Située à dix kilomètres de Besançon, Grosperrin Tourisme Voyages – GTV – est fortement impliquée dans le transport (scolaire et interurbain). Depuis 2010, elle a repris en main une production touristique à destination des groupes et des Gir. Une reprise, en effet, après avoir essuyé un « coup dur » à la suite du rachat du « catalogue » de Monts Jura Tourisme. Explications.
La vie n’est pas un long fleuve tranquille. L’autocariste Grosperrin Tourisme Voyages (GTV) en a fait l’amère expérience. Un « mauvais chapitre » qui a traversé l’histoire de cette entreprise familiale fondée par Léon Grosperrin en 1947 – ancien militaire – à Besançon dans le Doubs. Elle prendra le nom d’Excursions Grosperrin. Mais, il n’y a pas eu le mot « fin » malgré le coup porté, de nouveaux chapitres sont bel et bien en train de s’écrire, et plus particulièrement dans le genre touristique.
Car sur le plan du transport, les pages n’ont jamais été blanches. Et ce, dès la mise en place d’un premier service urbain reliant la gare SNCF au centre-ville de Besançon à bord d’un Chenar Walker, avant le transport de personnel pour le compte de grandes entreprises horlogères locales, les lignes scolaires pour le conseil général, les lignes « Ginko » pour la Communauté d’Agglomération du Grand Besançon (CAGB), les transferts de Clubs sportifs, l’occasionnel ou encore plus récemment le transport d’enfants dans le cadre de voyages linguistiques pour le compte de confrères autocaristes.
Aujourd’hui, c’est Raphaël Grosperrin qui est à la tête de l’entreprise familiale, le petit-fils de Léon, disparu brutalement en 1959. Une troisième génération aux commandes, mais qui a connu quatre dirigeants. « Il y a d’abord eu mon père Maurice dans les années 60 (la SARL Grosperrin Tourisme Voyages voit le jour en 1968, ndlr), rejoint par son frère Gérard en 1971, raconte Raphaël Grosperrin. Lorsque mon père décède en 2006, j’ai hérité de 50 % de ses parts, puis en 2012, j’ai racheté les 50 % restants à mon oncle ». Un avenir presque tout tracé pour Raphaël Grosperrin qui « a vécu dans l’entreprise » depuis son enfance, et qui « ne se voyait pas faire autre chose! ». Même s’il n’a pas franchi le pas tout de suite, reconnaît-il, préférant poursuivre ses études au sein d’une école de management notamment. Il entre définitivement dans la société en 1992, apprend les différents métiers sur le tas, à commencer – bien sûr – par tenir un volant! Avant d’attaquer l’exploitation, la comptabilité… Et c’est à la fin des années 90 que l’activité tourisme va amorcer un premier développement avec l’ouverture d’une agence de voyages dans une galerie marchande à Besançon. « A cette époque, nous travaillions beaucoup en partenariat avec Monts Jura Tourisme, autre entreprise familiale », indique Raphaël Grosperrin, tout en ajoutant « mais en 1999, son activité transport – Autocars Monts Jura – sera reprise par Keolis. En 2005, nous rachèterons « le catalogue » de Monts Jura Tourisme ». Cette acquisition donnera le jour à une brochure Gir commune GTV/Monts Jura, éditée à 100 000 exemplaires. L’activité tourisme « se développe alors bien » en Gir, bien sûr, avec en parallèle un marché groupes constitués s’inscrivant dans la continuité. Mais en perdant son activité de production (qui prenait de plus en plus d’importance en nombre de clients chez GTV) et devant faire face à des difficultés dans le secteur de la billetterie affaires comme la vive concurrence d’internet, « cela a mis en péril l’activité distribution de Monts Jura Tourisme, donc des agences de voyages, conduisant l’entreprise à être placée en redressement judiciaire en novembre 2008 », explique Raphaël Grosperrin. A cette date, le volume d’affaires des agences représentait un chiffre d’affaires de 9,5 millions d’euros. Le 15 décembre 2008, le tribunal de commerce de Besançon attribue les cinq agences à la société Prêt à Partir de François Piot (deux à Besançon, une à Pontarlier, une à Lons-le-Saunier et une dernière à Belfort). Le même mois, c’est le groupe Salaün, via sa filiale Salaün Evasion, qui rachetait de son côté l’agence de voyages de GTV à Besançon ainsi que sa production groupes. Deux autres repreneurs étaient en lice: également Prêt à Partir mais aussi Voyages Girardot. « Si Monts Jura Tourisme avait honoré sa lourde créance, nous n’en serions pas arrivés là », relève Raphaël Grosperrin, avant d’ajouter: « ce coup dur a fait entrer l’entreprise dans une période difficile avec le quasi-arrêt de l’activité tourisme. Et dans les mois qui ont suivi, nous avons fort logiquement axé notre quotidien sur le transport régulier et sec ». Assurer surtout la continuité de l’entreprise qui, dès 2009, n’a d’autre choix que de s’inscrire dans un plan de sauvegarde… sur dix ans. Avec un parc de véhicules qui a diminué de moitié, passant aujourd’hui à huit.
En attendant des jours meilleurs pour reprendre la main sur le tourisme. Ils viendront en 2010 avec l’embauche de Daniel Moriou, aujourd’hui directeur commercial. Deux ans plus tard, Raphaël Grosperrin prend la tête de l’entreprise, qui s’est installée en 2003 à Serre-les-Sapins (à dix kilomètres de Besançon) où ont été construits des bureaux et des ateliers. Cette même année, Grosperrin Tourisme Voyages est retenue au service de la Communauté d’Agglomération du Grand Besançon afin d’assurer les lignes « Ginko » sur le secteur ouest.
Mais, s’inscrire dans un plan de sauvegarde n’est pas toujours vu d’un très bon œil, du côté des banques, des fournisseurs. Des clients aussi « auprès desquels il a fallu prendre le temps d’expliquer », relève Raphaël Grosperrin. Expliquer qu’il n’y a plus rien de commun entre Grosperrin Tourisme Voyages et Monts Jura Tourisme. Que l’activité de l’entreprise familiale s’inscrivait dans la continuité. Et que le tourisme y retrouverait toute sa place. C’est donc Gérard Moriou qui va s’atteler à la tâche pour relancer l’activité, à son arrivée en 2010, celle-ci était pratiquement « au point mort ». Il n’y avait plus d’agences de voyages, plus de service de production, plus de brochure. « Tout était à reconstruire », résume simplement Gérard Moriou. « Il fallait repartir sur des bases saines et retrouver la confiance des clients », ajoute Raphaël Grosperrin. Reprendre la main sur l’occasionnel, le Tourisme et le Grand Tourisme. « Un challenge intéressant et très motivant, confie Gérard Moriou. Il y avait tant à faire ».Et ce en termes d’offres à concevoir que lorsqu’il s’agissait de partir sur le terrain à la (re) conquête de clients. « Avec l’envie, la volonté accompagnant l’argumentation commerciale », glisse-t-il. Grosperrin Tourisme Voyages avait perdu tous ses clients qui voyageaient en Gir, tandis que la plupart des décideurs groupes n’avaient pas tous tourné le dos à l’entreprise.
Pour se repositionner sur les Gir, des produits comme le ski, le salon de Genève ou encore Europa Park vont constituer les premières « bases de reconquête ». Des offres qui seront mises en avant à bord des autocars effectuant des services réguliers, en affiche apposée à l’arrière des véhicules de Tourisme et de Grand Tourisme, par quelques encarts dans la presse locale ou via le site internet, qui sera d’ailleurs totalement relooké en 2013. En s’appuyant aussi sur la constitution d’un press-book rassemblant « les offres d’avant », une vitrine pour montrer « ce qu’on était en mesure de proposer et que l’on pouvait à nouveau refaire », glisse Gérard Moriou, reconnaissant par ailleurs que dans un premier temps, « il s’agissait d’organiser principalement des journées, voire des deux jours, mais pas plus, et ce en France et dans les pays limitrophes ». Et, bien sûr, uniquement en autocar. Et uniquement aussi en ciblant les groupes constitués. Depuis, la production a bien évidemment évolué, s’est enrichie à travers des programmes plus conséquents, plus longs. Sans changer cependant le mode de transport et le marché de clientèle.
Mais, l’idée de revenir à l’édition d’une brochure Gir n’a pas pour autant été écartée. Sauf que l’investissement humain et financier qu’elle nécessite conduira l’entreprise a jugé « prématuré » de s’engager. En tout cas seule. Et c’est Car’Club qui va lui donner l’opportunité de concrétiser cet objectif, lorsque ce regroupement d’autocaristes va lui proposer de le rejoindre. L’adhésion de Grosperrin Tourisme Voyages à Car’Club est conclue en 2015. Un choix motivé en raison « d’une culture commune d’entreprises autocaristes », lance d’emblée Raphaël Grosperrin. Mais aussi parce que Car’Club a dès l’origine fait du marché Gir sa priorité. Parce qu’il agit en tant que tour-opérateur pour l’ensemble de ses adhérents. Parce qu’il édite deux brochures (printemps/été, automne/hiver). Parce que sur l’un comme l’autre des supports papier, des pages sont réservées à la propre production d’un à plusieurs jours de l’adhérent… « Un autre avantage est le coût partagé par les membres du regroupement pour l’édition de la brochure, donc forcément moins lourd pour chacun d’entre nous », ajoute Raphaël Grosperrin. Charge ensuite à l’adhérent d’acheter le nombre souhaité et d’assurer lui-même la diffusion sur sa zone de chalandise. Un nombre qui varie généralement entre 10 000 et 120 000 achetées par entreprise adhérente. Et si l’adhésion a Car’Club est encore récente, les premières retombées sont « déjà satisfaisantes et encourageantes pour la suite », relève Gérard Moriou, qui annonce une centaine de clients en Gir réalisée l’an passé. Et puis, Grosperrin Tourisme Voyages retrouve une « vitrine touristique » auprès de ses clients via les deux brochures Car’Club: 25 000 automne/hiver ont été achetées par GTV, 50 000 pour celle dédiée à la période printemps/été. La première a été distribuée en boîtes aux lettres (sur Besançon intramuros ainsi qu’à une cinquantaine de communes environnantes), la seconde insérée sous blister dans le TV Mag de L’Est Républicain. « Nous gardons un certain nombre d’exemplaires qui nous serviront auprès des décideurs groupes, ajoute Gérard Moriou, car ce que nous faisons en individuel peut être tout à fait adaptable aux groupes. L’offre Gir constitue une base de travail ». C’est ainsi que ces exemplaires restants partent par courrier auprès des associations, des clubs, des comités d’entreprise… « sélectionnés », glisse Raphaël Grosperrin. Depuis le début de cette année 2016, cette offre Gir a permis de capter une dizaine de groupes.
Dans la dernière brochure Car’Club, Destinations 2016, la propre production de GTV va des formules journées à des séjours de six jours, « et nous y avons également ajouté un seul programme en avion en nous appuyant sur un tour-opérateur, indique Gérard Moriou. Un test. « Car l’aérien ne constitue pas une priorité. Nous sommes avant tout autocariste », poursuit-il. Mais là encore, une occasion de faire savoir aux clients que l’entreprise est en mesure de répondre à ce type de demande.
Si Grosperrin Tourisme Voyages dispose désormais d’une brochure, il a aussi fait le choix de miser sur internet, et bien avant le partenariat avec Car’Club. Ce site, aujourd’hui, renferme – et de façon distincte – près d’une centaine de produits en individuels (ils peuvent réserver et payer en ligne) et une soixantaine de produits groupes. Tous faits maison! Et avec aussi une entrée sur l’offre complète en brochure Car’Club. « L’avantage d’internet est de pouvoir l’actualiser au jour au jour, d’apporter des nouveautés face à des clients qui sont très à l’affût », glisse Gérard Moriou. D’autre part sont envoyées ponctuellement par emailings aux décideurs groupes différentes propositions, des coups de cœur, des nouveaux produits, des promotions, etc.
Pour maintenir le contact avec les responsables associatifs ou autres, et au côté de rencontres sur le terrain « au moins une fois par semaine », glisse Gérard Moriou, Grosperrin Tourisme Voyages organise un éductour par an depuis 2012. Le prochain se tiendra du 3 au 5 avril pour une découverte de la région d’Annecy. « Nous convions 30 responsables, clients et prospects, à qui nous demandons une « petite » participation financière qui varie selon la destination et la durée de l’éductour », détaille Gérard Moriou. Et si à la suite un séjour est acheté par l’un des participants, « un geste commercial n’est pas exclu », glisse le directeur commercial, soulignant par ailleurs « les bonnes retombées » de ce type d’opération. Et puis, pour la première fois cette année, Grosperrin Tourisme Voyages s’est lancé dans la mise en place de son propre workshop. Il a eu lieu le 4 février dernier à Serre-les-Sapins, dans le cadre du centre culturel et de loisirs. Une tombola y a été organisée, avec en premier lot un week-end pour quatre personnes au Parc Asterix (15 lots ont été mis en jeu). « Il a rassemblé 20 partenaires-fournisseurs (moyennant une participation financière, ndlr), des croisiéristes, des hôteliers, des cabarets, des tour-opérateurs, des parcs de loisirs…, détaille Gérard Moriou. Plus de 2000 invitations ont été envoyées uniquement auprès de décideurs groupes basés en région Franche-Comté, nous en avons accueilli plus de 120 ». Un début prometteur pour une première, a estimé Raphaël Grosperrin, précisant « la qualité des contacts établis ». Une opération qui, pour l’entreprise, a représenté un budget de 5 000 euros. Elle devrait être renouvelée en 2017.
A l’heure où nous écrivions ces lignes, Grosperrin Tourisme Voyages réceptionnait un tout nouvel autocar Grand Tourisme (un Astron 55 de Van Hool). Il arbora une couleur bleue, à l’image de l’horizon qui se profile désormais pour l’entreprise.
TRANSPORT
• CA 2015: 3,850 millions d’euros (1,6 million de kilomètres parcourus), dont 40 % via les lignes interurbaines, 40 % également sur le segment tourisme et 20 % en scolaire.
• 25 lignes expoitées pour le compte de la Communauté d’agglomération du Grand Besançon, 10 dans le département du Doubs et 5 en Haute-Saône.
• Un parc de 50 autocars de marques Irisbus, Fast et Van Hool.
• 8 véhicules de tourisme de marque Van Hool.
• 70 salariés dont 58 conducteurs.
• Siège social et dépôt: Serre-les-Sapins (25).
TOURISME
• CA 2015: 174 273 70 euros dont plus de 84 % réalisés via les groupes constitués et plus de 15 % en GIR.
• En 2015, les meilleures ventes ont concerné Europa Park, le Puy du Fou et le Zoo d’Amnéville.
• Vente de produits 100 % autocar.
• Membre de Car’Club regroupant des autocaristes.