L’idée d’organiser à nouveau une exposition universelle à Paris a ressurgi ces dernières années et prend progressivement tournure. Expo Paris 2025 ne manque ni d’ambition ni de défis à relever.
« En ce début de XXIe siècle, alors que notre pays a besoin, plus que jamais, de faire valoir ses atouts, nous proposons de réenclencher cette dynamique: nous plaidons pour une candidature de la France à l’organisation de l’Exposition universelle de 2025 pour qu’à nouveau le monde se donne rendez-vous chez nous; nous imaginons organiser la première exposition dont les formes immatérielles d’expression et de communication permettraient aux citoyens du monde de se retrouver et d’échanger; nous imaginons une exposition qui réinvestisse notre patrimoine pour y accueillir tous les pays; nous proposons que le Grand Paris et les métropoles régionales françaises soient les pivots de cette organisation ». Ainsi débute, sous la signature de Jean-Christophe Fromantin, président de la mission parlementaire et député UDI, et de Bruno Le Roux, rapporteur et député PS, le rapport d’information de 666 pages rédigé fin octobre dernier pour l’Assemblée nationale. En une phrase, certes longue, toute l’ambition du projet français est ainsi synthétisée.
Portée par Expo France 2025, une association que préside aussi Jean-Christophe Fromantin, cette idée vise à réconcilier les Français autour d’un projet porteur, de nature à modifier l’image de l’Hexagone, peut-être même davantage à l’intérieur du pays qu’auprès des étrangers.
Ce pari doit encore être soumis au Bureau international des expositions universelles d’ici 2017 qui devra trancher dans les mois qui suivent, vraisemblablement entre plusieurs candidatures. Le projet lui-même se démarque de ce qui s’est fait jusqu’à présent, et le secrétaire général du Bureau international des expositions (BIE) ne cache pas son scepticisme devant des innovations qui s’éloigneraient trop du concept voulant que les pays soient présents sur un même site avec des pavillons nationaux en guise de porte-drapeau. « Le bon sens et la fonctionnalité exigent un site unique, même si le règlement ne le prévoit pas expressément », estime Vicente Gonzales Loscertales, secrétaire général du BIE, avant d’enfoncer le clou: « Le premier principe d’une exposition est l’égalité de traitement des participants. Ces derniers doivent tous se retrouver sur un même site, faute de quoi on risque de s’exposer à toutes sortes de plaintes ou de comparaisons malvenues ».
Même si le monde virtuel gagne du terrain, pas question de céder sur la représentation réelle. Le projet français, dont tous les détails sont loin d’être arrêtés, envisage un site commun au cœur même de la capitale, du côté du Champ-de-Mars, qui serait surtout destiné à l’accueil du public et un moyen de centraliser la billetterie. Les visiteurs seraient ensuite invités à partir à la découverte des propositions des pays étrangers à travers tout le grand Paris, notamment ses lieux déjà emblématiques comme le Louvre ou déjà très fréquentés comme les gares. Un éparpillement qui peut certes répondre à l’absence d’espace disponible dans Paris (à Milan, le site de l’exposition universelle s’étend sur plus de 200 hectares), mais peut aussi poser d’autres problèmes, à commencer par celui des transports et de la mobilité.
Le rapport parlementaire ne cache pas les difficultés qui pourraient surgir du fait du « polycentrisme » du projet. Soulignant les saturations du réseau francilien, le développement étalé jusqu’en 2030 de certaines liaisons et constructions, s’impose plus que jamais si l’exposition universelle telle qu’elle est aujourd’hui envisagée s’installait à Paris. Le Grand Paris et singulièrement le développement du réseau de transports souffrent à la fois de difficultés de financement et de retards dans la réalisation. Pourtant, une exposition universelle en 2025 devra s’appuyer sur une liaison rapide et directe entre les aéroports et Paris. « Il faudra donc lever au plus vite ces incertitudes pour s’assurer de la réalisation effective du projet CDG Express, en 2023, avant la tenue de l’exposition universelle », insistent les parlementaires. Pour eux, « le sérieux de la candidature de Paris est à ce prix ». Même si le projet a été relancé en ce début d’année par le Premier ministre, le nombre d’acteurs impliqués n’est pas nécessairement l’assurance d’un résultat dans les temps. Mais le défi des transports devra bel et bien être relevé, et ne peut se limiter à une liaison entre la plateforme de Roissy-CDG et la capitale. Surtout si les visiteurs sont aussi nombreux qu’espérés aujourd’hui. Une hypothèse basse table sur 40 millions de touristes à l’expo de 2025, d’autres vont jusqu’à espérer 50 voire 80 millions de visiteurs…
Devant un tel afflux, un deuxième défi devra être relevé: celui de l’hébergement. Même si Paris dispose de la première capacité hôtelière d’Europe, avec plus de 81 000 chambres, il est évident que l’hôtellerie ne pourra pas absorber, dans Paris intramuros, les flots de visiteurs attirés par l’exposition universelle. Il manque dans la capitale entre 15 000 et 20 000 chambres, d’après Christian Mantéi, directeur général d’Atout France, qui ajoutait devant la mission parlementaire que « les marges de progression [sont] relativement faibles ». En outre, ces dernières années, l’hôtellerie d’entrée de moyenne gamme a considérablement reculé, les deux étoiles étant deux fois moins nombreuses qu’au début de cette décennie. Le haut de gamme en revanche (4 %) et la moyenne gamme supérieure (trois étoiles) sont en progression constante. Bref les caractéristiques du parc hôtelier parisien sont aussi un obstacle à l’hébergement de masse, surtout qu’il se caractérise justement par des hôtels d’une capacité moyenne de 55 chambres, trois fois moindre que les établissements de Londres par exemple.
Des perspectives « hors les murs » doivent donc se dessiner pour pouvoir accueillir tous les visiteurs de l’exposition de 2025 mais cela ne suffira pas. Le rapport fait le pari d’un développement de modes alternatifs, notamment des résidences de tourisme, des meublés, des chambres d’hôtes et même et surtout des « hébergements collaboratifs » proposés par les particuliers. Il n’est pas certain que la régulation nécessaire de ce secteur soit compatible avec un développement de ce mode d’hébergement.
Troisième grand défi à relever: celui de la concurrence entre grands événements. Paris a aussi confirmé le 23 juin dernier sa volonté d’accueillir les Jeux olympiques en 2024, une année avant la date retenue pour organiser l’exposition universelle. En étant aussi raprochés dans le temps, ces deux projets entrent en concurrence directe. Le rapport de la mission parlementaire examine d’ailleurs les atouts et inconvénients de chacun de ces deux grands événements mondiaux.
Plaidant plutôt en faveur de l’exposition universelle, plus à même d’avoir des retombées directes du fait de la venue étalée sur six mois de millions de touristes supplémentaires, le rapport souligne la différence de logique de ces deux événements. Le secteur du tourisme a beaucoup plus à gagner avec l’exposition universelle, à condition que les prévisions soient tenues, qu’avec des Jeux olympiques qui font avant tout les beaux jours de la télévision. Et si la mise en concurrence de ces deux ambitions se terminait par un match nul? Le calendrier veut que le BIE choisisse la ville organisatrice de l’exposition universelle de 2025 un an après que le comité international olympique aura retenu la ville candidate à l’organisation des JO de 2024. Finalement et paradoxalement, en se prononçant le premier, c’est peut-être bien le Comité international olympique qui décidera si Paris organise dans dix ans une… exposition universelle!