Tunisie Jusqu’en 2011, le tourisme représentait 7 % du PIB, 400 000 emplois directs et un million d’indirects. L’instabilité politique a fragilisé ce secteur, particulièrement sur les marchés européens. Mais les deux massacres de touristes étrangers survenus à trois mois d’intervalle cette année pourraient lui donner le coup de grâce. Pour autant, la Tunisie compte bien trouver une nouvelle voie pour surmonter la désaffection dont elle est victime par ricochet. C’est aussi un nouveau visage du pays que veut donner la directrice de l’office national du tourisme tunisien en France.
Wahida Jaiet, directrice en France de l’office national du tourisme tunisien, dit préférer voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. De la volonté, il lui en faut pour dépasser les difficultés que traverse le tourisme dans le pays. Après les attentats de mars et de juin 2015, le secteur va devoir redorer son image de marque et se réinventer pour se donner un avenir.
A la tête de la structure institutionnelle depuis le début du mois d’août, Wahida Jaiet arrive directement de Londres où elle occupait les mêmes fonctions. Mais le contexte est radicalement différent. Jusqu’à fin juin et l’attentat de Sousse, le marché britannique était en croissance à deux chiffres. Le marché français connaît lui une dégradation continue depuis 2010 et qui va s’accélerant. La tâche à relever tient du défi.
Wahida Jaiet: Elle reste difficile. Sur plusieurs marchés, la baisse est marquée. Néanmoins quelques frémissements d’une reprise ont pu être observés en août à Djerba. Mais force est de constater que la demande n’est pas là. En cumul, les arrivées de Français sont en recul de 30 % depuis le début de l’année par rapport à la période équivalente arrêtée fin juillet 2014. Outre la crainte des attentats, il y a des raisons endogènes qui peuvent l’expliquer, comme les difficultés économiques qui réduisent les budgets des Français, mais pourtant la Tunisie reste une destination très compétitive. C’est l’un de ses nombreux atouts. Pour la Tunisie, les Français comptent beaucoup. Au delà des liens historiques et amicaux, ils sont demandeurs d’un tourisme plus complet que le simple séjour balnéaire, sous forme de circuits, de thalassothérapie, de golf ou d’événementiel. Nous devons reconquérir l’intérêt pour la Tunisie de nos amis français. Toute crise offre l’opportunité d’une réflexion.
Nous devons reconstruire l’image de la Tunisie. Il y a lieu de penser différemment et effectivement de revisiter notre façon de travailler. Les difficultés du moment pourraient contraindre certains établissements à fermer leurs portes avant même l’arrière-saison ou l’hiver. C’est peut-être le moment que nous devons saisir pour améliorer le produit, acompagner les efforts des opérateurs du tourisme dans la gestion de la crise pour préparer 2016/2017 dans de meilleures conditions. Des réformes sont envisagées. Sans délaisser le balnéaire, qui reste notre fonds de commerce, nous pourrions développer bien davantage les marchés de niche, le tourisme alternatif, l’agro-tourisme, le tourisme solidaire, les découvertes culturelles… Nous assistons ainsi au développement croissant des maisons d’hôte et des hébergements de charme, à même d’attirer une clientèle différente. Il y a en Tunisie toute une jeunesse qui ne manque pas d’idées et qui peut montrer que le pays a beaucoup à offrir. Le 22 août dernier, Gabès a organisé une «Nuit des arts martiaux» où les Français étaient présents. Hammamet a mis en place une semaine avant son Ephémère Festival, Nefta a accueilli le festival «Dunes électroniques» en février dernier, Carthage enchaîne les festivals de musique… Toutes les richesses de la Tunisie ne sont pas assez connues.
Nous voulons montrer une Tunisie différente, plus complète, et nous positionner sur de nouveaux créneaux. C’est ensemble avec les tour-opérateurs qui continuent de nous soutenir que nous pourrons revisiter l’image de la Tunisie auprès des Français. Nous aimerions par exemple capitaliser davantage sur les seniors, qui peuvent justement être demandeurs de nouvelles formes de tourisme.
Nous allons avoir dans très peu de temps une réunion avec tous nos partenaires français pour dresser le bilan de l’été et définir des priorités pour 2016. Nous y réfléchirons avec le Seto, le Snav, les réseaux, les agences de voyages… Nous voulons renforcer nos partenariats, travailler aussi par axes régionaux, aller à la rencontre des professionnels, btob ou btoc, en développant un travail de proximité avec eux. Ce sont ces échanges directs avec eux que nous voulons renforcer. Nous sommes soucieux de leur expliquer en toute transparence la situation, de mener des actions de formation. Nous serons peut-être moins présents dans les salons, mais beaucoup plus sur des événements comme la première «Journée tunisienne» organisée le 21 août dernier à l’hippodrome de Deauville autour de l’art équestre ainsi que des spécialités gastronomiques et artisanales du pays. Elle a attiré plus de 8 000 visiteurs qui ont pu découvrir un visage moins connu de la Tunisie. Nous allons aussi proposer des éductours, à même de leur faire connaître toute la palette des choix touristiques proposés par le pays. Que ce soit là-bas ou ici, il faut que les professionnels du tourisme puissent vivre et sentir le pays, qu’ils puissent tester les saveurs de sa gastronomie, déguster son pain traditionnel, apprécier le savoir-faire de ses artisans. C’est tout celà que nous voulons leur montrer.
Notre volonté est de travailler en profondeur avec les professionnels français, ans la durée. Car nous savons que toute cette reconquête prendra aussi du temps.