Entreprise « Il est vrai que lorsque mon grand-père Marcel Groussin a créé les Transports Groussin en 1933, nous étions loin de ce que nous sommes devenus aujourd’hui », dit son petit-fils, Patrick, à la tête de la société familiale depuis 2001. Basés depuis l’origine en Loire-Atlantique, les Transports Groussin ont désormais laissé la place aux Autocars Groussin (transport) et Grand Lieu Voyages (tourisme). Une dernière activité représentée par quatre agences de voyages et un service groupes.
Saint-Philbert-de-Grand Lieu en Loire-Atlantique (à 25 km au sud de Nantes). Nous sommes le 14 mars 1933. Marcel Groussin achète à son oncle Auguste Tourneux le fond de commerce d’entreprise de transport automobile de voyageurs et de marchandises. Avec dans la corbeille « la Licorne », une voiture automobile de 15 places et une remorque de marchandises… Les Transports Groussin voient le jour. Marcel et son épouse Juliette aux commandes. Un an plus tard, la préfecture l’autorise à exploiter sa première ligne régulière entre Saint-Philbert-de-Grand Lieu et Nantes. « Nous l’exploitons toujours depuis et c’est la troisième ligne du département en terme de fréquentation », glisse Patrick Groussin, son petit-fils, qui dirige la société familiale depuis 2001. De son côté, l’activité touristique sera particulièrement développée à l’arrivée des congés payés en 1936. L’époque des pèlerinages (Lourdes, Lisieux, Sainte-Anne-d’Auray…)…
Puis ce sera le premier service routier de transport public d’ouvriers en 1951, le premier achat d’un car neuf en 1955 (un Berliet 45 places PLR 10 S), le premier rachat d’entreprise en 1957, le premier service de transports d’écoliers en 1958 (à la demande de parents d’élèves)… et en 1964, le commissariat au tourisme accorde la licence de bureau de voyages pour un cautionnement fixé alors à l’époque à 30 000 francs!
Marcel et Juliette auront trois enfants, mais un seul Gérard, prendra la relève. C’était en 1971 (la société compte alors sept autocars). Il avait déjà fait ses armes dans l’entreprise et ce, dès 1957, après un diplôme de technicien, un stage chez Hispano Suiza, un emploi chez Renault et le permis de conduire de transport en commun en poche! Il se marie avec Roseline un an plus tard, « après s’être rencontrés dans un autocar! », glisse Patrick Groussin. Elle sera chargée de la comptabilité. Naissent Philippe (aujourd’hui conducteur dans l’entreprise) et Patrick. « Dès ma plus tendre enfance, j’ai été baigné dans l’atmosphère de l’entreprise familiale, accompagnant parfois mon père (il est décédé en 2006, ndlr) en service, côtoyant les conducteurs, et même la clientèle, le tout dans une réelle convivialité », raconte-t-il. Sa voie est déjà toute tracée… Patrick Groussin obtient un DUT Transport Logistique, se forme au métier d’agent de voyages à l’Ecole Pratique du Tourisme au Tremblay-sur-Mauldre. Et le 11 juillet 1987 – à son initiative – est créée la première agence: Grand Lieu Voyages à Saint-Philbert-de-Grand Lieu. « A ce moment-là, mon frère assurait les services de lignes régulières, moi, j’étais au bureau à l’accueil », poursuit-il. Et parce qu’il est passionné d’histoire et de géographie, Patrick Groussin ne se lasse pas de monter des circuits touristiques sur-mesure! Une seconde agence sera créée en 1996 (année durant laquelle Patrick se marie avec Sylvie qui travaillait dans le tourisme) au sein de la galerie Auchan à Saint-Sébastien-sur-Loire. Une opportunité. « Elle se développera rapidement », souligne Patrick Groussin. En 2001, Gérard part en retraite. Patrick et Sylvie sont alors prêts « à relever le défi », en faisant le choix de prendre le relais. L’entreprise compte alors 25 autocars. Deux ans plus tard, un nouveau terrain de 5 000 m2 accueille des bureaux, un atelier chauffé, une borne de carburant intégrée ainsi qu’une aire de lavage couverte.
En 2012, l’entreprise prend un nouveau tournant et s’agrandit lorsqu’elle rachète un confrère basé à La Chapelle-Basse-Mer (à une quarantaine de kilomètres de Saint-Philbert-de-Grand Lieu): Autocars Bonneau. Disposant d’un parc de sept véhicules, celle-ci opère alors un seul service scolaire et effectue également des services dédiés aux personnes handicapées, « mais son activité était principalement axée sur le tourisme à travers trois agences de voyages », souligne Patrick Groussin. Deux à ce jour ont été conservées, une basée à La Chapelle-Basse-Mer (44), l’autre à Sainte Luce-sur-Loire (44). Portant ainsi à quatre le nombre de points de vente sous l’enseigne Grand Lieu Voyages.
Aujourd’hui, c’est Sylvie Groussin qui est en charge de cette partie « agences », à Patrick celle des « autocars » avec une flotte de 75 véhicules. A ce jour, le transport représente 60 % de l’activité, le tourisme 40 %.
La clientèle groupes est évidemment un marché historique pour l’entreprise de Saint-Philbert-de-Grand Lieu. Très vite sont diffusés des feuillets sur fonds de borne kilométrique invitant les clients à s’inscrire sur des voyages et des excursions. Avec l’essor des associations et des clubs dans la région des Pays de La Loire dans les années 75/80, c’est « l’âge d’or du tourisme en autocar », se souvient Patrick Groussin. La destination France et les pays limitrophes sont proposés. Tyrol, Costa Brava, Italie… font alors partie des « must »! « En 1981, mon père Gérard a acheté son premier autocar avec toilettes, c’était un Setra 215 HD, une petite révolution à l’époque, avec un confort qui n’existait pas jusqu’alors », poursuit-il. Mais, l’avènement des vols charters (et leurs tarifs attractifs) va conduire une partie de la clientèle à se tourner vers ce nouveau mode de transport. Parallèlement, la loi impose de scinder les activités transport et tourisme. D’où la création de l’agence Grand Lieu Voyages dans ces années 80. En distribution classique (y compris billetterie) et « nous permettant aussi, bien sûr, de vendre notre propre production, qui représente aujourd’hui 15 à 20 % de notre activité tourisme », ajoute Patrick Groussin.
Une création d’agence qui constitue là encore une petite révolution pour l’entreprise, puisque jusqu’ici, l’activité tourisme s’effectuait dans la maison familiale. « Nous avions désormais une vitrine », ajoute-t-il.Quelque temps plus tard est recrutée une personne en charge de la clientèle groupes. Pour répondre à des demandes « et ne faire que du sur-mesure », précise Patrick Groussin. Car aucune brochure dédiée n’était éditée (contrairement à une brochure GIR).
Elle ne verra le jour que dans les années 2000. Une Brochure Groupes (c’est son nom) qui aujourd’hui est envoyée par courrier auprès des associations, des clubs mais aussi des comités d’entreprise, essentiellement basés dans le département de Loire-Atlantique. « L’édition d’un tel support papier s’est imposée parce qu’il s’agissait de marquer notre positionnement sur ce marché, en proposant un document plus professionnel sur la base d’une offre adaptée et structurée, explique Patrick Groussin. Tout en apportant parallèlement un plus pour l’image de l’entreprise ».
Paraissant chaque année en octobre, ne mentionnant aucune date, elle fait une quinzaine de pages. Une pagination volontairement light « pour des raisons de coûts », justifie-t-il tout simplement. Réalisée aujourd’hui par trois personnes constituant le service groupes, son contenu met plus particulièrement en avant les produits autocar.
Des excursions classiques et thématiques d’une journée (déjeuners-croisières, parcs d’attractions, déjeuners animés, activités sportives…) à un combiné Guatemala/Honduras en 12 jours, en passant par des séjours et des circuits de deux, trois, quatre, six, sept, huit et 11 jours. « Mais, 90 % de notre travail consiste à faire du sur-mesure, la brochure constitue avant tout un outil de travail », reconnaît Anne-Sophie Demay, forfaitiste groupe, qui ajoute par ailleurs « qu’aucune démarche commerciale sur le terrain n’est effectuée ». Tout se fait par téléphone. « Nous avons une clientèle très fidèle qui réalise en moyenne chaque année un voyage de plusieurs jours en France ou à l’étranger, et trois à quatre excursions », indique-t-elle. Une clientèle cependant qu’elle juge « beaucoup plus informée qu’avant en raison d’internet, plus regardante sur les prix » et qui n’hésite pas parfois « à faire concevoir un programme pour finalement s’en inspirer et appeler des prestataires en direct, avant de tourner vers l’entreprise de transport pour assurer son déplacement ». D’où l’avantage « d’avoir des fournisseurs fidèles qui jouent le jeu et n’hésitent pas à nous contacter lorsqu’ils sont sollicités », ajoute-t-elle aussitôt.
Pour accompagner la parution de la brochure groupes, Grand Lieu Voyages organise une fois par an, généralement fin octobre début novembre une opération baptisée « Interclub ». Destinée aux décideurs groupes, elle rassemble environ 400 à 500 d’entre eux et mobilise dix autocars. Sur une demi-journée, repas inclus et spectacle à la clé, dans un lieu qui change chaque année, elle est l’occasion de présenter l’offre, et ce en présence de Patrick Groussin et de l’équipe du service groupes. L’opération est payante: 60 euros par personne.
« Nous maintenons d’une année sur l’autre notre activité groupe, un marché qui reste une valeur sûre », tient à ajouter Patrick Groussin qui, par ailleurs, a vu d’un bon œil la libéralisation du transport par autocar décidée par Emmanuel Macron, ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique. « Elle devrait changer l’image de l’autocar auprès du grand public et ainsi amener une nouvelle clientèle vers ce mode de transport, estime-t-il. Les gens vont le redécouvrir et constater tous les avantages qu’il peut apporter ». Et de là à ce qu’ils « basculent » dans les voyages organisés…
Si la brochure groupes n’est apparue que tardivement, cela n’a pas été le cas pour celle dédiée au GIR. Elle a déjà de longues années de parution derrière elle! Editée fin décembre, début janvier à 40 000 exemplaires , elle fait une trentaine de pages. Le sommaire, qui démarre sur l’offre aérienne (Croatie, Norvège, Irlande, USA, Bali…) se partage à 50/50 avec les produits autocar d’un à plusieurs jours en France, en Hollande, en Belgique, au Tyrol, en Catalogne… « En nouveauté cette année, nous avons informé nos clients dès la première page de la brochure qu’ils avaient désormais la possibilité de « se positionner » via notre site web (la dernière version du site date de 2014, ndlr) sur l’un de nos voyages en autocar en remplissant un formulaire de contact, annonce Patrick Groussin. Par ailleurs, nous avons lancé des « offres privilèges » permettant des réductions de 30, 40 et 50 euros par personne si les clients réservent tôt. Et l’assurance annulation est offerte pour toute inscription avant mi-février ». Si la seconde initiative « marche bien », confie le chef d’entreprise, la première reste « encore peu utilisée par nos clients qui privilégient le contact téléphonique au web », ajoute pour sa part Anne-Sophie Demay.
Pour faire connaître son offre auprès de cette clientèle GIR, Grand Lieu Voyages faisait encore récemment encarter sa brochure sous blister dans le TV Mag de Ouest-France, mi-janvier. Une démarche qui s’est étalée sur quatre à cinq ans. « Mais, nous avons choisi d’arrêter car on ne pouvait pas réellement en mesurer les retombées, justifie Patrick Groussin, qui reconnaît cependant « avoir sans doute capté quelques nouveaux clients ».
Depuis, ce sont 20 000 exemplaires qui sont envoyés par courrier à tous ceux qui ont déjà voyagé avec Grand Lieu Voyages ou pas, mais qui ont au moins franchi la porte de l’agence de voyages pour se renseigner… Des clients principalement basés en Loire-Atlantique, en Vendée et en Maine-et-Loire. « Nous avons fait le choix de cibler nos envois pour plus d’efficacité », résume t-il. Participer à des salons locaux n’a également pas convaincu le chef d’entreprise, et ce malgré quelques expériences, « mais cependant peu rentables », dit-il. Aujourd’hui, cette clientèle GIR privilégie les formules journées. Les voyages de plusieurs jours, quant à eux, restent stables.
Et en cette année 2015, exactement depuis mars dernier, Grand Lieu Voyages s’est lancé dans une activité de réceptif sur l’île d’Yeu en proposant un nouveau service: un tour commenté de trois heures, comportant de nombreux arrêts. Un premier véhicule (un Iveco de 27 places) a été positionné le 23 mars, puis un second est arrivé fin avril (un Temsa de 36 places). « Nous avons fait une étude de marché qui nous a convaincu de nous lancer dans cette nouvelle activité mobilisant deux conducteurs sur place, et ce d’avril à fin octobre », détaille Patrick Groussin. Et s’il est encore trop tôt pour dresser un premier bilan, le chef d’entreprise ne cache pas cependant « que les débuts sont plutôt encourageants ».
Les clients peuvent réserver via internet, tandis que des flyers sont diffusés via les offices de tourisme de la côte. Les conducteurs, eux, ne manquent pas d’être à l’arrivée des bateaux…
Un nouveau développement pour l’entreprise qui, parallèlement tient à conserver son indépendance (elle est membre du Cediv…), et aspire à s’inscrire – après avoir fêté en 2013 ses 80 ans – dans la continuité.
• En 2014, l’entreprise Autocars Groussin a réalisé un chiffre d’affaires de 4, 779 377 millions d’euros, dont 40 % via le tourisme, 40 % également dans le cadre des lignes régulières et 20 % en transport scolaire.
• 13 lignes scolaires exploitées, et une ligne régulière, toutes situées dans le département de Loire-Atlantique.
• Un parc de 57 véhicules (Setra, Mercedes, Neoplan, Irisbus, Van Hool, Otokar et Temsa) dont 12 dédiés au tourisme (Setra, Van Hool, Neoplan, Irizar et Bova).
• 78 salariés dont 69 conducteurs.
• Siège social: Saint-Philbert-de-Grand Lieu.
• Dépôt: La Chapelle-Basse-Mer.
En 2014, alors qu’il était Président de la FNTV Pays de La Loire, Patrick Groussin a souhaité mener une étude sur l’activité du tourisme en autocar en région, en partenariat avec le cabinet spécialisé Protourisme. La démarche a consisté à faire un état des lieux avant de dégager des pistes de travail, définir de nouvelles orientations et des propositions d’actions.
Sans rentrer dans le détail, quelques chiffres cependant: 70 % des autocaristes réalisent eux-mêmes les produits sur-mesure ou packagés qu’ils commercialisent, tous travaillent les groupes constitués (seulement la moitié opère sur le créneau du GIR), 64 % des autocaristes disent avoir des clients fidèles, que la durée de séjour la plus demandée est de six à sept jours, ou encore que la destination France (en particulier les parcs d’attractions) arrive en tête. Quant aux pistes de travail ont été – entre autres – dégagées celle de « soigner » l’image des autocars comme de développer les aménagements et les services à bord ou encore de valoriser le temps de trajet, de segmenter les clientèles potentielles pour identifier leurs attentes et ainsi concevoir des produits adaptés aux différentes typologies (et élaborer des brochures par type)…
• En 2014, Grand lieu Voyages a réalisé un chiffre d’affaires de 700 000 euros, dont 70 % en revente TO et 30 % sur la production groupes constitués et GIR.
• 80 % des groupes sont issus des associations, 15 % des comités d’entreprise et 5 % des scolaires et entreprises (affaires).
• 70 % des groupes privilégient l’autocar, 30 % l’avion.
• Les groupes proviennent principalement des départements de la Loire Atlantique et de la Vendée.
• 4 agences de voyages: Saint-Philbert-de-Grand Lieu, Saint Sébastien-sur-Loire, La Chapelle-Basse-Mer et Sainte Luce-sur-Loire.
• Les destinations privilégiées en 2015: le bassin méditerranéen pour l’étranger, et toutes régions pour la France.
• Membre du Cediv.
• Siège social: Saint Philbert-de-Grand-Lieu.