Le premier volet d’une étude sur le marché du tourisme de groupe réalisée par Protourisme, en partenariat avec Atout France, avait été présenté lors de l’édition 2014 du MAP Pro. Le second volet a été dévoilé cette année. C’était le 29 septembre dernier. Synthèse.
En 2009 et 2010, le MAP Pro présentait une étude sur le marché du tourisme de groupe menée par le cabinet conseil Protourisme. En 2014, Reed Expositions a souhaité « reprendre la main » sur le sujet en demandant à Atout France et à… Protourisme de réactualiser les données dévoilées lors des premières éditions du workshop des professionnels du tourisme de groupe. Une réactualisation qui avait fait l’objet d’une présentation d’un premier volet. Il a été complété lors de cette édition 2015. C’était le 29 septembre dernier. Christophe de Chassey, sous-directeur hébergements et filières touristiques à la Direction de l’ingénierie et du développement à Atout France, animait cette conférence, en compagnie de Magali Knight, consultante à Protourisme, Valérie Assayag, directrice du programme groupes à la SNCF, François Piot, Président du réseau Prêt à Partir et Cyril Darbier, Président de la Commission Tourisme à la FNTV.
Avant de dévoiler ce second volet, Magali Knight a souhaité revenir brièvement sur les enseignements du premier volet en rappelant quelques chiffres. Ainsi, ce sont « 6,4 millions de Français qui ont réalisé au moins un voyage en groupe en 2013 (sur une base dix pax, ndlr), soit 12 % de la population âgée de 15 ans et plus », tandis que « 78 millions de journées ont été réalisées cette même année dont un quart en France et trois quarts à l’étranger ». Et un total de 9,8 millions d’euros dépensés. Globalement, les voyageurs en groupe sont partis plus souvent , et 38 % d’entre eux ont fait au moins un séjour en Europe (pour un panier moyen de 837 euros), 29 % à destination du reste du monde et 33 % en France (pour un panier moyen de 453 euros). Le marché groupe représente entre 20 et 30 % du chiffre d’affaires global des opérateurs du tourisme. Il est ainsi de 23 % chez les tour-opérateurs, 25 % dans les parcs d’attractions et 30 % pour les sites touristiques. « 80 % du chiffre d’affaires de ce secteur sont réalisés par une vingtaine de gros opérateurs », ajoute Magali Knight. Les petites entreprises qui emploient entre 15 et 50 salariés représentent une faible part de l’activité du marché, soit 8 %. Quant aux groupistes, ils sont peu nombreux, environ une dizaine de structures (pour la plupart PME et TPE), dont généralement 80 % de la clientèle est constituée de comités d’entreprise.
« Le marché groupe est en mutation, mais c’est un marché qui se porte bien, enregistrant un chiffre d’affaires en augmentation au cours de ces cinq dernières années et ce, malgré l’exposition aux aléas géopolitiques et sanitaires, poursuit-elle. La crise économique a même eu tendance à réactiver ce marché ». Avec pour avantages, selon Magali Knight, de permettre d’écouler les stocks ou encore de générer de la trésorerie, car les voyages sont réservés à l’avance. Alors que les « jeunes » seniors sont en augmentation (26 % de la population a plus de 60 ans aujourd’hui), les groupes constitués des comités d’entreprise « glissent vers le GIR », les groupes scolaires étant, eux, en difficulté (contraintes réglementaires, réforme des rythmes scolaires, situation économique des familles). « Un marché scolaire moins rentable que les autres », relève Magali Knight. Mais, de nouveaux clients voient le jour, comme les tribus, des familles, les groupes affinitaires… Tous ceux qui veulent se retrouver ensemble pour partager un centre d’intérêt commun (une thématique par exemple) ou simplement un voyage. « Les attentes de ces nouveaux seniors qui arrivent sur le marché ne sont pas les mêmes que celles de la clientèle groupe traditionnelle, il y a nécessité à trouver d’autres produits, plus axés notamment sur des prestations actives », ajoute Magali Knight. A contrario, pour la clientèle vieillissante, il faut aussi adapter les contenus, et insérer « par exemple moins de marche », ajoute-t-elle. Mais face à des consommateurs de plus en plus avertis pour qui « le dépaysement ne suffit plus », estime Magali Knight, le maître-mot reste l’innovation dans la production. Par exemple: la thématisation « pour rendre le produit plus attractif », jouer sur l’événementiel « pour renouveler l’offre » ou sur l’expérience « pour être acteur de son voyage » (les voyages solidaires, apprendre via des ateliers…) ou encore miser sur les packages sportifs. Innover c’est aussi personnaliser, faire du sur-mesure, et les groupes sont de plus en plus demandeurs. Et l’occasion pour tout producteur de se démarquer de la concurrence. Dans ce contexte, l’Hexagone constitue un véritable terrain de jeu! Mais, un terrain de jeu où le vaste potentiel touristique « est encore à ce jour peu exploité », estime Magali Knight, invitant à suivre la piste des partenariats publics/privés.
« Le tourisme de groupe représente 7,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires dont un milliard réalisé sur l’Hexagone par les Français. Sur le nombre total de 66 000 autocars, 10 % sont des véhicules dédiés à l’activité touristique. La part de la clientèle liée au tourisme est en moyenne de 20 %. Les associations ne sont plus d’actualité aujourd’hui, les nouveaux seniors ne veulent pas être vieux. En matière de production touristique, on s’attache tout le temps à innover, mais on ne sait pas communiquer ».
« A la SNCF, nous sommes convaincus de la part importante de cette clientèle groupe, même si aujourd’hui , il ne représente qu’un marché de niche. Mais, il stagne chez nous, nous n’avons pas encore pris notre place sur ce segment. Les autocaristes ont ici été plus forts que nous. Pour la SNCF, tout reste à faire sur ce marché. Notre difficulté est d’atteindre cette clientèle, mais nous aurons forcément à passer par la voie du digital. Nous considérons un groupe à partir de dix pax, et dans la tarification nous avons conservé la notion de profils de passagers, de jeunes à moins jeunes. De son côté, OuiBus annonce la mise en place prochaine d’une tarification groupes ».
« J’espère que les groupes sont toujours prêts à partir, même si le tourisme en autocar est une activité plutôt confidentielle chez nous. Dans nos agences de voyages, nous privilégions le sur-mesure, donnant ainsi un vrai sens au métier en cherchant toujours à proposer mieux… et marger mieux. Les comités d’entreprise ont de plus en plus de mal à faire un groupe, ils veulent un tarif sur la base de 50 et finalement ils ont beaucoup de mal à atteindre ne serait-ce que la moitié! D’autre part, je ne crois pas que le segment des groupes scolaires soit en difficulté. Que ce soit pour les autocaristes assurant le seul transport que pour ceux qui se sont spécialisés sur le créneau, tous sont sur un marché en croissance ».