Stratégie Lancer une destination ne se fait pas sur un coup de tête et les touristes ne viennent pas sur un claquement de doigts. Cela commence par un désir, certes, celui de se faire connaître et d’attirer des touristes, et la volonté de faire partager cette envie. Mais la passion ne suffit pas. Un véritable plan d’attaque doit être élaboré, avec des objectifs adaptés. Et quand tout est prêt, il ne faut pas s’attendre à une course de vitesse. C’est une course de fond plutôt qui s’engage et demande de la persévérance.
Aussi variées soient les destinations, aussi divers soient les produits touristiques, les problématiques restent les mêmes: il y a un avant et un après leur lancement sur le marché.
Dans les débats économiques d’aujourd’hui, politique de l’offre et politique de la demande sont généralement opposées et se disputent la pertinence. S’agissant des destinations ou des produits touristiques, l’une peut nourrir l’autre, certes, mais la question se pose plutôt sous l’angle de l’offre.
Le novice n’arrive que rarement en terrain vierge. D’autres concurrents sont là, déjà bien établis, pas encore usés et, probablement aussi, bien décidés à conserver leur rang. La nouveauté sur un marché a l’avantage de ses inconvénients. La fraîcheur peut piquer la curiosité, encore faut-il qu’elle soit repérée, remarquée, identifiée.
C’est ce défi que doivent relever les offices de tourisme, tour-opérateurs et, in fine, les agents de voyages qui doivent conquérir le public lorsqu’ils lancent une destination, mettent un nouveau produit sur le marché ou doivent conseiller un client potentiel qui voit tourner dans sa tête plages de sable blanc, mers d’un bleu transparent, châteaux et musées, paysages et cultures variés.
Exister, se démarquer, persévérer, durer. C’est sous le signe de ces quatre nécessités que se placent les stratégies de lancement d’une destination, avec plus ou moins d’aléas, plus ou moins de réussite, plus ou moins de chance, plus ou moins de moyens. Ensuite, tous les professionnels qui en ont fait l’expérience le confirment: il faut de la patience, de la persévérance et de l’endurance.
Quand elle est arrivée à son poste, tout était à faire. Rania Khodr, directrice de l’office de tourisme du Sultanat d’Oman à Paris, se souvient de ses débuts, en 2002, dans les locaux de l’ambassade. « À l’époque, il n’y avait même pas de ministère du Tourisme dans le pays, s’exclame-t-elle, ni aucun document ni brochure en français! » C’est dire si elle partait de loin. Mais il y avait de la part des autorités du pays une volonté déjà bien marquée: faire venir des touristes et capter l’intérêt du marché français, le troisième en importance en Europe pour le Sultanat situé tout au bout de la péninsule arabique. Un ministère dédié au secteur du tourisme a vu le jour à Mascate en 2004.
Entre temps, Rania Khodr avait commencé à bâtir pierre par pierre un édifice qui attire aujourd’hui 50 000 touristes français par an, contre tout juste 2 000 au début des années… 2000. Au démarrage, « j’étais seule à m’occuper de la promotion d’Oman sur le marché français. À présent, nous sommes quatre dans le bureau à y consacrer nos journées », relève-t-elle. Le renforcement des moyens a suivi la progression de la destination sur le marché français. « La page était blanche, il ne fallait pas se tromper! », poursuit-elle. Avec pour première obligation: faire connaître la destination. « Sur le marché français, ce n’était pas simple, relève Rania Khodr. Les Britanniques, les Allemands voyagent beaucoup à l’étranger. En France, le premier concurrent des destinations étrangères reste le marché français lui-même ». Pour donner à voir la destination, la directrice s’est naturellement tournée vers la presse. « Ce n’est pas la peine de lancer des grandes campagnes de publicité si la destination n’est pas encore connue. Les journalistes, en ce sens, sont nos premiers ambassadeurs », estime-t-elle.
La presse est souvent citée comme le point de départ, le passage obligé et utile du lancement d’une destination. C’est aussi le choix qu’a fait Emmanuelle Winter, directrice de l’office de tourisme du Nouveau-Brunswick à Paris. Cela fait près de quinze ans que cette province Atlantique du Canada est représentée sur le marché français. Elle était assez peu connue et pas clairement appréhendée par les professionnels il n’y a pas si longtemps encore. « Pour accroître la notoriété de la destination, la presse joue un rôle essentiel, qu’elle soit imprimée sur papier ou affichée sur le web, grand public ou professionnels, affirme Emmanuelle Winter. En 2006, il se publiait à peine un article par an sur le Nouveau-Brunswick. Aujourd’hui une dizaine de journalistes partent en reportage chaque année, avec au moins autant de retombées dans la presse ensuite ».
Après les médias classiques et en suivant l’avènement d’internet et de ses évolutions rapides, les OT se sont aussi emparés du web, d’abord en ouvrant des sites internet en français. Depuis quelques années, les bloggeurs sont devenus aussi des vecteurs de communication courtisés. Dans le même temps, les offices de tourisme ont aussi pris pied sur les principaux réseaux sociaux, comptant les « Like » d’appréciation que les internautes déposent en consultant les pages des offices de tourisme.
« Il faut être multicanal et présents là où les consommateurs passent du temps à préparer leurs vacances », estime Karin Mallet-Gautier, responsable de l’office de tourisme des Bahamas.
Autres cibles naturelles pour faire connaître la destination et plus encore la lancer sur le marché et la développer: les professionnels du tourisme. Emmanuelle Winter s’est tournée vers les chefs de produits et les forces de vente pour leur présenter tout l’intérêt de visiter le Nouveau-Brunswick. Elle s’est efforcée de marquer les esprits, y compris en jouant de la notoriété du homard bleu pêché localement qu’elle distribue à l’occasion sous forme de magnets!
Outre les producteurs et les distributeurs, il convient de ne pas oublier non plus un autre moyen de toucher les tour-opérateurs à travers les réceptifs. Ces derniers peuvent parfois couvrir plusieurs destinations. En les sensibilisant, l’office de tourisme s’assure que le tour-opérateur partenaire sur le marché émetteur sera conforté dans sa volonté de s’ouvrir à la nouvelle destination.
Plutôt que de se retrouver une parmi d’autres sur les salons professionnels, certaines destinations qui disposent d’un budget conséquent préfèrent réunir sous leur égide fournisseurs de prestations de leur pays et clients potentiels sur le marché français. Les workshops et autres road shows sont ainsi très prisés, dans les premiers temps notamment, en ciblant aussi bien les voyagistes que la destination. Oman, les Bahamas, le Mexique, même l’État indien du Kerala ont parmi d’autres investi dans cette solution. Sinon, les grands salons du tourisme permettent aussi de drainer des professionnels en nombre. Certaines destinations s’appuient sur ces vitrines pour se faire connaître. Mais d’autres en reviennent, comme la Serbie qui a abandonné cette idée. « Il nous faut d’abord bâtir une image auprès du grand public », estime Darja Butigan, responsable de la promotion sur les marchés français et du Benelux au ministère serbe du Tourisme. « Nous reviendrons à IFTM Top Resa, mais dans une position renforcée », assure-t-elle. Dans l’immédiat, la destination a donc investi dans un site web et entretient une page sur Facebook.
L’avènement d’internet a considérablement modifié l’approche d’un nouveau marché. Ce vecteur permet de toucher aussi les professionnels, par l’intermédiaire d’un site web qui peut éventuellement leur être exclusivement dédié, ou de pages qui leur sont réservées. Mais cette technologie a encore d’autres avantages en permettant de se rapprocher des voyagistes sans nécessairement se lancer dans une tournée commerciale du pays. C’est notamment le cas à travers les e-learnings qui se font rarement au moment même du lancement de la destination, mais plutôt lorsqu’elle a commencé à s’installer dans les esprits.
Les Bahamas ont ainsi ouvert un site dédié à l’e-learning, (
Pour Oman aussi, l’e-learning est un bon moyen d’entretenir le désir de la destination et de la conforter dans les esprits plus durablement. Les « étoiles d’Oman », comme ce programme a été baptisé, sont individualisées. Les agents de voyages sont impliqués à titre personnel, pas au nom de la société qui les emploie, ce qui permet de les fidéliser durablement, quelle que soit leur carrière professionnelle. En retour, l’office de tourisme leur renvoie les clients qui s’adressent à lui. « Nous avons des TO très fidèles », se félicite Rania Khodr… et de plus en plus nombreux. De 12 qui programmaient la destination à l’ouverture de l’office de tourisme du Sultanat d’Oman à Paris, ils sont progressivement passés à une centaine!
L’efficacité de la démarche auprès des voyagistes se mesure rapidement et de manière plus objective.
Grâce à ce rapprochement avec les professionnels du tourisme, le Nouveau-Brunswick est aujourd’hui programmé par 25 tour-opérateurs et une cinquantaine d’offres incluent cette province acadienne dans leur circuit canadien ou lui sont exclusivement consacrées.
Presse, professionnels, reste le grand public à informer et conquérir. Les Bahamas ont décidé cette année d’innover et de frapper fort pour mieux faire connaître les 17 destinations principales de l’archipel auprès des passionnés de la plongée comme des familles, des touristes emballés par les offres balnéaires comme par la tranquillité de la vie, des férus d’ambiances tropicales comme de vie sauvage. « Nous avons eu l’audace cette année d’ouvrir une boutique éphémère en plein centre de Paris pour accueillir le grand public et l’inviter à s’immerger dans l’ambiance de l’archipel », explique Karin Mallet-Gautier, directrice de l’office de tourisme des Bahamas, en se félicitant de l’attrait qu’a eu cette initiative.
Pour les offices de tourisme qui sont bien dotés financièrement, les campagnes grand public sont également autant de moyens d’éveiller l’intérêt de futurs visiteurs potentiels. Avec ce désir en tête, ils peuvent ensuite franchir la porte d’une agence de voyages, convaincre leur chef de groupe ou partir à la pêche aux prestations sur internet.
Pour toucher le grand public, d’autres options, somme toute moins onéreuses que les campagnes de promotion audiovisuelles, se présente par le biais des foires et salons. Là encore, Emmanuelle Winter a fait le choix d’être présente sur les manifestations grand public comme le Mahama à Lyon ou le Mondial du tourisme à Paris. D’autres salons thématiques s’adressent encore à un public ciblé sans qu’il appartienne au monde du tourisme. Particulièrement intéressé par les groupes, le Nouveau-Brunswick est aujourd’hui présent sur les salons dédiés aux comités d’entreprise. D’autres visant le marché des seniors se tournent du coup vers le salon professionnel qui leur est destiné. Les Bahamas, qui ont de fantastiques expériences sous-marines à promouvoir, ont ainsi opté pour une présence au salon de la plongée.
Toujours en misant sur les communautés d’intérêt, le Nouveau-Brunswick joue depuis six ans sur une autre corde, celle de la proximité culturelle. La destination est ainsi présente au Festival interceltique de Lorient. Dans le même ordre d’idées, Oman a fait un autre choix, en phase également avec son histoire et les atouts que le Sultanat peut faire valoir auprès des passionnés des mers et des océans. Célèbre pour ses navigateurs qui couraient l’océan Indien, notamment la route de l’encens, le Sultanat d’Oman a donc opté pour une présence au départ de la Route du Rhum.
Tout ce qui peut rapprocher les esprits est bon pour la destination. Même la Serbie n’oublie pas la proximité historique avec la France durant une grande partie du siècle dernier pour intéresser les Français.
Outre ces moyens directs de se mettre en avant, les destinations qui veulent se faire connaître peuvent également rechercher des convergences d’intérêt avec d’autres destinations qui leur sont proches pour diverses raisons. C’est par exemple le cas du Nouveau-Brunswick. Pour accélérer le lancement de cette destination, Emmanuelle Winter s’est appuyée sur les partenariats avec le Québec voisin, déjà bien installé, lui, sur le marché français.
Sous l’égide de la Commission canadienne du tourisme, les deux provinces ont renforcé leur collaboration en s’épaulant mutuellement. Le Québec apporte sa notoriété, le Nouveau-Brunswick son parfum de nouveauté. Les deux provinces mettent donc en avant la possibilité de combiner les deux destinations. De fait, « sur le Nouveau-Brunswick, 80 % des programmes des TO sont des combinés », relève la responsable de l’office de tourisme. Pour que le partenariat avec le Québec prenne tout son sens, Emmanuelle Winter s’est aussi adressée aux réceptifs de la Belle-Province. « J’ai fait le choix de rencontrer les réceptifs du Québec et de travailler avec eux aussi, explique-t-elle. On ne peut pas parler d’un produit auprès des TO s’il n’est pas déjà dans les références des réceptifs avec lesquels il travaille ».
Aujourd’hui, ce partenariat s’élargit encore à la Nouvelle-Ecosse voisine, autre province en partie acadienne du pays. « Europe Airpost a lancé pour cet été un vol hebdomadaire entre Paris, Dublin et Halifax », indique Emmanuelle Winter. L’arrivée par la capitale de la Nouvelle-Ecosse permet une approche différente du Nouveau-Brunswick, plus rapidement axée sur le côté maritime de la destination connue notamment pours ses marées les plus fortes du monde, avec des hauts de plus de 14 m, des homards parmi les plus cotés du monde et les possibilités d’observer les baleines dans la baie de Fundy.
Disposer des moyens d’un office de tourisme à Paris n’est pas à la portée de tous les pays. La Serbie, par exemple, nouvelle venue sur le marché français, doit se faire connaître autrement. Elle peut certes compter sur le Centre culturel serbe, installé à proximité du Centre Georges Pompidou à Paris pour diffuser brochures et informations en français. Mais il est nécessaire d’être plus conquérant. La Serbie a donc retenu une agence de communication et de relations publiques pour la représenter en France, et faire vivre l’image de la destination à travers communiqués et invitations à des voyages de presse.
Suivant les mêmes recettes que ses homologues, à côté des journalistes, les professionnels du tourisme ne sont pas oubliés. Une campagne d’e-learning a été conduite l’an dernier, qui a permis de sensibiliser quelque 200 agents de voyages aux atouts de la destination. Un éductour a également été proposé à des tour-opérateurs.
Même avec peu de moyens, la Serbie parvient à gagner de nouveaux visiteurs. Sa progression sur le marché français est significative, même si elle est parfois un peu inconstante. De 18 000 en 2007, les touristes français sont aujourd’hui 24 000 à fréquenter cette nouvelle destination balkanique. Longtemps ignoré par les pouvoirs locaux, le tourisme commence à susciter des appétits et éveiller des ambitions. Un ministère a été créé l’an dernier et une nouvelle stratégie est en cours d’élaboration pour investir ce domaine d’activités en s’appuyant sur les principaux atouts du pays, sa nature encore préservée, le Danube et ses 3 000 croisiéristes français qui bon an mal an font escale en Serbie chaque année en passant par l’impressionnant défilé des Portes de fer, sa gastronomie à base de produits naturels bio, le dynamisme de Belgrade, ses festivals de musique, comme Exit en juillet pour les fans de concerts rock et pop ou encore le festival des fanfares de Guca qui résonne de musiques tziganes et de sonorités balkaniques en août.
Mais si le potentiel est là, l’infrastructure n’est pas toujours à la hauteur de ces possibilités. Les choses changent cependant. Une trentaine d’hôtels ont été construits ces deux dernières années proposant un bon rapport qualité-prix. Les routes, qui faciliteraient les circuits et rapprocheraient les stations de ski des grandes agglomérations, laissent encore à désirer. Le tourisme de demain se nourrit des investissements d’aujourd’hui. Avant de prendre de l’ampleur, la destination doit se mettre en ordre de bataille. Rien ne sert de se précipiter quand on sait que c’est un parcours de fond qu’emprunte une destination qui entend se lancer sur un nouveau secteur d’activités et/ou un nouveau marché.
C’est aussi la stratégie qu’a retenue la Basilicate pour se faire une place sur le marché français. Certes, cette région du sud de l’Italie a l’avantage d’appartenir à un pays dont la réputation touristique n’est plus à faire, mais encore faut-il qu’elle en perçoive quelques retombées. Il n’est pas non plus aisé de se lancer à l’international quand les touristes ont l’impression d’avoir fait le tour du pays en visitant Rome, Florence, Venise, Naples, les lacs alpins et la Sicile, ce qui n’est déjà pas si mal. Pourtant, la Basilicate peut faire valoir de nombreux atouts qui lui sont propres: sa nature préservée, ses deux côtes très différentes, l’une découpée plongeant dans la mer Tyrrhénienne, l’autre alanguie et sablonneuse sur le golfe de Tarente, son relief propice aux sports extrêmes et aux randonnées à moto, les châteaux de Frédéric II et les fortifications du XIIIe siècle édifiées par cet empereur du Saint-Empire germanique, sa gastronomie et ses traditions culturelles vivaces. Last but not least, la Basilicate peut aussi compter sur le décor exceptionnel des habitats troglodytes de Matera, classés par l’Unesco au patrimoine mondial de l’Humanité et le paysage environnant particulièrement prisé des cinéastes.
En s’imposant comme capitale européenne de la culture 2019 face à des villes aussi courues que Sienne, Pérouse, Ravenne, Lecce ou encore la sarde Cagliari, Matera est considérée comme le symbole des ambitions de la Basilicate pour se faire une place au soleil du tourisme. C’est aussi un premier succès de taille pour la région qui voit a stratégie et son travail récompensés. « Les autorités régionales, très intéressées par le marché français réputé captif d’histoire et de culture, ont souhaité d’abord organiser le secteur du tourisme avant d’assurer sa promotion », expliquent Marcella di Feo et Maria Gerardi chargées des marchés étrangers pour le Bureau de promotion de l’Agence régionale de tourisme de la Basilicate. Un vrai plan a été élaboré et mis en œuvre par la région pour fédérer les acteurs locaux, définir des pôles d’attraction, choisir des thématiques adaptées aux différents publics.
La Basilicate est aujourd’hui à même de proposer des packages pré-construits aux professionnels du tourisme. Tout en se gardant de vouloir se lancer dans un tourisme de masse, la région a commencé à sensibiliser la presse, en invitant des journalistes en reportage, et les tour-opérateurs en leur proposant des éductours. Elle est aussi présente sur des salons professionnels et sur internet. Son site web (
Le lancement d’une destination nécessite bien une préparation en amont, gage d’efficacité, sinon de succès. Mais si la palette de moyens à disposition est large, le temps ne l’est pas moins. La compétition est rude, a fortiori pour les nouveaux venus sur le marché. Et il ne suffit pas de se lancer, il faut aussi durer! La persévérance est un gage de succès en la matière, car même si l’engouement est là, il peut aussi très vite retomber. Pour que les efforts qui accompagnent le lancement de la destination soient payants, il faut être présent sur le long terme, trouver régulièrement de quoi attirer de nouveaux touristes mais aussi continuer à intéresser ceux qui l’ont déjà découverte. Expositions, ouvertures de musée, développement hôtelier, fête nationale, tout est bon pour se rappeler au souvenir des touristes potentiels ou donner le goût d’y revenir aux autres. Les destinations sont vivantes, la manière de les faire connaître et de les vendre aussi.
Quand les offices de tourisme ont peu de moyens ou ne sont pas implantés en France ou que la destination n’a pas une image qui l’impose naturellement auprès des clients, les tour-opérateurs doivent aussi agir pour promouvoir une nouvelle destination et la faire connaître.
Au départ, il y a d’abord une passion, pour un pays ou une région. Mais si la passion motive et aide pour convaincre, elle ne suffit pas. C’est une véritable stratégie qui doit être mise en place. C’est ce que fait aujourd’hui Salaün Holidays, notamment avec la Roumanie. Ce pays occupe une place particulière dans le cœur autant que dans la production du voyagiste breton. C’est en montant des voyages vers cette destination que Salaün Holidays a élargi son métier d’autocariste au début des années 1990. « La Roumanie figurait au catalogue de Salaün Holidays de 1992. C’est une destination historique pour nous puisque c’est vers ce pays que nous avons mis en place nos premiers affrètements linéaires, confie Stéphane Le Pennec. À l’époque, nous avions été impressionnés par le potentiel touristique de la Roumanie ». Très vite après les voyages en autocar, les hébergements chez l’habitant dans le cadre d’échanges, qui ont notamment permis aux Français de venir en aide aux Roumains tout juste sortis de l’ère Ceaucescu, Salaün Holidays s’est basé sur le rapport qualité-prix imbattable de la destination pour la lancer, en s’appuyant notamment sur la compagnie Tarom pour l’aérien. Les possibilités de séjours de vacances, le tourisme balnéaire sur les bords de la mer Noire, où les complexes hôteliers étaient particulièrement compétitifs et déjà nombreux, la réputation de la Roumanie dans le thermalisme ont déclenché un grand intérêt auprès des Français. « En 1993, en 1994, nous avons fait carton plein sur la Roumanie », se souvient Stéphane Le Pennec. Mais d’autres destinations, très intéressantes aussi à de multiples points de vue, ont ensuite fait leur entrée dans le catalogue de Salaün, comme Ibiza, Djerba ou encore la Turquie. Ces nouvelles options ont rendu plus difficile le remplissage des avions… et la destination a quelque peu perdu du terrain. Le voyagiste a continué à la programmer néanmoins, mais plutôt sous forme de circuits en autocar ou en s’adressant aux curistes. Au fur et à mesure que le catalogue du TO breton s’étoffait, la Roumanie perdait de son importance. Deux décennies après ces débuts historiques, les responsables de Salaün Holidays croient de nouveau dans cette destination. « Nous avons réussi à retrouver de la qualité à des prix compétitifs », explique Stéphane Le Pennec en affirmant vouloir « redonner du poids à la Roumanie » dans l’offre de Salaün Holidays.
Produit phare
« Depuis trois ans, nous essayons de remettre la destination en avant », indique Florence Seguin, chef de produits sur la Roumanie pour le groupe Salaün. L’offre a donc été étoffée. « En deux ans, nous sommes passés d’un circuit à travers la Roumanie, à cinq aujourd’hui, dont certains en combiné ou avec des extensions chez les voisins », indique-t-elle. Progressivement, la destination bénéficie ainsi d’une visibilité accrue. D’abord limitée au catalogue général, la Roumanie a ensuite occupé une plus large place dans le catalogue de Pouchkine Tours, la marque du groupe spécialisé sur l’Europe centrale et orientale. Et la voilà cette année qui bénéficie d’une visibilité encore renforcée avec une brochure qui lui est exclusivement dédiée. Cette mise en avant dans les catalogues est relayée sur le site web de Salaün Holidays et se répète parallèlement à travers les newsletters btob ou btoc.
Dans le même temps, plusieurs voyages de journalistes de la presse professionnelle et des quotidiens régionaux, ont été organisés, avec des retombées qui, à juste titre, cassaient les idées reçues des Français sur la Roumanie. De même, les professionnels du tourisme, agents de voyages, groupistes, ont-ils été conviés à des éductours, tandis que des responsables de groupes dans les clubs et les associations, ont pu y effectuer des voyages d’étude.
Dans l’autre sens, le responsable sur place de Salaün Holidays est venu en France à quelques reprises pour expliquer directement aux clients des agences tout l’intérêt de la destination.En outre, la Roumanie bénéficie d’une présence bien visible sur les stands de Salaün Holidays dans les salons du tourisme qui sont organisés à travers la France, comme à Nantes ou Rennes. Pour relancer la destination, il a fallu aussi disposer d’un produit phare, « un produit d’appel, à un prix compétitif, qui nous permet de communiquer sur la destination », explique Florence Seguin.La montée en puissance de la communication sur la destination du côté de l’offre a eu un impact rapide sur les ventes. Le nombre de clients choisissant ce pays a été multiplé par deux en un an, et en 2015 Salaün Holidays espère le faire découvrir à un millier de touristes français. « Les commentaires au retour sont très bons », affime Stéphane Le Pennec. Le bouche à oreille peut aussi prendre le relais de la communication initiée par le tour-opérateur et stimuler à son tour la destination. Dans ce cas-là, la partie est gagnée, au moins pour quelque temps…
Rumiana Baltova, directrice et fondatrice de Rual Travel, réceptif bulgare, avait l’habitude depuis un quart de siècle d’envoyer des touristes de son pays visiter la France et le monde. Mais il y a quatre ans, le tour-opérateur a également investi le marché réceptif. Parfaitement francophone, comme une bonne partie de son équipe, elle s’attache à promouvoir la Bulgarie auprès des professionnels français du tourisme. « Nous avons d’abord décidé d’être présents sur les salons, notamment à IFTM Top Resa, raconte la directrice de Rual Travel, mais on s’est rendu compte que cela ne suffisait pas ».
L’idée d’inviter les tour-opérateurs et agents de voyages français s’est vite imposée. Rual Travel organise un ou deux eductours par an, en veillant à ce que tous les participants aient la même langue maternelle, pour que les professionnels puissent « vivre la destination par eux-mêmes, goûter à sa gastronomie et découvrir ses trésors et l’étendue de ses atouts ». Parallèlement, Rual Travel, qui reçoit des groupes de Chine ou encore de Turquie a développé sur le web le site
Le réceptif basé à Sofia et présent dans trois autres villes du pays cherche aussi à donner de la notoriété à la destination en s’investissant dans les événements français qui s’y rapportent.
Des contacts sont pris avec les villes jumelées pour aider aux échanges et l’actualité du pays en France est un bon moyen de donner l’envie de la Bulgarie.
C’est par exemple le cas avec les expositions temporaires, comme celle que le musée du Louvre consacre depuis le 16 avril et jusqu’au 20 juillet prochain à « L’épopée des rois thraces » et aux dernières découvertes majeures de l’archéologie bulgare. « Dès que nous avons appris ce projet, indique Rumiana Baltova, nous en avons informé nos partenaires en France car nous pensons que l’exposition donnera au public français le désir de venir visiter sur place ces richesses archéologiques ».
Prestigieux ou plus locaux, d’autres événements qui rapprochent les cultures sont aussi l’occasion pour Rual Travel de mettre en avant la destination.
Ce sera le cas les 9 et 10 mai prochains aux Rencontres européennes gastronomiques et artisanales de Longueau (Regal), à côté d’Amiens Rumiana Baltova a également des projets du côté du folklore et des échanges culturels qu’il permet.
Le réceptif, qui ne travaille qu’avec les voyagistes a l’intention de faire connaître le pays en se rapprochant le plus possible des gens, en suscitant l’envie de découvrir la Bulgarie tout en espérant qu’ils y penseront quand ils pousseront la porte d’une agence de voyages ou en montant des groupes constitués. « Nous savons qu’il faut être patient pour se développer sur un nouveau marché », conclut Rumiana Baltova.