Destination qualitative et sécurisée, l’Islande profite d’une situation compliquée dans bien des pays du monde pour mettre en avant ses formidables atouts naturels, de feu et de glace, en dépit de tarifs élevés. Aussi bien d’un côté de l’Océan Atlantique que de l’autre, la fréquentation internationale galope, justifiant les projets de nouveaux équipements hôteliers.
Bien située, presque à mi-chemin entre Europe et Amérique, l’île d’Islande poursuit sur une dynamique de croissance enclenchée depuis quelques années, avec une qualité de ses prestations et une sécurisation qui s’avèrent attractives sur l’ensemble de ses marchés. Une situation assez récente puisqu’au bout du compte, c’est peut-être bien l’éruption du volcan Eyjafjöll en 2010 – perturbant une bonne partie de l’espace aérien mondial et générant pour plus d’un milliard d’euros de préjudice aux compagnies aériennes – qui peut être considérée comme étant à l’origine de cet engouement. Cette éruption volcanique a, en tout cas, conféré à ce petit état nordique une exposition dont il en retire aujourd’hui les profits.
Les paysages grandioses ont inspiré les réalisateurs du petit et grand écran à travers Games of Throne, Batman Begins, James Bond…, tandis que récemment encore France 2 diffusait Trapped, une série islandaise qui a attiré plus de quatre millions de téléspectateurs… Une notoriété grandissante qui a fait mouche auprès de la plupart des professionnels du tourisme, participants de la délégation française présente au dernier salon Mid-Atlantic, invités par Icelandair, qui s’est déroulé début février à Reykjavik. Ils s’inscrivent dans cette dynamique de forte croissance. Martine Carle, qui travaille pour l’agence La Route des Voyages de Bordeaux, est une inconditionnelle de la destination: « dès que j’ai posé le pied ici, il y a quelques années, j’ai été séduite, dit-elle. La nature sauvage, l’authenticité des paysages, la chaleur de l’accueil des habitants, la sécurité absolue… nous sommes sur une autre planète! ». Comme elle, d’autres voyagistes ont annoncé vouloir étoffer leur production. C’est le cas de Scanditours, la marque spécialisée sur les pays nordiques de Kuoni: « nous réalisons 80 % de nos ventes sur l’été et seulement 20 % sur l’hiver. Notre activité ici a progressé de 30 % en 2015. Nous allons développer notre production hivernale de façon à poursuivre notre croissance », annonce ainsi Barbara Grenié, directrice des marchés chez Kuoni. C’est effectivement une tendance du moment: l’Islande, traditionnellement une destination estivale, est de plus en plus proposée en hiver. Quartier Libre qui la programme depuis 2012 s’oriente aussi dans cette direction: « nous allons intensifier nos propositions hivernales et envisageons d’éditer une brochure dédiée à la destination nordique », confirme Richard Carayon, patron de la société lyonnaise. Quartier Libre a doublé son activité sur l’Islande, la moitié en groupe et l’autre en individuels, en jouant avec l’ensemble des départs des compagnies aériennes, depuis Paris, Genève, Lyon, Nice… Une évolution qui touche également les groupes affaires.
C’est ce que constatent deux spécialistes du secteur Mice, réceptifs locaux basés à Reykjavik: « l’ouverture du centre Harpa en 2011 d’une capacité de 1850 places, a déclenché un véritable engouement sur ce secteur. Les organisateurs disposent d’un bon outil pour les conventions et les groupes français sont très attirés par les survols de volcans en hélicoptère, les sorties de pêche, de canyoning ou d’escalade de glace », expriment de concert Oddny Arnarsdôttir et Kristjana Magnusdôttir.
Outre ses volcans qui se laissent apprivoiser par différents modes de transport, à pied ou divers véhicules motorisés, ses glaciers qui sont autant de lieux de balades et de découverte, l’Islande propose des visites originales figurant en brochures des réceptifs. Et parmi les plus inattendues, il y a l’usine géothermique d’Hellisheidi. A la fois pédagogique et ludique, le site illustre bien le fait qu’en Islande 25 % du territoire est situé sur une zone volcanique active. Plus contemplatif est le plus grand centre d’exposition d’Europe de baleines, « Whales of Iceland », ouvert en 2015, et qui promet un grand succès auprès des groupes.
« Nous travaillons sur l’année 2017, mais le manque de chambres, la hausse de la demande, l’arrivée de taxes sur de nouveaux secteurs de l’économie islandaise… nous font craindre des hausses de prix », constate Barbara Grenié. C’est ce qui peut inciter les voyagistes à élargir leur programmation en la complétant par des extensions vers des zones voisines.
« Nous allons vraisemblablement programmer, pour l’été 2017, les îles Féroé », ajoute-t-elle. Une crainte partagée par Island Tours, le seul spécialiste sur le marché français, depuis 2000, à proposer l’Islande, mais aussi le Groenland, les îles Féroé…: « De plus en plus de secteurs comme les transports, l’hôtellerie… sont touchés par les hausses de taxes. L’été devient compliqué pour trouver des hébergements », relève Eric Biard, un des deux dirigeants d’Island Tours, qui traite environ 1 700 à 1 800 clients sur l’Islande, des groupes de taille moyenne et des individuels. Environ 80 % sont commercialisés en direct et 20 % par un réseau de revendeurs partenaires.
Pour pallier le manque d’hébergements, des projets se font jour. Ainsi, la chaîne Icelandair Hotels, qui appartient au même groupe que la compagnie aérienne et qui compte déjà huit implantations sur l’île, va ouvrir en mai prochain un nouvel établissement sous enseigne Hilton (la deuxième de l’île) de plus de 100 chambres. Déjà, le Fosshotel propose depuis l’an passé 300 chambres, tout comme les deux derniers établissements d’une centaine de chambres de la chaîne Kea Hotels, le Skuggi et le Stormhur qui viennent aussi d’être livrés. Tandis que 2018 verra l’ouverture du Marriott, mitoyen du centre de convention Harpa. Ces nouvelles capacités conviennent-elles au marché français? « En fait, la clientèle française recherche surtout des établissements de charme, des cottages, des guest-house…, bien en rapport avec la nature sauvage et l’authenticité des paysages, et à ce jour, ils ne sont pas très nombreux », constate Martine Carle. « La clientèle française en Islande est très fidèle, et nous constatons un fort taux de repeater, d’où l’intérêt de varier les hébergements et d’en trouver qui correspondent à l’attente de dépaysement », analyse, pour sa part, Lucas Mourgues, chef de produit pour l’Europe du Nord de Vacances Transat.
Et que dire de la clientèle américaine, plutôt sensible aux standards de confort qu’à l’aspect chaleureux d’un hébergement de caractère? Sachant qu’en 2015, elle a représenté 249 805 touristes, soit une en hausse de + 59,6 % par rapport à 2014, faisant d’elle la première clientèle étrangère de l’Islande.
De quoi s’interroger sur l’influence que cet important marché américain pourrait avoir sur les stratégies hôtelières islandaises. Comme sur l’éventuelle hausse des prix, effet dollar oblige.
En dépit de la récente concurrence apportée par la low cost Wow Air, la compagnie nationale islandaise Icelandair poursuit son développement depuis sa base de Reyjkavik-Keflavik. De 2,6 millions de passagers en 2014, elle a passé le cap des trois millions en 2015, et compte bien atteindre les 3,5 millions de passagers, cette année. Pour y parvenir, après avoir ouvert Aberdeen, elle a lancé Chicago le 18 mars dernier, et s’envolera à destination de Montréal à partir du 19 mai prochain.
En France, et depuis le 28 mars, Icelandair a fait son retour à Paris-Orly où elle avait démarré son exploitation, il y a maintenant quarante ans. Pour la clientèle francophone, Icelandair propose aussi des vols depuis Bruxelles et, en saison estivale, depuis Genève.