Marché La formidable exposition médiatique du Brésil – à la mi-temps entre la Coupe du monde de football de 2014 et les Jeux Olympiques de 2016 – masque mal une situation pourtant contrastée, que ce soit sur le plan politique (avec l’élection présidentielle discutée de novembre dernier) qu’économique (avec une monnaie qui bat de l’aile, accompagnée d’une inflation record). Malgré tout, les professionnels du tourisme croient aussi bien en cette destination qu’en ce marché.
A l’occasion de la troisième édition du World Travel Market (WTM) Latin America, qui s’est tenu au North Expo Center de Sao Paulo, du 22 au 24 avril derniers, les chiffres de fréquentation touristique n’étaient toujours pas communiqués pour l’année 2014. Il est vraisemblable qu’ils ne seront pas mirobolants. Les grands événements médiatiques planétaires, que sont les Coupes du monde de football ou les Jeux Olympiques, ne sont jamais synonymes de millésimes record, en terme de fréquentation. Londres, Pékin, Athènes… en sont les illustrations précédentes. Mais, durant trois mois, le secteur touristique tourne à plein et l’exposition médiatique est forcément à considérer. Ce phénomène est en train de se produire au Brésil, engageant les acteurs économiques à de lourds investissements, à la fois en infrastructures de transport et d’accueil. Une situation qui semble plutôt bien convenir aux professionnels du tourisme.
C’est ce que vient de confirmer par exemple Embratur, l’office national du tourisme du Brésil. Selon lui, le secteur hôtelier brésilien va investir près de quatre milliards d’euros d’ici 2020. D’après une récente étude du Forum des Opérateurs Hôteliers du Brésil, le pays comptera 630 nouveaux hôtels d’ici six ans, permettant ainsi d’accueillir un plus grand nombre de touristes. Ces nouveaux établissements seront installés prioritairement dans des villes de moins d’un million d’habitants, et devraient permettre au Brésil d’accueillir de nombreux nouveaux touristes grâce à environ 70 000 nouvelles chambres. Cette étude révèle aussi que ces investissements se concentreront davantage sur les hôtels de classe économique, qui représenteront près de 40 % de l’offre en 2020, dans des villes de tailles moyennes.
En effet, 59 % des hôtels brésiliens se situent aujourd’hui dans des villes de plus d’un million d’habitants. Or, ces dernières ne représenteront plus que 47 % du secteur hôtelier, d’ici 2020. Celles de moins de 300 000 habitants représenteront, quant à elles, 30 % du secteur hôtelier et connaîtront donc une forte croissance. Une stratégie qui correspond aussi à la politique nationale. Car ces investissements généreront non seulement une hausse de l’emploi dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, mais également dans le secteur hôtelier. Celui-ci représenterait, à l’échéance, 100 000 emplois, contre seulement 64 000 aujourd’hui. Des annonces que privilégie Paulo Frias, directeur des ventes Amérique du Sud, pour Accor, à Sao Paulo, par rapport à la situation économique globale du pays qui laisse à désirer: « nous souhaitons doubler de taille d’ici à 2018, déclare-t-il. En dépit de la situation d’incertitude que le pays traverse, nous restons fixés sur les objectifs, soit passer de 250 à 500 implantations d’ici à 2018, et conforter notre position de leader mondial de l’hôtellerie dans cette zone. Le Brésil reste le pays dominant dans ce dispositif avec, à ce jour, 200 hôtels ». Et pour coller au schéma brésilien, « dans notre développement, c’est l’enseigne Ibis qui sera le principal vecteur, surtout sur le marché sud-américain », confirme Paulo Frias. Mais l’hôtelier n’est pas le seul opérateur français à s’intéresser au marché brésilien. Air France est venue pour la première fois au WTM Latin America, sur un stand de belle taille, pour présenter sa nouvelle cabine « La Première », qui sera proposée progressivement, à partir d’octobre prochain, entre Sao Paulo et Paris Charles-de-Gaulle. « C’est un axe stratégique. Nous comptons 28 fréquences par semaine entre la France et le Brésil, dont 14 vers Sao Paulo, 11 vers Rio et trois vers Brasilia », précise German Carmona, responsable du marketing et de la communication digitale pour l’Amérique du Sud, chez Air France à Sao Paulo.
Cette offre, qui réunit à parts égales la clientèle sud-américaine et celle européenne, ne devrait pas être modifiée. Car, depuis 2014, Air France s’appuie sur le partenariat stratégique qu’elle a conclu avec la compagnie privée brésilienne Gol, et qui lui permet d’avoir accès à 35 villes de la zone.
José Eduardo Barbosa, vice-président de Braztoa, l’association des tour-opérateurs brésiliens, que l’on pourrait comparer au Seto français, à Sao Paulo, a en charge l’activité réceptive: 91 tour-opérateurs dont un quart exerce dans le réceptif: « les Français souhaitent des programmes mixtes, associant balnéaire et découverte. Ils privilégient Rio de Janeiro, le Minas Gerais et ses sites historiques, ainsi que Bahia. C’est la troisième clientèle européenne derrière le Portugal et l’Italie. Elle occupe la septième ou huitième place au niveau mondial. Avec l’accroissement des capacités aériennes de la part des compagnies Air France et Tame, le trafic entre les deux pays devrait s’accroître dans le futur. Pour les Jeux Olympiques de 2016, comme pour la Coupe du monde de football de 2014, nous attendons environ 500 000 visiteurs, dont environ 20 % d’Européens », déclare-t-il. Guilherme Fernandes, directeur du marketing à l’agence réceptive Ambiental, croit, lui aussi, à la croissance du marché européen et français en particulier: « la récente hausse du dollar nous a bien aidés sur notre marché leader, soit nord américain. Mais l’euro reste aussi une monnaie forte chez nous, surtout par rapport au Real qui, lui, baisse. Et au regard des attentes des Français, qui recherchent la nature, la contemplation, les sites historiques… davantage que les plages, il ne fait aucun doute que la fréquentation va s’accroître chez nous. Comme dans les autres pays d’Europe d’ailleurs. Dans le domaine du culturel, nous venons de signer avec le Goethe Institut. Nous espérons des accords similaires avec la dizaine d’agences de voyages avec lesquelles nous travaillons en France », analyse-t-il. La dizaine de professionnels français, présents au dernier WTM Latin America, sauront-ils saisir cette occasion?
Pour sa troisième édition, le WTM Latin America confirme et poursuit sur sa lancée. En accueillant de nouveaux exposants, tels que le Pérou, la Colombie, l’Equateur, le Chili… Il veut se positionner désormais comme le salon professionnel du tourisme pour l’ensemble de l’Amérique du Sud. « Nous devrions approcher les 20 000 participants cette année, soit 15 % de plus que l’édition précédente, pour une surface commercialisée en croissance de 5 % », indique Vincent Lhoste. Il confirme ainsi la pertinence de ce modèle de salon global du tourisme, c’est-à-dire associant le tourisme individuel et groupe, le tourisme de loisirs et d’affaires, le tourisme incoming et outgoing… « C’est pour cela que nous envisageons pour l’année prochaine de nouveaux développements sur des marchés émergents », dévoile Vincent Lhoste.
Swing Travel Communication est une agence événementielle qui fonctionne pour son propre compte ou pour d’autres agences, en marque blanche. Elle organise entre 80 et 100 événements par an, dont 80 % en France. Ce sont des séminaires, des conventions… mais aussi des grands événements de la vie familiale, avec des affrètements d’hôtels pour plusieurs centaines de clients. « J’avais déjà travaillé au Brésil, il y a quelques années, à Rio et à Salvador de Bahia, raconte Guy Haggege. Aujourd’hui, je souhaite y revenir car il y a toujours quelque chose à faire ici. Dans ce contexte, nous avons recruté un nouveau chef de produit, une brésilienne d’Iguaçu. L’accueil et le service sont de qualité, les hébergements et les centres de convention aussi. La seule chose qui reste difficile, c’est le prix de l’aérien, compte tenu des contraintes de budget imposées aux entreprises aujourd’hui ».