Pays-Bas Il y a cent vingt cinq ans que Vincent van Gogh est mort. La destination multiplie cette année les possibilités de revisiter l’œuvre du peintre du Brabant et de la confronter à d’autres réalisations postérieures ou contemporaines. Il n’est pas trop tard pour redécouvrir sous les angles les plus divers l’immense apport de l’artiste à l’oreille coupée, d’autant qu’il demeure parmi les plus cotés et que sa popularité ne s’estompera pas à la fin de 2015!
Alors qu’en France et en Belgique, les manifestations autour de Van Gogh renoueront avec les habitudes l’été achevé, les Pays-Bas joueront les prolongations pour commémorer la disparition, il y a cent vingt cinq ans, de l’un de ses plus illustres peintres. Il n’est donc pas trop tard, au second semestre 2015, pour profiter pleinement de bon nombre d’opportunités d’une année exceptionnelle. n Un temple complètement rénové
A tout seigneur, tout honneur. Le musée Van Gogh d’Amsterdam est le point de passage obligé de tout amateur ou passionné du peintre. Et pour cause! Sur les 900 tableaux qu’on lui doit, pas moins de 200 sont conservés par le musée fondé à Amsterdam en 1973. Moins connu, mais tout aussi parlant, plus de la moitié des 1 100 dessins de l’artiste lui appartiennent également, de même que 800 lettres de sa correspondance! Et le succès ne se dément pas.
Le musée reçoit un nombre croissant de visiteurs. Il a comptabilisé 1,6 million d’entrées payantes en 2014, en hausse de 10 % par rapport à 2013. Ce même pourcentage est aussi à mettre au compte de la part représentée par les Français parmi les visiteurs, qui se classent troisième derrière les Néerlandais (18 %) et les Italiens (12 %).
Pour faciliter les visites, outre un élargissement des horaires d’ouverture déjà en place, le musée va se doter lors de la deuxième semaine de septembre exactement, d’un nouvel accueil directement installé sur la « Museum Plein ». En attendant, l’accès à l’entrée du musée Van Gogh s’effectue par la rue Paulus Potter.
À l’instar du Rijksmuseum et du Stedelijk Museum, deux autres institutions majeures d’Amsterdam, le musée Van Gogh disposera ainsi d’un accès à l’extérieur du bâtiment principal. « Nous pourrons ainsi recevoir davantage de visiteurs et mieux les accueillir », assure Axel Rüger, directeur du musée.
De fait, ces 800 m2 supplémentaires, derrière d’immenses baies vitrées, offriront un espace de réception accru et des services plus complets. Néanmoins, aussi conviviale et pratique soit-elle, les visiteurs ne resteront certainement pas dans l’entrée! Et ils auront raison!
Depuis le 20 mai dernier et jusqu’au 17 janvier 2016, ils peuvent découvrir une exposition exceptionnelle. Le concept de « When i give, i give myself » permet de pénétrer dans les pensées profondes de Vincent van Gogh et de voir comment elles sont interprétées par les créateurs d’aujourd’hui. Une vingtaine d’artistes contemporains, peintres ou écrivains d’envergure internationale, ont en effet chacun reçu dans le cadre de ce projet original une des lettres de Vincent à son frère Théo. Libre à eux de s’en emparer et de s’en inspirer. Ils ont ensuite renvoyé au musée leurs œuvres répondant au courrier, montrant par là à quel point les interrogations, les doutes, les réflexions de Vincent van Gogh demeurent d’actualité plus de cent vingt cinq ans après sa mort. Le même exercice a été confié à des étudiants en art, dont une sélection des créations sera exposée à partir de décembre prochain. Un résultat inédit également.
Là ne s’arrêteront cependant pas les rapprochements entre Van Gogh et ses pairs. À partir du 25 septembre prochain et jusqu’au 17 janvier 2016, le peintre néerlandais sera confronté à un autre artiste majeur, Edvard Munch, son cadet de dix ans, mais qui vécut bien plus longtemps, jusqu’en 1944. C’est la première fois, à cette échelle, que les œuvres des deux artistes seront juxtaposées afin de faire ressortir leurs affinités. « Munch: Van Gogh » leur permet de dialoguer entre eux, l’un avec Le Cri et l’autre avec Le pont de Trinquenaille, le Norvégien avec L’enfant malade et le Néerlandais avec la Madonne. Une centaine de tableaux, exceptionnels et rarement réunis, permettront ainsi d’appréhender la production de ces deux artistes particulièrement représentatifs de l’art de la fin du XIXe siècle en Europe occidentale.
Les collections permanentes elles mêmes témoignent d’ailleurs de toutes ces interactions créatrices. La proximité de Vincent van Gogh avec Gauguin et Toulouse-Lautrec est bien connue. C’est un des aspects qui ressort de la présentation entièrement repensée des œuvres et de la vie de Van Gogh au musée qui lui est dédié.
Depuis fin 2014, le parcours artistique du peintre, les soubresauts de son existence, sa correspondance sont ainsi valorisés tout en facilitant les déambulations parmi les centaines de tableaux exposés, pas toujours les mêmes d’ailleurs pour les protéger des affres de la lumière. Des vidéos et diverses applications technologiques décryptent le travail de l’artiste, repérant ses coups de pinceau comme, tandis qu’il s’activait sur un chevalet posé près d’une plage du midi, les grains de sable par quelque vent sur ses toiles déposés.
Fini les murs blancs faisant ressortir les tableaux. Bienvenue à la couleur, même au noir, qui permettent de guider les visiteurs à travers les choix essentiels du musée tout en leur permettant d’approfondir la thématique et de la rattacher à une période de la vie du peintre. Ainsi, le fameux tableau Les mangeurs de pommes de terre est-il l’occasion d’évoquer la première période de Van Gogh, dessinée dans l’austère Brabant. Accrochés seuls à leur mur, ces tableaux pivots sont ainsi mis en exergue, et permettent une meilleure compréhension de l’évolution de l’artiste. Toujours pour répondre aux attentes du public, le nouveau musée Van Gogh restitue toute l’importance de son œuvre, et donne à comprendre les raisons de l’engouement qu’il suscite. Les visiteurs ressortent du musée plus convaincus que jamais d’avoir approché l’art dans toute son expression et l’artiste dans toutes ses dimensions.
La géographie étant ce qu’elle est et les Pays-Bas ce qu’ils sont, Van Gogh n’est pas Hollandais mais Brabançon. Né en 1853 à Groot Zundert, le peintre a passé toute la première partie de sa vie entre différents petits bourgs du Brabant-Septentrional. La province néerlandaise proche de la Belgique s’est donc aussi investie dans les commémorations de 2015. A commencer par le musée du Brabant-Septentrional (Het Noordbrabants Museum) qui est le seul de la région natale du peintre à exposer ses tableaux. Le musée de Bois-Le-Duc (’s-Hertogenbosch) s’est même plié en quatre, si l’on ose dire pour la ville qui a donné son nom au ruban bolduc, pour lui rendre hommage.
Les deux expositions du printemps viennent de s’achever, mais celles de l’automne ne doivent pas être oubliées. Les deux seront ouvertes du 10 octobre au 20 décembre 2015. L’une revisite l’environnement du presbytère où il a passé son enfance. C’est ainsi toute la période néerlandaise qui est présentée à l’occasion de cette exposition, avec des tableaux de la collection permanente ou prêtés comme cet autoportrait de 1886 provenant d’Amsterdam. L’autre exposition qui se demande « Où est Van Gogh? » s’intéresse aux produits dérivés de son art et aux objets qui s’en inspirent. Une approche ludique qui met en évidence l’importance de l’artiste qui n’avait de son vivant vendu qu’un seul tableau, et se classe aujourd’hui parmi les peintres les plus recherchés. Où va donc se nicher Van Gogh aujourd’hui? Le musée du Brabant-Septentrional
Sa biographie en tout cas mène aussi tout droit vers la frontière belge, du côté de Zundert, près de Bréda, ou de Nuenen, près d’Eindhoven.
La maison natale de Vincent van Gogh à Zundert
Tout aussi original, le projet présenté à 14 km plus au nord dans l’église d’Etten-Leur, où le père de Vincent van Gogh prêchait et où l’artiste décida de sa vocation. L’église réformée
Plus à l’ouest, à Tilburg, c’est sur l’éducation de l’artiste que peuvent se pencher les visiteurs du « Local à dessin de Vincent »
En retournant vers le sud, les amateurs vont faire un bond dans la vie de Van Gogh en passant par Nuenen, le village où, tout juste trentenaire, il a passé deux années à se consacrer entièrement à la peinture. Un quart de son œuvre a été produite dans ce coin du Brabant, notamment la fameuse toile des Mangeurs de pommes de terre. Le Vincentre
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Pour une approche plus complète de Van Gogh, le musée Kröller-Müller d’Otterlo s’impose également, d’autant que la région d’Arnhem se prête admirablement à de riches découvertes touristiques par ailleurs. Le musée propose de passer l’été en compagnie de Van Gogh et prévoit une série de manifestations qui s’étaleront jusqu’à fin septembre pour certaines d’entre elles: films, concerts, lectures à l’Alliance française, bustes et portraits dans le jardin des sculptures, voyage artistique à travers les différentes régions et pays où il a vécu… et même plats inspirés par l’œuvre de Van Gogh au menu du restaurant Monsieur Jacques du musée. Pour l’art, le musée Kröller-Müller sait aussi servir le meilleur des deux derniers siècles, avec quelques incursions antérieures. Quant à Van Gogh, il y est aussi bien représenté, le musée détenant la deuxième collection la plus importante au monde de ses œuvres (90 peintures et 180 dessins) après le Van Gogh d’Amsterdam et quelques-unes des plus essentielles d’ailleurs.
Deuxième collection du monde
Il est donc tout naturel que le Kröller-Müller se soit associé aux commémorations des 125 ans de la mort du peintre du Brabant. À cette occasion, il a monté une exposition s’appuyant sur sa collection que les visiteurs peuvent découvrir jusqu’au 27 septembre prochain. « Van Gogh & Co: collections entrecroisées » rapproche le peintre néerlandais de ses contemporains, de ses prédécesseurs et successeurs avec quelque 50 tableaux et dessins qui font ressortir similitudes et oppositions.
Henri Fantin-Latour, Jean-Baptiste Camille Corot, Paul Cézanne, Adolphe Monticelli et quelques autres sont ainsi convoqués pour entrer en résonnance avec Van Gogh autour de quatre thématiques: les portraits, la nature, les paysages et les natures mortes.
Nul doute que de ces dialogues naîtront aussi des révélations. Le Kröller-Müller a aussi retrouvé des affiches qui avaient été réalisées par des artistes et graphistes renommés lors du centenaire de la mort de Van Gogh. Elles sont également exposées, rendant un hommage tout personnel au grand peintre.