Marché Alors que le tourisme sud-africain poursuit sa croissance sur les marchés internationaux, fort d’une notoriété bien portée par la réussite de la Coupe du Monde de football de 2010 et par les progrès enregistrés en matière de lutte contre l’insécurité, ce sont les contraintes administratives adoptées depuis le 1er juin qui représentent les plus forts obstacles à la poursuite de sa croissance.
Depuis le 1er juin, l’entrée des personnes mineures en Afrique du Sud est subordonnée à la fourniture d’un certificat de naissance authentifié par un traducteur officiel. Cette nouvelle disposition n’est pas anodine. Compte tenu de la situation familiale souvent compliquée dans lesquels ces mineurs se trouvent: naissances hors territoire, familles décomposées ou éparpillées… Cette mesure peut s’avérer d’une extrême complexité. Sans compter le coût supplémentaire d’un document certifié, c’est-à-dire bien supérieur à une centaine d’euros. C’est pour cela que, sous la pression des compagnies aériennes, notamment, mais aussi de l’ensemble des acteurs de la chaîne touristique, cette décision du gouvernement sud-africain avait été par deux fois différée au 1er avril 2014, dans un premier temps, puis au 1er octobre dernier, une seconde fois. Mais, en dépit d’un ultime courrier adressé par le Seto à l’Ambassade d’Afrique du Sud à Paris, en avril dernier, cette mesure est bien entrée en vigueur au 1er juin, en France comme ailleurs. « Nous sommes déterminés à contribuer à combattre le trafic humain », a justifié Derek Hanekom, le nouveau ministre du Tourisme, lors de son passage au salon professionnel du tourisme Indaba, qui s’est tenu en mai dernier. De nouvelles formalités pour les enfants mineurs, mais aussi de nouvelles contraintes pour l’obtention des visas pour les pays n’ayant pas encore adopté le principe des passeports biométriques. Il faudra dorénavant que les visiteurs se déplacent en personne vers des points définis: consulat, ambassades… Sont par exemple concernés la Russie, la Chine… Dans ces conditions, les propos de Derek Hanekom, « nous sommes déterminés à ce que notre pays soit toujours ouvert à accueillir les gens en provenance du monde entier », ne manquent pas d’interroger!
Présents à Durban pour le salon Indaba, les professionnels français ont des avis assez partagés sur la question. Il est vrai que c’est la clientèle familiale qui sera la plus touchée: « pour nous, c’est la pire des choses qu’ils pouvaient nous faire. Entre la complexité des procédures et le coût supplémentaire, nous sommes susceptibles de perdre la moitié de notre clientèle sur la destination », affirme Sophie Aubriet, directrice long-courrier de Pacha Tours-Rev Vacances. Pour la clientèle groupes loisirs, les avis sont plus nuancés: « notre clientèle est âgée et voyage en principe sans enfant », explique Luc Le Saos, responsable chez Salaün Holidays/Nationaltours.
Catherine Labé des Matins du Monde à Lyon, préfère se concentrer sur ses recherches: « nous sommes à l’affût d’un programme de tourisme solidaire, à l’image de ce que nous avons déjà fait ou souhaitons faire en Ouzbekistan, Inde, Vietnam, Madagascar… ».
Quant aux groupes Mice, ils devraient, eux aussi, passer à côté de ses mesures restrictives.
« Nous pensons que cette mesure ne va pas dans le bon sens et que le gouvernement n’a pas bien mesuré l’impact qu’elle pouvait avoir sur la fréquentation touristique familiale », regrette pour sa part Henri Ménard, le patron d’African Eagle, l’un des principaux réceptifs depuis plus de vingt ans, à Johannesburg. Autre ombre au tableau: les manifestations xénophobes qui ont secoué le pays, à plusieurs reprises. « Elles ne contribuent pas à améliorer l’image globale de la destination », poursuit-il. Juste au moment où l’Afrique du Sud se remettait de l’effet négatif porté à la fin de l’année dernière par l’épisode de fièvre Ebola, même si la population d’Afrique du Sud, n’a été que très faiblement touchée par l’épidémie. Fort heureusement, et en dépit de ces contrariétés, la destination peut compter sur ses fondamentaux: « le rand fait du yoyo, mais reste à un niveau faible par rapport à l’euro, ce qui rend les prix encore très attractifs pour la clientèle européenne », apprécie Henri Ménard. Le dépaysement, lui aussi, est garanti, sans décalage horaire, et le patrimoine historique, autour du personnage de Nelson Mandela est, année après année, bien remis en valeur.
De son côté, Tina Blanchard, directrice du marketing de South African Tourism en France, tente de relativiser la portée des nouvelles mesures concernant l’entrée des mineurs: « personne ici n’a intérêt à affecter la continuité de la progression de la fréquentation touristique internationale ».
Elle préfère mettre en avant les efforts apportés à la programmation sur le marché français: « les budgets de promotion ont été reconduits et nous allons axer nos efforts sur la communication digitale et les réseaux sociaux, en nous appuyant sur notre site qui, avec plus de 300 000 fans est d’ores et déjà un véritable succès », explique-t-elle. Un optimisme encouragé par les bons résultats de la fréquentation française de 2014, année durant laquelle la progression de 16,8 % a été la plus importante enregistrée par l’Afrique du Sud. Et, avec 131 502 visiteurs, la France est au pied du podium des marchés internationaux.
« C’est ma première participation au salon Indaba. Pourtant, la programmation de l’Afrique du Sud chez Salaün Holidays et Nationaltours est ancienne; elle doit remonter à plus de quinze ans. Nous réalisons environ un millier de clients. La question des certificats administratifs authentifiés, exigés pour les mineurs, sera sans grand effet chez nous. Car notre clientèle vient en groupe, donc en principe sans les enfants et, est plutôt âgée. En tout cas, ce sera moins impactant que ne l’a été la fièvre Ebola. La clientèle a fait l’amalgame et même si l’Afrique du Sud n’a pas été particulièrement touchée, nous avons ressenti l’année dernière une certaine réticence. Pour l’avenir, le risque s’estompe et nous allons renforcer notre programmation ici, étoffer l’offre pour les GIR et les groupes, d’autant qu’aujourd’hui, de nombreuses destinations africaines sont confrontées à des troubles géopolitiques ou à l’instabilité, ce qui n’est pas le cas en Afrique du Sud. Pour nous cette destination doit grandir ».
« Incontestablement, la Coupe du Monde de football en 2010 a provoqué un déclic auprès des entreprises qui ont compris que le pays était à même d’organiser des événements et de les réussir. Depuis 2013, notamment, le mouvement va crescendo. Pour notre part, grâce à notre représentation parisienne par l’agence Safran, le marché français représente 70 % de l’activité de Diamond Travel. La reprise s’enregistre dans tous les secteurs: nous venons d’organiser une incentive de plusieurs centaines de participants pour Cuisines Schmidt, nous allons tenir une conférence Sanofi pour une cinquantaine de participants et nous attendons trois ou quatre groupes Big Mat, de 80 participants chacun, pour 2016. La zone du Cap est la plus demandée. Elle offre des équipements et des animations qui plaisent, sans oublier une desserte aérienne directe par Air France en saison. Ici, c’est l’Afrique sans les mauvais côtés. Cependant, avec le coût du transport aérien, les budgets souffrent des restrictions qui impactent la durée des séjours. Nous sommes passés d’une durée moyenne proche des sept jours à quatre, seulement. Nous jouons avec les catégories hôtelières, de quatre à cinq étoiles. Et la tendance est de débuter le séjour par le côté dépaysement, qui reste le point fort de la destination: réserve animalière ou activités découvertes, et de terminer par le côté studieux. Le doublement du centre des congrès du Cap, qui va ouvrir fin janvier 2017, va encore apporter des moyens supplémentaires »