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Ambiances western

À la Une | publié le : 01.09.2015 | Dernière Mise à jour : 01.09.2015

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Ambiances western

Crédit photo Dominique de La Tour

Auteur

  • Dominique de La Tour

Arizona Cet état de l’Ouest sauvage, plus marqué par l’ex-proprio mexicain que par l’indigène apache, hésite entre le chic californien et la vie pionnière, revisitée par Lucky Luke et John Wayne.

L’Arizona souffre d’un double handicap: on sait rarement ce qu’on peut y voir, et le corollaire, c’est ce paradoxe: on sait encore moins qu’elle abrite le canyon… du Colorado! Car il y a aussi peu de canyons au Colorado que de dalmatiens en Dalmatie, ou de Poitou en Poitou-Charentes, car le canyon du Colorado, c’est en Arizona! Historiquement, cet état de 300 000 km2 pour trois millions d’habitants est un morceau du Mexique, du temps qu’il s’appelait “Nouvelle-Espagne”.

La toponymie trahit cela: Mesa, Santa Cruz, La Paz, Nogales, Sierra Vista… En 1912, la frontière a dû cependant battre en retraite face aux prétentions des pionniers anglo-saxons. L’annexion s’est faite aux dépens du Mexique, et surtout des Apaches, peuple guerrier à la cruauté intrépide.

Le nom d’Arizona, d’ailleurs, est un mot d’origine indienne, du dialecte uto-aztèque, pour être précis, et signifie “petite source”. Drôle d’idée dans un décor minéral sublime, mais sec, avec le fond brûlé du désert de Sonora qui ne tolère que les cactées, des monts chauves aux pics exagérés, des maquis souffreteux, des plaines sans un pli passées au fer à repasser, et bien sûr… ce filet d’eau perdu dans le canyon du Colorado.

Grand Canyon? Il faut se souvenir qu’en américain, grand veut dire “immense”, “formidable”, plutôt que simplement “vaste”. De même que Colorado veut dire “rouge” et pas “coloré”. La trahison des faux amis est compensée par l’éloquence des chiffres: 450 km de long pour ces plaies ouvertes dont les lèvres s’écartent sur 30 km, une profondeur moyenne de quatre tour Eiffel et demie. L’ensemble couvre 5 000 km2: 50 fois Paris ou une fois Istanbul, comme on voudra. De ses 2 350 km, le fleuve parcourt ou longe sept États. L’Arizona contrôle 40 % du trajet, mais à l’échelle du socle ocré du canyon, de cette merveille d’immensité encartée à l’Unesco, c’est un filet d’eau chocolatée.

Exploits de barillets

La biographie du canyon, c’est la banale aventure d’une grande cascade qui a reculé…, reculé – pendant 65 millions d’années. Elle a tailladé ce millefeuille de calcaire et de grès, riche en oxydes, jusqu’à tracer ce fossé au fond duquel l’eau s’est exilée, taisant une violence qui fait la joie des rafteurs. De la mule à l’hélico, par le train express ou la montgolfière, tous les moyens sont bons pour découvrir Grand Canyon.

Déconseillons peut-être l’avion, trop rapide, volant trop haut, et en face duquel l’hélicoptère justifie largement la différence de prix. Cela dit, ni un survol panoramique, ni une plongée à grands effets dans la salle du cinéma Imax, ne remplace l’exploration de visu et in situ, en voiture ou minibus, par ses chemins de ronde balisé de lignes blanches. Il est judicieux de programmer l’aller-retour, faisant la pause-repas à midi solaire lorsque l’éclairement écrase les détails, car entre l’aube et le crépuscule, les tonalités et les impressions changent du tout au tout.

Le jeu est d’aller d’observatoire en point de vue, dans les bouffées de résine, le chuintement du vent tiède, le croassement des corbeaux bien mastards guettant le vol du rare papier gras. C’est pourquoi on peut aisément prévoir une journée pleine (donc deux nuits sur place) pour cet immense bloc rougeâtre qu’enrichit chaque saison. Et dans un autre ordre, prévoir aussi de bonnes jumelles, du matériel photo, et un bon galurin pour éviter l’insolation.

Pour peu qu’il fasse une entorse à l’Arizona, qu’il ose franchir le seuil extraterritorial d’une réserve indienne, un voyagiste habile se laissera tenter par le détour vers Monument Valley. De La Chevauchée fantastique à Il était une fois dans l’Ouest, plus d’une vingtaine de films y ont été tournés, parmi les mesas dont beaucoup sont des sanctuaires indiens. Pour bien profiter de cette batterie de tambours de roc, il faut d’abord la longer, au coucher du soleil, qui fait éclater la braise comme au soufflet d’une forge. Les autorités navajo ont alors fermé le parc, ce qui laisse le loisir de faire un crochet en Utah, jusqu’à la vue plongeante sur Gooseneck, un autre canyon bien nommé, puisqu’il se tortille comme le cou d’une oie. Encore un classique des westerns!

Car outre le naturel, l’Arizona est le pays du galop. Apprentissage du lasso, visite au corral, rando canassonne très encadrée, cuisine de l’Ouest lointain, fraternisation reptile grâce au montreur de crotales: un bref séjour dans un ranch touristique satisfera quelques fantasmes. Mais plus que dans les grands espaces qui prennent leurs aises entre les cités compactes, le trot du cheval se fait entendre dans les villes elles-mêmes.

Au beau milieu de Tucson, la statue équestre de Pancho Villa rappelle la ville à ses origines mexicaines. Les vestiges du presidio – siège du pouvoir délégué par les rois de Madrid – et de sa plaza de las armas immortalisent les cavaliers qui ici faisaient leur loi: les lanciers (lanceros) aux ordres du sergent Garcia du cru. Des peintures murales évoquent les ruades des conquistadors, les raids peau-rouge, le siècle des cow boys, et en février, le festival des Vaqueros rappelle que lasso, corral, rancho, rodeo, stampede ou chaparral (maquis), nous viennent des vaillants vachers hispaniques, dont le savoir-faire et l’équipement ont fait la synthèse entre l’Espagne du nord et l’artisanat autochtone.

Chercheurs d’or et reines du bal

Au large de la ville, entre les replis du terrain pierreux, s’étendent les Old Tucson Studios. On y visite les décors construits pour les exploits de barillets de John Wayne ou de Gary Cooper: une cinquantaine de bâtiments dans le style 1860, saloons, fermes, prison, une copie du fort Alamo, conçus, utilisés et remployés pour des titres aussi célèbres que Rio Bravo, Le Grand MacLintock, El Dorado, Tom Horn… ou des séries télé telle Chaparral ou La Petite Maison dans la Prairie.

“Tu trimballes de l’or ou de l’argent? Du plomb”. L’atmosphère est aux répliques laconiques du Wild West. Pour les besoins capricieux des réalisateurs, on déportait au milieu des cailloux et des cierges les accessoires les plus invraisemblables, jusqu’à ce vrai train présidentiel, qui subit les attaques poudrées de plusieurs westerns, avant d’être abandonné à l’oeil impressionnable du touriste. Des figurants, qui ont parfois à leur actif une centaine de films, dégainent en deux dixièmes de seconde, et trahissent pour la millième fois les anecdotes sur le Technicolor d’avant les effets spéciaux. Paradoxalement, certains sont de vrais cow boys au chômage, convertis vers 1960 au septième art, et leurs (vrais) colts ont parfois sur la conscience et sur la crosse la mort de plusieurs outlaws.

Au sud de Tucson, à droite de la Highway 19, le vieux couvent immaculé de Saint-François-Xavier éblouit. Dans la nef, bourdonnent les prières en espagnol. Elle est remplie par la même foule en couleurs mayas que de l’autre côté de la barrière frontalière. C’est l’étape inattendue sur le chemin de la ville minière de Tombstone: un relent bon enfant de Zorro avant d’être l’hôte de l’impitoyable Wyatt Earp et du fourbe alcoolique Doc Holiday. Et dès l’entrée, Tombstone la bien nommée (“pierre tombale”!), met dans l’ambiance. Le cimetière de Boothill (“la colline des Bottes”) recueille les tombes empierrées des protagonistes – sortants – du “règlement de comptes” d’OK Corral avec Billy Clanton et les frères McLaury, impliqués dans une sombre affaire de trafic de bétail. Tout autour, les autres mausolées de calcaire empilé en disent long sur la qualité de l’air du Tombstone de 1881: “flingué”, “lynché”, “scalpé”, “pendu légalement”, au minimum… Chaque épitaphe tend à prouver qu’il était difficile de mourir dans son lit.

Tombstone a préservé dans son jus de chique son quadrillage de ville-champignon, avec ses bars, son croque-mort, ses marchands de selles et de Stetsons, son cabaret-bordel aux murs truffés de vraies balles. Elle vit autour du souvenir d’OK Corral – la plus célèbre bagarre de l’Histoire. Comme une relique, le site sinistre de ce bout de ranch est conservé. Juste à côté, des acteurs se tirent dessus plusieurs fois par jour, avec le réalisme digne d’une reconstitution chez le coroner. De cette affaire de vol de cheval réglée à sa manière par l’homme fort de la ville (Wyatt Earp, dont la modeste bicoque a été conservée), les pièces à conviction sont au palais de justice, devenu musée. En tout temps, on peut voir ballroom queens, chercheurs de noises et chercheurs d’or, trousseurs de filles et détrousseurs de train hanter les arcades de bois de Tombstone. Cependant, les Wyatt Earp Days portent la ville au paroxysme de son ébullition, qui voit plusieurs sosies rivaux scander au six-coups les proverbiales “sept secondes en enfer” que dura le duel.

Duel à l’heure atomique

Ancienne capitale, Prescott n’est pas en reste. Sur un seul site, un écomusée a réuni pour un pow wow urbain des bâtiments de la conquête de l’Ouest. Demeures bourgeoises aux dentelles chichiteuses et cabanes de bois rude accueillent les caisses de bois, poêles de fonte, meubles et objets quotidiens de l’époque. Coupé par une artère nommée sans honte «Whiskey Row», le centre-ville est à l’avenant: le saloon, avec sa porte à deux battants, sert toujours. Les statues en honneur de l’US Cavalry, des cow-boys et du rodéo ont la main haute sur le jardin public, et moyennant 2 000 $, on peut même s’offrir un six-coups prêt à cracher son gros calibre…

Un peu à l’extérieur de Prescott, l’ancien fort fédéral a gardé les baraquements du temps d’insécurité extrême, quand l’armée seule pouvait maintenir la Loi et l’Ordre, et les Indiens sur leur réserve. Cette Arizona de Lucky Luke, ses traditions, ses souvenirs ont été mis sous cloche au museum of the West qui vient d’ouvrir à Scottsdale, le faubourg chic et limitrophe de Phoenix. Bien que capitale de l’État, Phoenix n’a pas pu davantage se défaire de ses fantômes. La floraison, inattendue en plein désert, de cette bourgade a bien fait pousser quelques gratte-ciel, et même des bâtiments d’une avant-garde un peu mastoque: stade boursouflé comme un Zodiac, Musical Instrument Museum, riche de 3 000 violons, tambours, flûtes ou yukulele de tous les continents. Cependant, avec ses villas de bois, ses bâtiments art déco qui reprennent avec malice le style tarabiscoté cher aux latinos, Phoenix n’échappe pas à une Histoire, dont on dit un peu vite qu’elle n’existe pas aux States.

Sur West Adams Street s’ouvre un des huit musées créés par Wells-Fargo. Il rappelle les débuts héroïques du groupe bancaire – ceux d’une audacieuse compagnie de diligences. Un de ces élégants véhicules trône dans le hall, mais il faut aussi jeter un œil aux vitrines. On y déballe notamment des portraits-robots, des moulages de traces de bottes, et une série de mugshots (trombinoscope) patibulaires: le long fichage des malandrins ayant tourné un jour leurs armes ou leur ruse contre les clients de la firme ou leur cocher. “La Wells Fargo n’oublie jamais”, aimait-on à répéter. Adepte de la dissuasion et de la rancune, Wells Fargo s’imposait des dépenses aberrantes pourvu de ne jamais laisser impuni, jusqu’au fric frac foireux commis vingt ans plus tôt.

Comme un rappel de cet état d’esprit, une Amérique plus récente a placé, au milieu de nulle part, le dernier avatar de la Loi et de l’Ordre. Le musée Titan est peut-être le seul endroit au monde où l’on peut découvrir un centre de tir de l’ère atomique.

La fusée de 31 m est toujours dans son silo: Titan II, qui avant désamorçage, avait la puissance destructive de 750 Hiroshimas. En vertu du secret des codes (un simple ruban perforé), on ignore qui de Minsk, de Toula, de Kichinev ou d’Odessa, l’inflexible missile, devait rayer de la carte de l’URSS. En short impeccable, les anciens militaires responsables des tirs ne vous le diront pas: eux-mêmes l’ignoraient, comme ils ignoraient, lorsqu’ils étaient convoqués, si c’était pour l’exercice, ou un tir… pour de bon.

Pratique

Hébergement

Grand Canyon

→ Best Western Grand Canyon Squire Inn*** (Tusayan)

250 chambres avec baignoire à Tusayan, à l’entrée sud de Grand Canyon. Vaste boutique, excellent restaurant. Tableaux régionaux et meubles western. En sous-sol, pizzeria et bar, bowling, billard. Piscine, petite salle de sport, sauna et bains à remous gratuits.

www.grandcanyonsquire.com

Phoenix/Scottsdale

→ Valley Ho****

213 chambres, des suites et des appartements, tous avec balcon ou terrasse. A Scottsdale, au milieu des montagnes, un immeuble fiftiesflanqué d’une tour, avec large baie vitrée sur la piscine, Spa classique, gym…

Tél.: +480 248 20 00

www.hotelvalleyho.com

Tucson

→ The White Stallion Ranch***

41 chambres, certaines avec bains à remous et cheminées. Balades à cheval guidées pour tous niveaux. Activité de jeux thématiques pour tous âges. Cuisine familiale locale, inclus Assez éloignée de la ville.

Tél.: +520 297 02 52

www.whitestallion.com

Restauration

→ Michael Monti’s – La Casa Vieja (Phoenix)

A Tempe, le faubourg étudiant de Phoenix: briques chaulées, intérieur boisé, Winchesters sur le mur… Un cadre et une cuisine bien US avec un service souriant et rapide.

Tél.: +480 967 75 94

→ Murphy’s (Prescott)

A Prescott, dans un vrai saloon avec grandes lampes, mezzanine et portes battantes, steaks et plats du sud-ouest… des États-Unis!

Tél.: +928 445 40 44

En savoir plus

Office de tourisme de l’Arizona au 01 44 77 88 09

visitarizona.fr; arizona@ecltd.com

Phoenix: www.visitphoenix.com

Scottsdale: www.scottsdalecvb.com

Musical Instrument Museum: www.mim.org

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