Ardèche Riche de ses 36 000 ans d’histoire, la Caverne du Pont d’Arc arrive à point nommé pour donner un nouvel élan au tourisme ardéchois. Celui-ci comptait jusqu’alors surtout sur une activité liée aux campings et aux pratiques balnéaires le long ou sur la rivière. Il peut désormais s’inscrire dans le domaine des sciences et de la culture, grâce à cette réplique à l’identique de l’ex-grotte Chauvet qui vient d’ouvrir.
Il aura fallu une vingtaine d’années pour livrer à la curiosité des visiteurs, le 25 avril dernier, la Caverne du Pont d’Arc, reconstitution de la grotte Chauvet. « Nous avons souhaité éviter ce qui avait été réalisé, lors de la découverte de la grotte de Lascaux. L’ouverture au public qui s’en était suivie avait, en quelques temps, créé de gravissimes dommages, avant qu’elle ne soit préservée et qu’une réplique soit réalisée », explique Pascal Terrasse, ex-président du conseil général de l’Ardèche et actuel président du Syndicat mixte de la Caverne du Pont d’Arc. C’est cette dernière structure qui s’est portée acquéreur de ce site, au cœur de la garrigue de l’Ardèche méridionale. En tout, un espace de 29 hectares, à quelques kilomètres à peine du lieu de la découverte et du bourg de Vallon Pont d’Arc. Durant cette période, malgré les avancées rendues complexes par les procédures et autres tracasseries juridiques liées pour l’essentiel aux questions de la propriété et de l’appellation du lieu, les adhésions au financement témoignent de l’intérêt qu’a suscité ce projet auprès des différentes collectivités: l’Europe, l’État, la région Rhône-Alpes, le département de l’Ardèche, les collectivités territoriales locales… « Avec, in fine, 55 millions d’euros d’investissement la Caverne du Pont d’Arc représente le premier investissement public jamais réalisé en Ardèche », explique Hervé Saulignac, président du conseil départemental de l’Ardèche. Une réalisation qui consacre aussi l’inscription, au mois d’août dernier, de la grotte ornée du Pont d’Arc au patrimoine mondial de l’Unesco. Le 10 avril dernier, le chef de l’État, François Hollande, est venu inaugurer le nouveau site reconstitué. « Cet équipement renforce encore l’attractivité de l’Ardèche, de Rhône-Alpes et de la France », a-t-il commenté.
Car la Caverne du Pont d’Arc présente des caractéristiques qui donnent le vertige: les vestiges vieux de 36 000 ans, découverts de manière impromptue, font partie des plus anciennes traces humaines de par le monde. Pour comparaison, ceux de Lascaux sont évalués deux fois plus récents (18 000 ans). En Ardèche, ils ont été préservés suite à un éboulement naturel qui en a obstrué l’entrée… jusqu’en1994. Il a été aussitôt décidé de réserver l’authenticité de la grotte aux scientifiques et chercheurs, et de construire pour les visiteurs une réplique à l’identique. Aussi, les 8 500 m2 que compte la grotte ornée du Pont d’Arc, dite grotte Chauvet, ont été compactés sur 3 000 m2. La totalité du parcours s’effectue sur une passerelle. Il est ponctué d’une dizaine de stations d’arrêt et d’observation. En faisant appel aux dernières technologies, les concepteurs ont restitué le relief des parois, au millimètre. Les peintures gravures et représentations les plus remarquables ont été reproduites à partir des originaux numérisés. L’essentiel étant de restituer l’intégralité des émotions suscitées par la grotte originale et de fournir aux visiteurs les moyens de compréhension sur l’environnement et le quotidien de ces hommes et de ces femmes qui vivaient sur ce territoire… il y a maintenant 36 000 ans. Pour ce faire, les cinq sens sont stimulés: la fraîcheur, l’humidité, le silence, l’obscurité, les sensations olfactives contribuent à immerger les visiteurs dans cet univers si particulier, qui semble encore habité par la présence des hommes, mais aussi par celle des ours des cavernes.
Pour compléter cette première expérience, le site de la Caverne du Pont d’Arc propose, à une centaine de mètres, la galerie de l’Aurignacien.
Il s’agit d’un bâtiment proposant des expositions et animations sur le même thème: celui de nos ancêtres préhistoriques. Qui étaient-ils? D’où venaient-ils? Que faisaient-ils? L’Ardèche est représentée comme il y a 36 000 ans, avec ses mammouths, ses lions, ses ours… Six animaux ont été reproduits, conformes à l’identique, avec enfin, l’art pariétal, l’art des origines et beaucoup de pédagogie sur les techniques de réalisation.
Accessible par la route depuis les autoroutes A6/A7, la Caverne du Pont d’Arc est à deux heures quarante de Lyon, Marseille et Montpellier. Autant dire que les autocars constituent le mode de transport incontournable pour accéder à la Caverne du Pont d’Arc. Un parking spécifique de huit emplacements leur est dédié, mais en cas d’affluence particulière, « notre parking dispose d’espaces supplémentaires disponibles », ajoute Céline Bal, au bureau de la commercialisation groupes de la Société d’Exploitation de la Caverne du Pont d’Arc, précisant par ailleurs que la capacité maximale d’accueil au quotidien est fixée autour des 3 700 visiteurs.
Les groupes profitent, à partir de 20 personnes payantes d’un prix d’entrée de 11 euros au lieu de 13 euros pour les individuels, ainsi que de la gratuité des accompagnateurs professionnels et des conducteurs.
Il est également précisé qu’une offre restauration à base de produits du terroir sélectionnés par l’Association « Ardèche le Goût », est proposée entre 15 et 30 euros.
Les premières estimations fixent la barre de fréquentation au-delà des 350 000 visiteurs annuels. « Sur ce nombre, nous pensons que les deux tiers viendront en complément de leurs séjours en Ardèche et un tiers seront de nouveaux visiteurs », calcule Hervé Saulignac.
Pour mémoire, l’Ardèche accueille 2,5 millions de visiteurs par an, majoritairement en été. C’est bien pour cela que la Caverne du Pont d’Arc est une formidable opportunité, à la fois pour diversifier sa fréquentation et élargir la période d’activité en dehors de la stricte période estivale.
Plus de 20 millions d’euros de retombées économiques sont attendues annuellement. Car le tourisme n’est qu’un volet de l’attractivité de la Caverne du Pont d’Arc. Hervé Saulignac insiste sur son intérêt scientifique, puisqu’il accueille déjà de multiples chercheurs de haut niveau arrivant du monde entier. « La Caverne du Pont d’Arc est le socle d’une nouvelle politique territoriale, culturelle et patrimoniale », explique-t-il.
Restera ensuite à régler la question de l’hébergement, si l’engouement est au rendez-vous.
À ce jour les plus larges capacités d’accueil hôtelier se concentrent sur les zones d’Aubenas, de Voguë ou de la Vallée du Rhône. « On peut considérer que 250 chambres supplémentaires seraient les bienvenues », estime Hervé Saulignac. Mais pour l’instant, les investisseurs ne se bousculent pas même si deux dossiers restent toujours en réflexion mais visiblement, leurs promoteurs attendent pour voir…
Depuis le 25 avril, date de l’ouverture, l’effet curiosité joue à plein, et devrait se poursuivre. Et ainsi installer rapidement la Caverne du Pont d’Arc sur le podium des tous premiers sites touristiques visités en Rhône-Alpes.
Au-delà, des réflexions sont en cours pour la réalisation d’une exposition itinérante qui puisse se déplacer pour fournir, à l’image de ce qui a été fait à Lascaux, des possibilités de visites supplémentaires sur d’autres territoires.
• Ouverte en février, mars et d’octobre au 14 novembre de 10 h à 18 h; en avril, mai, juin et septembre de 10 h à 19 h; en juillet et août de 9 h à 20 h 30; du 15 novembre à fin janvier de 10 h à 17 h.
• Visites guidées en français, anglais, allemand et néerlandais. Audioguides gratuits disponibles en 12 langues.
• Tél.: 09 70 71 14 60.
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