Evénement majeur dans l’univers autocariste en 2015, la loi Macron et la libéralisation des lignes nationales en autocar méritait un débat, animé par Catherine Mautalent, rédactrice en chef adjointe de Tourisme de groupe. Premier constat, tous les publics présents lors de cet atelier ont déjà analysé et mis en perspective les possibles interactions entre le développement de ce nouveau mode de transport et l’activité touristique. Mais, tous ne perçoivent pas en revanche les mêmes enjeux.
En quelques mois seulment, l’autocar s’est clairement fait une place dans le paysage des transports collectifs grâce à la loi Macron. L’essor de ce mode longtemps délaissé est tel, que les chiffres attendus pour 2016 donnent un peu le tournis: 200 liaisons, quelque quatre millions de passagers, et un chiffre d’affaires qui pourrait atteindre 600 millions d’euros. Pour autant, il semble délicat de mesurer clairement l’impact de ce développement sur le tourisme de groupe, en autocar de surcroît. Au fond, à l’écoute des commentaires et réflexions menés lors de la quatrième édition de Tour & Group sur ce sujet, plusieurs pistes se font jour. Avant toute chose, tout le monde s’accorde à considérer que la promotion de ce mode par quelques grands opérateurs (Ouibus pour ne pas le nommer) profitera à tous les acteurs de ce métier. « Même si le premier public de ces autocars est aujourd’hui celui des jeunes recherchant un prix, constate Brice Bonavia d’Iveco Bus, ils sont agréablement surpris de la qualité des prestations qui leur sont proposées. Et il est clair que les véhicules dit Macron seront demain le standard du tourisme en autocar ».
Avec un public toujours plus nombreux capté pendant quelques heures dans un véhicule, peut-on envisager de lui vendre des prestations supplémentaires? Les avis sont partagés. Quelques-uns, comme Eric Collange de CroisiEurope, rappellent avec justesse « qu’il sera sans doute difficile de vendre des prestations complémentaires à une typologie de clientèle qui recherche avant toute chose un prix bas, comme dans l’aérien low cost… » Les exemples étrangers de vente à bord mis en avant (Pays-Bas, Mexique, etc.) ne semblent d’ailleurs guère rencontrer l’assentiment. Un constat tempéré par Maguy Gay Fouchat, du groupe Visual-Transdev, qui explique que son entreprise « exploite diverses lignes thématiques vers des sites culturels avec des packages qui remportent un franc succès, notamment sur le Mont Saint-Michel… » Sans doute faudra-t-il attendre une atténuation de la guerre des prix que se livrent acuellement les cinq opérateurs du marché pour mieux cerner la typologie de la clientèle régulière. D’autant que « ces mêmes clients sont bien conscients que les billets à bas prix ne sont pas pérennes, analyse Franck Le Péculier de Voyager en Car, tandis que les opérateurs savent aussi que d’ici à trois ans, il restera sans doute deux marques sur le marché, guère plus ».
Pour Yves Verdié, « nous pourrions assister à un transfert de clientèle utilisant ce moyen de transport dans le cadre d’un package, ce qui peut considérablement changer la donne pour nous. Il conviendrait donc logiquement d’anticiper cette tendance en packageant justement à partir de ces lignes ». « C’est sans doute vrai, renchérit Philippe Dellas de Pullmans d’Aquitaine, car nous constatons déjà des ventes de billets en liaison avec l’Euro 2016… ».
« L’opportunité que nous avons aujourd’hui, explique Franck Le Péculier, c’est que nous disposons désormais de lignes régulières en autocar, sans nécessité d’allotement. Pour notre part, nous allons créer une plateforme qui permettra de générer une offre de transport avec package individuel. Et ce, en ciblant les GIR ou des familles qui n’ont pas les moyens de prendre le train… » Enfin, pour beaucoup, si le train est déjà « hors course » pour son coût trop élevé, la vraie concurrence se trouve chez Blablacar.
Tous les participants s’accordent enfin sur un constat: la problématique sera clairement technologique, et c’est bien la maîtrise de l’outil internet qui sera au cœur de la réussite. Un aspect du problème confirmé par Alain Bertolami, d’ABC Informatique. « Attention, prévient-il, Google est aujourd’hui en train de réaliser un gigantesque travail avec les agrégateurs du tourisme, et nul ne sait vraiment quelle sera la stratégie de ce géant dans les quelques années à venir. Il faut donc profiter rapidement de ces nouvelles opportunités ». De ce brassage d’idées plutôt productif ressort un élément phare: les agences ont une part de marché à conquérir, car le car ne sera plus longtemps réservé aux seuls groupes, l’individuel sera clairement demain un client potentiel. Encore faudra-t-il que soit réglé le problème des gares routières…