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Journées des Entrepreneurs du voyage: « rester positifs »

A la Une | publié le : 01.12.2015 | Dernière Mise à jour : 01.12.2015

Auteur

  • Catherine Mautalent

Congrès Les Journées des Entrepreneurs du Voyage se sont tenues du 16 au 18 novembre derniers à Marseille. Quarante huit heures auparavant, des attentats étaient perpétrés à Paris. Le Snav, en concertation avec le Seto, Level.com et l’APST, ont maintenu la manifestation, et plus de 400 inscrits étaient au rendez-vous. Le programme fut dense, riche, s’ouvrant dans une ambiance solennelle mais empreinte d’union sacrée. Il fallait se réunir pour résister.

13 novembre 2015. Un vendredi. Paris vient de vivre son 11-septembre. L’État d’urgence est décrété… C’est dans ce contexte particulier que s’ouvraient trois jours plus tard les Premières Journées des Entrepreneurs du Voyage organisées par le Snav, à Marseille. Plus de 400 personnes étaient au rendez-vous fixé par le Snav dans le cadre du Palais du Pharo. Des participants « qui sont autant de témoignages de résistances à ces événements tragiques », souligne Lucien Salemi, Président du Snav Méditerranée, qui a eu la charge d’ouvrir ses journées, avant de laisser place au recueillement en demandant une minute de silence. “Nous avons choisi de maintenir l’événement, de ne pas nous laisser gagner par l’effroi, car ensemble, nous serons beaucoup plus forts. Même si nous avons tous conscience ici qu’une fois encore notre secteur va être impacté, que l’économie du tourisme va être bousculée par cette nouvelle donne”.

« Voyager, c’est résister », renchérit pour sa part René-Marc Chikli, Président du Seto, avant de laisser la parole au Président du Snav, Jean-Pierre Mas: “Le monde des agences de voyages vit des bouleversements considérables. Il doit faire face à internet, au développement de l’économie collaborative où ce n’est plus la propriété du produit qui crée la valeur mais l’usage, à la crise depuis 2008 et au terrorisme”. Un terrorisme auquel “nous sommes très sensibles quand il se passe près de chez nous, mais il ne s’agit que d’une mauvaise petite musique de fond. Le terrorisme fait partie de notre environnement comme les accidents de voiture, mais ce n’est pas une raison pour nous soumettre… Nous exécrons la bêtise, la haine, l’intolérance, la barbarie… Nous avons des valeurs d’échanges et de vivre ensemble, notre réponse, c’est d’être tous là”. Avant de faire vœu “d’un esprit de fraternité et d’égalité pour venir sublimer les travaux de ces journées. La réponse de notre communauté aux barbares est simple: vive la liberté! ».

Une ouverture des Journées des Entrepreneurs du Voyage dans un climat de recueillement, solennel. Avec un programme initial pour ces rencontres professionnelles qui a été maintenu, sauf les animations prévues dans le cadre de la soirée au Vélodrome de Marseille. Ces Journées ont, fort logiquement, mis l’accent sur le quotidien des professionnels du tourisme au travers de débats (voyages d’affaires, voyageurs, économie et marketing ou encore produits, métiers et destinations), d’expériences, de regards sur le secteur, aux côtés de la tenue de 15 ateliers de travail autour de l’assurance, de la TVA, de la garantie financière, de la convention collective, du commerce illégal, etc.

SNCF et Air France, bilan et projets

Passées les différentes interventions en guise d’ouverture de ces journées, ce fut au tour de Fabien Soulet, directeur des ventes agences et entreprises de la SNCF depuis novembre dernier, d’occuper la scène. Il venait remplacer à la dernière-minute Rachel Picard, directrice générale de Voyages SNCF, retenue à Paris suite à l’accident du TGV intervenu le samedi 14 novembre en Alsace. Rappelant que « la sécurité est au cœur de l’ADN de la SNCF », il a aussitôt souhaité évoquer les bons résultats enregistrés par l’entreprise via les agences de voyages: +4 % à fin octobre 2015. « Aussi bien que via le canal internet en interne », précise-t-il, soulignant par ailleurs que le baromètre Snav/SNCF révélait que « le taux de satisfaction des agences de voyages s’établissait à 95 % ». En hausse de trois points. « Les ventes en agences qui représentaient 900 millions d’euros en 2005/2006 sont passées aujourd’hui à 1,3 milliard d’euros », poursuit-il. La nouvelle convention signée entre le Snav et la SNCF entrera en vigueur au 1er janvier 2016, reprenant dans ses grandes lignes le modèle déjà instauré, « mais, nous avons désormais pris en compte la valeur de conseil de l’agence de voyages comme la mise en place d’un système de sur-commissionnement sur les ventes en Première classe », ajoute Fabien Soulet. Sur un plan général, le nouveau directeur des ventes agences et entreprises de la SNCF rappelait que « l’offre SNCF avait évolué », prenant en exemple le développement des autocars longue distance OuiBus. Avec pour objectif de réaliser quatre millions de voyages en 2016, sept millions en 2018… Sans oublier la nouvelle offre « groupes » appliquée à partir de dix pax et disponible depuis septembre dernier. « Un marché au potentiel énorme mais qui n’était pas suffisamment développé chez nous », reconnaît-il. Les demandes s’effectuent en ligne avec un prix garanti durant 15 jours, et « en marque blanche, les agences de voyages peuvent également proposer cette offre à leurs clients », ajoute Fabien Soulet.

A ce jour, plus de 90 % des trains sur plus de 200 destinations sont concernés par cette offre. Enfin, côté projets, Fabien Soulet indique que 800 km de lignes nouvelles à grande vitesse en France seront développées en 2016 et 2017. Et pas moins de 14 000 km à l’horizon 2025, international compris.

Ce fut ensuite au tour de Frédéric Gagey, Pdg d’Air France, de prendre le relais. « Nous nous attachons à faire évoluer la compagnie nationale depuis maintenant quatre à cinq ans », dit-il d’emblée, face aux nombreux changements intervenus dans le secteur aérien (développement des low cost, Open Sky, arrivée de compagnies issues de pays émergents…). « L’aérien en Europe est un secteur mature, mais c’est un marché qui n’est pas consolidé et qui reste extrêmement fragmenté », poursuit-il, glissant par ailleurs l’impact des compagnies du Golfe « qui n’appliquent pas les règles européennes »… En attendant, pour Air France, l’heure est bel et bien à la restructuration, martèle Frédéric Gagey, en appuyant son propos par un rappel des différentes actions déjà menées sur le long-courrier, les cabines, les grilles tarifaires, le marché domestique, la « nouvelle » Transavia…, dont le Pdg a confirmé qu’elle « n’entrerait pas dans les accords que le Snav a passé avec Air France ». Avant d’annoncer un chiffre encourageant: « plus de 300 millions de marges opérationnelles d’ici la fin de cette année 2015 ». Les chiffres du troisième trimestre ont d’ailleurs confirmé cette progression. « Il faut poursuivre cette transformation en profondeur, poursuivre également le développement des partenariats, en Chine notamment, à travers par exemple des joints-venture, poursuivre sur ce qui a été lancé avec l’idée de croître… dans le dialogue et le compromis », conclut-il, après avoir rappelé toute l’importance des réseaux pour la compagnie puisque « pas moins de trois milliards d’euros passent chaque année par les mains des agences de voyages ».

Voyages d’affaires: mettre en avant l’expertise de la distribution

Le voyage d’affaires, Jean-Pierre Mas en avait fait une priorité lors de ces journées, un segment qui a longtemps été le parent pauvre des congrès du Snav. C’est à Charles Petruccelli (qui a quitté ses fonctions en 2011 de chez American Express Voyages d’affaires) d’ouvrir les débats. « Le secteur du voyage d’affaires est aujourd’hui touché par la conjoncture, après avoir subi la fin des commissions des compagnies aériennes, l’avènement du on-line et l’apport du modèle low cost, énumère-t-il. Aujourd’hui, nous entrons dans une troisième « révolution » portée par le mobile. Nous n’en sommes qu’au début, mais il vient remettre en cause notre business ».

Selon lui, la distribution traditionnelle est sur le « point d’exploser », tous les acteurs voulant s’approprier le contenu pour travailler en direct le client. D’où la nécessité de mettre en avant l’expertise de la distribution, par la maîtrise de la relation confiance avec le client. Et des opportunités à l’exemple « de la nécessité de travailler plus encore le secteur des PME/PMI, jusqu’ici quelque peu délaissé ». Pour Bertrand Mabille, vice-président France et Méditerranée de Carlson Wagonlit Travel, « il faut retrouver des capacités de différenciation pour s’imposer, et dans ce sens, les nouvelles technologies sont en mesure de nous aider ». Car comme dans tous les autres secteurs du voyage, le segment affaires semblent rencontrer les mêmes difficultés: celles à faire comprendre et payer sa valeur ajoutée à son juste prix ou encore celles de s’adapter aux évolutions rapides des comportements des clients.

Haro sur Lufthansa

Alors que le second débat annoncé dans le cadre du voyage d’affaires portait sur « la chaîne transporteurs-GDS – agents de voyages », il s’est finalement focalisé sur la décision de la compagnie aérienne Lufthansa d’appliquer une surcharge de 16 euros à toutes les réservations opérées à travers les GDS (elle est entrée en vigueur en septembre dernier). Et cela, sans la moindre concertation. Il a donc fallu bien du courage à Steffen Weinstok, directeur général France de la compagnie allemande pour venir défendre la position de Lufthansa. Une position qui « ne fera l’objet d’aucune marche arrière », a d’ailleurs confirmé le directeur général, tout en précisant que cette décision a été motivée par le fait que les GDS ne permettent pas aux compagnies du groupe de se mettre suffisamment bien en avant, de marquer leurs différences. Affirmant que la compagnie « n’était pas en guerre contre les agences de voyages », Steffen Weinstock estime qu’il y a « nécessité à s’adapter face à des concurrents qui se développent à grande vitesse hors des GDS ». De plus, il estime que la valeur des GDS « profite plus aux clients qu’aux compagnies aériennes ». Georges Rudas, le Pdg d’Amadeus, qui sans surprise ne cautionne pas la démarche de Lufthansa, se devait de réagir. D’abord en marquant son étonnement face à ces critiques dirigées contre son entreprise, qui « fonctionne à merveille depuis maintenant vingt sept ans », glissant qu’aujourd’hui, ce sont plus de 600 compagnies accessibles sur les GDS. « Nous travaillons pour que les agences puissent accéder au contenu de manière neutre. Les GDS suivent un code de bonne conduite et n’affichent pas en premier celui qui paie le plus », poursuit-il.

De son côté, Jean-Pierre Lorrente, directeur de Selectour Afat Bleu Voyages, ne cachait pas sa colère. Il a stoppé net toutes les actions de communication et toutes les opérations commerciales avec Lufthansa. « Ce ne sont pas les 16 euros qui me gênent, c’est le principe. Cette surcharge a été décidée de façon unilatérale ». Steffen Weinstock est resté vague sur les ventes réalisées depuis début septembre, dévoilant seulement que « l’impact des grèves qui ont touché Lufthansa ces derniers temps avait été important ».

Reste que si le Président du Snav, Jean-Pierre Mas, s’est refusé à donner des consignes de boycott de Lufthansa à ses adhérents, le syndicat et l’Ectaa ont entamé différentes actions en justice contre la compagnie allemande au niveau européen.

Quels voyageurs demain?

En 2030, il y aura un milliard d’humains en plus…Deux fois plus de passagers par an en 2030 selon l’Organisation mondiale du tourisme, des arrivées de touristes internationaux augmentant de 3,3 % par an jusqu’en 2030… pour atteindre 1,8 milliard d’arrivées toujours d’ici 2030. Quelques chiffres que souhaitait poser Georges Rudas, Pdg d’Amadeus, en guide d’introduction d’une présentation sur l’évolution des comportements des voyageurs au cours des prochaines années. « En 2007, Amadeus pilotait une étude prospective sur les principaux groupes de consommateurs amenés à voyager dans les années 2020, indique-t-il. Cette étude distinguait quatre groupes démographiques significatifs ou tribus. Huit ans plus tard, nous avons souhaité revisité ces tribus à l’horizon 2030 ». De quatre à l’origine, elles sont passées à six: « les voyageurs par obligation » (avec des contraintes de temps et de budget), « les voyageurs éthiques » (des voyages planifiés en fonction de considérations morales), « les puristes de la culture » (des vacances considérées comme une opportunité d’immersion), « les voyageurs privilégiant la simplicité » (ils favoriseront les offres groupées pour éviter de devoir gérer trop de détails eux-mêmes), « les voyageurs récompense » (recherche du luxe et d’exclusivité, expérience hors pair « qu’il faut avoir vécue ») et enfin « les chercheurs du capital social » qui structureront leurs vacances quasi-exclusivement en pensant à leur audience en ligne. « Les acteurs du voyage devront proposer une expérience de voyage unique à leurs clients, conclut Georges Rudas, et les différents services offerts seront indéniablement impactés par les progrès technologiques dans le monde de l’intelligence artificielle, la robotique, l’impression 3D et la réalité virtuelle ».

Ce que souhaitent les compagnies de croisières

En parallèle à la 15e édition du salon Top Cruise qui se tenait le 18 novembre à Marseille, les Journées des Entrepreneurs du voyage faisaient au même moment un focus sur la croisière. « Entre 2008 et 2015, le marché de la croisière a bondi de 91 % en France, annonce d’emblée Georges Azouze, Pdg de Costa Croisières France, qui ne cachait pas son optimisme pour l’avenir du secteur. L’Hexagone représente aujourd’hui le quatrième marché sur le secteur ». Mais, un marché « qui n’est pas encore mature », ajoute cependant Antoine Lacarrière, directeur général de Croisières de France. Le secteur a donc encore de belles perspectives de développement d’autant que « la croisière est un produit diversifié qui s’adresse à un large panel de clients », renchérit Lucien Salemi, Président du Snav Méditerranée.

A Marseille, par exemple, le port accueillait 30 000 pax il y a dix huit ans , ce chiffre est aujourd’hui d’un million. Et la perspective est ambitieuse: deux millions en 2020! Sur les cinq prochaines années, ce ne sont pas moins de 55 bateaux qui seront construits. Mais, pour développer le potentiel du marché français, les compagnies comptent bien s’appuyer sur les agences de voyages. Aujourd’hui, selon Antoine Lacarrière, « la moitié des distributeurs vendent régulièrement de la croisière ». Et Lucien Salemi de rappeler que la rémunération sur la vente s’établit entre 13 et 17 %. « La distribution a la capacité d’accompagner le développement du secteur », estime Georges Azouze. Un point de vue partagé par Erminio Eschena, directeur général de MSC Croisières pour la France et le Bénélux. « L’engagement de l’industrie de la croisière peut en effet être fait en appui avec les agences de voyages », en faisant référence à l’enseigne « MSC Passeport », matérialisant le partenariat entre la compagnie et l’agence, qui sans imposer un objectif de vente, trouve son intérêt pour le distributeur sous la formule « plus on vend, plus on gagne! ». A ce jour, ce sont plus de 200 agences qui sont labellisées « MSC Croisières ». Et pour renforcer ce partenariat compagnie/agence, Costa Croisières vient de lancer un projet « pilote » sur un mois (jusqu’au 18 décembre prochain) en proposant aux agents de voyages à pré-vendre des forfaits excursions en bénéficiant d’une sur-commission de 10 %. L’offre porte sur les croisières déjà réservées ou en option, à travers 149 départs sur huit itinéraires en Méditerranée et aux Emirats, entre novembre 2015 et mai 2016.

Distributeurs/producteurs: comment ça va?

Les producteurs distribuent. Les distributeurs produisent. C’est un fait… Mais, comment vont évoluer les rapports entre eux? Didier Munin, Pdg du réseau Boiloris, donne le ton: « La plus forte concurrence n’est pas dans la relation entre distributeurs et producteurs, elle se situe d’abord dans la désintermédiation ». Cependant, « il est vrai que le tour-opérateur a la volonté de maîtriser une distribution contrôlée, poursuit Pascal de Izaguirre, Président de TUI France. C’est jouer la proximité avec le client, maîtriser l’image de marque aussi ». Nicolas Delord, Pdg de Thomas Cook France parle plutôt, lui, d’une « distribution semi-contrôlée », estimant qu’il est nécessaire d’avoir l’appui de distributeurs. Pour le Pdg, l’objectif de croissance du réseau ne peut se faire sans passer par la distribution. Par ailleurs, certains estiment que l’ouverture de boutiques en propre n’est pas toujours le meilleur choix pour les tour-opérateurs. Même si cela leur permet de mieux maîtriser les coûts et surtout le fichier client. Didier Munin a eu l’occasion de voir s’installer près de ses agences des tour-opérateurs: « ils m’ont pris des clients, affaibli mon chiffre d’affaires, pour finalement disparaître au bout de trois à quatre ans car cela coûte très cher d’ouvrir une boutique physique ». Et d’évoquer l’idée d’une mutualisation des moyens, tant sur le plan des équipes que des bureaux. En attendant, tous les intervenants de cette table-ronde reconnaissaient que les relations entre producteurs et distributeurs étaient principalement d’ordre contractuelles. « Le taux de commission reste le cœur des discussions », dit ainsi Pascal de Izaguirre, avant d’ajouter: « on pourrait plutôt davantage s’intéresser ensemble aux clients, mieux les servir, mieux les capter pour lutter contre la désintermédiation ». Et selon lui, il n’est pas trop tard pour changer. « Le client n’appartient à personne et doit être connu de tous », ajoute Patrice Caradec, Pdg du groupe Transat France.

De cette relation contractuelle et de ce taux de commission mis en avant, le débat a basculé sur la question des commissions sur les prix TTC. Pour Pascal de Izaguirre, « c’est un saut dans l’inconnu pour les tour-opérateurs, sans garde-fou. Que se passe-t-il quand on n’a pas de prise sur les taxes? Quelle garantie a-t-on sur les parts de marché ». Pour Nicolas Delors, « cette commission est un peu inepte à première vue car certaines taxes sont à reverser. Nous ne faisons que les collecter. Certes, le vendeur doit avoir de la visibilité sur sa rémunération, mais ce n’est pas toujours facile à faire techniquement ». Tandis que Patrice Caradec y voit « le risque d’accélérer la désintermédiation ». Et ça, on l’a bien compris lors de ce débat où producteurs et distributeurs sont prêts à trouver les solutions pour lutter contre elle.

Faut-il voyager dans les pays à risque?

Le dernier débat qui venait clôturer les Journées des Entrepreneurs du Voyage avait pour thème « voyager en pays musulman ». Mais, après les attentats de Paris et de Saint-Denis, il ne s’agissait plus de s’intéresser qu’aux pays musulmans, mais de reformuler le sujet par une question: « faut-il voyager dans les pays à risque ». « Les Français ne sont pas sensibles, c’est l’exposition médiatique qui les rendent plus sensibles », estime Jean-Pierre Mas. « Ils ne sont pas plus peureux que d’autres peuples », renchérit Mohamed Ali Chihi, Ambassadeur de Tunisie en France. Jean-François Rial, patron du groupe Voyageurs du Monde, distingue trois profils de clients: « ceux qui ne veulent pas se rendre dans le pays et qui ne changeront pas d’avis, ceux qui voudront partir quel que soit le contexte et ceux qui hésitent. Et ce sont ces derniers clients qu’il faut encourager, informer et rassurer ». D’autant, insiste-t-il, que « si le ministère des Affaires étrangères ne déconseille pas un pays, l’agence de voyages ne risque rien. En tant que professionnels du voyage, il est de notre devoir de convaincre ceux qui hésitent ». « La peur est fondamentalement irrationnelle, poursuit Jean-Pierre Mas. Pour lutter contre elle, il faut créer le désir, et c’est aux intermédiaires de conseiller, de rassurer. Nous ne sommes pas des maîtres à penser pour nos clients. Notre job, c’est de les inciter à voyager ». Tout en soulignant parallèlement qu’il ne faut pas abandonner les grands pays touristiques comme l’Egypte et la Tunisie. « En n’y allant plus, on paupérise les populations. Cette paupérisation est le meilleur terreau pour les idées néfastes des intégristes musulmans ». Mais, Jean-François a mis en doute la volonté des agents de voyages à convaincre les hésitants. Et s’en explique: « Les chiffres du Seto ont montré une chute de 90 % des ventes sur l’Egypte. Chez Voyageurs du Monde, nos ventes n’ont baissé que de 75 %. Ces 20 points d’écart, je les explique par le travail de rassurance que j’ai fait auprès de nos propres vendeurs, en les persuadant que le tourisme lutte contre les dictatures, y compris religieuses ». Et parce que le patron de Voyageurs du Monde reste peu convaincu du rôle réel de persuasion des agents de voyages, il a proposé de « prendre 100 personnes désireuses de se rendre en Tunisie et en Egypte » pour regarder « combien vont réserver dans une agence ». Un défi que Jean-Pierre Mas a accepté.

En clôture de ces Journées des Entrepreneurs du Voyage, Lucien Salemi, a de nouveau souligné « qu’en dépit des circonstances douloureuses, il n’a pas été question de se replier en maintenant ces rencontres. Nous avons supprimé les festivités et gardé l’essentiel ». De son côté, Jean-Pierre Mas rapportait « la grande satisfaction partagée par l’ensemble des intervenants et des participants, qui a réuni aussi bien des petites que des grandes entreprises, des adhérents comme des non adhérents ». La prochaine édition des Journées des Entrepreneurs du Voyage se déroulera au Sri Lanka, du 30 octobre au 3 novembre 2016.

Un « nouveau » Snav en 2016

En marge des Journées des Entrepreneurs du Voyage, Jean-Pierre Mas, Président du Snav, a annoncé une « refonte en profondeur » de l’institution. Tant sur le fond que dans la forme. Avec tout d’abord un changement de nom: « l’idée des entrepreneurs du voyage pourrait constituer une piste, dit-il. Je veux changer la terminologie d’agent de voyages que je trouve exécrable et qui ne correspond plus au métier que l’on fait, recouvrant toute la famille des immatriculés ». Au-delà du changement de nom, il est aussi question de donner plus de place au voyage d’affaires, au réceptif en France (à savoir: Rn2D s’installera dans les locaux de l’APST et du Snav en 2016) et aux loisirs, un troisième pôle qui pourrait rassembler producteurs et distributeurs.

Un chantier qui sera mené parallèlement à un autre: celui de la création de la confédération des acteurs du tourisme, qui selon René-Marc Chikli, Président du Seto, est « déjà bien en marche ».

Ils ont dit…

“Notre profession devrait se réjouir de pouvoir disposer de la garantie financière. C’est un formidable argument de vente. Elle ne doit plus être considérée comme une contrainte, mais une valorisation de notre métier. Notre association représentera les 4/5e du marché à fin 2016, alors que l’an passé, des oiseaux de mauvais augure nous prédisaient une véritable hémorragie de nos adhérents”.

Raoul Nabet Président de l’APST

“Le digital n’est qu’un moyen comme le fut le téléphone fixe, l’électricité et le courrier jadis. Si nous restons concentrés sur le client, sur ses attentes, nous saurons saisir nos chances et transformer nos défis en actions porteuses de réussite”.

Frédéric Vanhoutte, Président de Level.com.

“Notre concurrent, c’est la désintermédiation. Il va falloir réinventer nos métiers. Pourquoi ne pas imaginer de nouveaux modèles économiques”?

René-Marc Chikli Président du Seto

Commerce illégal

« Débusquer les braconniers »! Jean-Marc Rozé, secrétaire général du Snav et Maître Tarragano animaient cet atelier portant sur le « commerce illégal ». Après avoir rappelé que le syndicat a mis à la disposition des adhérents un kit destiné à décoder les pratiques illégales et non déontologiques, Jean-Marc Rozé relève qu’une « centaine de dossiers sont traités et ce, que ce soit dans la distribution, la production ou la billetterie ». Et, c’est plutôt une bonne nouvelle: « des dossiers qui aboutissent généralement à l’arrêt d’une activité… illégale ». Pour ce faire, plusieurs actions sont mises en œuvre: une mise en demeure, suivie d’une plainte simple ou d’une citation directe (saisine directe du tribunal correctionnel à condition « que la réalité de l’infraction soit établie », précise Maître Tarragano). Le Snav intervient en tant que partie civile. « L’objectif est de montrer la dangerosité des faits s’ils perdurent, poursuit Maître Tarragano. Il faut faire constater la persistance de l’infraction ». Attirer l’attention sur la dangerosité, c’est la voie choisie et privilégiée par le Snav dans toute action en justice.

Autres moyens utilisés: la saisine du Préfet en cas de tourisme illégal qui conduira à la fermeture pendant six mois, et la saisine de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Mais, « il ne suffit pas de dire qu’il y a infraction, il faut absolument en apporter les preuves », martèle Jean-Marc Rozé.

Another Train

Paris

Un petit train touristique dans la capitale qui sort des sentiers battus, là où se cachent au gré de petites rues, certaines encore pavées, un Paris plus confidentiel, plus intime… Bienvenus à bord du petit train bleu Another Paris, qui a fait ses premiers tours de roues en décembre 2012. Cinq circuits thématiques sont proposés.

Garantie financière

Michel Messager, Président fondateur de l’Association française des Seniors du Tourisme et Emmanuel Toromanof, secrétaire général de l’APST, ont animé un atelier intitulé « garantie financière, ce qui change ».

Et ce, en rappelant les grandes lignes de son « histoire » depuis ses débuts jusqu’à ces derniers développements, et en l’occurence au 2 septembre 2015 avec la parution d’un décret « instaurant une garantie de la totalité des fonds déposés par les clients auprès des agents et opérateurs de voyages, en conformité avec le droit de l’Union européenne », rappelle Emmanuel Toromanof. La nouvelle réglementation a été appliquée le 1er octobre dernier pour les garanties financières souscrites ou renouvelées à partir de cette date, au plus tard au 1er janvier 2016 pour les autres garanties financières.

« Le passage à l’obligation de garantir la totalité des fonds déposés entraîne de fait la disparition du montant minimum de la garantie financière », ajoute Michel Messager. Exit donc les 200 000 euros de garantie minimum pour tout le monde! En d’autres termes, cela signifie que « chaque garant – quel qu’il soit – est désormais libre de mettre en place ses propres modes de calcul », poursuit Emmanuel Toromanof. Chaque garant va calculer son propre risque, l’APST maintenant les contre-garanties. Mais, sur quels critères s’effectuent ces calculs? « Nous avons défini un scoring en interne qui nous sert de mode de calcul », explique le secrétaire général de l’APST, qui – malgré la demande des participants quant a en connaître le détail – a clairement fait savoir « qu’il s’agissait d’un document interne donc pas diffusable ».

C’est dit. Cependant, comme la garantie est désormais illimitée, l’APST calculera le montant des cotisations sur le volume d’affaires annuel des adhérents. Emmanuel Toromanof: « sur la distribution, il sera appliqué un taux de 0,14 %, sur la production, il s’établira à 0,18 %, sur les prestations diverses (locations de voitures, hôtels, assurances, ndlr), il sera de 0,05 %.

Par ailleurs, dans le but d’intégrer le risque représenté par l’activité groupes, la part qu’elle représente dans la production des adhérents sera majorée de 0,08 % ».

En 2016, l’enveloppe globale des cotisations sera équivalente à celle de 2015 (autour de 12 millions d’euros pour environ 3 000 entreprises). Dernier chiffre: de janvier à septembre 2015, l’APST a fait partir 12 000 clients.

La route de la côte sauvage

Irlande

L’ouest de l’Irlande propose la rudesse de ses paysages et la chaleur de ses habitants, des collines râpées du Connemara à l’austère Kerry en passant par les falaises de Moher. Galway, Sligo ou encore Killarney transmettent leur énergie et leur joie de vivre aux visiteurs de passage, et pas seulement dans les pubs.

TVA

« Comprendre la fiscalité des agences de voyages et la TVA », l’atelier animé par Thierry Vialaneix se faisait fort d’en expliquer, et surtout d’en rappeler ,tous les rouages.

D’abord en posant le décor: les agences de voyages sont soumises au régime spécifique dit à la marge. « Il s’applique aux opérations réalisées par les agences de voyages agissant en qualité d’intermédiaire entre le fournisseur et le voyageur, quelle que soit la qualité de l’acheteur du voyage, qu’il soit un particulier ou une entreprise, précise Thierry Vialaneix. Autrement, il s’applique en btoc et en btob, mais pas aux exploitants comme les hôteliers et les transporteurs qui font de la vente directe ». Pour être soumis au régime de la marge, il faut tout simplement vendre un voyage! Un forfait qui comprend, par exemple, une chambre d’hôtel et un moyen de transport (en fait, dès que l’on associe deux prestations). « Les agences de voyages sont soumises à la TVA sur marge dans le pays où elles sont établies, poursuit Thierry Vialaneix. Ne sont donc pas concernées les agences de voyages dont le siège est situé hors de l’Union européenne ». Pour le régime spécifique de la marge, le taux de TVA est toujours de 20 %. Dans le droit commun, il varie en fonction de la prestation achetée. « Les agences de voyages ne sont pas tenues de faire apparaître sur leur facture le montant de la TVA, ce qui leur permet d’éviter que leurs clients aient connaissance de leur marge, indique Thierry Vialaneix. En btob, elles ont cependant l’obligation d’émettre une facture. En btoc, une note comprenant les coordonnées de l’agence, celles du client, le montant TTC suffit ». L’agence doit calculer la TVA sur sa marge opération par opération, puis déposer une déclaration de TVA chaque mois, à une date précise, auprès de son centre des impôts. La marge peut également être calculée périodiquement (chaque mois ou chaque trimestre). « Il serait bon que le régime des agences de voyages puisse évoluer, qu’il soit plus souple. A ce jour, l’option pour le régime de droit commun n’est pas possible. Quant au mandat, s’il élimine les inconvénients du régime de la marge en matière de TVA, il comporte des contraintes opérationnelles » , conclut Thierry Vialaneix.

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