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Paris

Un nouvel écrin pour l’œuvre de Rodin

Bon plan | publié le : 01.02.2016 | Dernière Mise à jour : 01.02.2016

Auteur

  • Catherine Mautalent

Auguste Rodin a retrouvé son musée le 12 novembre dernier. Après trois années consacrées à de lourds travaux, pour un coût de 16 millions d’euros, l’hôtel Biron a rouvert ses portes avec une nouvelle présentation mettant l’accent sur le travail de création du célèbre sculpteur. Visite guidée.

Construit en 1727 dans un parc de trois hectares, l’hôtel Biron est acheté en 1753 par le maréchal… de Biron. En 1788, le duc de Lauzun hérite du domaine de son oncle, avant d’être guillotiné en 1793. L’hôtel sera lors loué à des entrepreneurs de bals publics, puis devient un champ de foire.

Il hébergera la légation pontificale, l’ambassade de Russie avant qu’il ne soit cédé en 1820 à la Société du Sacré-Chœur de Jésus fondée en 1804, vouée à l’éducation des jeunes filles de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie.

En 1905, en application des lois de la Séparation des Eglises et de l’État, l’hôtel est confisqué par le second. Inemployé, il tombe peu à peu en ruine. Avant que l’État ne le rachète en 1911 et le loue en partie à un lycée, mais aussi à quelques célébrités comme Jean Cocteau, Henri Matisse, la danseuse américaine Isadora Duncan… ainsi qu’à Auguste Rodin. Le sculpteur occupe alors plusieurs salons au rez-de-chaussée.

Mais l’État souhaite récupérer les espaces et enjoint les occupants de quitter les lieux. Rodin ne cède pas, car il a depuis quelques temps déjà l’idée de créer un musée dans cet écrin du XVIIIe siècle. Il n’y a pratiquement pas travaillé, toutefois c’est là qu’il modèle son dernier buste, celui d’Etienne Clémentel, ministre du Commerce et de l’Industrie durant la Première Guerre mondiale. L’homme politique qui travaille à quelques pas de l’hôtel Biron où il pose pour le sculpteur, trouve le temps, entre deux dossiers, de soutenir le projet de l’artiste. Il jouera un rôle déterminant dans la création du musée Rodin, qui ouvre ses portes le 4 août 1919. Soit deux ans après la disparition du sculpteur, qui avait dès 1916, donné la totalité de ses collections à l’État.

Un chantier complet de rénovation

L’hôtel Biron, qui n’avait jamais fait l’objet de travaux de fond depuis la fin du XVIIIe siècle, était dans un état préoccupant. Les parquets, en particulier, avaient énormément souffert de la fréquentation des 700 000 visiteurs annuels (le lieu fait partie des dix musées les plus visités de France). La rénovation visant à préserver la construction ancienne s’imposait (tout en adaptant le lieu aux normes d’accessibilité et de sécurité d’aujourd’hui). Ce fut aussi l’occasion d’une refonte complète du parcours muséographique.

Trois ans de lourds travaux ont été nécessaires, entre rénovation de salles, ouvertures de nouveaux espaces de visites, construction d’un ascenseur, création de toilettes… « Le dispositif précédent était composé d’un véritable patchwork qui n’avait rien d’authentique puisqu’il associait des socles et des vitrines du vivant de Rodin, des pastiches modernes ou des meubles reflétant les modes muséographiques des diverses décennies », explique Dominique Brard, architecte de la rénovation. L’éclairage , entièrement en LED à température de couleur changeante, plus économe, a permis un réglage spot par spot. Tout en préservant la lumière extérieure à travers les larges fenêtres de l’hôtel Biron, accentuée par les reflets des miroirs anciens et la vue sur le jardin. Un nouveau mobilier a été créé pour mieux répartir le poids des sculptures, même si une trentaine de sellettes d’époque ont été conservées.

Et innovation majeure: la présentation sur fond blanc a été abandonnée au profit d’un gris taupe, spécialement élaboré pour le musée, et d’un gris vert.

Environ 123 sculptures sont passées entre les mains des restaurateurs, dont plus de 80 plâtres et terres cuites, plus de 100 œuvres des collections personnelles de Rodin et objets de mobilier, mais aussi 50 peintures présentées aujourd’hui tout au long du parcours, dans les salles comme dans la cage d’escalier. Budget total des travaux: 16 millions d’euros, autofinancés par le musée Rodin à hauteur de 51 %, l’État ayant apporté les 49 % restants.

Un parcours muséographique repensé

Le parcours, fluide, proposé aux visiteurs – 18 salles sur deux niveaux, avec plus de 500 œuvres réinstallées – dresse un panorama significatif de l’œuvre de Rodin. De l’émergence d’un sculpteur vers le XXe siècle, en passant par la notoriété, la Porte de l’enfer, l’art du portrait, la gloire, mais aussi Balzac, Hugo… Sans oublier Camille Claudel arrivant discrètement dans la troisième salle consacrée à l’entourage artistique, avant d’occuper une salle entière, qui a vu le jour en 1952 lorsque son frère, Paul, fait don au musée de quatre œuvres. Une présentation chronologique se dévoile aux visiteurs au rez-de-chaussée (après avoir été accueillis par un imposant buste en bronze représentant Rodin datant de 1910), le second niveau permet d’entrer plus en profondeur dans la dimension esthétique ou historique, dans le processus de création. Par ailleurs, deux espaces sont entièrement dédiés à la technique de Rodin. Le sculpteur assemblait souvent différentes parties du corps après les avoir modelées, agrandissait ses œuvres à partir de multiples maquettes préparatoires. Ainsi, pour concevoir sa statue de Balzac, Rodin avait réalisé plusieurs centaines de maquettes dont un plâtre grandeur nature de la robe de chambre du célèbre écrivain! Et les visiteurs s’amuseront aussi à découvrir Balzac en robe de moine, en athlète ou encore en redingote!

Surprenant: l’activité de collectionneur passionné d’antiques qu’était Rodin est aussi évoquée à travers l’exposition de pas moins de 123 pieds, mains et têtes désormais exposés en hauteur, solidement fixés sur les murs dans une nouvelle salle baptisée « Rodin et l’Antique ». L’ensemble étant confronté à une sculpture clé de l’artiste: L’homme qui marche, et fait ainsi écho aux figures de l’Antiquité mutilées par le temps. Autre nouvelle salle: « Rodin à l’hôtel Biron ». Reconstituée d’après des photographies d’époque, elle évoque la présence du sculpteur dans cet hôtel particulier: une pièce meublée de façon hétéroclite où se cotoient caisses de bois brut servant de socles aux bustes, hauts tabourets, petit secrétaire en armoire plaqué d’acajou de style Louis-Philippe, brûle-parfums japonais à même le sol, paravent derrière lequel se dévêtaient les modèles… Au terme du parcours muséographique s’inscrit également la nouvelle « galerie d’arts graphiques » occupant un long couloir. Sorte de « petite exposition » en vitrines de lithographies, de sculptures, de photographies noir et blanc et de manuscrits (lettres écrites par Rodin), témoignant des dernières acquisitions du musée.

Le parcours muséographique est présenté par sections identifiables grâce aux titres des salles apposés sur les murs. Les sculptures bénéficient de cartels qui rendent compte de l’évolution de la matérialité de l’œuvre jusqu’à son développement dans différents matériaux. Par ailleurs sont présentés des films d’animations de quelques minutes, muets. Didactiques, ils sont l’occasion de découvrir, par exemple, la technique de la fonte à la cire perdue et celle de la taille du marbre. Pour les groupes sont proposées des visites guidées d’une heure à une heure trente. Des expositions temporaires viennent compléter le parcours, celle qui débutera au printemps prochain aura pour thème « entre sculpture et photographie ».

Enfin, la découverte du « nouveau » musée Rodin se poursuit à l’extérieur avec tout d’abord le Jardin des Sculptures, rythmé par près de 30 bronzes monumentaux (Les Bourgeois de Calais, Le Penseur, Balzac…). Avant de s’intéresser à la Galerie des Marbres dévoilant une trentaine d’œuvres, certaines non achevées. Le parc, aménagé à partir de 1736 selon des plans classiques du jardin à la française, n’a pour l’instant pas fait l’objet de rénovation, mais elle est inscrite au cœur des projets du musée dans les années à venir.

Pratique

→ Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10h à 17h45, nocturne le mercredi jusqu’à 20h45. Fermeture le 1er mai, le 25 décembre et le 1er janvier.

→ Visite autonome: trois types de tarification selon le nombre de personnes (de 10 à 15, de 16 à 20, puis de 21 à 25) comprenant systématiquement l’obligation de louer des audiophones (30 euros), un droit de réservation (35 euros), le droit d’entrée au musée (7 euros/pers.), le droit d’entrée au Jardin des Sculptures (2 euros/pers.). Sans « droit de parole », les audiophones peuvent ne pas être obligatoires, seuls les droits de réservation et d’entrée s’appliquent.

→ Visites guidées du musée et du jardin (forfaits de 10 à 15 pax, de 10 à 20, de 21 à 25, incluant la conférence, les droits de réservation et d’entrée par personne et les audiophones). Tarifs selon le nombre de pax, soit respectivement: 297 euros, 344 euros et 384 euros.

→ Une gratuité pour un accompagnateur.

→ Les groupes doivent se présenter dix minutes avant le début de l’horaire fixé.

→ Les réservations sont obligatoires et effectuées du lundi au vendredi de 10h à 16h par téléphone, ou par mail (reservation@musee-rodin.fr). Elles peuvent être annulées 15 jours calendaires avant la date fixée.

→ Boutique et café dans le jardin.

→ Tél.: 01 44 18 61 24 (www.musee-rodin.fr)

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