Colombie Le pays de Pablo Escobar et de Shakira s’ouvre au tourisme, même si certaines zones restent déconseillées. Une plongée dans un pays andino-caraïbo-amazonien qui a pas mal d’atouts! Le seul risque? Qu’on veuille rester ou y revenir, comme ils disent.
L Colombie a été un laboratoire pour le quai d’Orsay. Rien que pour elle, il a décidé de créer – entre zones géographiques rouges et vertes – des zones oranges (accessibles sous réserve d’y appliquer les règles élémentaires de prudence). Cela évitait de classer “dangereux” les 33 départements que compte le pays. Farc, narcos, escadrons de la mort… traînant comme un boulet « l’autre » affaire Betancourt, la Colombie des enlèvements avait alors osé ce slogan culotté: “Colombia: el riesgo es que quieres quedar…”, soit en français: « Colombie: le seul risque, c’est que tu veuilles rester… »
La chance de la Colombie, c’est de cumuler les atouts du reste de l’Amérique latine – à part, peut-être, ceux de l’Antarctique. Comme les contrées de la partie centrale, le pays de la chanteuse Shakira (elle est née à Barranquilla…) offre le choix antipodique entre Pacifique et Caraïbes. Comme ceux de l’Ouest, elle a la Cordillère, avec les 5 775 m de son pic Christophe Colomb, cinquième sommet du monde; le volcan Nevado del Ruiz, sans oublier les civilisations andines. Comme le Brésil, la Colombie a son Amazonie, et comme toutes ces anciennes colonies de Madrid, son architecture d’outre-mer et son hispanité, ses richesses minières et ses cultures généreuses – fruits juteux, épices, café, pour glisser sur la feuille de coca, en vente libre sur les marchés…
Ce côté “menu complet” est déjà une singularité dont ne peuvent se prévaloir ni le Mexique varié, ni l’immense Brésil, ni les terres incaïques du Pérou et de l’Equateur , le Venezuela et le Panama limitrophes, pas davantage. S’y ajoute ce que la Colombie a d’unique: la musique, d’abord (le vallenato est né ici, la salsa cubaine s’y est transfigurée). Ensuite, une histoire récente à la fois sordide et fascinante (la guérilla des Farc et les frasques parfois ridicules de Pablo Escobar). Certes, les autocars peuvent être vétustes. Les guides, trop scolaires ou parlant un français fastidieux. Quant à la sécurité ambiante, elle a été conquise par une pacification militaire qui n’a pas fait dans la dentelle. N’empêche que partout le pays affiche la bonne volonté, et semble se diriger vers une issue constructive.
La capitale n’est probablement pas ce qu’il y a de mieux en Colombie. Mais tout de même… Perchée sur la montagne, souvent rincée par les brumes, Bogota est une ville dont les quartiers sont trop différents pour inspirer un visage facile à cerner. L’ensemble réunit huit millions d’âmes, qui circulent d’un bout à l’autre grâce à un moyen de transport original, le Transmilenio: des bus qui roulent dans des voies que protègent murs ou grilles infranchissables aux voitures. Comme des trains. On y monte d’ailleurs par des quais, reliés par des passerelles. La ponctualité s’en ressent – bientôt concurrencée par un métro, en 2021.
Vieilles maisons dodelinant sur des rues au carré, la Candelaria est le quartier espagnol des débuts (le pays fut découvert au XVIe par un lieutenant de Christophe Colomb). Sur les sentes, des vendeuses ambulantes font grésiller les arepas (les tortillas colombiennes), et dans l’étroitesse de chaque carrefour, on joue de la presse pour vendre jus de mangue ou de canne à sucre. Rue après rue, la ville se modernise avec cette grande place qui longe les piliers néo-classiques de la présidence. Puis des bâtiments 1970-1980 font écho à une brochette d’églises colorées aux clochers sculptés; aussi des immeubles madrilènes, même une plaza de toros. L’Espagne, l’indéboulonnable Espagne!
Plus loin encore, la Zona “T” et la Zona Rosa drainent le soir les classes moyennes autour d’un bol chaud d’aguardiente (l’eau de vie anisée) sucré à la cassonade, avant de danser au miaulement du bandonéon avant que ne pleurent les tubes hispanos. Deux musées retiendront l’attention: celui de Botero, cet artiste qui a fait acclamer en France ses bonshommes obèses et caricaturaux. Botero est colombien, et le peintre-sculpteur a acquis ici une antique hacienda urbaine, qu’il partage avec tous ses concitoyens: une salle expose 185 de ses œuvres, le reste, sa collection signée par d’autres: Henry Moore, Camille Pissaro, Marino Marini, Edouard Degas, Juan Miro, Lucian Freud… qu’il aime et, modestement, qu’il juge supérieurs à lui. Et puis il y a le musée de l’Or, tenu par le Banco de la Republica. Une féerie. On y présente dans le noir tous les objets cultuels en or, statuettes, bracelets, et même armures qui ont pu échapper à l’autodafé ecclésiastique et au creuset du conquistador.
Située à 50 km au nord de Bogota, Zipaquira est la ville du sel gemme. Dans cette mer fossile isolée au centre des terres, les picas (les ouvriers maniant la pioche) ont creusé une puissante cathédrale qui garde le souvenir de ceux qui sont morts en exploitation un filon plutôt traître. Au centre-ville, une autre cathédrale, celle-ci en gros blocs de roc rugueux, fait écho au travail dangereux et astreignant du sous-sol. Une autre excursion est possible: l’ancienne cité de Villa de Leyva n’est qu’à 100 km au nord-est de la capitale. Autour d’une place démesurée de pavés ronds s’aglutine un monde digne d’une gravure tirée d’un Don Quichotte illustré. On tisse dans les maisons. On ferre les chevaux. On trinque dans la bodega. On est en Amérique, cependant: épais ou légers selon le temps, les ponchos sur les épaules le rappellent.
Tout comme l’accès à des sites archéologiques reculés de Ciudad Perdida ou de San Agustin, la visite de la région du café permet de poursuivre cette plongée dans la Colombie profonde. Non loin de Pereira s’ouvre un monde très rural, où l’on peut caracoler à cheval sans attirer l’attention, tant cette monture est encore en usage. Diverses attractions existent ici, de la tyrolienne au restaurant suspendu, sans oublier les plantations de caféier qui produisent deux millions de tonnes de graines par an. Un petit musée du café présente la pousse, la cueillette, la torréfaction et l’élaboration artisanale des précieux grains, avec dégustation en bout de chaîne, bien entendu. Le café de Colombie a une réputation mondiale, mais attention: les paysans exportent le meilleur, et ce qu’ils gardent pour la consommation locale n’est pas le fin du fin!
Pacifiées, les villes de Medellin et de Cali se sont ouvertes récemment. A côté de l’ombre des cartels de trafiquants, genre Pablo Escobar ou les frères Orejuela, elles offrent quelques vestiges coloniaux et une culture propre à chacune, qui fait oublier le quelconque de leurs gratte-ciel qui comptaient jouer à Downtown USA. De l’avis général, cependant, le point d’orgue d’un circuit en Colombie reste Carthagène-des-Indes.
Cernée amoureusement par les remparts, les clochers ocrés et baroques surveillent chacun leurs ouailles, paroisses de maisons carmin, myosotis ou terre de Sienne. Madrid avait donné ordre de peindre tout à la chaux contre les épidémies. Ce n’est que lors des réfections récentes qu’on a retrouvé, sous le blanc, toutes ces couleurs éclatantes. Elles ne sont pas scrupuleusement sur la maison d’origine, bien sûr, mais c’était ces couleurs-là, qu’on a définitivement adoptées.
Derrière les porches à judas ou a grilles s’ouvrent des patios débordés par les palmiers, les cactus et les bougainvillées. Dans cet ensemble ne jure que la villa de Garcia Marquez, à qui les Monuments Historiques locaux ont consenti quelques entorses. Eh! L’écrivain colombien était quand même un peu à l’origine du succès touristique de la cité caraïbe!
A l’écart, le fort San Felipe de Barajas est un des plus redoutables que les Caraïbes aient pu porter. Maçonnés au XVIIIe par des esclaves, ces puissants blocs de corail forment une colline enchantée, fendue et excavée d’escaliers, de rampes, de dédales souterrains pour gagner, au frais et à l’abri des boulets, les postes de tir. Alors qu’on lui tendait la facture dans son palais de Madrid, le roi aurait pris sa lorgnette et, la braquant vers l’horizon: “Un prix pareil, Vous moquez-vous? On devrait voir les tours d’ici!”.
Ces travaux faramineux devaient contrer les pirates, qui prospéraient sur toute la côte. Le forban anobli Francis Drake passa par là. Plus tard, le flibustier français L’Olonnois, puis Oexmelin, le pirate-écrivain. Montant à l’assaut du couvent de la Popa, notre homme, hors d’haleine, s’aperçut avec déception que les moines avaient tout planqué. L’impressionnant retable en or est, depuis, sorti de sa cachette, étincelant sous les ventilos.
Mais le clou de la Popa reste la vue stratégique sur les faubourgs loqueteux et fébriles, qui n’ont sans doute pas trop varié, n’était l’inévitable poignée de mikado des gratte-ciel, plantée sur la charpie des récifs.
Sur la mer, yachts et hors-bords suréquipés zigzaguent prudemment au milieu des hauts fonds: les arbres marins y poussent, perchoirs propices aux pélicans. Au loin on aperçoit Boca Chica, cette “bouche étroite” aux mâchoires dentées de canons, prêtes à mâcher comme un anchois un galion qui chercherait noise. Après, ce sont las Islas (les “îles”), jardin secret de Carthagène qu’on rallie en deux heures de vedette. Quelques hôtels aux niveaux disparates y tendent leurs débarcadères.
Ce qui a stoppé les pirates n’a pas résisté à l’appât du gain. En 1811, quand la “Nouvelle Grenade” (le nom commun à la Colombie et à ses voisins actuels) a coupé l’ombilic avec la vieille mère espagnole, la muraille a été descellée pierre à pierre pour édifier la “ville républicaine”, ses demeures, ses administrations, ses deux théâtres et ses magasins.
En fait, l’Unesco a dû tout rebâtir sur plan. Un bastion-citerne sert de musée. Les casernements jonquille hébergent des négociants. A la nuit, les poudrières deviennent bars à vallenato, ce tango colombien. Nouvelle institution, les fortifs sont devenues autant attraction historique que lieu d’observation des mœurs sentimentales et juvéniles, car sous le passage des promenades, les embrasures de tir poussent aux rapprochements.
Sofitel Legend Santa Clara*****
124 chambres. Installé dans un ancien couvent. Agréable surtout pour le bar et le restaurant.
La cour intérieure avec piscine est un peu décalée par rapport au reste. Evidemment, c’est un Sofitel (deux restaurants, trois bars, un Spa…), avec les tarifs afférents, mais rodés aux groupes – le charme a rarement la capacité à Carthagène –, surtout si une conférence est au programme.
Tél.: +57 (5) 650 47 00
Hacienda-Boutique San José***
Huit chambres. Dans une hacienda colorée construite en 1888, chambres simples avec douche, mobilier d’époque, restauration sur demande, possibilité de promenades thématiques aux alentours. Une bonne adresse d’Agriturismo pour minigroupes. Proche de l’aéroport de Pereira.
Tél.: +57 (318) 735 23 21
Hospedaria Duruelo***
94 chambres. Dominant la ville, une ancienne demeure du XIXe avec un cortil fleuri sur lequel s’ouvrent les chambres: cinq niveaux de confort – TV, minibar, baignoire ou douche. Salle à manger avec terrasse et restaurant. Deux bars, trois piscines à cascade et un Spa. Salles de séminaires. Pas d’ascenseur.
Tél.: +57 (1) 288 14 88 –
CHIA (banlieue de Bogota)
Andres, Carne de Res
C’est en bord de route, à Chia, au nord de Bogota. Accueil jusqu’à 5 heures du matin 3 000 personnes dans un bric-à-brac digne d’un broc. Sous balances, caisses de Coca, néons et lampions en cœur, on mange viande en cassolette, picadas (brochettes), arrosés de vin, cerveza ou canelazo (eau de vie au citron, servie bouillante avec des bâtons de canelle). Et bien sûr, on danse local!
La Cevicheria
Une cuisine colombienne et sud américaine marquée par les fruits de mer: sopitas (potages), arroz negro (riz au noir de seiche), langoustes, calmars, coquillages et plats traditionnels.