Si le Brésil a le vent en poupe depuis plusieurs années, notamment pour les Français qui sont de plus en plus nombreux à s’y rendre, il n’est pas certain que le tourisme brésilien sorte immédiatement gagnant des Jeux olympiques qui auront lieu à Rio du 5 au 21 août 2016. Certes, les billets d’entrée aux épreuves se vendent bien. Mais, hormis les touristes désireux de s’y rendre, les tour-opérateurs peinent à commercialiser leurs offres pour le pays durant cette période. Et ce, particulièrement auprès des groupes.
Comme à l’accoutumée, quand un événement d’ampleur mondiale se déroule quelque part, les voyagistes, et plus encore les groupistes, prennent leur mal en patience. Au moins pendant la durée des épreuves, s’agissant des Jeux olympiques. Londres avait ainsi perdu au moins 6 % de visiteurs durant l’été 2012, au moment où les sportifs faisaient moisson de médailles. A entendre les tour-opérateurs, Rio 2016 ne faillira pas à cette règle. « Nous n’avons reçu aucune demande pour les jeux », indique la commerciale d’une agence productrice des Yvelines. A 200 jours de l’ouverture des Jeux olympiques, elle ne s’attend pas non plus à un réveil de la demande pour le mois d’août prochain. « C’est difficile de toute façon de caler des groupes sur ces dates-là: l’hébergement est réputé complet et les prix particulièrement élevés ».
Un responsable commercial dans une agence productrice de Blois ne mâche pas ses mots: les JO sont « une catastrophe logistique! ». Il n’y a que « très peu d’hébergements et à 1 000 euros la nuit quand on en trouve, les touristes ne sont pas preneurs! ».
Auprès des groupes, les Jeux olympiques de Rio semblent bien avoir un effet dissuasif. Mais cela reste relatif: les JO se déroulent en effet en août, un mois traditionnellement peu propice aux voyages de cette clientèle. L’impact des Jeux olympiques sur le tourisme de groupe traditionnel est donc, de ce fait, en réalité très minime. Quand des demandes se présentent, le responsable commercial de Blois invite plutôt le client à se tourner vers les tour-opérateurs spécialisés dans ce genre d’événements parce que « pour nous, c’est mission impossible pendant les Jeux olympiques ».
Pour Eventeam en revanche, choisi comme revendeur officiel par le comité national olympique et sportif français, les JO sont actuellement son lot quotidien. « Nous recevons beaucoup de demandes, assure Igor Juzon, président du tour-opérateur spécialisé dans ce type de manifestations d’envergure, tant au niveau de la billetterie que du séjour. ». Le comité d’organisation des Jeux olympiques a prévu de mettre en vente 7,5 millions de billets, dont 70 % sont réservés aux Brésiliens. La France s’est vue allouer un quota de 50 000 places. « Nous en avons déjà vendu 60 % à mi-janvier », indique Igor Juzon.
Pour certaines épreuves, c’est même déjà l’intégralité du quota qui est parti. Il n’y a plus de billets disponibles en France pour un certain nombre de disciplines (beach-volley, BMX, VTT, cyclisme sur route et sur piste, aviron…). Mais il en reste encore pour des épreuves aussi populaires en France que le football, le handball, l’athlétisme ou encore le rugby notamment.
Une bonne part des billets sont partis via les ventes en ligne organisées par sessions. La troisième a été programmée fin janvier-début février, sachant que les billets s’arrachent en quelques heures à peine à chaque session… Et tous les jours bien entendu pour les ventes assurées par Eventeam notamment auprès des agences de voyages et particulièrement des groupistes.
D’après Igor Juzon, les groupes, qui peuvent être de taille plus petite que traditionnellement dans le tourisme de loisirs, représentent à peu près la moitié des ventes. Cette clientèle est constituée par les familles des athlètes, les supporters, les entreprises partenaires des jeux, les clubs, les fédérations… Cela fait du monde! Surtout que « le monde olympique touche un public plus large que celui de la Coupe du monde de football ou d’un championnat par exemple. En raison de la diversité des disciplines retenues par le CIO, davantage de communautés sportives sont intéressées », fait remarquer Igor Juzon.
Pour l’essentiel, les JO drainent un tourisme qu’il faut bâtir sur-mesure, même s’il y a une unité de lieu: toutes les épreuves se déroulent dans la ville élue ou à proximité immédiate.
Compte tenu de l’éloignement de Rio de Janeiro, les ventes de billets s’accompagnent aussi de demandes de séjour. « Nous avons encore des disponibilités, indique le patron d’Eventeam. Pour permettre aux Français d’assister sur place aux Jeux olympiques, nous avons bloqué beaucoup d’aérien et beaucoup de lits », d’autant plus qu’Eventeam est aussi agence officielle pour la Belgique et Monaco.
« Contrairement à Londres en 2012, nous sommes cette fois davantage sollicités sur la destination, avec des demandes qui vont au-delà des seules épreuves olympiques. Les clients veulent aussi des extensions pour découvrir la ville et même le reste du pays », observe Igor Juzon. Eventeam ne se limite donc pas à la billetterie, mais se positionne aussi sur les demandes complexes qui peuvent lui être adressées. La billetterie grand public est plutôt l’apanage de son partenaire dans cette opération, en l’occurrence Voyageurs du Monde. « Sous-agent et partenaire d’Eventeam », comme se présente le tour-opérateur s’agissant des JO de Rio, Voyageurs du Monde s’est emparé avec enthousiasme de cet événement qui lui permet aussi de faire connaître son savoir-faire en matière de voyage sur-mesure et de rappeler sa longue expérience du Brésil, où il « dispose notamment d’une équipe dédiée et d’une conciergerie francophone ». En outre, Voyageurs du Monde était déjà de la partie au moment de la Coupe du monde de football qui s’est tenue au Brésil. Une expérience précieuse, car en matière de sports, une défaite ou une victoire peuvent modifier la donne d’une minute à l’autre. Ce qui exige, de la part des voyagistes, une réactivité… à toute épreuve.