Marché Favoriser le tournage de films dans une destination se confirme être un levier pour attirer de nouveaux touristes tant français qu’étrangers. Le cinéma n’est pas seulement une activité populaire, il est aussi un moyen pour des territoires d’acquérir rapidement une certaine notoriété touristique et mettre en avant leur potentiel culturel et environnemental. Avec à la clé des retombées économiques non négligeables. Témoignages.
Ces films qui boostent l’activité touristique… Certaines destinations (villes, sites, espaces naturels…) voient leur fréquentation se démultiplier après avoir servi de décor dans un film pour peu que le succès soit au rendez-vous. Et l’effervescence du public – qui alors marque son envie de découvrir « en vrai » les lieux – ne se dissipe pas forcément au bout d’une saison. Elle peut parfois, en effet, durer plusieurs années, même si les chiffres de fréquentation sont amenés au fil des ans à s’essoufler, une fois passé l’engouement. Certaines destinations, en tout cas, n’hésitent pas à surfer sur la vague de ces succès en donnant – régulièrement ou ponctuellement – des coups de projecteurs, via la conception d’une offre dédiée ou via la création d’un événement en proposant différentes animations liées à un film (lorsqu’il s’agit, par exemple, de célébrer un anniversaire de tournage). Le cinéma apporte à des territoires une certaine notoriété dont ils peuvent se servir pour mettre en avant leurs attraits touristiques. Avec pour objectif d’attirer encore plus de visiteurs.
Tour de France des films d’hier et d’aujourd’hui qui motivent toujours les envies de découvertes et de visites. Chiffres à l’appui.
En France, le long-métrage Bienvenue chez les Ch’tis de Dany Boom (sorti en 2008 et 20 millions d’entrées) a offert à Bergues où il a été tourné une reconnaissance internationale. La ville où se situe l’action du film est alors « prise d’assaut » par les touristes locaux d’abord, nationaux ensuite, et même internationaux, le film ayant été vendu dans une vingtaine de pays dans le monde. L’office de tourisme propose dans la foulée de la sortie française le « Ch’ti Tour », une visite guidée d’une heure trente pour redécouvrir les lieux de tournage. En 2013 et plus de 80 000 visiteurs plus tard, le succès de l’opération ne s’est pas démenti. « Cela représentait encore il y a deux ans 70 % des visites de l’office de tourisme de Bergues », révèle Jacques Martel, vice-président de l’office de tourisme. Aujourd’hui, la fréquentation baisse « doucement » mais semble loin de s’éteindre. Au-delà du seul film, Jacques Martel précise que « tout reportage sur Dany Boom ou la région Nord Pas-de-Calais entraîne immanquablement des images du film et donc de Bergues. La communication se fait donc tout au long de l’année ».
Si Rien à déclarer, autre film de Dany Boon, n’a pas connu la même réussite que Bienvenue les Ch’tis, il « n’en reste pas moins le plus gros succès de l’année 2011 avec 12 millions de spectateurs en France et en Belgique, souligne Maxime Dequecker, coordonnateur événementiel de l’agence réceptive Intégrale. C’est donc en toute logique que de nombreux curieux sont passés par la frontière d’Hirson/Macquenoise afin de marcher sur les pas de Dany Boom ». Cette mise en lumière du territoire fut une véritable opportunité qu’ont saisi les opérateurs du tourisme à la fois français (à l’exemple de la société Intégrale) et belges (par le biais de la Maison du Tourisme de la Botte du Hainaut et Hainaut développement) qui se sont alliés dans un projet de valorisation du tourisme transfrontalier. « Cela s’est naturellement traduit par l’ouverture d’un point d’accueil sur les lieux de tournage, poursuit Maxime Dequecker. Avec plus de 22 000 visiteurs à la fin 2011, les prévisions de fréquentation – initialement 5 000 personnes attendues – ont été largement dépassées ». Pour continuer à susciter l’intérêt autour de la frontière, différentes manifestations ont été organisées chaque année depuis 2012, accueillant à chaque fois entre 800 et 2 000 personnes. « Aujourd’hui, ce sont plus de 68 000 visiteurs qui sont passés par « Courquain » et son poste de douane, indique Maxime Dequecker. Tout en ajoutant: « Pas mal pour un No Man’s Land! ».
Plus récemment, le film Les Petits Mouchoirs de Guillaume Canet a fait décoller les recettes des visites des parcs ostréicoles du bassin d’Arcachon. Un tournage en catimini à la fin de l’été 2009 pour, au final, 5,5 millions d’entrées au cinéma. Et pour la presqu’île du Cap-Ferret, toile de fond de cette histoire de potes, un beau coup de pub! Depuis le film, les Parisiens, par exemple, ont fait du coin leur lieu de villégiature favori. Les locations ont été prises d’assaut, l’office de tourisme local a été assailli de coups de fils: « on voudrait louer la maison du film ». Et pour le commerce, le tournage a aussi été une bonne chose… En Bourgogne, par exemple, les dépenses de tournage depuis 2005 « font apparaître plus de 8,4 millions d’euros de retombées économiques », indique ainsi Gaëlle Laurent, déléguée régionale au bureau d’accueil des tournages. Premiers bénéficiaires: le transport, l’hébergement et la restauration.
Les Choristes de Christophe Barratier, tourné pendant l’été 2003 a, lui aussi, boosté la fréquentation du château de Ravel (Puy de Dôme), décor naturel du film. Le site a doublé sa fréquentation de 5 000 visiteurs annuels à partir de 2004 (année de la sortie du film) et durant quatre années consécutives. Le cachet reversé au château a même permis de financer deux années de fonctionnement de ce monument historique et de lancer les travaux d’une tour!
Mais, il n’y a pas que les films récents qui suscitent toujours de l’intérêt. Il suffit de penser à celui de Jacques Demy, Les Parapluies de Cherbourg sorti sur grand écran … en 1963! « Tout le monde connaît le film, il a marqué les esprits, c’est un film culte, une référence, et qui continue à susciter l’intérêt de touristes dans notre région, il constitue sans conteste une belle carte de visite touristique pour la ville », lance d’emblée Florence Coudre, directrice de la communication à la mairie. Pour les 50 ans du film, la ville de Cherbourg s’est rapprochée de la cinémathèque à Paris ainsi que d’Agnès Varda (épouse de Jacques Demy) et de sa fille pour monter une exposition « sur laquelle nous n’avons pas manqué de communiquer, poursuit Florence Coudre. Par ailleurs, nous avons travaillé en partenariat avec l’office de tourisme pour recréer un parcours, toujours à l’occasion des 50 ans, évoquant dix scènes cultes ». Et flash-code à l’appui pour pouvoir écouter les chansons. Depuis cinq ans, des visites guidées intitulées « sur les pas de Jacques Demy » ont été mises en place. « C’est une thématique de visite qui marche très bien auprès des touristes, nous affichons complet à chaque fois », annonce de son côté l’office de tourisme.
C’est une évidence. Les productions cinématographiques contribuent à la construction d’une image attractive de la région ou du département, favorable au développement du tourisme. Avec, bien souvent des attentes d’une majorité de visiteurs en faveur d’une information touristique sur les lieux de tournages. Et au-delà de cette information, l’opportunité pour les professionnels du tourisme de favoriser la mise en place de circuits touristiques des lieux emblématiques sous forme de package. Si le cinéma n’a pas vocation première à générer des flux touristiques, il se révèle bien souvent comme un vecteur promotionnel incontournable. Et une sorte d’eldorado pour les destinations touristiques.
Selon une enquête de TCI Research réalisée en 2013, il serait environ quatre millions de touristes étrangers à choisir la France après avoir vu un film qui leur a donné envie de visiter le pays. « Au-delà de l’impact positif pour la destination et la marque France dans son ensemble, d’autres études locales démontrent que les films sont aussi de puissants leviers d’attractivité pour les régions françaises, tant auprès des touristes français qu’étrangers, et à des niveaux d’efficacité équivalents aux campagnes de communication classiques, relève Emmanuel Meunier, directeur Europe de TCI Research. Les structures en charge de la promotion des destinations que sont les offices de tourisme ou les agences de développement touristique, ont tout intérêt à renforcer leurs liens avec l’industrie du cinéma pour valoriser et promouvoir des lieux de tournage qui puissent servir de vitrine pour leurs visiteurs potentiels ».