont exposés en vitrines. Ici, une vidéo d’une dizaine de minutes sur la famille tourne en boucle. Chambre encore avec celle dite « des douves », qu’occupait Ann. Elle fut aménagée au XVIIIe siècle, mais agrémentée d’une baignoire du XIXe siècle, tandis qu’à l’opposé a pris place un charmant cabinet de toilette et sa coiffeuse faite de blanc et de bleu.

Il faut revenir sur ses pas pour rejoindre alors la galerie à travers via un couloir fait de damiers blanc et noir. Y est rassemblée la collection de Joachim et Ann, amateurs de tableaux anciens avec une prédilection pour le Siècle d’Or de la peinture espagnole du XVIIe siècle. Mais, c’est au bout de la galerie que se cache un trésor: un plafond fait de 3600 pièces de bois polychrome, reconstitué en un an, en provenance du palais des ducs de Maqueda construit au XVe siècle à Tolède. De style mujedar, il fut réalisé par des artisans maures pour le compte de commanditaires espagnols. Il mêle des éléments décoratifs représentatifs des arts chrétien et mauresque.

Retour vers l’escalier monumental pour rejoindre le second étage (16 marches entrecoupées là encore d’un palier). Voici à présent les deux chambres des enfants, toutes deux bleues et de tailles modestes. Un lit, un berceau mais aussi des jouets miniatures, des livres anciens, des vêtements brodés prêts à être rangés dans les tiroirs d’une commode laissés ouverts composent la décoration. Mais, la visite ne s’arrête pas là et se poursuit par le donjon. Vingt sept marches pour atteindre la terrasse. Une montée qui sera marquée par un arrêt dans la toute dernière pièce, créée en 2015, et consacrée à François 1er. Et après l’effort, la récompense: une vue imprenable sur le château, les jardins et le village de Villandry. Ne reste plus qu’à redescendre, passer devant une maquette du château faite en allumettes, et rejoindre l’espace des expositions temporaires (en accès libre) installé dans les combles. Avant, bien sûr, de continuer la découverte du lieu, par ses jardins.

Des jardins brodés

Plus de 1 000 tilleuls, 162 ifs, un hectare de potager, 52 km de buis, quatre niveaux … et dix jardiniers pour faire des jardins de Villandry un paysage en harmonie avec l’architecture du château. Au niveau le plus haut, une création de 2008, un « jardin du soleil », confidentiel et contemporain dont les fleurs blanches, bleues et ocres symbolisent le ciel, les nuages et le soleil. En contrebas: une grande pièce d’eau où s’ébattent des cygnes. C’est le « jardin d’eau », espace dépouillé, lieu paisible dédié à la détente, à la méditation. Plusieurs bancs de bois l’entourent. Plus bas encore, place au « jardin d’ornement » et ses massifs de hauts buis soulignés par des ifs et plantés de fleurs au gré des saisons. Ici, quatre carrés constituent les « jardins d’amour », à la fois tendre, passionné, volage et tragique. En poursuivant dans les allées, voici le « jardin potager » planté de légumes, d’arbres fruitiers mais aussi de fleurs. « Il est composé de neuf carrés de taille identique, mais à l’intérieur desquels les motifs géométriques sont différents », précise Pauline Dejob. Vient ensuite le « jardin des simples », le jardin traditionnel du Moyen-âge consacré aux herbes aromatiques, condimentaires et médicinales. Et, original: le labyrinthe. Parce qu’il est impossible de s’y perdre! D’inspiration chrétienne, et contrairement au labyrinthe grec, il n’a pas de voies sans issues. Planté de charmes, il symbolise le cheminement terrestre de l’homme… Six jardins remarquables, mais aussi « bio », à découvrir plus particulièrement entre mai et octobre.

Pratique

→ Les jardins sont accessibles tous les jours, toute l’année, mais uniquement de début février à mi-novembre pour le château.

→ Les horaires d’ouverture varient selon la saison (soit à partir de 9h ou 9h30 pour une fermeture entre 17h et 19h30).

→ Les tarifs groupes sont appliqués sur la base de 15 pax. Gratuités conducteur et accompagnateur.

→ Plusieurs formules de visites sont suggérées: visites libres des jardins seuls ou du château+jardins; visite avec audioguide des jardins seuls ou du château+jardins (mise à disposition d’un audioguide: 4 euros/pers., à ajouter au billet d’entrée par personne); visite guidée personnalisée des jardins seuls; visite guidée personnalisée du château et visite libre des jardins; visite guidée personnalisée du château et des jardins. A savoir: si le groupe compte plus de 45 personnes, il faut prévoir deux guides. Pour les visites guidées, comptez 1h15 environ.

→ Des animations se tiennent chaque année. Au côté de la mise en place d’expositions temporaires (trois à quatre par an et en accès libre), notons « les nuits des mille feux » durant lesquelles les jardins sont illuminés de 2000 bougies (1er et 2 juillet) ou encore « les journées du potager » avec ateliers, démonstrations, marché d’artisans, vente de plantes… (les 24 et 25 septembre).

→ Des offres « spécial groupes scolaires » portent uniquement sur les visites guidées des jardins complétées par des ateliers. Le château est en visite libre.

→ Juste à l’entrée du site de Villandry (à quelques pas de l’accueil de la billetterie et de la boutique), dans un des pavillons du château s’est installé le restaurant « La Doulce Terrasse », accessible de début février à mi-novembre. A l’intérieur, une capacité de seulement 20 couverts, mais en extérieur – plus précisément sous une tonnelle, chauffée si nécessaire – est aménagée une salle où sont dressés de 40 à 50 couverts, avec un mobilier de style jardin, blanc. On y sert de la cuisine traditionnelle française selon trois formules pour les groupes incluant trois plats: une première hors boisson, une deuxième avec un verre de vin+un café, et une troisième avec un verre de vin+un café+un apéritif « pétillant ». Une gratuité est appliquée pour 20 payants. Déjeuner et dîner y sont organisés, un repas pouvant être servi en une heure minimum selon les impératifs du programme. Sur le site même, une autre salle accueille les groupes, celle du « Marquis de Castellane » d’une capacité de 80 à 90 personnes. Autre suggestion: les paniers pique-nique composés d’une salade, d’un sandwich, d’un gâteau et d’une boisson, et l’occasion ainsi de profiter des jardins. Sans oublier que des petits-déjeuners et des goûters peuvent aussi être préparés sur demande. Enfin, sachez que le restaurant a conçu également des offres packagées: repas+entrées (sans visites guidées) au château et aux jardins. Avec au menu: un apéritif gourmand, un plat et un café gourmand.

Contact pour le restaurant: 02 47 50 02 10.

→ L’autocar peut déposer le groupe devant l’entrée du site, puis deux possibilités: parking municipal situé à 200m ou parking face à l’entrée du site (places non matérialisées), et route à traverser. En projet: la création d’un nouveau parking d’ici fin 2017.

Contact pour les visites du château et des jardins: 02 47 50 02 09

(www.chateauvillandry.com).

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