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Un musée qui a du corps

Bon plan | publié le : 01.11.2015 | Dernière Mise à jour : 01.11.2015

Auteur

  • Catherine Mautalent

Seine-et-Marne Après deux années de travaux, le musée de la Gendarmerie nationale a ouvert ses portes le 10 octobre dernier dans la ville de Melun. A la fois chronologique et thématique, son parcours retrace l’évolution de cette force armée à travers les époques et les régimes successifs, du Moyen âge à nos jours. Visite guidée.

Depuis plus de sept siècles, la gendarmerie nationale poursuit sa mission de sécurité publique qu’elle exerce aujourd’hui au profit de 50 % de la population sur 95 % du territoire national métropolitain et d’Outre-mer. Elle représente une force armée de plus de 100 000 hommes et femmes d’active ou de réserve, placée depuis 2009 sous la responsabilité du ministre de l’Intérieur. « Les gendarmes sont des militaires et s’occupent plutôt des régions rurales, précise Magalie Dufour, responsable de la communication du tout nouveau musée de la Gendarmerie nationale, qui a ouvert ses portes le 10 octobre dernier à Melun, en Seine-et-Marne.

A l’inverse, les policiers sont des civils, des fonctionnaires, et sont plus présents dans les régions urbaines. Les tâches des gendarmes et des policiers sont semblables, entre enquêtes, interpellations ou encore présentations devant le magistrat ». Profondément lié à la société qu’il « encadre », figure rassurante, connue, très largement représentée notamment dans l’imagerie populaire, toujours identifiable, mais aussi raillée, voire ridiculisée comme dans Le gendarme de Saint-Tropez, il est – et reste – un personnage incontournable de la vie du citoyen. Cet ancrage du gendarme dans la société, c’est le fil conducteur du musée de la Gendarmerie nationale qui à travers objets, documents et photographies (2 000 pièces présentées sur les 30 000 œuvres composant la collection!), raconte aux visiteurs l’histoire d’une institution née au XIVe siècle: « la connétablie », avant de devenir « la Maréchaussée » deux siècles plus tard… « La gendarmerie dévoile pour la première fois son histoire et son patrimoine au grand public, dit le capitaine Elinor Boularand, directrice du musée. Les visiteurs n’auront pas besoin de passer par un poste de sécurité ou d’être témoin dans une affaire judiciaire pour « rencontrer » les gendarmes! Ceux-ci seront accessibles depuis la voie publique, à tous ceux qui souhaitent percer leurs secrets ». Avec un objectif affiché de 42 000 visiteurs annuel à partir de 2019.

La plus grande vitrine suspendue d’Europe

Deux ans de travaux auront été nécessaires pour offrir un nouvel » écrin » à la riche collection de l’institution « qui était jusqu’alors très confidentielle », indique Magalie Dufour. Un projet d’envergure pour un investissement de 14 millions d’euros*, qui n’a certes plus rien à voir avec le petit musée créé en 1946 dans les murs de l’école des officiers (caserne Augereau), et qui accueillait 3 000 visiteurs par an. Avant sa fermeture en 2007. « Le parcours était complexe et les cartels explicatifs peu didactiques ne permettaient pas aux novices de comprendre l’histoire de la gendarmerie », poursuit-elle.Les personnes extérieures à la gendarmerie devaient prendre rendez-vous pour le visiter et présenter une carte d’identité au poste de sécurité ». Un premier agrandissement a lieu en 1969 en emménageant dans des locaux plus vastes. Mais, ces dernières années, les collections ne cessant de s’accroître, la création d’une nouvelle structure s’imposait. Et c’est en 2005 que la décision est prise via la signature d’un protocole entre le ministère de La Défense et la communauté d’agglomération Melun Val de Seine.

Cette dernière lance un concours de maîtrise d’œuvre européen qui sera concrétisé par le choix de l’agence Moatti-Rivière, retenue parmi 120 candidats! Les travaux débutent en mai 2013 dans un ancien bâtiment de caserne 1900 au sein de l’actuelle Ecole des officiers de la gendarmerie nationale. « Il a été entièrement évidé pour être ensuite reconstruit de l’intérieur, explique Magalie Dufour. Seules, les façades ont été conservées et rénovées pour garder l’esprit militaire de l’édifice, qui contribue également à l’histoire de la gendarmerie nationale ». Et parmi les nombreuses prouesses techniques du projet, deux doivent retenir l’attention: d’une part, la grenade accrochée au-dessus de l’entrée du musée, « une œuvre unique de huit mètres de haut réalisée à la main par un artisan, faite d’un alliage de cuivre et d’aluminium, symbole de la gendarmerie depuis 1797 », indique Magalie Dufour; d’autre part la grande vitrine centrale suspendue à la charpente réalisée sur-mesure, et située à l’intérieur du musée en regard des collections présentées en vitrines et sur les murs au cœur d’alcôves. Haute de 8,5 m, large de deux mètres et longue de 18 m, elle en est la colonne vertébrale et présente l’évolution des montures, des costumes et des équipements.

Des expositions temporaires tous les ans

Une fois franchies les portes du musée (faites de larges baies vitrées), l’espace d’accueil comprend la billetterie, la boutique de 70 m2, les sanitaires ainsi qu’un lieu où les groupes peuvent déposer leurs affaires. Toujours au rez-de-chaussée, les visiteurs font face au « cabinet de médailles ». En prolongement: la salle dédiée à l’exposition temporaire sur une surface de 200 m2. Celle-ci accueille actuellement, et jusqu’au 10 avril 2016 « la Grande Guerre des gendarmes » à travers journaux de tranchées, photographies, carnets de route, coiffures, uniformes, film, jeu de l’oie au sol, un rare exemplaire de la bicyclette de la marque « Gérard » utilisée par les gendarmes ou encore une Ford T de 1913. « Il y aura chaque année une exposition temporaire, puis d’autres secondaires sous de plus petits formats », annonce Magalie Dufour. Il faut ensuite monter une vingtaine de marches pour accéder au premier niveau (un ascenseur est également mis à disposition) de l’exposition permanente occupant 1 200 m2 de surface, à la fois thématique et chronologique, et ce du Moyen âge à nos jours. A chaque fois, les visiteurs repèrent un panneau général de présentation, des fresques graphiques, une ambiance sonore, de grandes vitrines horizontales et verticales sur des fonds de couleurs différents, des panneaux décrivant un ou plusieurs objets présentés, des écrans sur les murs ou sur les mobiliers (comme ceux insérés dans un banc, par exemple).

La bande à Bonnot, l’affaire Dominici…

La première partie de la visite s’intéresse au Moyen âge et à la Maréchaussée, présentant les différentes clés de la structuration de la gendarmerie qui commença dès le XIVe siècle par la création d’une police militaire au moment de la Guerre de Cent ans. A ne pas manquer ici la plus vieille pièce du musée: un reçu de solde datant de 1434! Plus insolite: une masse d’arme moyenâgeuse. Tandis que tournent en boucle des devises révolutionnaires. Les visiteurs poursuivent par la période « Empire », accueillis par une armée de figurines de Strasbourg (des figurines plates). Pistolets, sabres et mousquetons se partagent l’espace avec bicornes, bonnets de police et képi suspendus. Sous la surveillance d’un (faux) gendarme installé dans une guérite reconstituée.

A nouveau une vingtaine de marches pour rejoindre le second et dernier niveau du musée. Place ici est donnée à la gendarmerie parisienne. Une « sorte de parenthèse chronologique pour aborder une thématique », dit Magalie Dufour. Et l’occasion pour les visiteurs de « manipuler une arme »… en 3D avec le revolver du garde républicain Cesses (1870). Le gendarme dans la société est l’autre thème abordé à travers des reproductions de petites cartes publicitaires ou encore d’une présentation de 70 assiettes décorées par des caricatures et des rebus à trouver. Mais aussi des affiches Belle Epoque et des jeux. Sans oublier le célèbre Guignol et son théâtre!

Après cette « parenthèse », retour à l’histoire de l’institution avec pour commencer la reconstitution d’une chambrée d’un garde républicain avec son « cercueil » sous le lit (c’est ainsi que l’on désignait la malle où il rangeait ses affaires), qui fait face à la photo noir et blanc du lieutenant Fontan, l’homme qui arrêta l’anarchiste Jules Bonnot en 1912 à Choisy-le-Roi (son arme accompagnée de menottes sont exposées). Puis arrive la Première Guerre mondiale où, durant cette période, les gendarmes n’étaient pas constitués en formations combattantes même si plusieurs centaines d’entre elles ont été présentes sur le front dans des unités d’infanterie. La gendarmerie prévôtale a, en revanche, un rôle essentiel dans le maintien de l’ordre au sein des armées et la poursuite des déserteurs. En 1918 est créée l’Ecole des officiers de la Gendarmerie, en 1920 une direction de la gendarmerie, avant la naissance des pelotons mobiles spécifiquement destinés aux opérations de maintien de l’ordre (devenus la garde républicaine mobile en 1926)…

Nouvelle « parenthèse » encore avec un petit espace dédié à la gendarmerie dans le monde « créée sur le modèle français », glisse Magalie Dufour. A l’exemple de la garde rouge du Sénégal. Vient la Seconde Guerre mondiale, avec la tenue de déporté du chef d’escadron Guillaudot ou encore un coup de projecteur sur la garde personnelle du maréchal Pétain. « On assume l’histoire et on l’explique », commente Magalie Dufour. Comme Mai 68 aussi, au regard d’un écran télé reconstitué diffusant des images des escadrons. En face: une moto BMW de la fin des années 70, début années 80, est en première ligne d’une armée de véhicules de gendarmerie… miniature.

Mais, à l’instar de la police, la gendarmerie a aussi une mission de police scientifique et judiciaire comme en témoigne une vitrine où Bertillon, inventeur du premier laboratoire de police d’identification criminelle en 1870, est évoqué aux côtés de profils de criminels. Avec en son centre: la carabine USM1 qui fut l’arme du crime dans la célèbre affaire Dominici.

Ultime étape avec la reconstitution d’un centre d’appels d’urgence et la présentation des unités spécialisées de la gendarmerie (motard, pilote d’hélicoptère, maître-chien instructeur…). « Cette présentation changera régulièrement pour évoquer les différentes unités », indique Magalie Dufour. Dernier regard à porter sur un mur couvert de photos représentant des gendarmes en activité, large panneau coloré en bleu, blanc, rouge. Instantanés de la gendarmerie d’aujourd’hui, après avoir traversé sept siècles en une heure et demie à deux heures, au cœur de l’histoire d’une institution. Une histoire instructive, singulière, sociétale. En cela, la gendarmerie méritait bien un musée, mon capitaine!

(*) Dont plus de 8,8 millions financés par la communauté d’agglomération Melun Val de Seine (travaux), 3,18 millions d’euros par la ville de Melun (parvis et voirie), 1,18 million d’euros par le département un million d’euros par la région, 176 200 euros par l’État et 700 000 euros via du mécénat.

Vite dit…

• La ville de Melun a dû batailler pour garder le musée! Le château de Vincennes dans le Val-de-Marne a eu un moment la préférence en raison de la présence historique de la gendarmerie en ses lieux.

• Symbole des unités d’élite sous l’ancien régime, la grenade enflammée n’apparaît qu’avec la création de la gendarmerie nationale au XVIIIe siècle. Elle est unique au sein des armées par sa représentation à huit flammes en or ou en argent.

Pratique

Le musée, classé « Musée de France », est implanté à l’ouest de la ville de Melun (1-3, rue Emile Leclerc) à la sortie immédiate du centre. Son entrée principale donne sur la route nationale 105 qui lie Melun à Paris.

• Ouverture tous les jours, sauf le mardi du 1er avril au 30 septembre de 10 h à 18 h, du 1er octobre au 31 mars de 10 h à 17 h 30.

• Fermeture: les 1er janvier, 1er mai, 1er novembre et 25 décembre.

• Tarif: 5 euros/pers., sur une base 10 (gratuit pour le conducteur).

• La visite de l’exposition permanente se fait librement (avec visioguide – moyennant 2 euros/pers. – ou sans, et proposant trois visites: histoire générale, histoire de la gendarmerie et un parcours conçu pour les plus jeunes).

• Visites guidées: il faut s’adresser à l’office de tourisme de Melun (forfait de 200 euros sur une base 30 + prix d’entrée par personne).

« Nous pouvons organiser des visites thématiques ou théâtralisées sur demande, un supplément forfaitaire sera à prévoir, il est actuellement en cours de définition », ajoute Magalie Dufour, responsable de la communication au musée de la Gendarmerie nationale.

• L’exposition temporaire est payante: 2 euros./pers.

• Il n’y a pas de restauration proposée dans le cadre du musée.

• Le musée est accessible aux personnes en situation de handicap.

• L’autocar peut déposer le groupe devant l’entrée du musée, puis stationne à quelques mètres de là, rue Louis Beaunier (trois places gratuites).

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