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Paca

Croisiéristes, autocaristes et villes: savoir s’entendre

Enquête | publié le : 01.03.2016 | Dernière Mise à jour : 01.03.2016

Auteur

  • Thierry Joly

Tirée par le port de Marseille qui a su se positionner sur ce créneau, la région Provence Alpes Côte d’Azur accueille un nombre croissant de bateaux de croisières. Une opportunité, mais aussi un défi et des contraintes pour les autocaristes.

En moins de vingt ans, Marseille s’est hissée au cinquième rang des ports de croisière européens et caracole en tête du classement français avec 1,48 million de croisiéristes accueillis en 2015 contre seulement 66 000 en 1997. Si l’on y ajoute l’activité des ports de Villefranche, Nice, Toulon / La Seyne, Cannes et Saint Tropez, au total la région Provence Alpes Côte d’Azur a l’an dernier reçu environ 2,3 millions de croisiéristes. Sur ce nombre, 600 000 y ont été accueillis en tête de ligne, c’est-à-dire qu’ils y ont commencé ou achevé leur croisière. En quasi totalité à Marseille d’où partent des bateaux Costa, MSC et Croisières de France. Des clients qui pour 20 % d’entre eux achètent des prestations pré ou post-croisières pour un montant moyen de 120 à 160 euros. Les 1,7 million restants sont les passagers en transit des navires qui s’arrêtent dans un de ces ports pour une demie ou une journée. Pendant ces escales, près de 80 % d’entre eux descendent à terre et les trois chambres de commerce et d’industrie du littoral évaluent leurs dépenses entre 40 et 50 euros par personne. S’y ajoutent les dépenses des compagnies elles-mêmes correspondant essentiellement à l’organisation des excursions d’une ou d’une demi-journée qu’elles proposent à leurs clients dans les villes d’escale, le long de la côte ou à l’intérieur des terres. Une manne non négligeable pour les transporteurs de la région. « Cela représente 4 000 à 5 000 journées d’autocar rien que pour le port de Marseille, et 6 000 à 7 000 pour l’ensemble de la région. Un appel d’air qui a clairement permis à des entreprises de se développer », révèle Laurent Benvenuti, délégué régional FNTV Paca. « Mais cela nous a demandé de nous adapter en terme de logistique, car si nous savions répondre aux pics d’activités générés par les congrès, avec les croisières c’est encore une autre dimension. Il faut être capable de mettre à disposition jusqu’à 50 cars sur une journée. Pas évident quand se déroule en même temps un congrès, et cette clientèle veut des véhicules modernes dotés d’une climatisation performante », ajoute Claude Ponsot, président de la Commission Tourisme de la FNTV Paca et directeur de la société Ponsot Autocars.

Des « autocars pirates »

Ceci étant, le port de Marseille pouvant recevoir en même temps six paquebots dont la capacité atteint jusqu’à 6 000 passagers, on aurait été en droit de s’attendre à une demande encore plus élevée. Si ce n’est pas le cas, c’est parce que l’accroissement du nombre de croisiéristes observé durant la dernière décennie s’est accompagné d’une évolution de la clientèle. La croisière s’est démocratisée, ouverte aux jeunes et aux familles, les enfants pouvant, en été, représenter jusqu’à un tiers des 6 000 passagers des plus gros navires. Bon nombre des clients n’ont donc pas le pouvoir d’achat que l’imagerie populaire associe encore au croisiériste. Conséquence aujourd’hui, selon les escales, seul 20 % à 35 % des passagers achètent les excursions proposées par les armateurs à des prix, il est vrai, souvent élevés.

« Avec internet, les gens ont accès à toutes les informations nécessaires pour organiser eux-mêmes leur temps libre à terre. A Nice et Villefranche, nombreux sont ceux qui utilisent le train pour aller à Monaco ou Cannes pour seulement 1,50 euro. On voit même des groupes constitués contacter directement des autocaristes et des guides pour monter des excursions à moindre coût », détaille Claude Ponsot.

Un phénomène qui est source d’embarras pour les ports pris entre le marteau et l’enclume des désirs des uns et des autres. Les armateurs sélectionnent en effet leurs escales non seulement sur l’accueil, la qualité et le coût des prestations portuaires, mais aussi sur les bénéfices financiers qu’ils en tirent. Or les excursions constituent la principale source de ces revenus. A Marseille, ils n’ont ainsi tout d’abord pas vu d’un très bon œil la mise en place en 2013 d’une navette gratuite entre le terminal des gros paquebots et la ville, distante de huit kilomètres. Même si cette navette s’arrête à La Joliette et ne va pas jusqu’au Vieux Port. La gestion du trafic des « cars pirates », surnom donné aux véhicules réservés directement par les passagers, est donc un sujet sensible. « Il n’est pas question de les interdire, mais il faut donner priorité aux cars officiels afin de garantir à nos clients armateurs revenus et excursions de qualité « , affirme Franck Dosne du French Riviera Cruise Club. « Il faut définir des règles de vie en commun en prenant en compte le fait que le déroulement de l’excursion est essentiel dans la perception de la qualité de l’escale”, ajoute Jérôme Giraud, du Var Provence Cruise Club. « A terre, nous devons être au niveau de l’excellence proposée à bord”, souligne Jean-François Suhas, président du Marseille Cruise Club.

En vertu de ces principes, à Marseille, les autorités portuaires refusent donc aux « cars pirates » l’accès à l’enceinte du terminal, les forçant à attendre leurs clients à l’extérieur, à un kilomètre des navires. Les cars affrétés par les armateurs vont, eux, chercher les excursionnistes sur les quais, aux pieds des passerelles de débarquement. A Villefranche, où l’accès à la rade est limité, le système de régulation est fait de manière à autoriser d’abord les cars officiels à approcher. Et ce n’est qu’une fois qu’ils ont tous leurs passagers que les « pirates » peuvent venir prendre les leurs. Même système à Cannes et Toulon.

Une différence de traitement primordiale pour les armateurs dont les passagers veulent profiter au maximum de leur temps à terre.

Pas toujours de parkings adéquats

Les autocaristes le constatent à travers leurs réactions. « A Cannes, ils ne comprennent pas que l’on ne puisse pas passer sur la Croisette et devant le Palais des Festivals depuis que la mairie veut le classement des lieux au Patrimoine Mondial de l’Unesco. Même incompréhension sur le fait qu’il nous est interdit de prendre les couloirs de bus sur le boulevard menant à l’autoroute, contrairement aux taxis, ce qui nous fait perdre beaucoup de temps », note Claude Ponsot.

Dans ces conditions, la localisation des lieux de dépose ou de stationnement est bien évidemment cruciale car leur éventuel éloignement des sites visités est mal vu et considéré comme une perte de temps inutile. Or toutes les villes ne disposent pas de parkings adéquats que ce soit en terme de situation ou de capacité. Si tout se passe bien à Monaco, Avignon, Cassis, Vallauris, Saint-Paul-de-Vence et Antibes, aux Baux-de-Provence, le sens de circulation imposé aux autocars de tourisme pour accéder au village fait grincer les dents. « Cela rallonge le temps de parcours », explique Claude Ponsot. A Arles et Aix-en-Provence, il n’existe aucun emplacement officiel réellement bien situé et les conducteurs débarquent leurs passagers en des lieux où ils sont à la merci de la tolérance des autorités. A Nice, la situation a ces dernières années été compliquée suite à la fermeture du petit parking situé près du cours Saleya. « La municipalité s’est interrogée sur l’intérêt d’investir dans des aménagements particuliers pour des groupes qui passent bien souvent moins d’une heure dans la ville », assure Michel Maurel, gérant de l’entreprise autocariste Tacavl.

Les choses devraient toutefois s’améliorer au printemps avec la création probable d’emplacements de dépose/reprise de chaque côté du musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain, ainsi qu’une aire de stationnement près du complexe sportif Jean Bouin.

Pression sur les prix

A Marseille, les choses se passent sans trop de problèmes, hormis près de Notre-Dame de la Garde, mais la municipalité a anticipé l’augmentation annoncée du trafic croisière et vient de conclure avec la FNTV une Charte partenariale pour l’accueil et le stationnement des cars de tourisme (voir encadré). La ville est en effet aux petits soins pour les croisiéristes. A en oublier les autres touristes. « Le point de dépose le plus proche du Vieux Port, situé rue Barbusse, est réservé au autocars des croisiéristes, et nous n’avons pas le droit d’y déposer nos clients quand nous faisons un tour de ville pour d’autres voyagistes », se plaint Audrey Allègre, vice-présidente de l’association des guides interprètes du Var.

Clairement exprimée sur le site internet de l’office de tourisme de Marseille, cette discrimination est difficilement justifiable et potentiellement dangereuse car elle pourrait inciter certains tour-opérateurs à déserter la ville. Voire la région si cette politique venait à s’étendre à d’autres sites. D’autant que la multiplication des autocars de croisiéristes impacte déjà le déroulement de leurs programmes du fait de l’affluence engendrée.

Or si les armateurs amènent du volume d’affaires, cette clientèle n’est que saisonnière, s’étendant d’avril à novembre avec un pic en septembre/octobre. De plus, elle ne paye pas mieux, loin s’en faut. « Les agents maritimes qui gèrent les excursions se battent pour décrocher les contrats avec les armateurs lors des appels d’offres, et il y a une pression sur les prix qui se répercute sur les autocaristes. Ils payent bien s’ils sont pris à la gorge, sinon ils font jouer le fait qu’ils sont incontournables », souligne Claude Ponsot. « Je fais moins d’excursions pour croisiéristes qu’avant car les prix n’ont pas bougé depuis dix ans », affirme Lionel Andrieu de NAP Tourisme. « De plus, lorsqu’on a affaire à un bateau commençant son périple à Barcelone, il arrive à Marseille le matin suivant et les inscriptions pour les excursions se font le soir pour le lendemain. S’il n’y a pas autant d’inscrits que prévus, ils annulent les autocars les plus chers ». Un inconvénient un peu en recul, selon Stéphanie Rissel des Voyages Mathez, qui organise des excursions pour diverses compagnies. « Ils tentent de plus en plus de les vendre lors de l’achat de la croisière, via internet où ils ont de petites vidéos montrant les sites visités ».

S’ajoute à cela la concurrence de transporteurs d’autres départements et surtout de l’étranger. « Sur la Côte d’Azur, 30 % des groupes de croisiéristes sont pris par des Italiens, parfois avec des cars qui ne sont pas aux normes que l’on nous impose en France », déplore Michel Maurel. Un phénomène bien plus rare et réduit sur les autres escales, mais les autocaristes transalpins ont en revanche ravi aux Français les transferts de Marseille à Savone pour les croisières Costa partant de ce port.

Une Charte à Marseille

Signée le 29 janvier, la Charte partenariale pour l’accueil et le stationnement des cars de tourisme a pour objectif de préserver l’attractivité de la ville et le cadre de vie de ses habitants, ainsi que d’accompagner le développement de l’activité des entreprises de transport.

Elle prévoit un accroissement de l’offre de stationnement en centre-ville avec la création de lieux de dépose/reprise sur le Vieux Port et sur le boulevard du Littoral, ainsi que de points de dépose-minute en face des hôtels situés dans le périmètre du Vieux Port.

Avec en complément une aire de stationnement longue durée en périphérie du centre. Des emplacements qui seront indiqués dans tous le supports de communication de la ville dont son site internet.

La municipalité prévoit en outre de développer une application numérique qui donnera en temps réel des informations précises sur la disponibilité des emplacements des cars dans le centre-ville. Côté circulation, la mise en place d’itinéraires pour les cars de tourisme est également annoncée et les véhicules répondant aux normes Euro V et VI. Les autocars hybrides et ceux fonctionnant au GNV pourront emprunter les voies réservées aux autobus. En revanche, pour l’instant, rien de concret au sujet du gros point noir de la ville, l’accès à Notre-Dame de la Garde. Juste l’annonce d’une concertation avec toutes les parties concernées afin d’en définir les modalités.

En contrepartie de toutes ces mesures, la FNTV s’est engagée à ce que les transporteurs utilisent en priorité des cars aux normes Euro V et Euro VI ainsi que des modèles hybrides ou fonctionnant au GNV pour les visites de la ville. De plus, les véhicules les plus polluants se verront progressivement interdire l’accès au centre-ville. Il est par ailleurs prévu de former les conducteurs à l’éco-conduite. Afin d’éviter toute nuisance sonore et atmosphérique, il leur sera demandé de couper le moteur des cars à l’arrêt.

Que visitent les croisiéristes?

Sur la Côte d’Azur, 80 % des excursions ont pour but Monaco avec souvent un arrêt dans les parfumeries d’Eze. De ce fait, Grasse est peu demandée. Cannes, Saint Paul-de-Vence, Antibes, Vallauris, Saint Tropez et le vignoble varois constituent les autres destinations. Les deux dernières sont également visitées depuis Toulon ainsi que Sanary, Aix-en-Provence, Porquerolles et surtout Marseille où le MuCEM a rajouté à l’attractivité de la ville. Sa découverte est également l’une des excursions-phare au départ du port phocéen avec Avignon, Aix-en-Provence, Arles et les Baux-de-Provence.

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