Paris Fermé au public durant plus de six ans pour travaux, le musée de l’Homme a rouvert ses portes le 17 octobre dernier. Tourisme de groupe s’est plongé dans les arcanes de l’institution remise à neuf, métamorphosée et modernisée. Une immersion au cœur de notre évolution.
Qui sommes-nous? D’où venons-nous? Où allons-nous? Qui, à l’heure où le monde évolue et se métamorphose, ne s’est jamais posé ces questions? C’est en tout cas à ces interrogations que répondent les 1 800 objets tirés des collections, 80 écrans, des jeux, des films, des vidéos… du « nouveau » musée de l’Homme. Il a ouvert ses portes le 17 octobre dernier. De l’extérieur, rien a changé. Les façades monumentales de ce bâtiment historique de 1937 sont restées en l’état.
C’est à l’intérieur que tout se passe. Que tout est différent. Les travaux, qui ont duré plus de six ans (pour un coût de 92 millions d’euros), ont complètement métamorphosé l’aile Passy du Palais Chaillot. La verrière de Davioud, datant de 1878 et protégée au titre des Monuments historiques, a été rénovée. Quant aux espaces du musée, ils ont été complètement repensés pour créer à la fois une Galerie de l’Homme de 2 500 m2 et un lieu d’expositions temporaires de 600 m2 où les visiteurs peuvent découvrir (et ce jusqu’au 13 juin 2016) « Chroniques d’une renaissance » (celle du musée). Pièce-maîtresse de cette réouverture: le grand portant de 19 m de long sur 11 m de haut, reliant le niveau 1 au 2. Un rail en aluminium où sont juchés 91 bustes en plâtre et en bronze réalisés au XIXe siècle, représentant la diversité humaine. Lorsque le musée de l’Homme ferme ses portes en 2009, il « accueillait alors 100 000 visiteurs », indique Emeline Parent, responsable des publics et de l’accueil, ajoutant « qu’une partie de ses collections a été transférée au musée du Quai Branly ouvert en 2006, tandis qu’une autre a pris place à Marseille, au MuCEM lors de sa création en 2013 », poursuit-elle. L’objectif du nouveau site parisien est de recevoir d’ici octobre 2016 « pas moins de 500 000 visiteurs », table Emeline Parent.
Au début des années 2000, alors déserté, délaissé et dépassé, personne ne donnait cher du vieux musée de l’Homme créé en 1937 sous l’impulsion de l’ethnologue Paul Rivet. Il avait succédé à l’ancien musée d’ethnographie du Trocadéro, fondé, lui, en 1882.
La première collection du musée est alors formée à partir d’un don de l’explorateur Alphonse Pinart , des objets venus des Amériques et d’Océanie. Puis, avec la création du musée de l’Homme s’ajouteront des collections provenant de cabinets de curiosités, du Cabinet Royal, ou encore du service des missions scientifiques du ministère de l’Instruction publique. Puis celles des expéditions et missions scientifiques menées à travers le monde, les dons, les dépôts de voyageurs, de collectionneurs privés… Jusqu’à sa fermeture, le musée de l’Homme avait pour objectif de réunir en un seul lieu tout ce qui concourrait à situer et à définir l’être humain: l’homme dans sa chaîne évolutive (Préhistoire), l’homme dans son unité et sa variété biologique (anthropologie) et enfin l’homme dans sa diversité culturelle et sociale (éthnologie). « Ces trois fonctions faisaient du musée de l’Homme non seulement un lieu unique en France, mais aussi une référence à travers le monde », souligne Emeline Parent.
Mais, le site parisien a raté le train des rénovations dans les années 80/2000 pendant lesquelles les grands musées français ont fait peau neuve. Devenu obsolète, « c’est en 2003 qu’une commission officielle commanditée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, présidée par un archéologue, propose les grandes lignes d’un programme de rénovation du musée de l’Homme, refondé autour de ses collections de préhistoire et d’anthropologie », raconte Emeline Parent. Ce programme a ensuite fait l’objet d’études muséogra-phiques et scientifiques, avec la mise en place d’un commissariat scientifique et d’un comité d’orientation pour faire renaître de ses cendres le musée. Avec des collections renouvelées à 90 % et l’occasion de redéfinir le parcours comme le discours auprès des visiteurs. Si toutes les disciplines sont convoquées, la Préhistoire et l’anthropologie y tiennent une place de choix pour éclairer les origines de l’humanité.
Trois espaces constituent le parcours du musée: l’exposition permanente appelée « la Galerie de l’Homme » racontant à la fois ce qu’est un être humain , ce qui fait le propre de l’homme, à travers ses proximités comme ses différences avec de nombreuses autres espèces, et son évolution.
Un deuxième espace, situé au niveau 2, « le balcon des sciences » délimité par un élytre de bois clair aux formes aériennes, surplombant l’Atrium (le cœur du musée) et éclairé par la verrière de Davioud, et enfin un lieu dédié aux expositions temporaires (après « Chroniques d’une renaissance » est annoncé pour 2017 « racismes et préjugés », puis en 2018 « Néandertal »). Chacun de ces espaces a été redessiné et agencé, certains créés comme une mezzanine située entre les deux niveaux de la Galerie de l’Homme.
Une Galerie de l’Homme dotée d’une ergonomie sobre, presque dépouillée, dopé par une lumière naturelle tonique, sur un parcours savamment dosé entre expositions au format traditionnel et installations multimédias, vidéos diffusées sur écrans géants, photographies, documents audiovisuels et écrits sur tablettes. Le tout organisé de façon à la fois pédagogique et ludique. On ne vient pas seulement pour regarder, on vient aussi pour toucher, écouter et comprendre. Il est même possible de serrer la main à un chimpanzé, à un homme de Néandertal ou à un homo sapiens, se faire filmer sous les traits d’un Néandertalien, sentir l’odeur d’un feu préhistorique, monter dans un « car rapide » de Dakar pour voir défiler les paysages, entrer dans une yourte mongole, humer des préparations à base de riz des quatre coins du monde…
Les visiteurs circulent de vitrines verticales en alcoves plongées dans la pénombre (une abrite les ossements de la dame de Cavillon et son crâne orné de coquillages, une autre renferme 35 cires anatomiques dont un écorché). Et un trésor à découvrir après des décennies passées à l’abri des regards du public: le crâne original de Cro-Magnon découvert en 1868. Le squelette de Lucy, lui, n’a pas manqué ce nouveau rendez-vous.
Le parti pris est parfois plus esthétique que scientifique comme dans cette vitrine murale où le crâne de Descartes (mort en 1650) en conversation avec le squelette du chimpanzé disséqué par Buffon (vers 1740) sont rejoints par une peinture arborigène, un cabinet chinois, une chaise tutélaire de Papouasie-Nouvelle-Guinée et un masque lipiko de Tanzanie! Autre choix délibéré: celui de montrer peu de squelettes, ni même de crânes.
Trois grandes vitrines murales rassemblent une centaine d’objets autour de différents thèmes: « le corps entre nature et culture » (ce qui fait un corps humain), « 1001 une façons de penser le monde » et les liens entre nous et les autres (plantes, animaux, esprits) et « moi, nous les autres: identités multiples et emboîtées » (genre, groupe, religion). Dix de nos organes illustrent la fabrique morphologique du corps humain aux côtés de 20 vrais cerveaux d’animaux et un d’homme présentés dans des bocaux. Tandis que la diversité humaine est matérialisée par nombre de bustes faits de plâtres et de bronzes. L’homme étudié, mesuré et esthétisé pour répondre à la première question qui sommes-nous?
Le deuxième temps du parcours, lui, – d’où venons-nous? – raconte à partir de traces fragmentaires du passé l’histoire du buissonnement des lignées humaines jusqu’au bouleversement néolithique. Ici la muséographie se déploie en trois parties: la présentation des différentes espèces humaines, une « salle aux trésors » où sont exposées des pièces rares (la Vénus de Lespugue sculptée il y a 20 000 ans, le mammouth de la Madeleine gravé il y a plus de 12 000 ans, le propulseur aux bouquetins, arme de jet datant de 14 000 avant J.C. ou encore le bâton percé de Montgaudier en bois de renne découvert en 1867) avant de retrouver Homo Sapiens. Quatre grands plateaux blancs rythment la temporalité du parcours et les représentants de la lignée humaine sont scénarisés debout sur ces esplanades: les moulages de crânes sont montés sur des supports métalliques et leurs silhouettes reproduites au sol. Sans oublier un site de fouille reconstitué, deux salles abritant des fossiles humains originaux, une immense vitrine (12 m de long) reconstituant l’environnement européen du paléolithique avec des animaux naturalisés grandeur nature…
Où allons-nous? clôt le parcours. Pour s’interroger sur l’avenir de l’espèce humaine et de la planète. Sur le futur de l’homme et des sociétés humaines dans le cadre du monde globalisé qui est le nôtre. Une première pour le musée de l’Homme. L’occasion de réfléchir à la notion de progrès, de mesurer l’impact de l’homme sur la planète ou encore d’aborder les enjeux éthiques et ceux de la société. Ouvrant des pistes sur l’avenir que nous nous forgeons.
Arménie
Les manuscrits et enluminures réunies au Matenadaran valent à eux seuls une visite en Arménie, mais Erevan a plus d’une surprise dans son offre touristique, comme la galerie d’art contemporain Cafesjian construite en cascade.
Croatie
La Croatie balnéaire est déjà bien connue, mais les touristes trouvent dans l’arrière-pays, à Zagreb, capitale parfaite pour des city-breaks, et dans le Zagorje, au nord du pays, des trésors comme le très réussi musée Néandertal, la ville baroque de Varazdin ou encore des paysages qui ont inspiré l’art naïf.
Gannat
Paléopolis, la colline aux dinosaures, a ouvert ses portes en mars 2013 à Gannat, non loin de Vichy. Le site propose un zoom sur l’histoire de la vie sur terre, son évolution, par le biais de la paléontologie. Un voyage dans le temps qui commence il y a quatre milliards d’années…
– Ouvert tous les jours sauf le mardi, le 1er janvier, le 1er mai et le 25 décembre, de 10h à 18h, nocturne le mercredi jusqu’à 21h.
– Accueil spécifique pour les groupes (vestiaire gratuit). Réservation obligatoire au moins un mois à l’avance. Le groupe peut venir avec son propre guide.
– Tarifs appliqués sur la base de 25 pax: 8 euros/adulte et 8 euros/enfant à partir de 13 ans.
– Visite guidée (1h30 – présentation des collections): 170 euros (entrée comprise). Des visites thématiques devraient être mises en place à partir de 2017.
– Restauration sur place: Le Café de l’Homme (212 couverts en intérieur, 112 en terrasse et 12 en mezzanine. La cuisine est inspirée des cinq continents, plutôt haut de gamme (01 44 05 30 16); cafétéria (pas de réservation).
– Dépose-minute devant l’entrée du musée.
– Contact au 01 44 05 72 72 (